‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 108 sur 117 · CHAPITRE LXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXYIII

Séance du T novembre. — La «l^péche Hulmc.

L’histoire de la dépêche Hulmc est un des épisodes du procès Bazaine qui ont produit le plus d’impression. Elle a clé très-exactement résumée dans les Lettres de spécialement écrites pour le Siècle dont nous suivrons le récit :

Chassé de Sarregueraines par les Prussiens, te procureur impérial (.alternent passe par Thionville. H v voit le colonel Turnicr qui a besoin d'un homme pour faire parvenir au maréchal de Mac-Mahon une dépêche ainsi conçue, textuellement;

Nos commutiiea lions sont coupées, tuais faiblement.

Nous pourront percer quand nous voudrons el nous vous attendons.

C était, suivant le rapport du général Rivière, la réponse à la dépêche apportée à Metz le 23 août, celle dont le colonel Lewal affirme avoir entendu la lecture de la bouche même du maréchal. Mais, réponse ou non, aucune communication n’était de nature à frapper davantage l’esprit du maréchal de Mac-Mahon, en marche sur Mnnlmédy et déjà à la hauteur de R&ucourt. Recevant de cette dépêche l’assurance que l'aratée de Metz est faiblement investie, quelle percera à son heure les lignes ennemies, quelle attend l’armée de Chàlons pour se mettre en mouvement, le maréchal de Mac-Mahon doit se sentir moins inquiet, éprouver un véritable soulagement. Il importait donc de lui faire parvenir au

plus vite l’avis reçu de Metz. M. Lallemcnt arrive à Sedan le 20 août et remet le pli au counuaudaut de place; celui-ci confie aussitôt le message à un homme sur et dévoué, M. Hulmc, qui se charge de le porter lui-même à l’empereur et au maréchal de Mac-Mahon, à Raucourt. Voilà M. Hulmc en Mute pour Raucourt; arrivé dans cette localité, il se rend chez l'empereur el lui fait lire la dépêche. Napoléon 111 lui dit de la porter en toute hâte au maréchal de Mac-Mahon, qui vient d'entrer à Raucourt. Le maréchal prend connaissance du message et demande divers renseignements à M. Iluluje sur les routes et les approvisionnements du côté de llonlinédy. La précieuse dépêche est donc parvenue à son destinataire.

Quelle n’a pas été la surprise de M. Hulmc lorsqu’on lui a dit, au cours de l'instruction, que le maréchal de Mac-Mahon n'avait gardé aucun souvenir ni de cette dépêche ni de celte entrevue! Interrogé sur cet incident, ie maréchal a répondu :

Je ne me rappelle point qu'il m’ait été remiu une dépfehe à liaocourl. La ehoM peut m’avoir échappé, mal* toutefois je suis certain de n'avoir point eu connut hohcc d’uue dépêche dans te sens de celte qui précède. Au Chêne-Populem, j’atai* prit, malgré le* observation# de l'empereur, fa dérfalon rie me porter dan# la direction de Met*. St j’avai» reçu celle départie, qtii était dans le sens des opérations que j'ciérulai#, elle ui’aurail certainement frappé.

En présence de cette déclaration, l'honorable M. Ilulme a pris le parti de faire veuir à ses frais devant Iq conseil les nombreux témoins qui l’ont vu, soit à Sedan, au moment ou la dépêche lui a été remise, soit pendant le voyage de Sedan à Raucourt, soit enfin à Raucourt même, où il était connu de beaucoup de personnes. Cette série de dépositions eslécoutee avec le plusgrand intérêt; c’est le colonel Melcion d’Arc, qui se rappelle avoir vu M. Lallement remettre au général de Beurmann, commandant de la place, la dépêche apportée de Thionville. a Cette dépêche, dit-il, avait trait à la situation de l’armée du maréchal Bazaine; elle émanait de lui et énonçait la possibilité de franchir le cercle d’investissement. » C’est M. Turquais, négociant à Mouzon, qui a vu, le 29 août, M. Hulmc; celui-ci lui a dit être chargé d’une mission trcs-iiuporlante pour le maréchal de Mac-Mahon. C’est M. Larnnur, avocat à Sedan, qui, étant à Raucourt, a vu arriver M. Hulmc et l’a vu entrer chez 1'empcrenr et chez le maréchal de Mac-Mahon. C'est l'abbé Thiriot, c’est M. Gontaut, notaire a Raucourt, etc., etc. Grâce à ces témoins, nous connaissons, heure par heure, l’emploi du tcm)»s de .M. Ilulme; il n’est pas possible de douter un instant que 1a dépêché ne soit parvenue à sa destination.

