LEUR POSTE ET REMPLI LEUR DEVOIR
Art. 2.
» Il leur sera envoyé ainsi qu'aux départements un extrait du présent procès-verbal comme témoignage de la satisfaction nationale.»
Un autre décret accorda a la commune de Thionville une somme de 20,000 livres pour ses besoins et ses dépenses secrètes.
Plusieurs combats , sorties, ou escarmouches eurent lieu , notamment les 8, 17 et 21 septembre. Dans toutes ces af-
(') Bulletin des armées autrichienne et prussienne.— Loco citato.
faires le succès couronna les entreprises du général de Wimpfen. A l'une d'elles, il faillit enlever le général d'Aulichainp et sa cavalerie ('). A la dernière surtout, qui eut lieu le jour même où la Convention proclamait la République, il fit un butin immense dont il avait besoin pour ravitailler la place. Les Autrichiens y firent des pertes sensibles par la mort de trois officiers supérieurs.
Des hommes qui n'avaient jamais vu le feu se trouvèrent devant l'ennemi dignes des plus vieilles bandes. Un simple paysan de Gavisse où les Emigrés avaient établi leur camp, nommé Thill , se signala non-seulement par son intelligence et ses connaissances du pays , mais par sa bravoure , son coup - d'œil militaire et son sangfroid. Le général de Wimpfen lui fit quitter sa veste et ses sabots, lui prêta un uniforme et un cheval, et s'en fit accompagner dans toutes ses expéditions. « J'ai découvert un grand » capitaine digne de commander un jour brillamment les ar- » mées de la République, » écrivait-il plus tard en parlant de ce paysan. Dans la foule des braves il distingua un jeune musicien encore imberbe du 1er bataillon des Ai demies, nomme Fallet : « C'est un enfant perdu, disait-il, mais rien ne sur- » passe son activité, son intelligence et son courage.» Un aumônier avait suivi le bataillon des volontaires de Seine-et- Marne. Bientôt au bruit de la fusillade, il se jeta dans les rangs de l'armée. Le général de Wimpfen frappé de sa bravoure, lui donna de l'infanterie à commander, et sous les yeux de son chef, et à la face de l'armée il tua de sa propre main sept ennemis dans plusieurs rencontres. Fier d'avoir deviné les talents de ces hommes, le général de Wimpfen voulut plus tard « par un témoignage éclatant remplir ce qu'il
(l) Lettre du général de Wimpfen au général Kellermann. — Moniteur, 1792. N" 270.
» devait à la justice, à la patrie , et aux braves qui avaient m partagé les dangers et les succès du siège de Thionville en » les présentant à la face de toute la nation.)) Il s'empressa donc de demander pour chacun d'eux un emploi de capitaine, et terminait ainsi sa lettre : « Citoyens législateurs, » voici trois hommes de fidélité , de courage et des talents » desquels je me rends garant. Je ne puis faire plus sans » quoi je le ferais ('). »
Le combat du 21 septembre et l'acharnement de la lutte avaient démontré aux assiégeants qu'ils ne pourraient tenter de s'emparer de Thionville qu'autant qu'ils l'auraient fait investir par des troupes plus nombreuses. Le siège fut converti en blocus. On assure qu'on tenta d'employer vis-à-vis du général de Wimpfen plus d'un moyen de séduction. Du camp des Emigrés se détachèrent quelques-uns des parents ou des amis qu'il comptait dans leurs rangs, et qui firent en vain appel aux souvenirs de sa naissance, de son éducation, à ces sentiments de fidélité monarchique que son cœur de gentilhomme et de soldat devait renfermer. Des propositions d'une autre nature furent faites, un million , dit-on, lui fut proposé pour livrer Thionville. « Volontiers, répondit-il , pourvu qu'on consente m à passer l'acte de donation devant notaires (2). » Cette réponse qui est dans le caractère railleur et spirituel du général de Wimpfen a tous les caractères de la vraisemblance.
