LE BARON FELIX DE WIMPFEN
Considérations générales. — Famille. — Éducation. — Entrée au régiment de Deux-Ponts. — Grade de capitaine an régiment de la Marck.
Les luttes religieuses que le xvie siècle avait soulevées dans la ville de Baveux et qui l'avaient couverte de ruines, ne laissaient plus de traces ; a peine la guerre de la Ligue y avait été signalée par quelques conflits : celle de la Fronde n'y avait causé qu'une émotion légère dont ne s'étaient ressentis ni l'ordre, ni l'abondance, ni la sécurité du pays. Le long et glorieux règne de Louis XIV qui avait succédé à ces agitations s'était écoulé dans le calme qui accompagne l'exercice d'une autorité forte et incontestée.
La première moitié du xviii8 siècle vit tout a la fois les
désordres du règne de Louis XV, et le commencement d'une réaction passionnée contre les institutions du passé. La littérature, écho des idées philosophiques, s'emparant de toutes les questions politiques et sociales, et les agitant avec plus d'audace que de prudence, vint remuer les esprits sous le prétexte de les éclairer. Ce fut alors que les Parlements s'engagèrent contre l'autorité royale dans une lutte sourde d'abord, et bientôt éclatante. LouisfXV crut, en les frappant, restaurer le pouvoir ébranlé par eux, et la ville de Bayeux vit s'élever dans son sein, en 1771, un Conseil supérieur sur les ruines du Parlement de Normandie.
J'ai raconté ailleurs (') cette révolution judiciaire dont les résultats pouvaient être immenses pour cette ville , érigée tout-a-coup en ville de premier rang, et où ne s'était point entièrement effacé le souvenir de l'établissement parlementaire des Grands Jours de 1540 H. Ce grave événement marqua pour elle d'une manière notable les débuts de la seconde moitié du xvnr9 siècle, et il aurait exercé sans doute une influence incalculable sur sa prospérité si cette institution fût devenue permanente. Mais a son avènement a la couronne Louis XVI, entraîné par le courant de l'opinion publique, rappela les Parlements, et Bayeux qui, du reste, avait accueilli sans transports le nouvel établissement judiciaire, par un aveuglement, que la passion politique peut seule expliquer, le vit tomber avec enthousiasme. Toutefois la physionomie générale de la ville, ses habitudes de société, ses mœurs publiques et privées conservèrent de ce Parlement au petit pied qui y siégea pendant trois années, une empreinte qui ne s'est jamais effacée.
On put reconnaître déjà les premiers signes de la tempête qui grondait contre la monarchie. La guerre d'Amérique qui montra les drapeaux du roi de France marchant au secours
(') Essais sur l'administration de la justice dans le Bessin. Par M.Pftzet.— P. 217 à 251.
(s) Id. V. \M à 14G.
de républicains insurgés, les épisodes de cette guerre donnant un nouvel essor aux idées modernes, annonçaient que la fin du xvme siècle verrait s'ouvrir l'arène où les intérêts du passé combattant contre les passions novatrices du présent se livreraient de rudes chocs.
Avant de retracer la part que prit la ville de Bayeux à cette commotion qui , comme un vent d'orage, balaya les institutions séculaires qui faisaient son éclat et sa richesse , nous consacrerons ces premières pages a l'histoire de la famille et de la carrière militaire et politique du général de Wimpfen, dont le nom figurera souvent dans ces récits.
Cette investigation rétrospective a un caractère d'utilité historique; car si les événements influent sur la destinée des hommes, les hommes a leur tour donnent aux événements leur caractère et leur impulsion. Nul homme politique ne peut d'ailleurs s'isoler des circonstances de sa naissance, de son origine, de sou éducation ; elles pèsent sur sa destinée ou la lui rendent légère. L'histoire des familles ressemble à celle des peuples qu'on ne peut séparer de ce qui les a précédés.
Le général de Wimpfen, ainsi qu'on aura l'occasion de le remarquer, imbu des idées aristocratiques, quoique indulgent pour les idées réformatrices, n'échappa point dans le cours de sa carrière à cette lutte du sang contre l'opinion qui expliquera plus d'une contradiction apparente de sa vie.
Félix-Louis de Wimpfen naquit le 5 novembre 1744 à Minfeld, ou Minfelden, petite ville d'Alsace, sur l'Otterbach, dépendant du diocèse de Spire.
Quoique l'Alsace eût été réunie à la France par le traité de Munster en 16i8, et que par celui de Nimègue, en 1679,
4 — le droit de la souveraineté fût , sans réserves , attribué au Roi, les Princes et les Evêques d'Outre-Rhin avaient conservé sur cette province des droits et des possessions qui, jusqu'à la Révolution, lui maintinrent son ancienne physionomie allemande. C'est ainsi que Minfelden, ville située en Alsace, n'en était pas moins une dépendance de l'évêché de Spire, situé hors France, de l'autre côté du Rhin.
