‹ Bayeux à la fin du XVIIIe siècleChapitre 21 sur 35 · AN V DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

AN V DE LA RÉPUBLIQUE

Disparition de l'or et de l'argent.— Le Maximum.— Accroissement du prix des marchandises.— Disette et prix excessif des denrées alimentaires.— Famine.— Fixation de la consommation.— Inquiétudes et transes des populations.—Révolte. — Vililé des assignats.

Dans le cours de cette période de terreur et d'effroi, l'or et l'argent, ces signes sensibles de la confiance, avaient été cachés; les assignats étaient devenus sans valeur, les denrées s'étaient élevées à des prix fabuleux; les cultivateurs n'approvisionnaient plus les marchés; le travail manquait aux ouvriers; les riches n'avaient plus de superflu. Dans les états

ofïicicls on élevait à trois milliards cent millions le chiffre des assignats en circulation ; en réalité il s'élevait au double. On crut remédier a celte crise en mettant en rapport les denrées et la monnaie. De là ces décrets qui fixèrent le maximum, c'est-a-dire la taxe de toutes les denrées à un taux qu'on ne pouvait dépasser. Cette taxe atteignait la marchandise dans la boutique du détaillant, prête à passer dans les mains du consommateur, puis celle des matières premières dans les mains du producteur.

Ce maximum dut être fixé au taux de la marchandise valeur de 1790 , auquel devait être ajouté un tiers en sus à cause des circonstances, avec une augmentation pour les frais de transport, et une indemnité pour le bénéfice du marchand ('). Bon gré, malgré, il fallait que le producteur et le marchand livrassent leurs marchandises et leurs denrées au prix ainsi tarifé, et en reçussent le prix en assignats qui alors étaient considérablement dépréciés.

Devant cette taxe forcée les boutiques se fermèrent comme les greniers; mais des peines sévères furent prescrites contre tous ceux qui tenteraient de s'y soustraire. Le Club de Baveux demanda la peine de mort contre tout cultivateur qui négligerait de faire porter ses denrées au marché, et celle de

(') Voici cette taxe telle qu'elle fut arrêtée par la Municipalité de Bayeux, le 9 octobre 1793 :

La viande, 7 sous la livre ; — le beurre, 12 sous la livre ; — le saumon salé, 10 sous la livre ; — l'eau-de-vie de cidre, 1 livre 10 sous le pot; — le vinaigre, 12 sous le pot ; — le tonneau de cidre de 700 pots, rendu à la ville, 90 livres ; —le cent de bûcbes d'orme, 36 livres; — le cent de cbênc, de frêne et hêtre, 20 livres; — la chandelle, H sous la livre; — le sucre, 1 livre 4 sous la livre ; — le drap d'Elbœuf, 18 livres l'aune ; — le drap de Louviers, 24 livres l'aune; — le drap de Sedan , 22 livres l'aune; — le drap de façon, 5 livres l'aune; — la toile, 3 livres 10 sous l'aune ; — les souliers ferrés, 6 livres; — les souliers ordinaires, 4 livres 10 sous, clc, etc.

I'emprisonnement jusqu'à la paix contre quiconque achèterait ou vendrait au-dessus du maximum.

Le gouvernement s'était réservé le droit de requérir, en les payant suivant cette taxe, tous les objets dont il aurait besoin. Il usa largement de ce droit, et on le comprendra aisément, car il s'agissait surtout de nourrir, d'habiller, d'entretenir quatorze armées au milieu du gaspillage et de la confusion. D'un autre côté il avait accordé aux Municipalités des villes le droit de faire des réquisitions dans les campagnes poulies approvisionnements des marchés. Les communes requises alléguaient en présence du discrédit des assignats l'insuffisance de leurs ressources ; de Ta des discussions et des rixes. Pour diminuer ses pertes, bien plus que pour augmenter ses bénéfices, chacun cherchait a éluder ou a violer la loi. Les denrées et marchandises furent frelatées, falsifiées. Les ventes ne se faisaient plus qu'a faux poids et a fausses mesures. Il y eut deux sortes de marchandises, l'une pour le riche, se vendant secrètement au prix réel, l'autre pour l'ouvrier et le petit propriétaire qui se vendait au prix du maximum.