Les témoignages sont nombreux, très-précis, el permettent de suivre la dépêché depuis le moment de son départdeSedanjusqu’au moment de l’entrée de M. Hulmc dans la maison habitée par le maréchal. On a peine à s’expliquer que le maréchal ait pu oublier un incident si grave et qu’il ait dit dans sa déposition : a Je suis

PAZ UNE ET I.A CAPITULATION ME METZ. Al

Le preutlcut, au nom du Couaeil, félicite de leur belle conduite » XcU les témoins ScaUbrinu. Biaidy, Fitaabre et üuillauratn.

certain «le n’avoir point en connaissance d'une dépêche dans le sens de celle qui précède. » Le rapportcurécrit an sujet de cet incident : « L'instruction, tout en s'inclinant devant les déclarations du maréchal de Mac- Mahon, doit faire observer qu’une certaine confusion a très-bien pu se faire dans l’espritdc M. le maréchal, par suite îles incidents qui se sont multipliés dans l'aprèsmidi du 29 à Ilaucourt; ce qui expliquerait cumraentlc souvenir de l’arrivée de la dépêche dont il s’agit s'est effacé de sa mémoire. »

La confusion parait bien certaine après l’audition des témoins à la séance du 7 novembre. Le principal, M Hiilmc, lilateur à Sedan, s'exprime ainsi :

« Le 29 août, vers huit heures du matin, je suisarrivé à la citadelle de Sedan.

Je fus chargé par M. le général Beurmann de porter au maréchal de Mac-Mahon une dépêche importante contenant des nouvelles du général Bazaine. Je lis atteler mes chevaux et je partis après avoir consacré quelques instants â'mcs affaires, pour rejoindre le ma-

réchal de Mac-Mahon que je savais entre Raucourt et Mouzon. A Mouzoii, un général qui se trouvait à l’hôtel me fit donner un cheval, sur le vu de ma dépêche. Je me dirigeai sur Raucourt et je traversai les lignes françaises en montrant ma dépêche ; en arrivant il Autrecourt, je vis sous un bois des cavaliers qui étaient, je crois, des chasseurs prussiens. A Raucourt, je fus introduit près de l’empereur et de M. le maréchal de Mac- Mahon, à qui je remis ma dépêche. Il n’en parut pas très-frappé. Il me demanda cependant des renseignements topographiques sur la contrée. Je lui proposai d’aller chercher une personne plus apte que moi à lui fournir les explications qu’il demandait. Il y consentit. Je fusensuite rappelé chez l’empereur qui me questionna de nouveau.

D. C’est le 29 que vous avez remis votre dépêche à M. le maréchal de Mac-Mahon ?

R. Oui, monsieur le Président.

I). Vous êtes bien sûr que c’était M. le maréchal. Vous le connaissiez?

R. Oui, monsieur le Président; d'ailleurs je l'ai revu le lendemain.

D. Vous savez quel était le contenu de la dépêche?

R. Oui, elle disait : « Nous sommes entourés, mais nous espérons passer. »

M» Laciiai u. — M. Ilulme veut-il nous dire à quelle heure il a vu M. le maréchal de Mac-Mahon ?

II. Je l’ai vu deux fois. La première entre une heure et deux. La seconde vers quatre heures, car j’étais de retour à Mouzon à quatre heures. La dernière fois que je l'ai vu, M. Lagosse était à côté de lui et lui remettait une. lettre.

Sur la demando de la défense, M. le Président ordonne qu’il soit donné lecture de la partie de la déposition écrite de M. le maréchal de Mac-Mahon relative à la dépêche Ilulme.

M. le maréchal de Mac-Mahon a déclaré devant le général rapporteur qu’il ne se rappelait pas avoir reçu à Raiidourt une dépêche de cette importance, t)i d’avoir vu le témoin Ilulme, et il a ajouté quoi s’il avait reçu cette dépêche, elle l’aurait frappé. M. Ilulme, interrogé par le général rapporteur, a déclaré, âpres la lecture des réponses du maréchal de Mac-Mahon, qu’il persistait dans ses déclarations.