Le bruit de la retraite des Prussiens, de leurs échecs, des maladies auxquels ils succombaient , s'était répandu dans le camp devant Thionville, et ajoutait au découragement des assiégeants ; trois combats suivis de la victoire les 9, 15 et 16 octobre, amenèrent la fin du siège. L'ennemi se retira après être resté devant la place pendant plus de cinquante jours.
(*J Lettre du 24 mars 1793.— Moniteur. 1793. N" 83. (*) Victoires et conquêtes. — T. 1 r. P. 62.
C'est ainsi que se termina ce siège qui rétablit la réputation de nos armes et qui brilla parmi les faits militaires du temps avec d'autant plus d'éclat que les journées désastreuses de Mons et de Tournay, et les redditions de Longwy et de Verdun avaient jeté plus de découragement. De Wimpfen y fit preuve non-seulement de courage, mais d'esprit et de résolution. Il inventa des ruses et étonna plus d'une fois par son ardeur, soit en détruisant les ouvrages de l'ennemi, brisant ses ponts, lui enlevant ses magasins, soit en faisant une guerre de partisans et affamant l'armée ennemie. Plein de gailé et d'entrain, il faisait un jeu de la nécessité de se défendre. On vit les femmes se livrer aux travaux du siège , porter des secours aux points les plus exposés, et danser autour des bombes qui tombaient dans la ville. Les canoniers avaient fait une masse sur les retenues de leur paie pour donner des récompenses à ceux qui tiraient le plus juste ; les maladroits au contraire payaient une amende (*). A ce siège se fit remarquer un jeune lieutenant d'un régiment de ligne, devenu un général dont le nom est resté glorieux comme guerrier et comme pacificateur, le général Hoche (2).
Les habitants de Bayeux fiers de la renommée du général de Wimpfen lui avaient envoyé une adresse de félicitations pendant le siège. Ils en reçurent la réponse suivante :
« Thionville, ce 11e octobre de l'an 1er de la République.
» Citoyens,
» Les touchants témoignages que vous accordez à ma conduite en sont le prix le plus cher à mon cœur. Ma garnison avec laquelle je partage misères, dangers, honneurs, me charge de vous remercier de la mention que vous en faites dans votre lettre. Dans la nuit du 8 au 9, elle a acquis un titre de plus à l'estime de la nation en repoussant vigoureusement l'ennemi qui a encore eu l'insolence de se présenter jusqu'à nos palissades. Le
(') Barante. —Histoire de la Convention nationale. — T. IV. (*) Cornélius nepos français. P. 18.
9, après raidi, j'ai été reconnaître un poste de Tyroliens qui gênait des vues extérieures, et dans une fusillade qui s'est établie entre mon escorte et ce poste, j'ai eu deux chevaux blessés, et j'ai reçu un coup de fusil au haut de la cuisse ; mais étant fortement vêtu à cause du mauvais temps, la balle a perdu de sa force et ma blessure est si peu, conséquente (sic) que je n'ai cessé d'être sur pied.
» Agréez, je vous prie, mes chers concitoyens, l'assurance de tous les sentiments d'attachement et de respect que vous a voués
i Le général Félix Wimpfen (»).»
Peu de jours après ia levée du siège, le général de Wimpfen quittait Thionville , emportant comme un monument de sa glorieuse défense l'arrêté suivant pris par le conseil de guerre dans sa dernière séance, le 25 octobre :
« Le Conseil de guerre, séance tenante, vote, à l'unanimité, une adresse de remercîments au général Félix Wimpfen de tout ce que la cité, la garnison et la République doivent à ses soins infatigables, à son intrépidité, à ses rares talents, à son sage et courageux civisme, qui a maintenu dans le sein de la ville, une paix heureuse et inaltérée au milieu des orages qui grondaient autour de nous, et qu'il semblait avoir l'art de conjurer.
j Arrête, le Conseil, que son vœu sera imprimé et affiché à la diligence du commissaire des guerres.»
