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CHAPITRE XIV

CAHIER DE GER VILLE, MINISTRE DE L'INTÉRIEUR SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XVI.

Naissance de Cahier de Gerville.- Cahier de Gerville avocat au Parlement de Paris.— Son écrit sur les mariages Protestants.— Procureur-syndicadjoint à la municipalité de Paris. - Commissaire à Nancy. — Il réclame la remise des actes de l'Etat civil aux Municipalités. — Ministre de l'intérieur.— Ses lettres.— Sa présentatiou à Louis XVI. — Conseil des ministres.—Mémoire à l'Assemblée législative. — Dissidences parmi les ministres.— Attaques contre Cahier de Gerville.— Il donne sa démission. — Ses démarches près de Dumouriez. — Il est remplace par Roland. — Son retour à Bayeux.— Mandat d'arrêt lancé contre lui. — Sa fuite. — Mainlevée du mandat d'arrêt. — Cahier de Gerville au club. — Les canons de M. le Dauphin.— Mort de Cahier de Gerville.

Vers le même temps un ministre de Louis XVI s'était retiré à Bayeux, son pays natal, après avoir quitté le ministère,

pour y vivre dans la retraite au sein de sa famille.

C'est ici le moment de parler de M. Cahier de Gerville, dont le nom marque dans l'histoire du pays , qui honora la ville de Bayeux qui l'avait vu naître et qui le vit mourir. On est étonné que sa mémoire y ait laissé si peu de traces qu'il ait fallu, à peine après soixante ans , des efforts et des recherches pour l'arracher a l'oubli , tant dans notre époque agitée et où se pressent les événements les morts vont vite !

L'ayeul de Bon-Claude Cahier, ministre de l'intérieur , Pierre Cahier , était maître menuisier en la paroisse Saint- Exupère de Bayeux. La maîtrise dans les corps d'arts et métiers plaçait les familles ouvrières dans une condition intermédiaire entre le prolétariat et la bourgeoisie qui supposait une aisance permettant de donner aux enfants une éducation par laquelle ils s'élevaient souvent a une position sociale supérieure à celle de leur père. C'est ce qui arriva a [Gabriel Cahier, fils de Pierre. Doué d'intelligence et d'instruction, il se livra aux affaires, se rendit digne de la confiance des maisons les plus considérables de la contrée, fut le régisseur des domaines de plusieurs d'entr' elles, et entr'autres du marquisat de Balleroy. Parmi les personnes dont il surveillait les intérêts se trouvaient trois frères, MM. Hélye de Bonpart , l'un capitaine de cavalerie au régiment de Berry, l'autre seigneur de Subies et de Barbeville ('), et le troisième prêtre.

(') Les Hélye de Bonpart étaient depuis longtemps seigneurs de Subies et de Barbeville. L'épitaphe de l'un d'eux, François Hélye, décédé le 1er octobre 1588, se lit encore dans cette dernière église, au-dessus d'une porte d'entrée. Elle est accompagnée de ces quatre vers :

Je vis d'esprit et mon corps se repose Sous ce tombeau où ma cliaiv est enclose. Mais je vivrai et d'esprit et de corps Quand Dieu viendra ressusciter jlgs liions.

Ils habitaient ensemble et vivaient dans la plus parfaite union, en possession d'une belle fortune. Des relations trop intimes s'étaient formées pendant un congé du militaire entre lui et une demoiselle de *** d'une naissance au moins égale à la sienne. Soit par caprice, soit par quelque motif grave et sérieux le mariage quoique rendu nécessaire ne fut point célébré, et une fille naquit de cette liaison. Pendant une nuit, quelques heures après qu'elle fut née, elle fut déposée a la porte de MM. de Bonpart, dont l'habitation était dans la paroisse St-Patrice (') , recueillie par ceux-ci qui connaissaient le secret de sa naissance, et élevée par eux avec les soins les plus tendres. Ils voulurent qu'elle portât leur nom, et la traitèrent publiquement comme leur fille et leur nièce. Arrivée à l'âge du mariage, MM. de Bonpart eurent a lui choisir un mari. Ils jetèrent les yeux sur le jeune Cahier dont les qualités et les heureuses dispositions semblaient justifier leur choix. Celui-ci accepta la main de Madeleine Hélye , et afin d'éviter toute réclamation de la part de sa famille, ce fut au profit de l'époux que fut constituée une dot très-considérable pour ce temps puisque les renseignements fournis relèvent a presque dix mille francs de rente H.

De ce mariage de Gabriel Cahier et de Madeleine Hélye naquirent deux enfants, l'un Jean-Gabriel, l'autre Bon- Claude. L'un et l'autre, par une puérile vanité autorisée par l'usage , prirent des surnoms de terre; le premier se fit appeler Cahier de Sainte-Honorine, le second Cahier de Gerville.

(') L'hôtel de la Lombarderic.

(2) M. Cahier père devint l'un des habitants les plus honores de son quartier. On le trouve comme député des notables habitants à toutes les diverses délibérations des corps et communautés, et le 25 mars 1705 il avait été élu Receveur de la ville par l'Assemblée des officiels municipaux et des députés des paroisses.