M. ALBRRt Btum, sous-préfet de Sedan, dépose qu’il a entendu, de la bouche même de M. Ilulme, à une époque où l'information n'était pas entamée) le récit de la mission accomplie le 29 août 1870. Ce récit confirme tout ce qu’a dit M. Ilulme devant le conseil. '

Suivent des témoins confirmatifs i

M. Jou5Skaumk, qui a vu M. ilulme le 20 août, lui a entendu dire : « Je porte une dépêche importante. »

M. le commandant Nkgiioni, qui le 2!) août était en reconnaissance, a rencontré M. Ilulme et a recueilli de sa bouche pareil propos ; il lui a fourni un cheval pour aller à Raucourt.

Madame Venais a vu M. Ilulme à Raucourt le 29 août; il conférait avec des généraux.

M. Lamouhbs, avocat, conseiller général des Ardennes, se Irouvait à Raucourt le 29 août ; il a vu M. Ilulme arriver Achevai cl s’arrêter à la porte de l’empereur. Il lui a demandé : « Que faites-vous donc ! » M. Ilulme a répondu : « Bonnes nouvelles ! » Trois quarts d’heure plus lard, il a encore vu M. îluliuc entrant cliezM. le maréchal de Mac-Mahon ; et, sur une nouvelle interpellation, il a appris qu'il s'agissait de nouvelles du maréchal Bazaine. M. Ilulme était arrive sur un cheval de troupe tout paqueté. (Plusieurs autres témoins, qui tous connaissaient M. Ilulme, viennent encore déclarer de la manière la plus formelle qu’ils l’ont vu le 29 août descendre de cheval à la porte de l'empereur et pénétrer ensuite chez le maréchal de Mac-Mahon.)

Cette concordance entre tant de dépositions contredisant celle de M. le maréchal de Mac-Mahon parait vivement impressionner l’auditoire. Diverses questions très-minutieuses sur le costume de Ilulme et sur l’heure

de son arrivée à Raucourt cl son départ sont posées à tous les témoins par M. le Président et par M. le com- | inissaire du gouvernement; mais tous répondent avec précision, sans la moindre hésitation.

La séance du 7 novembre est ensuite suspendue pendant vingt minutes. Elle recommence à trois heures et demie par des dépositions sur la quatrième série, celle des approvisionnements et des opérations du 19 août au 1" septembre. Le général CofTmiôres dépose le premier :

a Le 28 août, j'ai reçu notification du mouvement qui devait s'effectuer le lendemain. J’étais sans inquiétude pour la place de Metz qui restait armée et approvisionnée. Cependant je me demandais dansquel but l'armée allait se porter au fort Saint-Julien. J’étais, quant à moi, Itersuadé que l’année de Chiions ne devait pas avoir d’autre objectif que Paris. Quant à l’armée du Rhin, j’estimais qu’après avoir été forcée de quitter l’Alsace elle ne devait pas abandonner la Lorraine sans livrer bataille. La place de Metz a été bâtie en vue de jouer un grand/ôle en cas d’invasion.

L’arince était là très-bien placée pour harceler l’ennemi et lui couper sa ligne d'opération. Je me rendis chez le maréchal, pour lui présenter mes observations. Je n’osais pourtant pas opposer mon humble avis à sa résolution.

Je m’en ouvris au général Suleil!e t qui se trouva partager mon opinion.

Le général présenta nos observations à M, le maréchal. Dans cet entretien il ne fut nullement question de dépêches, ni de celles que M. le maréchal aurait pu avoir expédiées, ni de celles qu’il aurait pu avoir reçues de l’année de Chàlons.

Le lendemain 26, je reçus l’ordre de me trouver à midi au fort Saint-Julien. Il y eut réunion des officiers généraux, et l'on tint conseil dans la ferme, la ferme de Griment. Je donnai mon avis le dernier. Cet avis était conforme à celui de la majorité : l’armée devait rester sous les murs de Metz jusqu’à nouvel ordre, à condition de quitter son rôle passif et d’agir avec vigueur autour de la place. Ce que je tiens à affirmer au conseil, c’est que, pas plus le 26 que le 30 août, je n'ai eu aucune connaissance des relations qui out pu exister entre le maréchal Bazaine etM. le maréchal dcMac- Malion; sans quoi j’aurais émis l'opinion d’une marche en avant sans délai.

D. Il résulte de l’ouvrage de M. le maréchal Bazaine que vous auriez, le 26, dit que 1 état des forts et l'armement de la place ne pouvaient permettre à la ville de Metz, abandonnée à scs seules forces, de résister quelques jours à une attaque de l’ennemi.