La Municipalité ne voulut pas qu'il quittât ses murs sans lui laisser un témoignage d'une estime et d'une confiance portée à un si haut degré « qu'au- delà c'eût été un culte » (2). Elle lui remit le passeport suivant :
« Laissez passer le citoyen Félix Wimpfen, lieutenant-gé- » néral des armées de la République, qui ayant eu le com- » mandement de cette place l'a défendue avec gloire, et a » contraint l'ennemi d'en lever honteusement le siège après » cinquante-un jours.
» A Thionville, le 3 novembre 1792.»
(') L'original de cette lettre fait partie de la collection d'autographes de M. Renard, de Caen, qu'il a eu l'obligcauce de me communiquer. (a) Lettre du général Wimpfen au ministre Pache.
Peu de jours après le général arrivait à Paris où il reçut de toutes parts les félicitations les plus empressées. On exalta, on grandit outre mesure l'importance de cette opération militaire. On avait alors besoin de surexciter l'émotion populaire, d'affaiblir les revers que l'on avait subis, et de faire croire à de grands succès.
En arrivant à Paris le général Wimpfen trouvait la royauté abolie , la république proclamée, la Gironde et la Montagne divisant la Convention, s'accusant réciproquement de trahisons, et la Commune de Paris, la terrible Commune, geôlière de la famille Royale et devenue la dispensatrice de la popularité.
Wimpfen dut payer son tribut à cette redoutable puissance. A la tête d'une escorte du 103e régiment qui avait formé le noyau de la garnison de Thionville, il se présenta devant la Municipalité de Paris. Ses soldats portaient une pique surmontée du bonnet rouge et ayant pour légende : Thionville. — 6 septembre 1792. Ils en firent hommage à la commune au nom de la garnison tout entière, et le général Wimpfen prononça le discours suivant, dans lequel il évite habilement de se prononcer sur les événements :
c Citoyens ,
c Je me présente devant vous à la tête des braves camarades d'armes du 103° régiment avec lesquels j'ai défendu la place de Thionville. Les soldats de la patrie vous étaient déjà connus par les services signalés qu'ils ont rendus à la révolution, et ils viennent d'acquérir de nouveaux droits et de nouveaux titres à l'estime et à la reconnaissance de la République par le courage avec lequel ils ont exécuté les différentes entreprises contre les ennemis qui cernaient la place que j'ai été assez heureux de défendre. Je dois autant d'éloges à leur sagesse, à la discipline dont ils ont donné l'exemple, qu'à l'intrépidité qu'ils ont manifestée partout où nous avons combattu ensemble. »
Il termina en demandant pour ces braves l'honneur de
former le nouveau corps de la gendarmerie avec le droit d'élire parmi eux leurs officiers (*)•.
La levée du siège de Thionville avait été criée dans les rues de Paris comme une grande victoire. La gravure la reproduisit (8), et des chants la popularisèrent dans le peuple et dans l'armée. L'un d'eux avait été composé par un des officiers de la garnison et chanté avec entrain par les soldats au moment d'un combat (3). Il ne manquait plus a ce fait d'armes que d'avoir les honneurs du théâtre. Il les obtint. Un drame lyrique en deux actes, Le Siège de Thionville (*), fut joué a l'Opéra, et eut un succès d'enthousiasme.
La littérature d'un peuple est toujours étroitement liée à sa vie politique. C'est parce que la poésie et le théâtre expriment à toutes les époques les sentiments du pays et les pensées qui l'agitent qu'on ne considérera pas comme un hors - d'œuvre l'analyse de ce drame qui ne contient aucune intrigue d'amour. C'est le spectacle même du siège. L'intérêt repose sur cette fiction : Le général de Wimpfen, caractère tracé à la romaine , est père d'un fils aussi brave que lui. Au plus fort de l'attaque ce fils est en-
(») 3Ioniteur.— 1792. N° 325.