La famille de Wimpfen était fort ancienne. Elle lirait son origine d'une petite ville impériale d'Allemagne, sur le Neker, dont elle avait pris le nom, Wimpfen. Son nom originaire paraît être Heereman. Elle faisait remonter son illustration et sa noblesse a Sigismond Heereman qui s'était signalé par sa bravoure et ses vertus guerrières dans les campagnes que l'empereur Charles IV avait faites en Italie. Il avait mérité d'être créé en 4 373 chevalier de l'Empire Germanique. Ce fut lui qui le premier de sa famille prit le titre de Baron. Il mourut a Prague vingt ans après, dans les dernières années du xivc siècle.
Sigismond Heereman avait eu plusieurs fils qui s'établirent dans les diverses contrées de l'Allemagne, en Souabe, en Franconie , dans le Palatinat, en Alsace, et qui servirent à différents litres les Princes de ces Etals. Pendant les troubles religieux excités par le protestantisme, une branche de celte famille embrassa le luthérianisme ;, l'autre branche , celle à laquelle appartenait Félix-Louis, resta fidèle à la foi de ses pères, dans celte Allemagne même où la réforme était née. L'un des arrière petit-fils de Sigismond, Jean de Wimpfen, s'était établi dans la préfecture provinciale de Haguenau où il gérait la charge de Stettmcstre, fonction équivalente à celle des échevins de nos anciennes cités.
Une certaine importance était attachée a cette fonction héréditaire, parce que Haguenau étant une ville libre et impériale, formant comme Strasbourg une petite république ad-
mînistrée par elle-même, jouissait de la supériorité territoriale, et avait voix et séance à la Diète pour l'élection de l'Empereur d'Allemagne.
Les fils de Jean conservèrent cette charge héréditairement pendant plusieurs générations, et l'aïeul de Louis-Félix y joignit le titre également héréditaire de Conseiller et grand bailli de Gutlemberg, qu'il résigna en 1719, vu son grand âge et ses infirmités a son fils Jean-Georges, à l'occasion du mariage de celui-ci.
Ce Jean-Georges de Wimpfen fut le père de Félix-Louis. Il avait épousé en 1720 Dorothée-Mazille de Fouquerolles. Au titre héréditaire de grand bailli de Guttemherg, vint s'ajouter celui de gentilhomme du roi de Pologne, Stanislas Ier. Son mariage fut fécond, car il en naquit dix-huit enfants dont sept fils. Plusieurs des filles entrèrent dans des couvents. L'une d'elles, sœur du général de Wimpfen, épousa en 1749 Philippe-François de la Tour-Foissac, capitaine au régiment d'Alsace, d'une ancienne famille de Guyenne , et fut l'aïeule du général la Tour-Foissac , ancien officier-général de la garde royale, dont le nom consacré par la mission honorable que près de descendre du trône Charles X lui donna par sa lettre d'abdication, est légué désormais a l'histoire (7.
Les sept fils suivirent diverses carrières; l'un d'eux devint chambellan du duc de Deux-Ponts; un autre chanoine de l'église de Wissembourg; un troisième, colonel au service de l'empereur d'Allemagne, fut en même temps chambellan de S. A. E. le duc de Wurtemberg, et enrichi par ce dernier pour les fidèles et utiles services rendus au Seigneur-Duc
(') Je charge le lieutenant-général vicomte de Foissac-Latour de vous remettre cette lettre. Il a ordre de s'entendre avec vous pour les arrangements à prendre en faveur des personnes qui m'ont accompagné, ainsi que pour les arrangements convenables pour ce qui me concerne et le reste de ma famille.— Lettre du roi Charles X an duc d'Orléans.— Le vicomte de Latour-Foissac est mort dans la retraite au mois de mars 1855.
par la famille du baron de Wimpfen [').
Qualre autres fils entrèrent au service de France, se montrèrent dignes d'un glorieux avancement, et chose peut-être sans exemple dans les fastes de nos familles militaires ! on les retrouve au moment de la Révolution tous les quatre officiersgénéraux dans les armées françaises (s).
Il vint un moment où les deux aînés des frères de Wimpfen , Stanislas-Gustave-Louis, chambellan du duc de Deux- Ponts, et Pierre-Christian, commandeur de l'ordre de Saint- Louis et colonel commandant du régiment d'infanterie allemande de La Marck au service de la France, crurent de leur intérêt et de celui de leur famille de réclamer un privilège, qu'ils avaient jusques-là négligé, celui de se faire incorporer à la noblesse franche et immédiate de l'Empire.
Ce privilège consacré par les anciens empereurs d'Allemagne et confirmé par Louis XIV après la réunion de l'Alsace à la France, consistait a former, dans l'ordre de la noblesse, une classe à part dont les membres avaient le droit héréditaire d'être Barons, et celui de se faire décorer du titre d'Illustres.
Pour obtenir cette immatriculation il fallait prouver cinq degrés de noblesse y compris celui du postulant, et faute de cette série de degrés, nul, quel que fût l'éclat de ses services, ne pouvait faire partie de cette illustre chevalerie.