R. Je proteste énergiquement contre celte allégation: je n’ai émis celte opinion ni pu l'émettre; car j’aurais pailé contre ma pensée.

I). Vous avez donc été convoqué le 26 par le maréchal Bazaine à une réunion des chefs de corps et des

chefs de service. Saviez-vous quel était le caractère de cette réunion ?

R. Ce caractère nous a été immédiatement indiqué par M. le maréchal Bazaine. Un procès-verbal a été rédigé, mais après coup, et je n'accorde aucun caractère d’authenticité à ce procès-verbal.

D. Il n’y a pas été question de dépêches que lu maréchal Bazaine aurait reçues du maréchal de Mac-Mahon ni de celle par laquelle, en date dn 26, il aurait luimème donné connaissance à l'empereur de la situation des armées allemandes devant Metz?

R. Il n'en a pas été question.

I). M. le maréchal a-t-il parlé de la mission de M. le commandant Magnan?

R. Je ne saurais rien affirmer sur cc point.

D. M. le maréchal a-t-il parlé de la lettre du général Soleillc sur les munitions, lettre rassurante dont vous aviez dit avoir connaissance ?

R. Je vous demande pardon, je n'ai jamais eu connaissance de celle lettre, et il n’en a pas été parlé dans la réunion du 26 août. On s'est contenté d’entendre les explications orales du général Soleillc.

D. N'aviez-vous pas vu le général Soleillc dans la journée du 26?

R. Oui, monsieur le Président.

D. Et vous ne vous étiez pas entretenu de la grande question des munitions?

R. Si, mais vaguement, M. le général Soleillc m’avait j donné quelques chiffres.

M* Lac h a en rappelle au témoin qu’il y avait eu dans la matinée du 26 des conférences entre le maréchal et le général Soleille et lui, et que c’est à la suite de ccs conférences qu’une note fut rédigée par le général Soleille, que par conséquent M. le général Coffinièresn’en pouvait ignorer le contenu. Il est dit dans cette note, dont il est donné lecture, que la place de Metz, incomplètement armée, n'est pas en état de résister à l’attaque d’un ennemi entreprenant.

Lu maréchal Bazaisi. — La conférence du 2 août, k Saint-Avold, conférence à laquelle assistait M. le général Cofflnicrcs ainsique M. le général Soleille, lia-t-elle pas eu lien par ordre de l’empereur?

R. C’est vrai.

L'accusé reprend : « Cette conférence a été le point de départ de toutes les autres. Les faits ci-dessus rapportés sont confirmés par une déposition écrite du général Soleille, qui écrivait, dans son rapport du 22 août : • l’armée est complètement réapprovisinn- ! née. »

i H disait, le 26, à la conférence de Grimont : « l’armée n'a de munitions que pour une bataille. »

1 Le colonel de VasscSaint-Ouen et le commandant Sers

sont invites à expliquer la contradiction qui existe j entre la lettre du 22 août et les déclarations du 26. Ils ne peuvent rien préciser; toutefois le colonel estime que, dans les rapports qui portent la date du 26, il n'a été

tenu compte que de l'artillerie normale, et de pièces de canon de 8 et de 12.

Le Président du conseil de guerre fait remarquer qu’à cette date l’armée disposait de 24,000 coups de canon, qui pouvaient suflirc à la consommation de trois batailles.

La séance du T novembre est ensuite levée à cinq heures et demie du soir; celle du lendemain débuté par la déposition du maréchal Canrobert qui expose le mouvement du 26 août et rend compte de la discussion qui eut lieu à la conférence de Grimont. A cette conférence, dit-il. il ne fut pas question de l'armée du maréchal de Mac-Mahon. Pour moi, cette armée n’existait pas*

J'ai lu, il y a quelques jours, la déposition d'un colonel, M. le colonel Lewal, qui fut mon aide de camp en Italie. M. Lewal est un officier d'un immense, mérite; sous Metz, il venait me voir quelquefois.

Un jour que nous causions de notre tentative de sortie du 30 et que je déplorais notre insuccès, M. Lewal me dit: « Le malheur est beaucoup plus grave que vous ne le supposez, mon maréchal. Lorsque fut décidé le premier mouvement du 26, M. le maréchal Bazainectait en possession d’une dépêche lui annençaul la marche de l'armée de M. le maréchal de Mac-Mahon. «

Je ne permis pas à M. le colonel Lewal de poursuivre, car je ne voulus pas admettre une seule minute que, si le général en chef eût reçu la dépêche dont il m'était parle, il se fût permis, alors qu'il consultait scs lieutenants, de passer sous silence un documcntdccctie importance.