(2) M. Georges Villers possède une de ces gravures sur acier par Martinet. Le général est à cheval, donnant des ordres; mais il est placé de côté, sans doute parce que l'artiste ne put reproduire ses traits.
(3) On lit dans la lettre adressée au général par le poète-soldat un passage qui exprime l'enthousiasme qu'il avait inspiré à ses soldais : « C'est » aux anges de louer le Dieu des armées; c'est à un soldat de chanter les » Tertus de son général. Je chante les vôtres, hrave Wimpfen, parce que > c'est un stimulant qui porte à imiter les héros, et votre courageuse gar- » nison, et toutes les armées de la République applaudiront à mes chants.»
(4) Le Siège de Thionville, drame lyrique en deux acles, paroles de Saulnier et Dutheilh, musique de Jadin. Imprimé chez Maradan, libraire à Paris, — Celle pièce est rare à trouver. Nous en devons la connaissance à M. Renard dont nous avons déjà parlé.
touré par l'ennemi. Cent bayonnettes menacent sa poitrine. Les Français sûrs de compromettre sa vie en continuant d'avancer, hésitent un instant, mais le jeune Wimpfen pour les laisser libres de poursuivre leur victoire arrache une des bayonnettes dirigées sur lui, et se frappe à mort en décriant :
Soyez libres, Français, et vengez mon trépas.
A la vue de ce fils expirant le Maire de Thionville adresse au général ces seules paroles :
Père trop malheureux !
Le Général lui répond :
Dites trop fortuné ! J'aurais donné ma vie Pour conserver les jours de ce (ils trop chéri. Modèle des Français , il meurt pour sa patrie , Elle avait ses serments, son devoir est rempli. A de nouveaux dangers le notre nous appelle ; Que son sublime exemple enflamme notre zèle !
et il marche à l'ennemi.
Les chants de cette époque, les hymnes guerriers, la Marseillaise, que la France retrouve toujours aux jours de ses révolutions, sont mis en action. Les citoyens s'emparent des faisceaux d'armes en criant :
Aux armes, citoyens, formez vos bataillons!
les troupes défilent devant la statue de la Liberté et se précipitent au combat en chantant :
Marchons, marchons, Qu'un sang impur inonde nos sillons !
Wimpfen reçoit le général d'Autichamp au pied de l'arbre de la Liberté, aux branches duquel sont suspendues les ciels
de la ville , et répond à la sommation qui lui est faite de les rendre :
Retournez vers vos chefs dont l'orgueil nous offense. Pour nous rendre à Waldeck l'honneur nous est trop cher. Quant aux clefs qu'il demande avec tant d'insolence C'est là que sa valeur doit venir les chercher.
Du plus affreux trépas je verrais les apprêts
Que mon àme serait tranquille, Au-dessus des terreurs indignes d'un Français Te bravant dans les fers comme devant Thionville.
A ces mots les femmes et les citoyens se groupent avec enthousiasme autour de l'autel de la patrie, et y écrivent avec des fleurs le mot Égalité. Wimpfen s'approche a son tour de l'autel et y dépose la croix de Saint-Louis qu'il détache de son uniforme en disant :
Je vous dois un exemple, il faut que je m'acquitte. Je dépose à vos yeux cette marque d'honneur Qu'un despote accordait quelquefois au mérite , Mais que le plus souvent obtenait la faveur.
Tous ces épisodes se passent au bruit de la fusillade, au son des fanfares , le canon tonne presque sur le théâtre, le sang y coule , la mêlée s'y engage. Ils transportent sur la scène les émotions du combat, de la tribune, de la rue, toutes les passions palpitantes de la Révolution.
On y chante, on y déclame, on y met dans la bouche des acteurs toutes les maximes du jour :
Tout mon sang est à la patrie, Je saurai le verser pour défendre ses droits. Sa voix parle à mon cœur avec plus d'énergie Que ne le feront jamais les menaces des Rois.