La famille de Wimpfen obtint cette incorporation, et le Directeur de la noblesse de la Basse-Alsace écrivait au frère aîné le 19 octobre 1781 : « Vos titres tant ceux que vous
(*) Acte de donation du duc de Wurtemberg du 24 décembre 1763.
(2) On comptait aussi un Louis de Wimpfen, maréchal-de-camp au service d'Espagne, qui prit part à la bataille de Victoria. — Aujourd'hui même un général de Wimpfen, commandant en Crimée une brigade française, était au siège de Sébastopol. Un autre sert dans les troupes autrichiennes; un autre enfin, le général Dagobert de Wimpfen, est mort il y a peu d'années eu retraite, après avoir commandé le département de l'Orne.
» avez produits pour les preuves de noblesse que pour cons- » tater une iiliation suivie ont été avec justice trouvés les uns » et les autres dans la plus grande règle et plus que suffi- » sants pour satisfaire au désir de nos règlements H m.
Appartenant à une famille comptée parmi les plus distinguées de l'Alsace, et dans un pays comme la France, où avant la Révolution la noblesse était, sinon le seul, au moins le premier des titres à l'avancement, Félix-Louis de Wimpfen aurait pu, au besoin, se dispenser de gagner ses grades au tranchant du sabre.
Mais a peine eut-il passé quelques années dans la maison paternelle qu'à l'exemple de ses frères Félix-Louis dut la quitter. Il avait à peine onze ans lorsqu'il abandonna le foyer domestique. Accueilli par le duc de Deux-Ponts , Chrétien IV, protecteur de sa famille, qui levait un régiment pour la France, il fut nommé Enseigne et entra de suite en activité.
Il avait reçu dès sa plus tendre enfance cette éducation sévère et tyrannique particulière à l'Allemagne, qui avait laissé une trace profonde dans ses souvenirs, et dont il fait ainsi le
(') Ces titres d'ailleurs avaient déjà été visés dans des lettres-patentes expédiées le 13 novembre 1658 par l'empereur Léopold. Par ces lettres écrites dans le style redondant des chancelleries allemandes, les anciens services delà famille de Wimpfen sont relevés, et ceux surtout de Jean- Frédéric sont signalés comme rendus en qualité de lieutenent-général tant au service des Empereurs qu'à celui du roi d'Espagne , < dans toutes les
> occasions de batailles, escarmouches, sièges, conquêtes et prises de célè- » bres forteresses, au risque de sa vie, et avec une valeur qui non-seule- » ment lui fait personnellement honneur, mais qui peut encore être citée
> comme un modèle à tous les braves militaires t ; et pour le récompenser ainsi que son frère Jean-Thierry, l'Empereur ordonne :< qu'eux et leurs' » descendants légitimes des deux sexes à perpétuité soient tenus et recon- » nus pour véritables chevaliers libres de l'Empire et aptes à paraître aux
> tournois, en tous temps, et en tous lieux, en toutes affaires tant écclé- » siastiques que séculières,.... et à jouir de tous honneurs et dignités dans , toutes affaires honorables et chevaleresques, en tous combats à outrance, » assauts, tournois, tirs chevaleresques, campagnes de guerre, camps, etc.»
tableau dans un mémoire dont nous aurons plus tard l'occasion de parler :
« Suivez encore aujourd'hui (écrivait-il en 1783) l'éducation allemande. » Vous y trouvez cet ancien esprit de roideur et de force. L'Allemand dans
> son enfance n'est repris que d'un ton dur, et puni que par des coups. Il » n'ose proférer un mot devant son père qu'après qu'il a reçu la permission
> ou l'ordre de parler. II suce enfin avec le lait le respect pour l'autorité et » l'obéissance passive. Aussi est-il silencieux, méditatif, rigide observait teur de la règle et des lois ; aussi avec un jugement droit, tient-il forte- * ment aux préjugés de ses pères.»
Cette éducation plia de bonne heure le jeune Félix-Louis au joug de la règle et de la discipline et lui prépara sans doute les succès de sa carrière militaire. 11 aimait à raconter qu'en le quittant au seuil de la maison paternelle son père lui donna un petit cheval, mit dix écus dans sa poche, et lui dit en l'embrassant et pour dernier adieu : Mon fils, Dieu, l'honneur et la vertu ! que ces trois mots te soient toujours sacrés ! (')
A ce caractère soumis et observateur dû à l'éducation allemande se joignait chez le jeune Félix-Louis un esprit sain , réfléchi , studieux , un goût ardent pour le travail secondé par une vaste mémoire et un sentiment légitime d'ambition. Jeté si jeune dans la vie des camps, il n'avait pu suivre celle des écoles, et ce fut sous la tente, dans les garnisons ou dans les rares loisirs des expéditions militaires si variées auxquelles il prit part, qu'il apprit à former son instruction et son style. On verra bientôt qu'il écrivait avec la même facilité que s'il avait reçu dès son enfance le don d'une éducation soignée, et qu'il possédait ces connaissances étendues et diverses qui révèlent la lecture et l'étude des auteurs classiques.