Les assignats, au gré de la politique ou de la spéculation, haussaient ou baissaient suivant une échelle mobile, tantôt ils perdaient les trois quarts de leur valeur, tantôt les quatre cinquièmes. Ils remontaient quelquefois pour retomber ensuite. On s'expliquera alors facilement comment le maximum amena la ruine de tant de cultivateurs, de fournisseurs et de marchands.

L'année 1793 avait été signalée par une disette ou réelle ou factice qui avait contribué au désordre politique. L'hiver de 1794, l'un des plus rigoureux du siècle, vint s'ajouter à ces misères ; mais jusqucs-la il n'y avait eu que les dangers de l'extrême cherté. A partir de 179i et en 1795 la France cul a subir les horreurs de la famine. Jamais année ne com-

mença sous de plus tristes auspices que celte dernière année. La hausse de toutes les denrées, sans aucune exception, devint exhorbitante; l'agiotage effréné sur tous les objets de consommation fit taire même les lois sur le maximum, et pour obvier à la famine, le moment vint où il fallut fixer la quantité de pain, de viande, de riz et de toutes les denrées qui pouvait être vendue journellement à chaque individu.

Plus heureuse que Paris et que beaucoup d'autres provinces, la Normandie eût pu se suffire peut-être à elle-même ; mais ses récoltes réputées plus abondantes qu'ailleurs devinrent aussi l'objet de réquisitions plus considérables pour Paris, les armées et le centre de la France. Quelques habitan ts aisés dans la prévision d'une famine éventuelle avaient fait des approvisionnements : le peuple en avait conçu des défiances, et le mot d'accapareurs était devenu une injure qui souvent était une vengeance, et qui pouvait conduire a la mort. Cette irritation des classes inférieures ajoutait aux dangers de la situation.

Ce n'est qu'avec étonnement qu'on parcourt les actes publics de ces temps. Le Directoire de district, l'Administration municipale étaient constamment en permanence. Des délégués^de ces corps étaient envoyés presque chaque jour dans le département de la Manche, au Havre, a Caen, pour faire des acquisitions de grains, presser le départ des charretées et les faire arriver à jour fixe pour l'approvisionnement des halles; d'autres étaient chargés d'aller per Domos solliciter des capitalistes, et souvent même de ceux qui n'avaient que le strict nécessaire, l'avance d'un emprunt pour assurer la consommation du lendemain; d'autres étaient continuellement sur la route de Caen à Bayeux pour solliciter des secours des Représentants du peuple en mission a qui souvent les fonds et les ressources manquaient ; d'autres enfin furent a plusieurs

reprises obligés d'aller jusqu'au sein de la Convention faire entendre le cri de détresse de la population, et obtenir quelques allocations toujours insuffisantes quoique toujours demandées au nom du besoin le plus extrême.

Les denrées étaient distribuées en commun à raison de tant par tête suivant l'approvisionnement plus ou moins abondant de la halle. Le pauvre et le riche étaient traités avec la même égalité. Le lait même ne pouvait plus être livré directement. Les producteurs devaient l'apporter chaque matin dans la cour de l'Hôtel— de— Ville où il était distribué à raison d'une pinte par habitant ('). On faisait queue pour arriver à obtenir sa part.

Le chandelle et l'huile manquaient aux besoins journaliers a tel point que les ouvriers ne pouvaient travailler ni la nuit ni au déclin du jour, et les registres de l'Hôtel— de— Ville constatent que les administrateurs eux-mêmes étaient privés de chandelles pour se livrer à leurs travaux ordinaires du soir. Les bouchers tentaient d'enlever les suifs à la consommation publique et de dissimuler la quantité de leurs viandes. Les mesures les plus sévères furent prises envers eux. Aucun animal ne put être abattu qu'en présence d'un commissaire du District. Le beurre ne fut plus vendu au marché. Il ne pouvait être livré par le marchand qu'au citoyen qui présentait un billet bleu, blanc ou rouge suivant la quantité octroyée à chacun par l'Administration.

Le pain blanc était devenu un objet de luxe. Si l'on dînait hors de chez soi, on était obligé d'apporter son pain.

L'huile faisait défaut. Les communes voisines de la forêt de Cerisy furent mises en réquisition pour recueillir les fruits du hêtre (faines), et les fournir a la ville afin d'en extraire de l'huile (*). Une baleine échoua a Maisy vers ce temps.