Je combattrai ces tyrans sanguinaires ,
Je combattrai leurs soldats inhumains ,
Si leur sang odieux arrose nos frontière», Je verrai sans regret terminer mes destins.
Sur cet autel sacré faisons tous le serment De mourir dans nos murs ou d'y vivre sans tache , Amis, jurons surtout de massacrer le lâche Qui viendrait nous parler en faveur du tyran.
Ce sont les vertus, le courage Qui doivent distinguer les vrais républicains, Que ce qui reste encore de l'ancien esclavage Disparaisse à nos yeux comme les souverains !
On trouve dans le dialogue des injures contre tout ce que la Révolution n'avait pas épargné, des comparaisons entre le litre de gentilhomme et celui de citoyen, et surtout des outrages contre ce Roi, déchu, prisonnier, mais non encore sacrifié :
Mon maître.... Il ne l'est plus et son règne est fini.
Son sceptre, sa couronne,
Sa puissance, son trône Tout est détruit, un changement nouveau A délivré l'Etat de ce pesant fardeau.
C'est ainsi, que dans les jours de la Révolution, l'amour de la patrie semblait revêtir un caractère surhumain, et que la poésie, dans des strophes viriles, et sur la scène, excitait l'âme du peuple à la haine de l'ancien régime et a l'ivresse des combats.
Attaques contre le général Wimpfen.— Reproches des Royalistes.— Reproches des Républicains. — Lettre justificative au ministre de la guerre. — Dénonciation à la Convention. — Ovation au club de Baveux. - Dénonciation du général à ce club par le club de Thionville. — Lettre des régiments de la garnison. — Lettres de Merlin, de Thionville. — Offre et refus du commandement de Mayence.— Offre et refus du ministère de la guerre.
Après le succès, les attaques. C'est malheureusement la marche ordinaire des choses.
Déjà pendant le siège les malveillants et les envieux avaient cherché à déprécier les efforts du général de Wimpfen. II s'en était plaint au ministre de la guerre, Servan, qui lui répondait le 30 septembre :
t II m'est bien doux, mon cher Général, d'avoir à vous remercier de la manière dont vous défendez la ville où vous avez eu la courageuse constance de vous enfermer depuis si longtemps. Vous avez laissé parler les ignorants et les malintentionnés, et toujours borné à vos devoirs, fort de votre conscience, vous ne vous êtes occupé que de rendre service à la chose publique. Rien ne fait mieux votre éloge.»
Le siège fini, sa conduite fut l'objet de récriminations graves et contradictoires. Les Royalistes , dont la défense de Thionville avait déconcerté les projets, lui reprochèrent d'avoir accepté une de ces situations ambiguës où le cœur est d'un côté et l'honneur de l'autre , d'avoir commis cette apostasie qui faisait d'un gentilhomme français , honoré des faveurs du Roi, a qui il devait ses grades et son rang, le dé-
fenseur de la République naissante. Ils s'étonnaient de sa résistance a la voix des Princes qu'il devait regarder comme ses chefs naturels et légitimes, qui lui avaient rappelé ses serments, et qu'il avait combattus en personne (') au combat du 21 septembre ; ils l'accusaient encore d'une flexibilité coupable dans ses opinions, et de se complaire a sourire tout à-la-fois et à la Monarchie et a la République.
Ces reproches lui étaient d'ailleurs communs avec plus d'une de nos anciennes célébrités aristocratiques el guerrières qui n'avaient pas passé le Rhin, Custine , Valence, Luckner, Dillon, Dumouriez, Beauharnais, Lauzun, Rochambeau, Beurnonville, Dampierre , Montesquiou , de Fiers, et bien d'autres encore qui sans avoir participé aux saturnales révolutionnaires servirent loyalement la République jusqu'à ce qu'elle les eût envoyés à la mort ou forcés de prendre le chemin de l'exil.