Plus tard, en Allemagne, me trouvant en présence de M. le maréchal Bazaine, je lui dis : « Monsieur le maréchal, j’ai quelque chose sur le cœur que je ne veux pas vous cacher plus longtemps. On a dit, et c’était un bruit général à l'armée du Rhin, que le jour où vous nous avez réunis à la forme de Grimont, vous étiez en possession d’une dépêche vous annonçant la marche de M. le maréchal de Mac-Mahon. •

M. le maréchal Bazaine m'a répondu avec une grande sincérité que cela était complètement faux, qu’il n’avait eu connaissance de la marche de l’armée do ChAlons que le 21) août. Je u’ai pas douté un seul instant de la vérité de scs paroles.

31. le maréchal Canrobert poursuit sa déposition par le récit de la bataille de Servigny. « Jamais, dit-il avec une grande énergie, l'ennemi n’a pris à l'armée de , Metz ni un canon ni un drapeau en combattant. Il a trouvé plus tard tous ces trophées, lorsqu’ils lui ont . été livrés ; mais il ne les a pas dus à la puissance de ses [ armes. »

D. Vous avez dit qu'à partir du 16 août vous étiez occupé de vous reconstituer. N’avez- vous pas connaissance d'ordres du 2J ou du 23 août pour la réduction des bagages et l'organisation d’un corps de cavalerie ?

R. Oui. C’était M. le général Desvaux qui commandait ce corps de cavalerie.

D. Pensez-vous qu’il aurait été possible d’ètrc complètement reconstitué le 26?

R. Nous avions été fortement éprouvés; il est bien difficile de répondre.

Interrogé sur l’état des munitions le 26, M. le maréchal Canrobert répond : Nous avions consommé beaucoup de munitions le 16 et le 18; niais, si nous avions su que M. le ma nichai de Mac-Mahon venait à notre rencontre, nous n'aurions pas même calculé ce qui nous en restait, et nous aurions tous demandé à marcher à sa rencontre n’importe à quel pria.

1). M. le commandant en chef ne vous a donc fait aucune allusion à l'armée de Chàlons et aucun d’entre vous n’a cru devoir en parler?

R. Non, monsieur le Président.

D. Vous avez parié d’une conversation que vous auriez eue avec M. le colonel Lewal ?

R. Oui, monsieur le Président. M. le colonel Lewal * est un homme très-sérieux ; mais, d’un autre côté.M. le commandant en chef m’a affirmé que ce que m’avait dit Lewal n’était pas exact.

D. En somme quelles questions ont été discutées ou exposées dans la conférence de G ri moût ?

H. J’ai été surtout frappé par les renseignements four- I nis par M. le général Soleillc sur l’état des munitions et sur l'ariucment de la place de Metz.

D. Vous n'avez pas reçu d'ordre de M. le maréchal Bazaine, dans la soirée du 31, lorsqu’il a quitté le champ de bataille?

R. Je n’ai pas reçu d’instructions écrites, mais verbales. M. le maréchal m’a donné l’ordre confidentiel «l'observer l'ennemi et de me porter sur le village de Va ssy. ”

Le général Polrcet, commissaire du gouvernement. — M. le maréchal nous a dit que le 25 on s’était occupé de reconstituer l'armée. Veut-il nous dire si des mesures avaient été prises pour que les cadres fussent remis au complet?

K. Je ne puis pas assurer que ces cadres fussent au complet le 26, mais je sais que M. le maréchal Bazaine avait donné des on lies en conséquence.

Le général Guiod. — Pendant la conférence de Grimont, un orage a éclaté. M. lo maréchal Canrobert pense-t-il que cet orage était un obstacle à l'exécution du mouvement projeté ?

R. G était un orage épouvantable, mais je ne saurais dire qu'il rendit impossible le mouvement de l’armée.

Lacbaud. — M. le maréchal Canrobert sc rappelle-t-il que M. le général Coffinières ait exprimé, le 26, cette opinion : que la place de Metz se trouverait à la merci de l’ennemi, si l’armée l’abandonnait?

R. Je ne saurais, après trois ans, apporter ici des souvenirs bien précis ; mais il me semble qu’en effet M. le général Coffinièreè a dit. au château de Grimont, que la place de Metz, abandonnée à elle-même, ne pouvait

I tenir qu'un certain nombre de jours, douze ou quinze ! jours, si je ne me trompe.

