‹ Bayeux à la fin du XVIIIe siècleChapitre 17 sur 35 · PLACE CONFIÉE A MA DÉFENSE · texte numérisé non relu

PLACE CONFIÉE A MA DÉFENSE

La Convention divisée déjà par la lutte entre la Gironde et la Montagne, mais sur qui ne pesait pas encore ce terrible Comité de salut public qui ne fut institué que quelques jours plus tard, repoussa les dénonciations dont le général de Wimpfen était l'objet (2). Les députés Philippe Delleville (du Calvados), et Le Sage (d'Eure-et-Loir), prirent la parole pour le défendre. Ce dernier fit surtout ressortir le témoignage d'estime que l'Assemblée avait donné au Général et à la brave garnison de Thionville par son précédent décret, et chose étonnante dans ces temps de soupçons et de défiances ! aucune parole ne s'éleva pour appuyer les dénonciateurs : les honneurs de la séance leur furent refusés, la Convention passa à l'ordre du jour et de Wimpfen fut encore innocent malgré sa renommée.

Le général revint à Bayeux au milieu des siens. Ses ennemis de Thionville ne l'y laissèrent pas reposer tranquille.

La Société des Amis de la Constitution était devenue, comme nous l'avons déjà dit, un Club sous le nom de Société populaire. Elle exerçait comme toutes les sociétés de ce genre une immense influence dans le pays, s'emparant de tous les pouvoirs, s'élevant au-dessus des autorités , commandant a tous par la crainte, et redoutée par sa terrible affiliation avec le Club des Jacobins de Paris. Le général de

(V Voir page 229.

2JSeanoe du 1G février 1793.— Moniteur. 1793. N« 50.

Wimpfen eût été compromis, son patriotisme soupçonné, son repos en danger, s'il ne se fût pas fait affilier à ce Club. Ce fut à son arrivée l'une de ses premières démarches; sa réception, au sein de la Sociélé, fut le signal d'une ovation patriotique. Une couronne de lauriers fut solennellement présentée au sauveur de Thionville, et resta suspendue aux murs de la salle des séances comme témoignage de la valeur du Général, et de la reconnaissance de la ville qui l'avait adoplé. Ce fut aussi au sein de cette Assemblée soupçonneuse que les dénonciateurs vinrent le chercher.

Une dénonciation des mêmes faits y fut adressée par le club de Thionville; elle ne servit qu'à mieux faire valoir les services du Général et l'attachement que lui portaient ses soldats. A la nouvelle de cette accusation, le 2e bataillon des volontaires du déparlement de Seine-et-Marne, le 1er bataillon des Ardennes, le 2e escadron du 13e régiment de dragons, le 103e régiment de ligne, tous ses compagnons d'honneur et de périls, s'empressèrent d'adresser au Club de Bayeux le témoignage des services éclatants qu'il avait rendus.

Nous citerons l'adresse du 13e régiment de dragons, résumé de l'opinion de l'armée :

» Adresse des officiers, sous-officiers et dragons du 2e escadron du 13e régiment.

» Le général Félix Wimpfen avec une garnison faible et peu expérimentée a défendu Thionville contre une armée formidable. Il ne s'est pas contenté de se défendre avec avantage, il a l'ait des sorties multipliées, a attaqué l'ennemi avec succès, et lui a enlevé ses magasins de fourrages , d'avoine, de froment, de farines, d'eau-de-vie. Toujours a notre tète il avait moins à cœur sa sûreté personnelle que celle de ses soldats, il était généralement aimé et chéri de toute la garnison qui avait en lui une aveugle confiance. Certes, si le général Félix Wimpfen eût voulu livrer aux ennemis Thionville, cette place eût été au pouvoir des Autrichiens.

i Nous reconnaissons dans le général Félix Wimpfen un citoyen bon, vertueux, ami des lois, un général brave, expérimenté, et rempli de zèle

pour la cause commune. Los ennemis de la République connaissent ses talents ; ils le craignent, n'ayant pu l'entraîner dans leur parti. Ils soudoient de faux patriotes pour calomnier sa conduite. Par ce moyen ils espèrent le laisser éloigné du commandement et rendre nuls ses talents bien reconnus. Telle est notre opinion sur la conduite du brave et zélé patriote Wimpfen. Nous désirons que ses détracteurs soient confondus. Si la République a le bonheur de le voir un jour à la tète de ses armées, nous ambitionnons la gloire de combattre avec lui, bien sûrs, sous ses ordres, de vaincre et de renverser les despotes et les tyrans coalisés contre la nation française.