De leur côté les Républicains ne ménagèrent au général de Wimpfen ni les soupçons, ni les calomnies, cortège obligé de toute supériorité.
Il fut d'abord dénoncé au pouvoir exécutif et à l'opinion publique comme ayant désespéré du salut de la place confiée à sa défense, et l'ayant compromis en se conduisant plutôt en soldat qu'en général, sortant, malgré les ordonnances, de la place assiégée, et s'exposant à être pris ou à être tué. Le Général s'empressa d'envoyer sa justification, et découragé il offrit sa démission.
« Parce que j'ai eu de précieux succès, écrivait-il, (-) l'on m'a cru heureux, et des spéculateurs se sont aussitôt attachés à m'enlever ce bonheur, comme si en m'en dépouillant ils pouvaient s'en revêtir, et à force de se convulsionner, ils sont parvenus à m'envelopper des putrides nuages de leurs calomnies On verra mes calomniateurs d'une main me couronner
(') Moniteur.— 23 septempbre 1792.— (2) Lettre du général de AYimpfen au ministre de la guerre Pache.— 5 février 1793.
de lauriers, et de l'autre vouloir me percer le cœur Espèrent-ils imiter
les meurtriers de César qui ne tombèrent à ses genoux que pour mieux l'assassiner? Je les vaincrai avec leurs propres armes
» Voyez où j'en serais si j'avais éprouvé seulement le plus chétif revers dans quelques-unes de mes hasardeuses sorties qui s'étendaient parfois jusqu'à quatre lieues de la place. Quel thème pour une cabale dans ces temps où l'on prétend tout baser sur l'opinion, où l'autorité n'a que les forces que lui prête la confiance, et où l'on ne croit pas six mois de suite à la vertu d'un homme public, tant l'art de la calomnie s'est perfectionné!....
«Douloureusement éclairé par une tardive expérience, je me sonde, j'examine de quoi je suis encore capable, et je trouve qu'excepté dans les départements de cette côte que j'habite depuis quinze ans et qui vous ont manifesté le désir de m'y voir employer, je ne puis plus rien. Je ne conviens plus aux places, et les places ne me conviennent plus.... »
Il échappa à cette première dénonciation ; mais ses ennemis ne se tinrent pas pour battus. Des Juifs de Thionville se présentèrent le 16 février 1793 à la barre de la Convention, et y portèrent contre le général de Wimpfen l'accusation beaucoup plus périlleuse d'avoir eu des inlelligences avec les Emigrés et d'avoir trahi la République. L'un d'eux, Gaudechaux, un Juif, un de ces avides étrangers que la Révolution avait jetés en France, et qu'on est fondé a considérer comme un double espion, déclara avoir été l'intermédiaire des négociations entre le Général et les Princes émigrés et annonça avoir été chargé par le commandant de Thionville « d'aller dire » confidentiellement au général ennemi qu'il était venu trop » tard pour qu'on pût lui livrer la place.»
Certes pour quiconque a réfléchi sur les actes antérieurs de la vie du général de Wimpfen il ne peut être douteux que la famille Royale, que la Monarchie avaient ses sympathies , et qu'en acceptant la Révolution, il n'avait point rompu avec tout le passé de sa vie, — qu'il dut ressentir après la captivité du Roi, et la sanglante tragédie de septembre, une profonde répulsion pour ce pouvoir que la fatalité le forçait de défendre; — qu'il n'ait redouté, regretté peut-être, que ses
propres succès assurassent le triomphe de cette Assemblée et de celte Commune qui marchaient d'accord hardiment au régicide; — mais ce qui est non moins incontestable c'est qu'il ne sacrifia rien de ses devoirs militaires, et que dans ce combat entre ses sympathies et son honneur il fut fidèle à sa parole, et put dire comme il l'avait promis : J'ai sauvé la