‹ Bayeux à la fin du XVIIIe siècleChapitre 15 sur 35 · LA DEFENSE DE TIIIONVILLE · texte numérisé non relu

LA DEFENSE DE TIIIONVILLE

Le général de Wimpfen commandant la place de Thionville. — Siège par les Emigrés et les Autrichiens. — Dévouement de trois hussards. — Sommation du général Wallis. — Le prince de Waldeck est tué. — Décret de l'Assemhlée. — Le siège converti en blocus. — Proposition au général de Wimpfen et sa réponse. — Lettre aux habitants de Bayeux. — Fin du siège. — Le général de Wimpfen à Paris. — Opéra du Siège de Thionville.

Aussitôt après la déclaration de la guerre, les préparatifs s'en firent avec une fiévreuse activité. Le général de Wimpfen fut chargé de prendre immédiatement le commandement

de la place de Thionville.

De son côté, le duc de Brunswick confia aux Emigrés français et aux Autrichiens le soin d'en faire le siège. A l'arrivée du général de Wimpfen la place était occupée par une garnison peu considérable, sans aucune expérience de la guerre. Elle comptait environ 1,400 hommes d'infanterie recrutés en partie parmi les ci-devant gardes françaises, quelques centaines de volontaires du bataillon de Seine-et-Marne et 1 15 cavaliers de diverses armes. L'ennemi investit la ville le 23 août et le 24 le bombardement commença.

Le général de Wimpfen reconnut de suite l'insuffisance de cette garnison pour lutter contre une armée bien des fois supérieure. Il résolut de demander des secours au général qui commandait a Metz; mais pour arriver jusqu'à lui, il fallait se faire jour a travers les lignes des assaillants qui enveloppaient la place. Trois hussards se dévouèrent à la voix de leur général, et le 27 août, munis de ses lettres et de ses instructions, ils partent a bride abattue, sont reçus dans les rangs ennemis par une fusillade terrible, bravent tout, passent tête baissée a travers le fer et le feu, sont criblés de blessures, et arrivent enfin à leur destination , ensanglantés, mais ayant conservé et remettant les dépêches confiées à leur bravoure.

Les moyens de défense furent promptement organisés.

' « Le Général, écrivait V Administration de Thionville au début du siège, dirige ses opérations militaires avec une intelligence et un zèle vraiment patriotique. Toujours en action, il veut voir par lui-même, et le danger ne l'arrête point. Hier encore, parcourant les dehors de la place, l'ennemi l'assaillit de coups de fusil et de coups de canon. C'est un miracle qu'il n'ait point été atteint. La ville et la garnison ont en lui la confiance la plus illimitée ('). »

Le général ne se dissimulait pas les incertitudes de la défense de la place. Il affectait dans le succès plus de confiance

(') Lettre du 30 août 1792.

qu'il n'en avait. « Je vois, écrivait-il, ma position telle qu'elle » est et n'en désespère nullement. L'insuffisance et la défec- » tuosité de nos lois militaires m'obligent à prendre beaucoup » sur moi; mais si après le succès quelque malveillant ve- » nait à m'inculper, je répondrais : J'ai sauvé la place con- » fiée à ma défense ('). »

« Rapportez à ceux qui vous ont envoyé , disait-il à un émissaire qui lui était adressé par les Commissaires du pouvoir exécutif, Fréron et Paris, « que je ne tiendrai pas seu- » lement un mois, mais toujours, et que ma tête répond de » Thion ville (s). »

Cette confiance, il l'inspirait tellement aux autres que les Commissaires de l'armée du centre venus visiter les fortifications écrivirent au Gouvernement : « Thionville se défendra » tant qu'une pierre et Félix Wimpfen y resteront.» ,