Le régiment du duc de Deux-Ponts dans lequeî il était entré était alors employé à la guerre de Sept Ans , de sorte
{,*) Cornélius nepos français. An xn. 2e partie.
que ce tut sous le drapeau français qu'il fit ses premières campagnes. Il passa bientôt de ce régiment dans un autre régiment allemand, celui de La Marck, également au service de la France, avec le grade de capitaine. A l'âge de seize ans, il avait déjà fait trois campagnes (■*). Ce régiment fut envoyé en 1768 à l'expédition contre la Corse.
Campagne de Corse. — Motifs de la guerre. — Le capitaine de Wimpfen à Patrimonio. — Grade de chef de bataillon de volontaires. — Combat de Ponte-Nuovo. — Grade de lieutenant-colonel du régiment de La Marck. — Croix de Saint-Louis. — Mémoire sur la Corse.
La guerre qui s'était prolongée depuis plus de trente ans, avec des chances diverses , entre la Corse et Gènes , avait amené cette République à prendre un parti désespéré. Par un traité du mois de juillet 1 768 elle vendit la Corse a la France par le prix de deux millions. Cette vente était une injustice. Les Génois n'avaient pas le droit de vendre ni la France celui d'acheter un sol dont les premiers étaient chassés depuis trente ans et une nation que son courage avait rendue libre. L'illustre Paoli réclama en vain contre un pacte qui disposait de son pays sans le consulter, et employa à lui conserver sa liberté toutes ses ressourses et son énergie.
La France avait un grand intérêt à la souveraineté de cette
(*) Acte ministériel du 12 fructidor an vu.
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îie. Assez puissante pour achever de la civiliser, pour la peupler, la défricher, y faire fleurir le commerce, l'agriculture et les arts, cette possession devait ajouter à sa richesse. Elle pouvait être destinée un jour à devenir d'un grand avantage en cas de démêlés avec l'Italie.
Le duc de Choiseul résolut donc de faire prévaloir ce traité par les armes, et au mois de mai 1 768 le marquis de Chauvelin , ayant Dumouriez pour aide-maréchal-des-logis, fut nommé commandant d'une armée destinée à débarquer en Corse pour assurer par la victoire l'exécution du traité, Cette armée dont faisait partie le régiment de La Marck où Félix de Wimpfen servait en qualité de capitaine, s'élevait de 5 à 6,000 hommes et débarqua au mois d'août.
Le marquis de Chauvelin qui n'avait point fait la guerre depuis longtemps, et avait passé sa vie à la cour, n'avait ni l'habitude ni la connaissance des choses militaires.
Entouré de jeunes gens ardents , inexpérimentés et présomptueux , ses dispositions furent mal prises : les Français dispersés sur des lignes trop étendues et divisés se trouvaient faibles partout. Ils furent battus successivement et en détail. Leur camp fut forcé à la suite d'une attaque opiniâtre de dix heures, et Borgo, où ils s'étaient fortifiés, fut enlevé sous les yeux du général en chef l1). Paoli fut admirable d'énergie et de courage, et son crédit s'augmenta par ce brillant succès.
A la nouvelle de cet échec le marquis de Chauvelin fut rappelé, et le commandement passa a M. de Marbeuf , qui proposa a Paoli, malgré l'avis de Dumouriez et du comte de Narbonne, une suspension d'armes, (*) de part et d'autre assez mal exécutée.
Les Corses en effet avaient organisé une conspiration habilement préméditée. 11 ne s'agissait de rien moins que d'attaquer
(s) Le 5 septembre 1768.
à la fois tous les quartiers des Français, et de faire égorger par leurs hôtes six bataillons qui sur la foi de la convention hivernaient à Olelta. Ce dernier mode de destruction qui sympathisait a merveille avec les mœurs corses échoua ; mais il n'en fut pas de même de l'attaque générale. Le bataillon du régiment de La Marck dont faisait partie le capitaine de Wimpfen, était campé à Patrimonio. Il fut subitement surpris, enlevé et fait prisonnier. Hcureurement il fut bientôt repris et attendit impatiemment le moment de se venger à son tour. Cette surprise de quartiers d'hiver et cet enlèvement du bataillon de La Marck furent considérés comme un coup des plus hardis et des plus heureux.
Le duc de Choiseul voulut réparer avec vigueur l'affront fait à nos armes. Aux vingt-deux bataillons qui composaient l'armée confiée au marquis de Chauvelin , il en ajouta vingt autres, et le commandement de toutes ces troupes, formant 22,000 hommes, fut donné au comte de Vaux, lieutenantgénéral, qui débarqua à Sanfiorenso le 2 avril 1769.
On ne pouvait faire un meilleur choix. Le comte de Vaux était observateur zélé de la discipline, sévère, mais juste.
L'un de ses premiers soins fut, après avoir rétabli l'ordre dans cette armée, d'organiser des compagnies de volontaires choisis parmi les meilleurs officiers et soldats de chaque régiment, capables de faire la guerre de montagnes, moins variée, mais plus rude que celle du pays de plaines. Le jeune capitaine Félix de Wimpfen fut placé à la tête d'un de ces bataillons de volontaires et c'est avec cette troupe d'élite et comme chef de bataillon qu'il fit la nouvelle campagne de 1769, sous les ordres et sous les yeux d'un chef de formes et de vertus antiques.