Cahier de Sainte-Honorine est mort jeune, à l'âge de 25 à 30 ans, sans être marié.

Cahier de Gerville était né le 30 novembre 1751 (l), sur la paroisse Saint-Exupère. La fortune de ses parents, les honoraires que Gabriel Cahier retirait de ses régies, lui permirent de recevoir une brillante et solide éducation. Il fit ses études de droit à Paris, et se fit recevoir avocat au Parlement. Il ne paraît pas que comme avocat plaidant il y ait conquis une réputation , mais comme avocat écrivant sa courte carrière n'y fut pas sans succès. Dès avant- 1786 et jeune encore, il avait publié un mémoire sur l'état civil des protestants (2), qui précéda de peu de temps le célèbre Édit par lequel Louis XVI leur rendit la plénitude de leurs droits en imprimant à leurs mariages un caractère légal, bienfait immense alors, et dont l'opinion publique ne lui a pas assez tenu compte.

La lutte du Parlement de Paris contre les prétentions fiscales des ministres, l'exil du duc d'Orléans et la captivité des conseillers Fréteau et Sabathier, Parrest3tion de d'Esprémesnil et de Mont-Sabert, au milieu des magistrats revêtus de leurs insignes, et affectant une dignité calme contrastant avec les violences du pouvoir, ces orages avaient, dès 1787 et 1788, rendu les avocats solidaires des conflits soulevés entre les Parlements et la Cour. La jeune génération du barreau, cédant aux mœurs judiciaires de l'époque, se ligua contre l'arbitraire ministériel se substituant à la loi. Beaucoup d'a-

(') Du 30 novembre 1751 a été baptisé.... Bon-Claude né de ce jour du légitime mariage de Gabriel Cahier, bourgeois, et de demoiselle Madeleine Hélye son épouse, de cette paroisse : Le parrain, Claude-Joachim Hélye, escuyer, de la paroisse Saint-Patrice, la marraine, Bonne-Françoise Le Vaillant, de la paroisse Saint-Loup.— Actes de l'Etat civil de la paroisse Saint-Exupère. 1751.

(2) Ephémcrides normandes.

vocats commencèrent alors à essayer le rôle de tribuns qu'ils furent appelés a jouer plus tard, surtout à Paris. « Ils mar- » quèrent partout, dit M. Bailly, et par le nombre et par les » opinions dans les sections de la capitale, dans les bailliages » el dans les assemblées électorales.»

On sait l'influence qui fut réservée dès les premiers jours de la Révolution au Corps électoral de Paris. Ardent dans ses opinions, ce fut comme Electeur de la Commune que l'avocat Cahier de Gerville débuta dans la vie politique. Convaincu d'ailleurs que l'état social de la France n'était point en rapport avec les progrès des esprits et la marche des choses, il se montra ce qu'on appelait alors un patriote de 1789. Le développement public de ces sentiments lui mérita de devenir Procureur-syndic-adjoint de la municipalité (').

S'il avait embrassé avec chaleur la cause populaire, il faut reconnaître qu'il s'était attaché à ce qu'on appelait déjà le parti constitutionnel qui rêvait la liberté sans crimes et sans excès. Ennemi de la licence, il crut de son devoir de poursuivre un libelle diffamatoire publié contre Lafayette. Il dénonça cet écrit avec vivacité à la Municipalité qui ordonna en 1790 des poursuites contre l'auteur.

Cette circonstance le fit connaître alors de ce général qui chercha l'occasion de récompenser celui qui l'avait vengé de ses calomniateurs. Une occasion se présenta bientôt. La guerre civile avait éclaté à Nancy, provoquée par l'insurrection de deux régiments. Le courage et la fermeté du marquis de Bouille avaient rétabli l'ordre. Cet exemple d'une insurrection réprimée par la force , et le concours que l'autorité avait reçu de la Garde nationale tendaient à redonner de l'énergie au Pouvoir. Un décret du 4 septembre 1790 en offrant au général de Bouille les remercîments de la nation,

') Novembre 1789.

ordonna cependant, par une sorte de défiance, que des commissaires se rendraient a Nancy, sans délai, pour y prendre les mesures nécessaires à la conservation de la tranquillité, et à l'information exacte des faits qui devaient amener la punition des coupables. Ces deux commissaires furent MM. Duveyrier ('), et Cahier de Gerville, avocats.

Une lettre du général Lafayette à son parent , le marquis de Bouille, annonce en ces termes leur départ :

e On a cherché à égarer le peuple sur l'événement de Nancy ; mais vous avez été si scrupuleux observateur de toutes les règles, que la malignité n'a trouvé à mordre nulle part.