Après quelques jours de tranchée, le 5 septembre, le général de Wimpfen fut sommé de se rendre par le général Wallis qui commandait le siège. A la première sommation il répondit : « Vous pourrez peut-être mettre tout à feu et a » sang dans Thionville ; vous pourrez y commettre toutes les » horreurs ; mais vous ne ferez ni à moi, ni h ceux que je » commande commettre une lâcheté. Vous ne brûlerez pas » au moins les remparts (3). »

A peine cette réponse était parvenue au camp ennemi, que le général Wallis fut informé du massacre des prisons qui avait ensanglanté Paris les 2 et 3 septembre, préludes atroces d'une terreur sans nom. Il en fit sur-le-champ parvenir la connaissance au général de Wimpfen, espérant que ces crimes lui inspireraient une horreur qui l'éloignerait d'un

(') Lettre du 31 août.

(a) Lette du général de Wimpfen au ministre de la guerre Paclie. 5 février 1793.

(*) Moniteur.— 1792. N» 258.

gouvernement qui les tolérait, et lui adressa une seconde sommation. Voici la réponse du général telle qu'elle est consignée dans le Bulletin des armées autrichienne et prussienne il) : K Nous gémissons avec vous sur les maux de la » France : nous n'avons aucune part, et nous ne participe— » rons jamais aux crimes dont les annales de la révolution » sont souillées; mais en notre qualité de citoyen français » nous sommes aussi peu disposés à plier sous le despotisme » que vous nous offrez. Les Princes savent bien que ( toute » considération particulière mise de côté) des gens d'hon- » neur ne mettent point bas les armes sur de simples invite tations qui ne sont que des menaces. »

Cette réponse semblant annoncer la résolution arrêtée de défendre la place a tout prix plutôt que de se rendre, on se disposa dans les deux camps a une action sérieuse . Le général de Wimpfen laissa les portes de la ville ouvertes pendant cinq heures pour donner à chaque bourgeois la liberté de s'en retirer avant l'assaut qu'on prévoyait, mais aucun ne voulut profiter de la permission.

La garnison ne se laissa point prévenir par une tentative contre les remparts. Le 6 septembre, à une heure du matin, elle fit une brillante sortie sur les assiégeants ; protégée par l'artillerie des fortifications, qui avait été mise en état, elle pénétra jusqu'au camp ennemi, et la s'engagea un vigoureux combat qui coûta aux émigrés 4o0 hommes (*) ; un officier général émigré décoré du cordon bleu qu'on n'a pu nommer fut tué dans cette affaire (3). Le prince de Wal- .deck, général-major au service de l'Empereur, qui combattit avec un grand courage eut le bras emporté par un boulet de

(') Moniteur.— 1792. N° 272.

(2) Victoires et conquêtes.— 1er vol. p. 60.

(3) Lettre de M. «le Wimpfen à Kellermann.— Moniteur. 1792. N "0.

canon, et ne survécut point h cette blessure (*).

Ces succès annoncés à Paris et à l'Assemblée législative inspirèrent une allégresse universelle. Le combat du 6 septembre était la première affaire où la victoire eût favorisé les drapeaux français depuis les tristes sièges et la prise de Longwi et de Verdun. Il fallait d'ailleurs produire une vive impression au début de la guerre sur un peuple aussi facile a décourager par les revers qu'ardent dans les succès.

Un décret de l'Assemblée législative porta au général de Wimpfen et à la garnison de Thionville l'hommage solennel de la reconnaissance nationale.

Il était ainsi conçu :

« Considérant que Félix Wimpfen, commandant de Thionville , la garnison et les citoyens de cette ville ont donné dans la journée du 6 septembre des preuves éclatantes de courage, d'attachement à la liberté et d'horreur pour les tyrans ;

» Considérant que les trois hussards porteurs de dépêches à l'armée du centre dans la journée du 27 août se sont conduits en soldats intrépides et en excellents citoyens ,

» L'Assemblée décrète :

Art. 1er.

» Félix Wimpfen, commandant de Thionville, les Bataillons formant la garnison et tous les citoyens de cette ville ont honorablement défendu

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