Le général df. Chabaud-Latol'r. — M. le général Coffinières, il me semble, n’a pas pu dire que la place de Metz ne pourrait tenir que douze ou quinze jours ; n’at-il pas dit plutôt que la place avait besoin pour achever son armement que l’armée restât encore douze ou quinze jours ?

R. Je viens d’avoir l’honneur de dire que je ne pouvais garantir sur ces questions de détail la précision de mes souvenirs.

M. le Président remercie M. le maréchal Canrobert et donne l’ordre d’appeler le maréchal Le Bœuf.

Le Président. — Vous avez à déposer sur les opérations militaires du 15 août au 1« r septembre.

Le maréchal Le Bueitf. — Après l’affaire du 18 août, mon corps d'armée prit position sur les plateaux sis entre Saint-Quentin et Plappeville. Le 21, je reçus l’ordre de 1 faire passer une de mes divisions à Moutigny. Notre campement était exigu, et ce changement était nécessaire.

Sur des lignes plusétendues, j'avais désormais le moyen d’utiliser les ressources dont je disposais. Le 26, je reçus l'ordre de porter mes divisions sur la roule de Sainte- Barbe. Les bois étaient occupés par les Prussiens ; toutefois je m’emparai de Noisevilie, sans résistance, dès dix heures du matin. Vers midi, une heure, je fus appelé au château de Grimont. La pluie tombait à torrent, et M. le maréchal nous fit part de son intention d’arrêter le mouvement commencé. On tint conseil. M. le général Soleille exposa que l’armée n'avaitde munitions que pour une bataille et qu’il y aurait danger pour l'armée de s'exposer au milieu de l’ennemi dans un pareil état, et qu’il était préférable de rester dans le camp retranché. (Jette opinion fut discutée. Pour ma part, je n’étais pas de l’avis de M. le générai Soleille ; car j’estiinais, d’après les chiffres de nos situations, que nous avions des munitions pour trois ou quatre batailles. M. le général Coffiiiières était aussi d'avis de laisser l’armée sous Metz. Je n’étais pas de l'avis de M. le général Coflj mères. Je crois que la place de Metz était en état de soutenir le siège, et, vu scs approvisionnements, la place sans l’armée aurait pu se nourrir trois mois. Je ne puis parler que de mon opinion et n'ai pas à réfuter ici celles des autres membres de la conférence. Enfin la j conclusion de cette conférence fut qu’on resterait sous les murs de Metz, sans toutefois décider que l’armée de- ! meure rail là en permanence.

Ce jour-là, le mouvement était compromis par une pluie torrentielle, le sol était détrempé, et il fut décidé que le mouvement commencé aurait lieu un jour ulté- | rieur. Le 29, je reçus l'ordre de reprendre mes positions du 26, et cet ordre, par les mesures de détail, me confirma que M. le maréchal avait l'intention bien marqué»; de percer les lignes ennemies.

laj témoin décrit les positions qu’il a occupées jus- I qu’à Noisevilie et Scrvigny, d’où vers dix heures il avait

HA7.At.Nfv K T I.A CAPITULATION RE MlvTZ.

chasse l'ennemi. A deux heures, il reçut Tordre de se trouver sur la route deSainte-Barhe, où l’attendait son chef.

Là, ajoute le témoin, M. le maréchal Bazaine m'a montré deux télégrammes, l’un du lu, indiquant la marche de l'armée de Chiions sur l’Ouest, et l’autre, de plus fraîche date, marquant le même mouvement et si* pué du général Ducrot.

La bataille va s’engager; le signal doit être deux coups de canon.

Le témoin entre d'ahord dans quelques détails particuliers à son corps, dont l’ennemi pouvait inquiéter la droite, puis fait le récit de la bataille dans laquelle le 4<‘ corps, après de brillantes attaques, est obligé de battre en retraite.

M. le maréchal I æ Bœuf ne ménage pas les éloges à i ces vaillantes troupes qui ont ce jour-là beaucoup souf- | fort; sur i 40 ofliciers mis hors de combat, 100 appar- ' I tenaient au 4» corps.

I). Sur la journée du 26 vous avez dit que la pluie gêj nait la marche; pensez-vous que Ton aurait pu eon- I server les positions occupées dès le commencement du ] mouvement?