> Vous recevrez des Commissaires porteurs d'une proclamation dont

une partie est devenue fort utile. C'est M. Duveyrier, avocat, secrétaire des Electeurs de l'année passée, et M. Cahier de Gerville, procureur-syndic-substitut de la commune de Paris. Ce sont deux hommes fort honnêtes, et dont, j'espère, vous serez content (2). »

Il n'en fut cependant point ainsi. — Egarés par un faux zèle pour la liberté , et par leur engouement pour la Constitution, ils se montrèrent injustes envers les officiers qui avaient fait preuve d'énergie et de dévouement, partiaux en faveur des révolutionnaires que la Municipalité avait fait arrêter, et qu'ils firent sortir de prison, indulgents envers les coupables et imprévoyants en faisant rétablir les clubs que la Municipalité avait fermés. C'est en ces termes que s'en explique le marquis de Bouille : « Ces deux Com- » missaires, dit-il, firent beaucoup de mal par leur extrême » indulgence et par leurs démarches pour rétablir le palrio- » tisme presqu' éteint dans cette cité. Après cet événement » Nancy était devenue royaliste et les commissaires eurent » beaucoup de mal h la ramener a des sentiments patrioli- » ques.»

(') Avocat au Parlement de Paris, devenu tribun, ayant concouru utilement au Code civil, et décédé Premier président de la cour de Montpellier. (2) Mémoires du marquis de Houille. Chap. 9.

Cahier de Gerville se fit remarquer dans une autre circonstance ; ce fut lui qui fut l'organe de la Municipalité de Paris lorsque celle-ci voulant enlever a la religion catholique son caractère dominant, demanda que les registres de l'Etat civil fussent indépendants de l'autorité spirituelle, et qu'ils cessassent d'être confiés aux curés. Cette proposition qui établissait une ligne de démarcation profonde entre l'Etat civil des citoyens et leur croyance religieuse, devînt plus tard la base de la loi du 20 septembre 1792.

La préférence donnée par Cahier de Gerville aux auteurs de l'insurrection de Nancy sur ceux qui l'avaient comprimée, ce gage offert par lui aux hommes plus ardents que prudents défenseurs de la Constitution, le plaçaient parmi ceux qui voulaient le maintien de cette Constitution consacrée par la sanction du Roi , et dont on attendait la prospérité de l'Empire, disposés à limiter l'exercice de l'autorité royale, et à la contrôler avec sévérité, se croyant assez forts pour arrêter le peuple la où la liberté finit et où l'anarchie commence. Cette opinion avait alors la majorité dans l'Assemblée législative, dont s'étaient exclus eux-mêmes les membres de l'Assemblée constituante par une abnégation ou plutôt par une imprudence inouïe dans les fastes parlementaires.

Ce parti distingué par des talents, que des défiances exagérées rendirent hostile à la Cour et même à la Royauté, dirigea aux débuts de l'Assemblée la plupart des choix des ministres qui se succédèrent rapidement ; ce fut par lui que Cahier de Gerville fut porté au ministère le 27 novembre 1791 en qualité de ministre de l'intérieur.

Le Roi autour duquel se rétrécissait chaque jour le cercle de ses serviteurs, vil avec défiance arriver au département de l'intérieur, si important au milieu des agitations populaires, un ministre qui n'était pas l'homme de son choix, et qui, se-

Ion M. Thiers i1), «patriote prononcé plus rude qu'entraînant,)) était placé près de lui moins pour répondre a sa confiance que pour satisfaire l'opinion publique.

La lettre qu'il écrivit a l'Assemblée pour lui faire connaître son acceptation est d'un ton dogmatique et puritain dont la roideur était peu faite d'ailleurs pour rassurer le monarque :

t Le Roi m'a appelle au ministère de l'intérieur et je me suis cru obligé de répondre à sa confiance. Depuis le 13 juillet 1789 j'appartenais à la Commune de Paris. Je me consacre au service de la nation entière. Je ne parlerai à l'Assemblée ni de mes principes ni de mes intentions. J'ai fait mes preuves. Je connais la mesure de mon courage, je vais chercher celle de ma capacité. Je promets de ne conserver ma place qu'autant que j'en pourrai remplir les devoirs. Je demande à l'Assemblée sa bienveillance, et je la prie de compter sur mon zèle, ma loyauté et mon inviolabte dévouement à la Constitution.»

On trouve moins de sécheresse dans sa première communication aux départements. Elle semble écrite pour les rassurer sur les intentions du Roi que la malveillance s'attachait à attaquer :

t Vous n'entendrez point, j'espère, élever des doutes sur mes principes politiques. Le Roi les connaît parfaitement, et j'ose croire qu'en m'appelant à ses conseils il m'a donné une nouvelle preuve du désir qu'il a tant de fois manifesté d'affermir le règne de la loi, de son attachement à la Constitution, et de son inviolable résolution de la maintenir à l'intérieur comme de la faire respecter au dehors (2) »

Lorsqu'il fut présenté au Roi pour la première fois, « vous » prenez là, Monsieur, lui dit Louis XVI, une tâche bien diiïi- » cile. — « Sire, répondit Cahier de Gerville, il n'est rien » d'impossible a un ministre populaire auprès d'un Roi pa- » triote. » Louis XVI avait raison : la tâche était au-dessus

(') Histoire de la Révolution. — T. 11. (*) Moniteur.— 1791. N° 388.

des forces humaines, et Cahier de Gervillc ne tarda pas h être désabusé de sa naïve confiance dans l'avenir ('). Il éprouva bientôt que les ministres populaires ne demeurent tels qu'a la condition de servir et de flatter les passions qui dominent.