(«) Arrêté du 9 lliermidor an h. (2.) Rcg. de l'IIôtel-de-Ville.

L'Administration municipale la réclama pour la faire servir au même usage ('). Ce fut une bonne fortune.

D'un autre côté, les cultivateurs qu'on ne payait qu'en assignats ayant cours forcé dont la valeur tombait de jour en jour, se refusaient à apporter a la ville les denrées mises en réquisition. Toutes les finesses, toutes les astuces du paysan normand étaient employées pour se soustraire aux ordres de l'autorité. Après avoir usé de mille ruses pour cacher leurs grains, les cultivateurs en vinrent a ouvrir des silos dans la terre. Le peuple des campagnes se rendait le complice des fermiers, et effrayé de la disette comme celui de la ville, il entravait Farrivage des blés destinés aux approvisionnements de la halle. L'insuffisance de celte halie présenta plus d'une fois les apparences les plus alarmantes. Quelquefois deux ou trois mille personnes se retiraient sans être approvisionnées. Les hôpitaux étaient souvent sans ressources non-seulement pour le lendemain, mais pour le jour même, et ne subsistaient qu'avec les emprunts que la pitié pour les orphelins, les vieillards et les infirmes arrachait a quelques âmes compatissantes. Les quelques couverts d'argent et les timbales qui étaient dans ces établissements furent convertis en numéraire dans une circonstance où le pain allait manquer. Plus d'une fois on se crut arrivé au moment d'ouvrir la prison, et de remettre en liberté les détenus qu'on ne pouvait plus nourrir.

Pour lutter contre de telles extrémités il fallait faire exécuter par la force publique les décrets sur les approvisionnements. Des soldats étaient envoyés comme garnissaires dans les fermes et y étaient h la charge des paysans. Ces soldats

(*) Correspondance de la Commission des arts. P. 65. — Le moyen employé pour cette extraction fut indiqué par Kokor-Benjamin-Rotefc, chef d'une maison d'Iroquois établie à Dunkerque, qui correspondit à ce sujet avec M. Chardon, administrateur du District.

livrés a eux-mêmes s'abandonnaient a toutes sortes de pillages ; ils traitaient les campagnes en pays conquis , maltraitaient les habitants, déchargeaient leurs armes près des maisons pour les effrayer, et tirèrent même quelques coups de feu sur quelques-uns d'eux. Ces scènes de désordre amenèrent sur plusieurs points des rixes. A Martragny H, entr'autres, il y eut des scènes violentes. Le bruit de ces brutalités et de ces actes arbitraires répété de village en village , de marchés en marchés, répandait l'effroi, et faisant resserrer les denrées, rendait les approvisionnements plus difficiles encore.

Les choses en vinrent à ce point qu'au mois d'avril 1795 (il y avait encore plusieurs mois à attendre avant la récolte), le contingent en blé de chaque citoyen fut fixé à deux pots par tête et par halle. La Municipalité fit une proclamation pour appeler les citoyens à user du pain avec la plus sévère économie, en ne perdant jamais de vue l'obligation de songer a la disette qui attend. « Citoyens, disait-elle, il ne faut pas vivre pour » le moment, il faut envisager l'avenir. Celui qui ne (ixe que » le pain qu'il mange aujourd'hui , sans s'occuper de celui » qu'il doit avoir le lendemain, court à une famine évidente , » et par conséquent à sa propre destruction (').»

De telles extrémités sont horribles. Elles épuisent la résignation et la patience, et devaient amener des résistances , des troubles, des émeutes. La faim ne raisonne pas, et d'ailleurs les mauvaises passions sont toujours aux aguets pour profiter des malheurs publics.

Le 2 floréal an m une foule égarée et affamée se porta vers l'Hôtel— de— Ville ; les cris nous voulons du pain, il nous faut du pain étaient poussés de toutes parts. On menaçait de se porter vers les magasins où étaient déposés les blés

( *) Archives du Calvados.

(2/ Proclamation du 29 germinal an m.

destinés aux approvisionnements militaires ; on injuriait les administrateurs, on appelait sur eux la vengeance populaire. La tête de l'un d'eux était demandée , et la foule déclarait qu'elle allait se porter chez lui. Vainement les hommes les plus populaires voulurent-ils faire entendre raison à cette foule en émoi ; aussi vainement les patrouilles formées par la garnison parcoururent les rues, et tentèrent de dissiper l'attroupement. Tout fut inutile. La population excitée se porta à la Cathédrale transformée en magasin de subsistances. 4,000 quintaux de blé accordés par le Gouvernement y avaient été déposés comme réserve ; la foule exigea que les portes en fussent ouvertes, faute de quoi elles allaient être enfoncées.