Les moyens dont disposait le général de Vaux étaient tel—
(') Mémoires de Dumouricz. T. I. ch. iv.
lement puissants que la résistance ne put être longue. Les Corses se battaient bien, mais partout ils étaient en nombre trop inférieur.
Le général de Viomesnil, à la tête de ces 800 volontaires, réputés les plus braves, eut une brillante affaire sur le sommet de la montagne qui dominait l'abbaye de Merosaglia dans laquelle Paoli se reposait, et où il faillit être prisonnier. Mais le plus grave et le seul sanglant combat fut celui du 5 mai a Monle-Nuovo où les Corses ardents a l'attaque et intrépides jusqu'à la témérité , surprirent les volontaires commandés par de Wimpfen et culbutèrent trois bataillons de grenadiers qui venaient les secourir. Bientôt ces troupes reprirent l'offensive, manœuvrèrent de manière à placer les Corses, qui n'étaient que 1,500, entre deux feux, les chassèrent de leur position, les culbutèrent, et de ces braves plus d'un tiers périt ou se noya dans la fuite ou la retraite (f).
Après cette défaite Paoli, sans espérance, quitta la Corse et passa en Angleterre, laissant dans le monde le bruit glorieux de son nom, et devenant dans sa patrie l'objet d'un culte qui se confondait avec celui de l'indépendance et de la liberté. Ce fut le duc de Lauzun, devenu plus tard le général républicain Biron, qui vint donner au roi Louis XV les détails de la conquête de la Corse et lui proposer les avancements et les décorations mérités par. ceux qui en avaient assuré le succès. A la tête de ses volontaires d'élite, le chef de bataillon de Wimpfen avait pris une grande part a ces divers combats. Sa valeur et ses qualités militaires avaient été remarquées de ses chefs. La Croix de Saint-Louis et le grade de Lieutenantcolonel dans le même régiment où il avait combattu, en furent la récompense.
(') Napoléon Bonaparte naquit cotte année même, le 16 août 1769, quelques jours après le combat de Ponte-Nuovo, qui (ut le dernier.
Pour rendre durable la conquête d'un pays dont les habitants pleins de courage et d'audace ont adopté cette loi que Senèque leur reprochait déjà de son temps -.prima est ulcisci lex, il fallait bien laisser quelques troupes d'occupation.
Le régiment de La Marck commandé par le lieutenant-colonel de Wimpfen, fit partie de ces troupes qui restèrent sous le commandement du général comte de Marbeuf.
Ce séjour ne fut point inutile au baron de Wimpfen. Il mit à profit pour son instruction les loisirs du repos. Son temps fut employé à étudier les mœurs , l'esprit de ce peuple et le parti que le gouvernement pourrait tirer de sa conquête. De la même main avec laquelle il avait gagné sa croix et son grade il écrivit un mémoire, fruit de ses observations, qu'il intitula : Aperçu d'un projet sur l'île de Cor se , et que plus tard i) adressa a' M. le duc de Nivernais.
Ce mémoire est trop long pour être publié en entier. D'ailleurs il a perdu aujourd'hui l'intérêt d'actualité qu'il pouvait inspirer. Il est bon cependant d'en donner un extrait, parce que ce premier mémoire reflète déjà le caractère plein de vigueur et de ressort qu'offrira la carrière du baron de Wimpfen.
Il commence ainsi :
« César disait de Pompée : Ce général sait battre, mais il ne sait pas vaincre. J'applique celte profonde pensée à un gouverneraent qui épuise ses ressources pour arracher la victoire et s'endort sur ses conquêtes.»
« Je cherche vainement dans les annales de ce siècle l'avantage que la Franco a retiré de tant de sanglantes guerres, je n'y trouve que les noms de quelques généraux célèbres. Cependant la raison et l'humanité crient d'une commune voix : L'art de la guerre est un art réciproquement destructeur quand la sage et prévoyante politique n'éclaire point sa marche, et ne suit point ses triomphes.»
« Je dis ceci à propos de l'île de Corse dont la conquête a coûté si cher f t qu'on néglige si fort que l'on ne s'occupe pas seulement de s'en assurer, et dont cependant on pourrait faire une des plus florissantes provinces.
C'est de ces deux objets que je vais m'occupcr.»
L'auteur examine le caractère du Corse qu'il peint perfide, inconséquent, paresseux.
t A quoi, dit-il, doit-on s'attendre d'un peuple qui a successivement trompé ses différents souverains? Lorsqu'à la première guerre en Allemagne on se trouvera obligé de dégarnir les pays méridionaux, n'est-il pas évident que l'Angleterre y fomentera une révolte, lui enverra des secours d'argent, d'armes et de munitions, et peut-être même d'officiers et de troupes ? Ne se repentira-t-on pas alors d'y avoir levé, armé, discipliné, un levain d'ennemis, sous le nom de Régiment provincial Corse, qui deviendra aussitôt le point d'appui et d'encouragement des révoltés.»