Cahier de Gerville admis a travailler avec Louis XVI ne tarda point à rendre justice a ce Prince envers lequel il se montra toujours loyal et respectueux (8). Il reconnut bientôt que Louis XVI n'était point ce monarque rebelle a la Constitution, brusque, violent, aigri qu'une foule d'écrits soudoyés par ses ennemis ne cessaient de présenter comme incapable du trône. A l'un des premiers conseils auxquels le ministre assista, il fît un rapport sur une question grave qui fut ajournée. Pendant le premier rapport le Roi avait paru s'occuper uniquement de sa correspondance et de la lecture des journaux. A la seconde séance, l'affaire fut reprise, et elle allait recevoir sa solution lorsque le Roi releva l'omission d'un fait trèsimportant dont Cahier de Gerville ne se souvenait plus et qui changeait la face de la question i3). Cette sûreté de mémoire et la juste application que le Roi en faisait frappèrent d'étonnement le nouveau ministre et ses collègues. On le sait, du reste, nul ne connaissait mieux que Louis XVI l'histoire, la géographie, et tous les traités diplomatiques intervenus entre la France et les nations étrangères.

Loin de se calmer pendant la durée du ministère de Ca-

(') M. Paysant, mort il y a quelques années juge-suppléant au tribunal de Bayeux, ami et contemporain de Cahier de Gerville, m'a raconté une anecdote qu'il tenait de celui-ci. M. de Gerville avait une figure intelligente, mais un front court et une tète petite. En l'apercevant le Roi dit à voix basse àM. Bertrand de Molleville : « Voilà un homme qui a le cerveau bien étroit pour être ministre. »

(8) Histoire de la Révolution, par Bertrand de Molleville.

(*) Mémoires de Mme Campan.—T. II.

hier de Gerville, les troubles qui avaient signalé le cours des travaux de l'Assemblée constituante reparaissaient au milieu d'une fermentation générale. Partout du bruit, des émeutes, des dénonciations. Les clubs étaient autant de foyers de résistance qu'il y avait de communes. Tous les partis s'accusaient réciproquement de ces désordres qui agitaient les diverses parties du Royaume. Il était du devoir du ministre de dire a tous la vérité. Hâtons-nous d'ajouter que Cahier de Gerville le fit avec loyauté, avec indépendance et courage. Son rapport, devenu fort rare aujourd'hui i1), et dont nous allons citer quelques fragments , pour faire connaître et son style et ses sentiments , prouve combien l'exercice du pouvoir avait modifié son opinion. Ce compte-rendu est d'autant plus remarquable qu'il concerne surtout les luttes religieuses entre les deux cultes dissidents, et l'état des esprits en France au commencement de 1792, époque assez peu saillante, absorbée qu'elle (ut par le grand cataclysme de la fin de cette année et par les horreurs de celle qui la suivit :

« Je vais traiter un sujet grave et douloureux. Je vais parler des

dissentiments politiques et religieux et des troubles qu'ils occasionnent dans plusieurs contrées du Royaume. Je dirai tout, parce que ce n'est pas au médecin qu'on peut dissimuler les caractères de la maladie qu'il doit guérir

* Si l'esprit d'opposition au serment des prêtres se fût concentré dans la classe ci-devant privilégiée, il ne faudrait pas s'en étonner, et véritablement le malbeur ne serait pas grand. Mais il est arrivé que des habitants des campagnes et même des villes n'ont pu résister à la séduction de leurs prêtres ; et beaucoup d'hommes faits ponr aimer l'égalité et pour bé-

(') Compte-rendu par Don-Claude Cahier, ministre de l'intérieur, à l'Assemblée nationale, le samedi 18 février 1792.— /n-4°. 51 pages. De f imprimerie royale. 1792.— J'en dois la communication à M. Chigouesnel, ancien magistrat, neveu du légataire universel de Mm* Calver, mère du ministre.

nir la Constitution sont devenus les ennemis de la Constitution parce qu'on leur a persuadé qu'elle détruisait la religion catholique dont elle ne parle que pour assurer à ses ministres un traitement honorable.

» C'est ainsi, c'est par la résistance d'une partie des prêtres et par la soumission des autres à la loi du serment que se sont formés dans la même religion deux cultes, tous deux appelés Catholiques, tous deux exercés par les mêmes prêtres, ayant les mêmes dogmes, les mêmes rites, la même liturgie, les mêmes instructions, les mêmes usages, les mêmes cérémonies, et que quelques gens assurent être très différents, quoique l'œil le plus attentif et l'esprit le plus pénétrant n'y aperçoivent aucune différence.