L'un des Administrateurs voulant transiger avec l'émeute, lui proposa de faire porter le blé a la halle pour la distribution prochaine. Il fut violemment frappé par une mégère au milieu de cris : Non, non, il nous faut le blé tout-à-l'heure ou nous enfonçons les portes. L'effet suivit de près la menace : les portes de la Cathédrale furent forcées. La foule se précipita autour des sacs de blé, et se les partagea pendant la nuit jusqu'à deux heures du matin.

Le lendemain 3 floréal, dès le point du jour, l'attroupement recommença, et se porta de nouveau vers la Cathédrale. Il n'y avait plus de blé : tout avait été pillé. Ce fut alors sur l'autel de la Liberté que se déchargea sa colère. Nous lisons dans le procès-verbal de cette scène de désordres : « Ces femmes poussèrent l'audace jusqu'à abattre » la statue de la Liberté placée dans le Temple, en tenant les » propos les plus infâmes et disant : A bas G..., à basP... » Quand le bon Dieu était la, nous avions du pain. — Elles ont » même brisé un buste de J.-J. Rousseau.»

Mais ce qui devint le plus inquiétant, c'est que les magasins militaires quoiqu'entourés de troupes, étaient menacés, et que

la foule s'y portait pour les piller. Le sang allait inévitablement couler dans une collision avec les soldats dont les suites pouvaient être terribles. Dans cette extrémité la Municipalité prit le seul parti qui lui restât. Elle se mit courageusement a la tête de la gendarmerie, de la troupe de la garnison, fit charger les armes, arriva en présence du rassemblement, adressa les trois sommations exigées par la loi, et annonça par trois fois que ceux qui tenteraient de résister, ou refuseraient de se dissoudre seraient repolisses par la force, saisis et punis. Cette manifestation vigoureuse en imposa aux perturbateurs. L'attroupement se dissipa peu à peu, et vers la fin de la soirée le calme était rétabli. Sept femmes prévenues d'être à la tête de la sédition, car les femmes jouent toujours un grand rôle dans les émeutes pour les grains, furent arrêtées dans la journée, et envoyées dans les prisons de la ville de Caen, conformément a un arrêté du représentant Lozeau.

On avançait dans la saison. Les granges et les greniers se vidaient. Le riz quoiqu'achelé en assez grande abondance et économiquement distribué n'avait fourni qu'une ressource insuffisante, soit en raison de sa modique quantité, soit a raison de sa qualité défectueuse. Les halles étaient tellement dépourvues de grains qu'aux dernières halles de floréal il ne s'était pas trouvé vingt-cinq quintaux de blé. Il n'y avait plus rien à espérer des cultivateurs entièrement épuisés, et cependant il y avait à nourrir une population de plus de dix mille habitants /... Il était évident que ce n'était plus que dans les ports de mer où se faisaient les arrivages qu'on pouvait se procurer les grains nécessaires. Mais l'état financier de la ville ne présentait aucune ressource. La Convention venait de lui accorder une avance de 100,000 liv, avance insuffisante, puisqu'elle était faite en assignats dépréciés. Il fallait encore plus de 200,000 livres. On réalisa cette somme au moyen d'un

emprunt fail aux habitants de la ville, sorte d'emprunt forcé, car en présence d'une population affamée le refus était impossible Deux et demi pour cent d'intérêt furent promis à ceux qui l'exigeraient et la restitution de la somme prêtée fut assurée au moyen d'une addition à la contribution foncière (*), au cas où le prix de revente serait insuffisant pour le remboursement.

Dans les derniers moments et dans les jours qui précédèrent la récolte de 1795 les distributions ne se faisaient plus qu'en riz. L'Administration s'en faisait tenir compte au prix, valeur en assignats, de 410 sous la livre. Il fallut l'abaissera 20 sous sur les plaintes de beaucoup de mères de famille qui vinrent, calmes et sans colère, non plus la menace a la bouche, mais avec les larmes dans les yeux, exposer au Conseil municipal qu'il leur était impossible de vivre si l'on continuait a leur vendre le riz, seule nourriture qu'elles pussent se procurer en ce moment, au prix de 110 sous, qu'elles avaient tout épuisé, vendu jusqu'à leurs derniers linges pour procurer un peu de vivres à leurs malheureux enfants, qu'elles ne savaient plus où prendre, et que le désespoir était prêt à s'emparer d'elles. Le Conseil reconnaissant que leur misère était a son comble, accorda leurs demandes.