En conséquence le lieutenant-colonel de Wimpfen propose la suppression de ce régiment, son incorporation dans des régiments français, et son remplacement par des régiments allemands sous le nom de Corps germanique.
t Ce corps aura la faculté d'acheter ou de prendre à bail emphytéotique des terrains pour les défricher. Il paiera ces terrains avec des retenues de soldes ; de sorte que ces régiments allemands formeront des troupes de soldats colons.
» Ces colons-germains rempliront ainsi toutes les vues du gouvernement. A la fois agriculteurs et soldats ils sauront défendre et cultiver leurs possessions. Ils sentiront qu'ils ne peuvent s'y maintenir qu'en restant fidèlement attachés au maître dont ils les tiennent.... Ce corps devra être commandé par un officier -général de cette nation. Cet officier devra réunir les vertus et les talents nécessaires pour une opération d'une aussi vaste importance que celle de créer un pays. 11 devra avoir l'estime et la confiance de sa troupe, joindre la justice à la fermeté, et connaître parfaitement tous les détails de l'administration intérieure du régiment, ainsi que ceux de l'économie rurale. »
On est quelque peu tenté de se demander si ce n'est pas lui que le baron de Wimpfen a en vue quand il fait ainsi le portrait de l'officier supérieur allemand auquel serait confiée cette importante mission.
Pour l'exécution de ce projet tout est prévu avec un soin minutieux : la solde, les conditions de l'achat, l'habillement,
l'armement, les recrues, etc., tous les détails sont l'œuvre d'un homme éminemment pratique.
« Si jamais, dit-il, ce plan est accepté, on sera surpris de la facilité de son exécution. Les Romains envoyaient des soldats peupler leurs colonies qui ont constamment prospéré. En suivant leur exemple, on verra avant trente ans la Corse qui ne paraît qu'un stérile rocher, devenir une des plus florissantes provinces. L'industrie y établira des manufactures, le pays étant susceptible de produire des soies en quantité, et des laines d'une espèce inconnue ailleurs. L'œil perçant de l'intérêt y découvrira des mines. Les moissons y sont abondantes. En peu de temps l'huile de Corse le disputera à celle de Provence. On y fera des vins aussi délicieux que ceux d'Espagne, puisque celui qu'on y boit aujourd'hui en approche beaucoup, quoiqu'on n'y apporte ni art, ni soin. Tout cela éclora successivement pourvu toutes fois que le fisc n'y porte pas sa main avide et destructive, que l'on soit constant dans le principe et patient. Une opération de cette nature exige de la suite et du temps.»
On retrouve dans ces colons-germains, dans ces agriculteurs-soldats, cette idée de la colonisation ense et aratro, qui fut le fondement des essais tentés de nos jours par le maréchal Bugeaud dans notre colonie africaine.
Ce système repose sur cette théorie facilement adoptée par tous les gens de guerre qu'une armée qui contient des hommes de tous les états, de toutes les professions de la société, liés par une discipline vigoureuse, allant sous les ordres d'un chef habile a la manœuvre de la charrue comme a la manœuvre d'une école de bataillon, porte en elle tous les éléments d'une société et peut se suffire a elle-même.
L'expérience faite en Algérie semble avoir démontré que le mode de colonisation par la charrue et par l'épée ne peut être employé que pour pourvoir aux besoins les plus pressés, et que l'organisation municipale est le couronnement de l'installation européenne sur une terre acquise par les armes, et que le travail achève de conquérir.
Ce qui pouvait être tenté pour l'Algérie n'aurait pu d'ail -
— loueurs être essayé pour la Corse, pays depuis longtemps habité par des populations qui étaient loin d'être dans un état primitif. Aussi le projet du baron de Wimpfen sembla moins avoir été de coloniser, que de tenir en respect une population remuante et difficile.
Ce mémoire qui n'a point été imprimé, fut remis en 1776 par le baron de Wimpfen à M. le duc de Nivernais, et lui avait été probablement demandé par ce diplomate , ancien ambassadeur près du grand Frédéric et l'un des hommes les plus spirituels et les plus aimables de son temps. Quel usage le duc de Nivernais fit-il de ce mémoire ? C'est ce qui est resté inconnu.
La paix à l'avènement de Lonis XVI. — Relations du baron de Wimpfen avec le comte de Saint-Germain, ministre de la guerre. — Son opposition à la suppression de la maison militaire du Roi. — Son adhésion à la punition par les coups de plat de sabre. — Son indignation contre l'abus de cette punition.
La disgrâce du duc de Choiseul , le 24 septembre 1770, suivit de près la conquête de la Corse. La France n'avait alors aucune guerre extérieure à soutenir, et les dernières années de Louis XV se passèrent dans une lutte moins glorieuse mais bien autrement difficile contre les Parlements, dont l'opposition anima l'effervescence des esprits. La paix était générale lors de l'avènement de Louis XVI le 17 mai 1774.