B. Assurément on aurait pu les garder.

I). Vous avez dit que le 31 on voulait marcher en avant, que cela ressortait pour vous des instructions que vous aviez reçues. Est-ce que celles du 24 et du 2» avaient laissé des doutes dans vôtre esprit ?

B. Oh! non : j’ai voulu dire seulement que j'avais la ; conviction que, le 31, M. le maréchal Bazaine était dé- ! terminé à percer les lignes ennemies.

D. Si, le 26, au château de Grimont, M. le maréchal 1 vous avait parlé de dépêches qu'il aurait reçues de M.le maréchal de Mac-Mahon, pensez-vous que cette communication eût pu exercer une grande influence surlcsdél terminations adoptées par la réunion ?

B. Assurément: mais il n’a été question de l’armée, que Ton était en train de constituer à Châlons. que d’une manière générale et je pourrais dire obscure.

Interroge sur ses munitions, M. le maréchal Le Bœuf répond qu'il n‘a jamais ajouté la moindre foi à la légende qui consistait à présenter l’armée comme manquant de munitions dès le commencement de la campagne. Le grand vice de l’artillerie française a toujours été, dit-il, de faire preuve d'une certaine défiance, c'està-dire qu'à Grimant le général Soleillc exposait que nous n’avions plus de munitions que pour une seule bataille, alors qu’il nous restait encore environ 60,000 coups de canon, c’est-à-dire de quoi satisfaire au moins à trois batailles de l’importance deGravclottc et de Saint-Privaf.

Lr. Président. — La consommation générale d'une armée peut être régulière, mais la consommation particulière des corps engagés peut dépasser les prévisions normales, alors que celle des corps en réserve reste au-dessous. Avait-on pris des mesures pour remédier à cet inconvénient?

R. C’était pour y obvier qu'avaient été créées les réserves divisionnaires.

D. Pour le service particulier des hommes, oui; niais pour rétablir l égalité entre les divers corps il n’y avait que la réserve générale.

B. Il appartenait au commandant supérieur de l’artillerie de faire passer des caissons d’un corps dans un autre.

Le maréchal Le Bobop entre dans de grands détails sur l’organisation du service des munitions et prend vigoureusement la défense des mesures ordonnées sous son administration. S’il faut Ten croire, malgré toutes les critiques qui ont été dirigées contre ce qui a été fait pendant qu’il était au ministère de la guerre ou pendant qu’il était major général, l'année française se trouvait dans d'excellentes conditions au début de la campagne.

Sur une question posée par M. le général Pourcet. M. le maréchal Le Bœuf déclare que, dans sa pensée, on pouvait marcher en avant non-seulement après le 10, mais après le 31. 11 reconnaît comme ayant été écrite par lui au maréchal Bazaine, dans la soirée du 16, une lettre ainsi conçue : « Je félicite M. le maréchal Bazaine sur le succès de ce jour ; le résultat est considérable, mais nous aurons demain à livrer une nouvelle bataille. Je prends mes mesures en conséquence’. »

L’audience est suspendue pendant vingt minutes.

Le Président. — Appelez M. le général de Ladmirault.

Le témoin. — Le 26, à la conférence de Grimont, M.le général Soleillc a déclaré qu'il n’avait de munitions que pour un seul ravitaillement. M. le général Cofflnièrcs a parlé des embarras que lui suscitait le départ de l'armée pour la défense de la place. M. le maréchal nous a exposé qu’il serait plus avantageux de rester sous les forts de la place, harcelant l'ennemi en attendant une occasion.

M. le général de Ladmirault refait le récit de la bataille du 31, terminée par la retraite de l’armée.

D. Vous avez reçu Tordre de la retraite le 1" septembre; n’avez-vous pas reçu, du 31 au 1", un ordre confidentiel de même nature?

R. Je n'ai reçu aucun ordre jusqu’au f", à midi.

D. Vous avez employé le temps d’inaction apparente à reconstituer votre corps ?

R. Mes troupes étaient complètement reconstituées.

D. Avez-vous eu communication d’une lettre rassurante, en date du 22, signée du général Soleillc?

U. Non, niais nous étions sansaucune inquiétude sur nos approvisionnements.

M. de Ladmirault répond encore à quelques questions do détail. 11 estime que l’armée était munie pour trois batailles ; niais personnellement il croyait que l’armée aurait à livrer plus de trois combats, et c'est ce qui a motive son avis dans la conférence de Grimont.