On en était arrivé enfin au point de consommer la farine d'avoine à défaut de blé et même de riz (2). Heureux celui qui dans une position aisée, même opulente, était assuré de pouvoir déjeuner chaque jour avec de la bouillie d'orge ou de sarrasin ! Le malheur rend égoïste et menteur. Au sein de la population , c'était a qui tromperait sur l'étendue de ses besoins, sur les charges de sa famille, etc. En présence de ces abus l'Administration avait chaque jour a prendre des

(') 24 prairial an rn.

(2) 17 fructidor an m.

mesures, des précautions de détail les plus difficiles et les plus minutieuses.

C'est ainsi qu'au milieu de crises renaissantes on parvint à gagner la récolte de 1795. Les premiers mois qui suivirent cette récolte ne furent pas encore sans douleurs matérielles. La famine cessa , mais la disette se fit encore sentir parce qu'il n'élait rien resté dans les greniers. On fit une distinction entre les citoyens qui pouvaient s'approvisionner par leurs fermiers, et ceux qui ne le pouvaient faire par aucunes voies connues, afin de ne laisser l'entrée des halles qu'à ceux qui avaient besoin de se procurer leur contingent dans les marchés publics.

Peu à peu le prix des denrées dont le blé est toujours le type régulateur s'abaissa , et au point de vue des subsistances l'année 1796 aurait vu la France rentrer dans son état normal, si la vilité des assignats n'eût pas encore maintenu la détresse publique. Mais ils avaient perdu presque toute confiance ; on imprimait la nuit les assignats qui, encore humides, devaient solder les dépenses gouvernementales du lendemain. Ils n'atteignaient pas dans le commerce la valeur des deux centièmes de leur titre H, et pour n'en citer qu'un

l1) On peut se faire une idée de l'affaiblissement successif des assignats par le tableau suivant de leur valeur dans le Calvados :

Fin de 1791. L'assignat de 100 fr. valait 96 fr.

Fin de 1792. - — 85 10 sous.

Fin de 1793. — - 63

Fin de 1794. — — 43

Fin de 1795. — — 1 fr. 10 sous.

Fin de floréal an iv, époque où les assignats furent remplacés par les mandats territoriaux s 3 sous.

Les mandats territoriaux destinés à rembourser les assignats à raison de 30 p. oiO

exemple , le 24 frimaire an iv l'Administration municipale autorisait la dépense de 410 livres pour acheter deux pots d'encre. Tout le monde les refusait; nul ne voulait être payé qu'en numéraire, ouvriers, marchands, rentiers. Un louis d'or de 24 livres était coté 5,300 francs en assignats. On disait qu'alors la masse en circulation atteignait presque 45 milliards. Ce qui maintenait encore leur taux, c'était leur cours forcé , et surtout la suspension de tout commerce , de tout mouvement dans les valeurs. Leur gage était épuisé, les biens du clergé intégralement vendus , ceux des émigrés en très-grande partie; on avait même confisqué les biens des établissements de charité. Ce fut encore une prolongation de la crise jusqu'au moment où la loi du 30 juin 1796 brisa complètement la planche des assignats, et où la confiance publique ramena peu a peu la réapparition du numéraire. On a prétendu que la famine était factice; cette allégation, qu'on n'a jamais pu expliquer, n'est point prouvée. La misère était pour tout le monde. Il n'y avait pas seulement que le pauvre qui souffrît de la faim; mais il est probable que sans les passions excitées, sans ces mesures contre les fermiers et les détenteurs des denrées, sans tous ces mouvements imprudents qui resserrent les produits et empêchent leur circulation libre et normale, il n'y aurait eu que cherté et disette, et non pas famine.

durèrent quatre mois. Après avoir débuté

par valoir 26 fr, 54 c.

ils étaient tombés à leur chute a. ... 7 *»

{Extrait du tableau dressé en exécution de la loi du 5 messidor an v.)

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