CHAPITRE LXII
Audience du jeudi 30 octobre. — Encore Régnier. Le
lieutenant Noguès. — Déposition de M®' Louise Jutibcrl.
Le brouillard épais qui remplit de sa buée grisâtre tout le site charmant qui s'étend de Versailles à Trianon a retenu aujourd'hui les curieux au gîte.
C'est, pour les reporters judiciaires, une bonne fortune trop rare pour n’être pas signalée.
Aujourd’hui ou va donc pouvoir circuler sans trop d’cncombrc et entendre les dépositions des témoins, sans être assourdi par le bourdonnement, les chut! et et les assez.' de ceux qui viennent ici pour leur bon plaisir.
Dans l’auditoire, très-clairsemé, nous distinguons le comte et la comtesse d’Harcourt, MM. deFourtou, Baragnon, Mestrcau, etc.
Le bruit court qu’après avoir fait faire par sa fille une démarche auprès du duc d’Aumale, le témoiu Régnier sc serait décidé à rentrer en France.
On commente beaucoup la déposition du colonel Magnan, et l’opinion générale est que, jusqu'à présent, ce témoin ne s’est valablement disculpé d’aucun des griefs relevés contre lui par le rapport de M. le général de Rivière.
On s'entretient également de la déposition du lieutenant de vaisseau Noguès et de la lettre de l’impératrice, dont cet officier était porteur pour le général Bourbaki.
Que signifie cette nouvelle intrigue, et comment expliquer que, dés le mois d'août, l'impératrice eût avec les généraux de l'armée du Hhfh des relations secrètes « l’insu du ministre de la guerre? On rapproche naturellement de cette lettre la facilité avec laquelle le général a quitté, au mois d’octobre, son poste de combat, j pour se rendre on Angleterre auprès do Tex-souveraine, 1 et Ton sc perd en conjectures à ce sujet.
On ne peut comprendre davantage la destruction — — avant qu'on en ait pris connaissance — de la dépêche de Mac-Mahon que l'émissaire Flahaut avait apportée à Metz, au prix des plus grands périls.
Que de choses inexplicables et qui resteront inexpliquées même après la solution du procès!
A une heure vingt minutes, lé conscih n’est pas j encore entré eu séance. On dit que certains gêné- > raux n'ont pas compris qu’il y eût audience aujourd'hui.
Enfin, à une heure vingt-cinq minutes, la séance est ouverte.
L'accusé est introduit, suivant le cérémonial ordinaire, et prend place apres avoir salué le conseil.
Le lieutenant de vaisseau Noguès est appelé à la barre du conseil.
Lk Président. — Vous avez désiré donner des explications au conseil ; vous pouvez entrer dans tels détails que vous croirez utiles.
Le témoin. «— Les obstacles qui m'ont été signalés n'ont point été la cause pour laquelle je n'ai pas tenté d'entrer à Metz; j’avais mission d'aller dire au maréchal Bazaine qu'il y avait des vivres à Cariguan, et comme je n’y avais pas trouvé de vivres, je n’avais pas à le prévenir. De suite, je me suis mis à la disposition du maréchal Mac-Mahon, qui ne m’a pas envoyé à Metz comme je le lui demandais.
Quant aux lettres de recommandation, elles avaient peu d'importance et j'en ai gardé un très-faible souvenir. La meilleure preuve du pou d'importance do ces lettres , c’est que M. Serat ne sc souvient plus si la lettre de l’impératrice était adressée au général Bourbaki nu à M*** Bourbaki.
Quant à la lettre de l’impératrice au maréchal Bazaine, je ne peux dire ce qu’elle est devenue, puisque M. Serai m'a dépouillé de tout.
Le témoin proteste contre les attaques dont il a été l’objet dans la presse.
Le Président. — Monsieur le lieutenant do vaisseau,
le conseil n'a jamais émis de doutes sur vos sentiments de courage.
Le premier témoin appelé est la femme Louise Joc-
DKIT.
Le 21 août,- elle fut envoyée par le commissaire central de Metz à Sierck pour savoir où était l’ennemi.
Le 21 août, elle fut chargée de nouveau d'un message pour le colonel Turnier à Thionville. Partie le 21 nu matin, elle arriva à Thionville le môme jour, à dix heures;. elle demanda audience au colonel Turnier; il la fit attendre jusqu'à trois heures, puis la renvoya sans autre mission que de dire qu’elle avait remis scs dépêches.
Elle parût le môme jour, mais fut arrêtée. Elle revint à Thionville demander au colonel Turnier des dépêches pour Metz; mais il refusa de lui en donner, et réitéra ce refus plusieurs fois, pendant les cinq semaines que le témoin resta à Thionville.