RAPPORTS DE L'ÉLECTEUR AVEC LA COUR DE VIENNE
cemarifl^, espëroit que par le moyen de la comtesse de Bucheim, première dame de rÉlectrice qui paroisse être de ses amies, elle pourroît se conserver toujours toute la confiance de M. rLlecieur et avoir tout Taccès auprès de lui. Que, dans cette vue, elle a fait donner à la comtesse de Bucheim et à ses parents toutes les grâces qu'ils désiroient, et entre autres à son frère, la prévôté de Tiuglen, qui est le plus gros bénéfice de la Bavière, et qui jusqu'à cette heure n'a été donné qu'aux princes de la maison. Mais que ladite comtesse de Bucheim au lieu de reconnoissance avait eu une jalousie extraordinaire de la comtesse de Kaunitz, et que pour la supplanter elle a tAché premièrement d'introduire une jeune comtesse sa parente dans les bonnes grâces de l'Électeur ; que c'est elle qui a fait aller TÉlectrice à Vienne, dans le seul dessein de représenter à l'Empereur qu'elle ne pouvoit vivre avec l'Électeur si la comtesse de Kaimitz retournoit en Bavière, à quoi l'Empereur a consenti contre le gré de son gendre, en ordonnant au comte de Kaunitz de partir incessamment pour aller résider de sa part en Angleterre, sans attendre même que l'Électeur fût retourné de la campagne de Hongrie, et cela malgré tous les eiïorts que le marquis de Burgomanciro fait pour renrayer ledit comte et sa femme à Munich, ce qui fait juger que le retour de celle-ci en Bavière est sans aucune espérance. On ajoute que si elle ne retourne pas, il est certain que l'Électeur se portera aux dernières extrémités, et qu'il y aura de grands changements à sa cour, d'autant plus que dans son cœur il est outré des mauvais traitements qu'il a reçus à Vienne et dans larméc, qu'il ne les a dissimulés que dans la seule espérance qu'on lui laisseroît la comtesse de Kaunitz, de sorte qu'en étant privé, il ne faut pas douter qu'il ne prenne des mesures différentes et plus conformes à son génie et à ses intérêts ; qu'il a un extrême mépris pour l'Empereur, qu'il ne peut s'accommoder du prince de Lorraine *, ni de la maison de Neubourg ; qu'il a une haine particulière contre l'Impératrice régnante.
Voilà en substance quelles sont les relations qui ont été en-
l. Charles V, duc de Lorraine, généralissime dos armées impériales, né en i643, mort en !690; la France ne ravait pas reconnu lorsqu'il avait succédé eu 1674 à son oade Charles IV; il n'occupa jamais son duché.
LE MAHOlilS OË VILLAUS, 1687.
voyécs à Sa Majesté de la disposition présente de la cour de Munich.
On prétonil que les trois personnes qui ont le plus de crédit auprès do l'Électour sont le comte de Kivière, qui a été envoyé à Madame la Danphine pour la complimenter sur la naissance de M^' le duc de Berry, le marquis de Sainl-Mauricc, et le comte de Sanfrey. tous trois Piémontois et d'inclination françoise.
Quant aux ministres, les principaux sont à présent les sieurs Leydei et Pergum ; mais ou croit que TÉlecleur pourra bientôt rappeler le sieur Sclimid, ci-devant son chancelier, homme de bon sens et bien persuadé que le véritable intérêt de son matlre est de demeurer étroitement uni à ct»u\ de Sa Majesté. Leydel a aussi de bonnes intentions, mais l'Électour n'est pas persuadé qu'il soit assez capable. II croit que Pergam Test encore moins, et que celui-ci, qui est Autrichien, pille ses finances.
Les idées qu'on prétend quu TEIecteura présentement dans l'esprit sont, premièrement de devenirgénéralissimede l'Empire, secondement de se rendre maître des villes de Hatisbonne, d'AugsbouTi^ cl de Nuremberg, et la troisième de devenir empereur.
Quant à la ])n'mière, outre qu'il est assez indilTérenl au Roi par <jui rartïii'C il*' l'Empire sera connuandée, d'ailleurs il est certain que TËmpereur n a aucune disposition à donner ce posto audit KIccleur, et on pourroit mémo insinuer à ce prince que la cour de Vienne en est d aulnat plus éloignée, que quand elle ne seroit pas aussi salisfaito quelle témoigne l'être du duc de Lorraine, qu'elle considère comme un prince entièrement dévoué à ses intérêts et en qui elle peut prendre une entière confiance, elle est persuadée aussi qu*il est essentiellement de son intérêt d'empêcher l'agrandissement dudit Kleolenr,el(|u*il n'augmente la gloire et la réputation qu'il a acquise dans ses premières canij>agnes, jugeant bien que plus il so fera considérer dans rKmpire et plus il sera quelque Jour en ét^it de disputer la couronne impériale aux enfants de TEmperour.
Sur le second point^ il est bon dans les occasions qui s'en présentent de lui faire entendre que ses droits sur lesdites villes et principalement sur celles de Ratisbonne et d'Augsbourg sont très bien fondés; qu'il est certain que si on lui faisoit justice, il