» C'est aussi de cette manière que s'est formée une confédération anticonstitutionnaire entre la plupart de ceux qui naissaient essentiellement ennemis de l'Egalité, les prêtres catholiques qui regrettent leurs richesses et leur puissance, ceux dont l'erreur ne tient qu'à l'ignorance ou à la faiblesse, enfin ces citoyens ci-devant obscurs, aujourd'hui respectables et malheureusement en grand nombre dont la bonne foi a été surprise par des manœuvres ou des sophismes. Cette confédération a formé ce qu'on appelle vulgairement le parti de l'aristocratie, et elle a donné à la nation la qualité de schismalique

»Je vois par ma correspondance que les départements s'accordent tous à reprocher aux prêtres non-conformistes de troubler les consciences des gens faibles, de disséminer des principes de discorde, et de s'opposer par des conseils perfides à ce que la conscience publique s'attache aux prêtres sermenlés.

» De nombreux citoyens réclament la liberté des cultes assurée

par les lois, des églises pour les prêtres non assermentés, et le droit de choisir eux-mêmes leurs prêtres. Plusieurs ont offert de les payer. Deux curés se sont mariés et ont publié eux-mêmes leurs bans. Les habitants ont expulsé ces curés qui sollicitent fortement les corps administratifs de les réintégrer dans leurs fonctions. Un curé du Havre a cru pouvoir [aussi se marier. Bientôt après, craignant d'occasionner du trouble , il a donné sa démission. Aujourd'hui il demande de rentrer dans sa cure

» On a peut-être un peu trop brusqué la réunion des paroisses. On ne sait pas à combien d'idées différentes s'allie, dans la tète des habitants des campagnes, leur respect pour leur église et pour le lieu où reposent les cendres de leurs pères. Ce n'est qu'avec le temps et la raison qu'on détruit les superstitions et les préjugés

» Jusqu'à présent je n'ai parlé que des excès attribués à l'intérêt et aux manœuvres des prêtres non sermenlés, et à l'ignorance de ceux dont ces prêtres ont fait des prosélytes. Mais je dois mettre aussi sous les yeux de l'Assemblée quelques faits qui prouvent que les prêtres sermenlés et les

amis du nouvel ordre de choses ne se sont pas toujours contenus dans de justes bornes, et que celte absolue liberté religieuse promise par la Constitution a souvent été violée d'une manière bien coupable ('). Je le dis avec douleur : si d'un côté l'on voit des fanatiques, de l'autre on voit des persécuteurs, et il semble que le sentiment de la tolérance soit effacé de tous les cœurs.

» Je rappellerai l'enlèvement par un huissier et par des hommes armés d'un enfant nouveau-né pour le faire baptiser par les prêtres sermentés, et cet enlèvement, c'était une municipalité qui l'avait ordonné !

» Ou m'a dit que plusieurs personnes avaient été condamnées à de fortes amendes, qu'une autre avait été emprisonnée pour six mois, pour n'avoir pas présenté leurs enfants au baptême dans les églises paroissiales. Assurément on ne peut imaginer une persécution plus odieuse Des cadavres

ont été exhumés du cimetière, traînés nus dans les rues et enterrés dans la place publique, parce que les défunts n'allaient point à la messe du curé conformiste des curés conformistes ont refusé la sépulture à des personnes non-conformistes qui n'allaient point a leurs messes et ne les avaient point fait appeler pour leur administrer les sacrements.... des habitants ont été chassés d'une église où l'ancien curé disait la messe et ont ensuite été attaqués dans leurs maisons

» Les fonctionnaires publics doivent se garantir de cet esprit d'exagération quelquefois bien respectable dans ses motifs mais aussi bien dangereux dans ses effets, et qui, touchant de trop près à la tolérance des désordres, a aliéné bien des cœurs à la Constitution....

s Je dirai peu de chose sur les sociétés populaires instituées sous le titre d'Amis de la Constitution. Les clubs se sont formés dans un temps où le gothique édifice de notre ancien gouvernement s'écroulait de toutes parts et où conséquemment le véritable esprit public était de tout détruire.

(*) Une lutte entre les deux partis religieux avait eu des suites trèsgraves à Caen, où une sorte de combat s'était engagé dans les premiers jours de novembre 1791. Des coups de feu avaient été tirés dans l'église Saint-Jean, évacuée de force par les bayonnetles de deux compagnies de grenadiers et de chasseurs. 11 y eut des morts et des blessés. Quatre-viugtquaire personnes furent arrêtées. Parmi elles étaient MM. d'Hericy, Duperré de Lisle, Achard de St-Manvieux, Achard de Vacognes, de Saffray, de Bois-Jugan ; une consultation très remarquable fut délibérée en leur faveur le 25 décembre 1791 par M. de Séze. Le club de Caen rendit compte de celte affaire au club de Bayeux, par une lettre du 8 novembre qui prouve que cette lutte fut amenée par une cause encore plus politique que religieuse.— Collection de M. le vicomte de Toustain.