Il semblait qu'a ce moment l'ardeur belliqueuse de la nation française se fût affaiblie. Ce n'était pas cependant que le
goût et l'amour des épaulettes se fût éteint, car pour une armée s' élevant a peine alors à 386,000 hommes de toutes armes, la France comptait et payait un état-major de plus de 1,200 officiers généraux. Ces grades et ces épaulettes n'étaient guères qu'un vain simulacre. Si l'on en croit les mémoires du temps les mœurs de la cour étaient si opposées au génie de la guerre qu'un colonel, un officier général ne pouvait s'y présenter en uniforme, et l'étiquette exigeait qu'il se dépouillât des insignes de son grade pour revêtir l'habit de soie brodé en paillettes.
Le comte de Saint-Germain fut appelé au ministère de la guerre le 26 octobre 1775. Ce nouveau ministre jouissait d'une grande réputation. Il avait servi l'impératrice Marie- Thérèse en Hongrie contre les Turcs, était devenu feld-maréchal au service de Bavière , puis rappelé en France par le maréchal de Saxe , il avait sauvé les débris de l'armée française après la bataille de Rosbach, et pris part d'une manière brillante et quelquefois heureuse aux combats qui suivirent cette fâcheuse journée. La rudesse et la franchise avec laquelle il s'exprimait sur les fautes de cette campagne lui avaient attiré de puissants ennemis, et avaient déterminé sa retraite, pendant laquelle une banqueroute le réduisit presqu'à la misère.
Les officiers des régiments allemands au service de France, informés de sa triste position, se cotisèrent pour lui faire annuellement une pension de 16,000 livres. Ce témoignage affectueux des officiers allemands qui n'était point dépourvu d'un certain caractère d'opposition déplut au ministre de la guerre qui leur défendit de continuer cette pension, mais qui cédant au cri public en fit accorder à M. de Saint-Germain une de 10,000 livres sur le trésor royal ('). Ce fut dans (') Mémoires du baron de Bczenval. T. II. page 23.
celte circonstance que le comte de Saint-Germain connut M. de AVimpfen , alors lieutenant-colonel du régiment allemand de La Marck.
Rendu au calme de la vie, il s'était retiré en Alsace, et s'y occupait d'agriculture. Il y composa un mémoire fort remarquable sur les moyens de perfectionner le système militaire de la France. Ce fut ce mémoire qui lui ouvrit les portes du ministère sur la demande de MM. de Maurepas et Turgot.
Cette nomination d'un ministre de la guerre trouvé labourant son champ comme Cincinnatus fut louée avec exaltation par les uns, blâmée avec sévérité par les autres.
Le comte de Saint-Germain avait conservé un profond sentiment de reconnaissance envers les officiers des régiments allemands. La discipline allemande et ses sévérités rentraient dans les plans qu'il avait formés pour recréer l'armée. 11 aima à s'entourer de leurs conseils et de leur secours dans ses diverses opérations. Le baron de Wimpfen officier supérieur de l'un de ces régiments allemands qui étaient si généreusement accourus à son secours au risque de déplaire a la cour, qu'il avait connu dans sa retraite de Lauterbach, voisine de Minfelden, patrie de celui-ci, qui d'ailleurs avait témoigné originairement beaucoup d'admiration pour ses projets fut appelé près de lui, et admis dans sa confiance CJ.
Les premières opérations du comte de Saint-Germain s'attaquèrent aux charges honoraires, contraires à la discipline et à la bonne administration , et amenèrent la suppression d'un grand nombre d'emplois ; mais entraîné trop loin peutêtre, au lieu de se borner à la réforme des corps privilégiés qui formaient la garde spéciale du Roi, il en ordonna le licenciement. Par un étrange aveuglement, la Reine était en-
(') Mémoires dcBczenval. T. II, p. 24.—I}iographieuniverscUc.—\° St- Germain.
trée dans les vues du comte de Saint-Germain, et approuvait cette mesure qui faisait garder le Roi a Versailles avec la même simplicité que l'Impératrice sa mère et l'Empereur à Vienne W.
La plupart de ces réformes eurent l'assentiment du baron de Wimpfen, et furent inspirées ou secondées par lui. Mais la plus importante, la suppression de la Maison du Roi, le trouva parmi ses ardents adversaires. Il s'effraya des premiers de cet isolement du monarque, de cet éloignement presque total des défenseurs les plus rapprochés du trône, et son pressentiment fatal est exprimé dans un mémoire qu'il composa quelque temps après, en 1783, et dont il sera question plus tard. II est bon toutefois d'en détacher dès à présent cette partie qui concerne les réformes du comte de Saint-Germain dont nous venons de parler :
« Si feu M. de Saint-Germain avait jeté ses regards au-delà de son département, il se serait bien gardé de réformer les corps de la Maison du Roi... Avec d'aussi bonnes raisons que celles que l'on a données pour la suppression de ces corps, on réformerait à la paix une armée vraiment française. On isolerait nos Rois et l'on renverserait la constitution de noire ^Gouvernement, pour ne plus nous montrer dans le père de la patrie qu'un malheureux, un solitaire, un effrayant et hideux despote caché derrière le
glaive des slipendiaires Tout le monde convient que la Maison du Roi
décidait presque toujours le gain des batailles où elle se trouvait. Or une bataille décide du sort de la campagne, une campagne de celui de la guerre, et la guerre du sort des empires. C'est Venvie et non l'économie qui a miné et enfin réformé celte superbe et invulnérable phalange française.»