Le général Frossard donne sur la conférence de Crimont et les opérations des 30 et 31 les renseignements que nous connaissonsdéjil.L’ex-cnmmandantdu 2 e corps conte en détail la participation prise par scs troupes à l'affaire du 3 1 .

D. Avant l’ordre transmis le t", vous n'avez pas reçu un ordre confidentiel ?

R. Non. Cet ordre a été transmis à M. le maréchal Le Bœuf.

1). A la conférence de Grimont, il n’a pas été question des dépêches de l'armée de Giflions?

R. Nullement.

D. Ni des mouvements éventuels de cette armée ni de ceux de l'ennemi ?

R. Non. Nous supposions qu'il s'organiserait une armée ; mais, pour ma part, je ne pensaispas à voir cette armée s'aventurer au milieu de trois années ennemies victorieuses, et je ne voyais pour elle qu’un objectif : Paris.

Les questions posées aux précédents témoins reviennent. M. le général Frossard n'a pas eu connaissance de la lettre du 22, signée du général Soleille; toutefois il était renseigné et rassuré au sujet des approvisionnements. Sur la question des vivres, le général répond qu'on ne s’en est pas préoccupé à Grimont, la conclusion n'ayant pas été de s’éterniser sous Metz, mais d'v demeurer momentanément.

Le général Jarras, chef d’état-major du maréchal Bazaine, a transmis les ordres qui ont marque les journées des 26, 30 et 31 août.

D. Le 23, vous auriez fait connaître les conclusions de la lettre de M. le général Soleille?

R. Je ne connaissais pas la lettre de M. le général Soleille. Un matin, M. le maréchal me dit de prévenir les corps que l’armée était complètement réapprovisionnée. J'ai écrit et expédie une circulaire, conformément à l'avis de M. le maréchal.

D. Avez-vous eu connaissance des motifs qui ont déterminé M. le général Soleille à changer son opinion?

R. Non ; du reste je n'ai pas pris part à la discussion lors de la conférence de Grimont.

Le général Pourcf.t. — Le 23 au soir, M. le colonel Lewal est-il resté longtemps chez M. le maréchal?

R. Très peu de temps, et j'ai même eu le pressentiment que l’étude des mouvements dont il rapportait l’ordre avait déjà été faite entre M. le maréchal et M.le colonel Lewal.

Lr. Président. — M. le maréchal ne vous a-t-il jamais parlé de son intention de prendre Metz comme pointdc ses opérations, et par suite ne vous a-t-il pas prié d'étudier le moyen défaire passer rapidement l'année d'une rive à l’autre de la Moselle?

R. Jamais.

M. le général Bourbaki devait être entendu 1« 8; mais le général est retenu à Lyon par des nécessités

pressantes de service, et son audition est remise à un autre jour.

Le colonel Lf.wal dépose. — J'ai rédigé les ordres de sortie du 26 et du 30 sur les ordres de M. le maréchal. Le 24, j’ai porté le travail que m'avait commandé M. le maréchal; M. le maréchal l’a reçu et modifié, et j’ai ensuite rédigé scs ordres. J'ai fait de môme pour la sortie du 3t.

R. Étiez-vous renseigné sur la situation de l'année ennemie?

R. Approximativement nous savions l'effectif des troupes ennemies.

Le conseil entend encore le commandant Samuel , M. Liegcr, lieutenant de la garde républicaine, et autres témoins qui ont été chargés do diverses missions.

Lr commandant Samuel a été chargé par son chef, le colonel Lewal, d’envoyer des émissaires pour éclairer la route sur laquelle devaient se faire les mouvements du 26 et du 31 août.

Le lieutenant Likc.kh a fourni les émissaires demandés pour le service d’éclaireurs du commandant Samuel.

M. Marchai, dit que le I" septembre, après la bataille, il a vu le commandant Samuel remettre une dépêche à un jeune homme, qui devait aller à Thionvillc. Il lui a dit qu’il était venu il Metz, huit jours auparavant, porteur d’une dépêche. Ce jeune homme lui a proinisd’aller à Thionville porter de ses nouvelles à sa femme. J’ai su depuis qu’il n’y était pas allé.

On passe aux témoins à décharge.

M. le colonel Bornant a été chargé par le maréchal Le Rœnf d’aller rendre compte, le 30, au maréchal Ba zaine, du succès de son mouvement vcrsServigny, à six heures et demie du soir.

La séance est lovée à cinq heures, et renvoyée au lundi 10 novembre à midi.

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