» Aujourd'hui tout est reconstruit et le véritable esprit public est de tout conserver. Je crains que les sociétés patriotiques ne soient pas assez pénétrées de cette vérité, et que leur premier esprit n'ait pas autant changé que les circonstances. Je crois qu'elles ont ce grave inconvénient de créer une puissance sans caractère et rivale des autorités constituées et de mettre presque sans réserve la volonté de la multitude à la disposition de

quelques orateurs Si je ne me trompe l'intérêt de la nation, le plus

grand de ses intérêts, est de conserver sa Constitution telle qu'elle est, de s'y rallier, de s'en faire un rempart pour l'opposer à ses ennemis et de ne pas souffrir que l'on y porte la moindre atteinte. Le salut public est là. Il n'est que là, et le chercher ailleurs serait folie ou crime... ah ! plutôt que d'ébranler cet arbre majestueux que la sagesse de nos premiers législateurs a tiré du néant au milieu des orages, entourons-le de nos respects : protégeons le développement de ses rameaux, et craignons que le souffle violent des passions ne l'agite avant qu'il n'ait pu s'affermir par de profondes racines ? »

Ce langage qui accuse un caractère courageux et un esprit cultivé, qui présentait le tableau des excès de tous les partis, qui leur adressait aux uns et aux autres des reproches et des leçons, blessa surtout les amis de la révolution, accoutumés à dominer le pouvoir, et dont l'intolérance s'exerçait sous le manteau de la liberté. En signalant les dangers des clubs , leur incompatibilité avec l'existence d'un gouvernement régulier, le ministre tendait a briser l'instrument le plus puissant avec lequel étaient entretenus le désordre et l'anarchie. Le parti de la Gironde composé d'hommes dans l'ardeur de l'âge, doués d'une rare intelligence et d'une éloquence plus rare encore, autour duquel se groupaient les députés les plus remarquables par leurs talents, ambitieux, impatient, voulait pour l'un des siens le ministère de l'intérieur où venaient aboutir tous les fils politiques du gouvernement. C'était le moyen de conquérir la prépondérance et le pouvoir, et de marcher plus rapidement au triomphe de ses projets. Le compte rendu par Cahier de Gervillc devint le texte de

ses attaques, et il excita contre lui les passions des clubs et de la presse patriotique.

Des divisions existaient dans le sein du ministère. Autour de son trône chancelant Louis XVI, moins heureux en cela que Charles Ier, n'avait pu réunir des ministres unis dans les mêmes pensées politiques quoique animés des mêmes sentiments de dévouement et de fidélité. Deux hommes y dominaient avec des nuances différentes, — Bertrand de Molleville, ministre de la marine, plus dévoué aux opinions de la cour qu'attaché à la Constitution que ses fonctions l'obligeaient a faire exécuter et a défendre, — Narbonne, ministre de la guerre, jeune, passionné, d'un caractère déterminé, affectant beaucoup de patriotisme, et professant pour la Constitution un culte qu'il ne séparait pas de son dévouement personnel au Roi.

Cahier de Gerville remplissait ses fonctions dans le même esprit que Narbonne; mais moins jeune, déjà désabusé, il n'avait ni la même ardeur ni le même enthousiasme , et ne rêvait pas les mêmes projets. 11 crut que la maturité de sa raison, et l'austérité de ses principes lui permettraient de tenir la balance égale entre ses deux collègues.

Cet essai de juste milieu fut sans succès, et n'eut d'autre résultat que de lui aliéner l'esprit de Bertrand de Molleville qui depuis ne put oublier que dans la lutte entre lui et son rival les sympathies de Cahier de Gerville étaient en faveur de Narbonne. Tous deux quittèrent le ministère.

D'un autre côté Delessart, ministre des affaires étrangères, était mis en accusation par Brissot qui lui reprochait sa faiblesse et son inhabileté dans les négociations diplomatiques avec la cour de Vienne. Duport du Tertre, ministre de la justice , poursuivi par les clameurs de la Gironde , avait déjà donné sa démission.

Attaqué également par la Gironde, en face d'une assem-

blée où les passions commençaient a acquérir un empire absolu, et dans laquelle chaque jour lui enlevait un appui, Cahier de Gerville, malgré la rudesse apparente de son caractère ne se crut pas capable de soutenir la lutte violente dont il était menacé. Prenant pour prétexte l'altération de sa santé, il déclara au Roi qu'il ne pouvait conserver son portefeuille.

Il est vraisemblable que le Roi fit, de son côté, peu d'efforts pour le retenir. Dans une circonstance grave il avait alarmé la conscience de Louis XVI troublée par les questions relatives au serment des ecclésiastiques. Voulant sans doute faire taire les malveillants et convaincre le peuple de l'attachement du Roi à la Constitution, Cahier de Gerville lui proposa un jour de composer sa chapelle et celle de la Reine de prêtres constitutionnels. A cette ouverture faite en plein conseil de ministres, le Roi lui répondit avec une énergie qui ferma la bouche a Cahier de Gerville : « Non , » Monsieur, non ; ne m'en parlez pas. Qu'on me laisse tran- » quille sur cet article. Quand on a établi la liberté du culte, » on l'a rendue générale. Je dois par conséquent en jouir (l).»