« Suivent les signatures. »

Mais ce qui n'est pas moins remarquable que ces adresses, ce sont les lettres de Merlin, de Thionville, écrites au Club de Bayeux. Ce conventionnel fougueux était alors président du district de Thionvilie, et placé de manière à juger sans partialité la conduite du général de Wimpfen. Il écrivait le 23 février 1793 :

'i Citoyens, je vous ai promis de compléter la satisfaction que vous

demandez en faveur du général Wimpfen en vous faisant passer les preuves de son patriotisme et de son expérience Je vous prie de n'ajouter

foi à aucune dénonciation. Le même Juif vient encore de renouveler son projet, mais il a été mal accueilli. Il inculpe tous nos canonniers... Ce Juif dit qu'ils étaient tous pour les ennemis. Us ont cette inculpation au cœur ainsi que les officiers »

Deux jours après Merlin écrivait encore au Président du Club de Bayeux :

n Le club de Thionville vient encore de faire une nouvelle dénonciation à peu près calquée sur les autres. Je ne fais jamais d'autre réponse sinon que l'événement a prouvé le contraire et que les dénonciations ne peuvent pas être accueillies par la raison qu'un général ne peut pas être tenu de communiquer au public ni aux corps administratifs les idées et les ruses de guerre qu'il emploie contre les ennemis. Je vois tous les jours des généraux qui me parlent du brave général Wimpfen, et plus j'avance plus je remarque que c'est la jalousie de métier ; les talents dont il est doué ne peuvent s'enfouir. Je fais des vœux tous les jours pour sa santé qu'il a altérée à Thionville par les peines qu'il s'est données. Je no finirai point à vous

instruire tant que j'aurai des choses à vous dire et de votre côté faites de même.

» Je suis, très-cher frère et ami, votre dévoué.

» Le président du district , Merlin ('). »

Après de pareils témoignages, des députations furent envoyées avec solennité au général de Wimpfen pour lui offrir les sympathies du club et proclamer son innocence.

Le général de Wimpfen sortit donc avec honneur de cette rude épreuve qui attend souvent les vainqueurs après la victoire (2). Après ce triomphe il fut appelé au commandement de la place importante de Mayence tombée au pouvoir de l'armée commandée par Custine, qui, lui , ne fut pas assez heureux pour échapper plus tard a la calomnie, et porta sur l'échafaud une tête couverte de lauriers. Le commandement de cette place de Mayence contre laquelle on prévoyait que l'ennemi dirigerait tous ses efforts était un poste éclatant. Soit que sa santé fût affaiblie, soit qu'en ce moment les prévisions de l'avenir lui commandassent la retraite, le général le refusa (5).

(') Ces lettres sont extraites du 2e registre de la Société populaire de Bayeux, an ir de la République non fédéralisée, mais une et à jamais indivisible.

(-) Son frère de Wimpfen-Bornebonrg qui commandait à Neuf-Brisack avait été également accusé d'avoir écouté des propositions qui lui avaient été fanes pour livrer cette place aux Emigrés. Sa lettre au général Luckncr pour expliquer sa conduite contient le passage suivant : « Cet homme (le » dénonciateur) sait que j'ai douze enfants et que tout mon patrimoine coni siste dans les bienfaits de la Nation ; mais il ignore qu'ayant élevé mes » enfants dans mes principes ils préféreraient la misère la pins profonde au

» déshonneur de leur père Je suis inconsolable de voir la chose publi-

t que en danger par de purs préjugés. Coopérez à déterminer l'Assemblée » à accorder des églises aux piètres non-conformistes, et vous aurez rendu » à la Nation de plus grands services que parle gain d'une bataille.» Cette lettre fut lue publiquement à la tribune, et eut les honneurs d'une mention honorable au procès- verbal.— Moniteur du 22 novembre 1792.

(s) Moniteur.— 1793. N° 80.

Quelques jours plus tard , il lui fut proposé d'accepter le ministère de la guerre qu'il refusa également [lK Plus vivement sollicité, il répondit qu'il n'accepterait ce poste qu'autant qu'on séparerait les finances du personnel {*). Ce partage n'ayant point été concédé à son désintéressement, et à sa délicatesse, il vint se retirer à sa terre de Saint-Germain, y vécut quelque temps dans la retraite, se mêlant peu des affaires publiques, et n'assistant aux séances du club de Baveux qu'autant qu'il était nécessaire pour y ménager sa popularité a laquelle il attacha toujours peut-être trop de prix.

(') Biographie universelle.— V. Wimpfon.

(2) Cornélius nepos français.—?. 20.

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