‹ Bayle et JurieuChapitre 10 sur 22 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

(2) Id., p. 275, 2.

chose au-dessus du roi , les lois fondamentales du royaume. Il se fit répondre par chacun des trois ordres séparément , que « sa personne appartenait au royaume, non pas à lui; que la Bourgogne était un membre de la couronne, et qu'il n'était qu'usufruitier de l'une et de l'autre, et qu'ainsi il n'en pouvait disposer » (1). Je sais que les rois se souciaient assez peu de ces lois fondamentales ; mais ils étaient bien forcés de s'en souvenir et de les reconnaître dans les circonstances difficiles, comme la plupart d'entre eux, même un Louis XI. se voyaient obligés de déclarer à leur lit de mort, qu'ils avaient indûment abusé des biens de leurs sujets (2).

Peut-être Mézeray n'a-t-il pas marqué assez précisément les agrandissements et le progrès de cette royauté capétienne, d'abord si chétive , et c'est avec quelque étonnement, qu'en le lisant, nous la voyons

(1) Méz., t. III, 49. — C'est à peu près ce que François 1er avait répondu à Charles-Quint, t. III, 29.

(2) Id., t. II, 561. Le successeur de Louis XI, les derniers mois de sa vie, « songeant à rabaisser les tailles à 1,200.000 livres , voulait que désormais elles ne se levassent que par l'octroi des États Généraux et pour les nécessités extraordinaires, et faisait état d'entretenir sa maison et faire les dépenses ordinaires du revenu de son domaine et des anciens droits de la couronne », II, 592. Ces repentirs tardifs inspirent à Mézeray une double remarque épigrammatique : 1° Que ne faisaient-ils de leur vivant ces restitutions qu'ils recommandaient à leurs successeurs, lesquels les oubliaient aussitôt le défunt enterré ? 2° Ces confessions et ces repentirs des rois de troisième race (surtout dans la première branche) ne marquent pas qu'ils fussent plus mauvais que les autres, mais qu'ils avaient plus de conscience et de religion.

tout à coup devenir, sous Philippe II, la vraie monarchie française non plus en aspiration, mais en réalité : « De tous les rois de la troisième lignée, dit l'historien, c'est lui (Philippe-Auguste), qui a le plus acquis de terres à la couronne. .. II arracha la Normandie, les comtés d'Anjou et du Maine, la Touraine, le Berry et le Poitou à Jean sans Terre, et il ne contribua pas peu à l'abaissement du comté de Toulouse, et, par la ruine de ces deux princes, il ôta le contre-poids qui balançait son autorité dans le royaume. Après cela , il accoutuma plus facilement les grands au respect et à la contrainte , et les peuples à se laisser charger beaucoup plus qu'ils ne l'avaient été par ses prédécesseurs » (I). Il ne faut pas croire que le progrès se ralentisse sous Louis IX ; si la couronne fait peu d'acquisitions nouvelles , la monarchie, en se modérant , s'affermit par l'ascendant moral de ce noble règne. La tendance despotique reparaît avec une impétuosité nouvelle sous Philippe IV et ses successeurs qui la transmettent aux Valois avec leurs habitudes de fiscalité et de faux monnayage. Elle atteint son apogée sous Louis XL « Il aima mieux, écrit Mézeray, suivre ses fantaisies déréglées que les sages lois de l'État. Il fit consister sa grandeur dans l'oppression de ses peuples, dans l'abaissement des grands et l'élévation des gens de néant. C'est ce qu'un autre a appelé mettre les rois hors de page : comme si l'observation de la justice et des lois était une servitude et non pas une vertu royale. » Ceux qui vinrent après lui , sauf Louis XII, le prirent pour modèle, et s'ils n'imitèrent point son

Page 1