Sa démission ne fut point cependant acceptée de suite. Les événements extérieurs rendaient nécessaire de pourvoir avant tout au ministère des affaires étrangères que l'accusation contre Delessart laissait vacant. On conseilla au Roi d'appeler à ce poste important le général Dumouriez. On craignait des hésitations de la part de celui-ci qui n'était pas présenté par les Girondins et qui regrettait d'abandonner l'armée du Midi dont il avait le commandement. « Cahier de » Gerville, dit Dumouriez, homme d'un civisme pur et sage » et en qui le Roi avait une juste confiance », fut chargé par Louis XVI de le pressentir (2). Il s'acquitta de sa mission, re-

(') Mémoires deMmt Campan.—T. II, p. 206. (-) Mémoires de Dumouriez.— T. II.

porta au Roi les incertitudes de Dumouriez, et fut entin chargé de lui donner l'ordre d'accepter, ce à quoi Dumouriez se détermina trois jours après.

Cahier de Gerville quoique démissionnaire n'avait point encore quitté le ministère lors du premier conseil tenu par le Roi en présence de Dumouriez. Le nouveau ministre donna lecture des premières dépêches par lui adressées aux puissances étrangères et aux ambassadeurs. Le Roi paraissant satisfait de leur ton et de leur forme , Cahier de Gerville lui dit : « Sire, voilà comment les ministres doivent toujours » parler et écrire au nom du Roi (*).» Ce furent les dernières paroles qu'il adressa à ce Monarque.

Le lendemain les Girondins avaient porté à sa place Roland dont le rigide républicanisme et sa déférence [pour sa femme, supérieure a son mari qu'elle dirigeait, hâtèrent la ruine de la Monarchie.

En annonçant à l'Assemblée le choix des nouveaux ministres le Roi rendit hommage à Cahier de Gerville et a ses collègues en les désignant comme des « hommes que l'honnê- » teté de leurs principes et de leurs opinions rendait recom- » mandables , mais qu'il croyait devoir remplacer par des » hommes accrédités par leurs opinions populaires. »

Si l'on s'en rapportait au témoignage de Bertrand de Molleville, Cahier de Gerville se serait montré pendant son ministère Républicain ardent, détestant les Rois, ennemi de toutes les religions, et n'aimant point la Constitution qu'il 06servait cependant avec exactitude. Evidemment Bertrand de Molleville conservait du ressentiment contre Cahier de Gerville de la part que ce dernier avait prise dans sa lutte contre Narbonne, et ce jugement en porte la trace. Comment d'ailleurs concilier ce langage avec la justice qu'il lui rend ailleurs de

(') Mémoires de Dumourie:-.—T. II.

n'avoir cessé de rendre hommage aux vertus de Louis XVI?

Avant de rentrer d'une manière complète dans la vie privée, Cahier de Gerville crut devoir laisser un dernier monument de son passage au pouvoir. Il publia un exposé de sa courte administration qui n'avait duré que cinq mois (du 27 novembre 1791 au 24 mars 1792 <*)) et ne tarda pas a quitter Paris que tant de massacres allaient bientôt ensanglanter (2). Il vint se fixer à Bayeux, dans sa ville natale où ses parents vivaient encore. Son père, dont le nom figure au nombre des cinq Bourgeois notables qui signèrent au nom de leur corporation la demande adressée au Roi le 10 décembre 1788 (3) pour obtenir le doublement du Tiers, venait d'être élu président du tribunal de commerce de cette ville, et malgré son grand âge avait consenti h accepter ces fonctions.

Disparu de la scène politique, Cahier de Gerville s'ensevelit dans une profonde retraite. Les habitants de Bayeux voulurent l'en faire sortir, en lui confiant l'administration de leur ville. Le 27 novembre 1792 jour qui par une singularité du sort était le premier anniversaire de celui où le ministère de l'intérieur avait été placé dans ses mains, ils l'élurent spontanément Maire de la ville de Bayeux (4). Il crut devoir décliner cet honneur soit qu'il considérât ces fouctions comme trop modestes, et au-dessous du théâtre dont il venait de descendre, soit plutôt que sa traversée orageuse à travers les grandes affaires du pays lui eussent rendu nécessaire le calme

(') C'est le jour où Roland prêta serment.— Mémoires de Mme Roland.— T. I«, p. 308.

(2) Les habitants de Paris lui conservèrent un souvenir, car lors de la nomination du maire de Paris en octobre 1792, il obtint un nombre de suffrages considérable dans la population parisienne.

(3) V. page 96.

(*) En remplacement de M. Duhamel de Vailly.

de la vie privée (*). Cependant son goût pour l'étude et ce besoin d'activité qui poursuit l'homme laborieux condamné au repos, le portèrent a offrir ses services a la commission établie a Bayeux pour sauver du vandalisme les bibliothèques et les objets d'art confisqués. Ils furent accueillis avec empressement, et a partir du 12 frimaire an n (2) on vit chaque jour l'ancien ministre du Roi courbé avec une assiduité exemplaire sur des tas de livres poudreux, les cataloguer, déchiffrer leurs titres et les ranger par ordre.