Depuis la Révolution combien de fois n'a-t-on pas dit et écrit qu'une des causes de la chute du trône de Louis XVI fut la suppression des corps d'élite qui veillaient à la garde du monarque ? Ces réflexions sont faites toutefois après l'événement ; mais le baron de Wimpfen avait eu le douloureux
(') Mémoires deMme Campan. T. I.
mérite de le prédire d'avance. Ne sont-ce pas Ta, en effet, de remarquables paroles jetées au milieu des sécurités, des illusions de ces années dont la Révolution a été le réveil ?
Une des mesures introduites par la rigoureuse sévérité du comte de Saint-Germain et qui lui a été reprochée comme injurieuse au caractère du soldat et à la dignité de l'homme fut la punition par l'usage des coups de plat de sabre. C'était une innovation d'origine toute allemande. Si l'emploi de cette punition ne fut pas conseillé par le baron de Wimpfen, il a laissé la preuve qu'elle ne fut pas désapprouvée par lui.
On lit en effet dans le mémoire dont nous avons déjà parlé, composé après la mort de M. de Saint-Germain :
« L'aversion pour les coups de plat de sabre disparaîtra avec les abus d'une autorité capricieuse. Il n'est assurément pas que je préconiserai une punition que repousseraient avec joie ma raison et mes sentiments, si j'en connaissais une plus convenable à toutes les circonstances, plus facilo à proportionner aux délits, qui fût aussi efficace, qui réunît tous ses avantages et n'eût pas les inconvénients de la prison et de la garde du camp. Je ne dis pas qu'on ne saurait la trouver, car je ne donne pas les bornes de mes facultés pour celles de l'esprit bumain ; au contraire j'invite les antagonistes des coups^lc plat de sabre à nous proposer quelque chose de mieux ; mais pour être juge compétent dans cette grande question, il faut avoir fait plusieurs genres de guerre, il faut surtout y avoir manié les détails de la discipline intérieure d'un régiment.»
L'abus de cette punition fut porté h l'extrême. Il souleva l'animosilé de l'armée et de la nation. Le baron de Wimpfen ne fut pas des derniers a blâmer un excès qui compromettait l'utilité du moyen. Aussi au pied du mémoire de 1783 écrivit-il en 1788, la note suivante qui prouve non qu'il avait chance d'avis, mais que l'abus qu'on avait fait lui était devenu odieux :
i Quand en 1783 j'ai fait l'apologie des coups de plut de sabre, je ne connaissais pas tonte l'effervescence de nos modernes législateurs militai-
rcs. Je savais bien que les Français ne savaient pas s'arrêter, qu'avec tous les moyens d'atteindre le but, ils manquent de ce gouvernail qui fait qu'on ne le passe point, qu'ils poussent tout aux dernières extrémités; mais que j'étais loin d'imaginer qu'ils pussent porter ce caractère jusque dans l'opprobre ! Je me dédis donc. Plus de coups de plat de sabre, à moins que ce ne soit à ceux-là seulement qui leur auraient voulu donner une extension qui fera époque dans l'histoire de la monarchie, lorsque dans quelques siècles un nouveau Montesquieu écrira sur la grandeur et la décadence de l'Empire français. — 1788.»
L'influence de M. de Wimpfen sur les mesures du comte de Saint-Germain ne fut pas de longue durée. Ce ministre dont les contemporains blâment la méfiance, la difficulté d'humeur, et surtout l'indocilité aux conseils éloigna successivement de lui les hommes auxquels il avait semblé d'abord accorder sa confiance. Le baron de Wimpfen (f) eut le sort de MM. de Jaucourt, et de Viomesnil qu'il avait consultés a son début dans le ministère. Le comte de Saint-Germain , après avoir, quoiqu'avec les meilleures intentions, mis le désordre et l'anarchie dans l'armée fit admettre sa démission au mois de septembre 1777.
Après sa retraite, il fut publié des mémoires sous son nom. Il parut a Londres en 1780 un Commentaire des mémoires de Saint-Germain sous le nom du baron de Wimpfen (2). 11 est incertain s'ils doivent être attribués au baron Félix de Wimpfen, ou a son frère le baron Louis-François de Wimpfen Bornebourg, alors maréchal-de-camp et qui a écrit aussi quelques mémoires. Je n'ai trouvé aucun renseignement capable de lever les doutes a cet égard, de même qu'on ne peut trop assurer lequel des frères de Wimpfen eut la part la plus grande dans la confiance du comte de Saint- Germain.
(*) Mémoires du baron de Bcsenval. — T. II. p. 29. (2) Biographie universelle. V St-Gcrmain.