Il fut détourné de celle paisible occupation qui convenait à ses goûts par la terrible loi des suspects. Un homme de son importance ne pouvait échapper aux défiances du comité de salut public. Les représentants du peuple Bouret et Frémanger, dont nous parlerons plus tard, étant venus a Bayeux dans le cours de germinal an n, décernèrent immédiatement un mandat d'arrêt contre lui. On apprit qu'il était réfugié dans une maison honorable où il avait trouvé un asile secret. Une perquisition faite au milieu de la nuit allait le livrer aux sbires qui le poursuivaient sans le dévouement de quelques amis qui favorisèrent sa fuite. La ville et la société populaire s'émurent de cette perquisition. Il avait donné trop de gages a la Révolution pour qu'au sein du club de Bayeux il ne trouvât pas quelque défenseur, au moins parmi les hommes modérés que la peur avait affiliée à cette société. Une voix amie (3J y peignit ses services, son dévouement à la République, et il fut arrêté que deux frères se rendraient près des représentants du peuple pour réclamer

(') Il fut remplacé par M. de Boisdelle de Feuguerolles.

(2) Registre des arrêtés de la Commission. P. 78.

(5) M. Laiouette, devenu Sous-Préfet de Bayeux en 1800, et membre du Corps législatif, auteur des Eléments de l'administration pratique, et d'un ouvrage de pensées morales intitulé : Mœurs, décédé le 19 mars 1829.

la main-levée du mandat d'arrêt. La pétition fut adoptée à l'unanimité par la Société et par tous les citoyens et citoyennes des tribunes (*). Deux jours après Fremanger avait révoqué, mais provisoirement seulement, l'ordre d'arrestation (*).

Cahier de Gerville crut devoir un hommage a cette puissante société populaire dont l'intervention venait de lui être si précieuse, et le 27 germinal il se présenta dans son sein, monta a la tribune et lui adressa l'expression de sa reconnaissance. Le président lui répondit dans des termes dont la société entière et le peuple des tribunes se montrèrent satisfaits. Il fut invité aux honneurs de la séance, et reçut du président l'accolade fraternelle (3 h Ce ne fut toutefois qu'à la fin de floréal que le Comité de sûreté générale confirma la levée du mandat d'arrêt (*).

Il ne jouit pas longtemps du repos qui suivit la mort de Robespierre, car atteint d'une fièvre miliaireb laquelle les angoisses politiques et morales qu'il avait subies ne furent pas étrangères, il succomba à l'âge de 44 ans, le 26 pluviôse an iv (janvier 1795), ne survivant que quatre mois à son vieux père. Au mo ns l'existence de celui-ci avait été pleine, car il avait dépassé sa 82e année. Mais la vie des hommes politi-

(') Séance du 17 germinal an h.

(a) Arrêté du 19 germinal an h.

(3) Séance du 7 floréal an n.

(4) L'or ne fut pas étranger à ce succès. Une bourse pleine de louis avait été remise à un homme honorable, M. Gardin-Néry, pour faire les démarches nécessaires afin d'obtenir à tout prix la liberté de M. de Gerville.

M. de Gerville allant exprimer à M. Néry sa reconnaissance remit au fils de celui-ci, alors âgé de six ou sept ans, une jolie paire de petits canons en cuivredoré en lui disant : « Si des jours plus heureux nous sont réservés, je » me charge, mon enfant, de votre avenir. En attendant acceptez ces petits » canons. Ils me viennent de la Reine. Ils ont le mérite d'avoir servi aux > amusements de M. le Dauphin.» Ces canons sont religieusement conservés par M. Néry fils qui les a encore en sa possession.

ques s'use vite au milieu des agitations et des anxiétés des temps de révolution.

Cahier de Gerville mourut célibataire et son nom s'éteignit avec lui.

Ses restes furent transportés dans un coin ignoré du cimetière de la paroisse Saint-Exupère, sans pompe, sans cérémonie religieuse, comme cela se pratiquait alors, accompagné d'un petit nombre d'amis à peine rassurés sur leur liberté ou sur leur existence. Nulle pierre, nul signe extérieur ne révèlent le lieu où reposent, dans sa patrie, les cendres d'un homme qui occupa l'un des premiers emplois du gouvernement de son pays ('). Dans l'acte dressé pour constater sa mort, on chercherait en vain la désignation des fonctions ou des titres qui signalèrent son passage sur la terre (2). Qu'importent après tout les agitations de la vie et les distinctions sociales de celui qui a franchi le seuil de l'éternité!

Hi motus animorum, at que liœc certamina tanta Pulveris exigui jactu compressa quiescent.

Virgile.

« Tous ces grands débats, toutes ces agitations des esprits » et des cœurs, un peu de poussière qu'on jette les étouffe, et » en voila pour jamais ! »

(') Le portrait de M. Cahier de Gerville a été donné au Musée de la ville de Bayeux, pendant l'impression de cet ouvrage.

(*) Du 27 ptUviose an IV. — Acte de décès de Bon-Claude Cahier de Gerville, âgé de 44 ans, fils de feu Gabriel Cahier et de Madeleine Hélye, décédé hier, et transporté dans le cimetière de Saint-Exupère. — Reg. de l'Etat civil de Bayeux, an IV.

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