‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 111 sur 117 · CHAPITRE LXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXI

Séances du samedi 22 novembre et du lundi 2t.

Le 22 novembre, viennent déposer les témoins qui ont fait le service de courriers. L’un, M. Félix Moulin,

cultivateur à Longwy, a été charge tic porter une dépêche au géuéral Trocliu, une autre à la maréchale Bazaine, mais il a été arrêté par les Prussiens, et forcé d’avaler ses messages. Un autre. M. Dnnzella, marin attaché à la Uottilie de la Seine, Agé de trente-trois ans, | a fait deux voyages à Thionvillc et remis des dépêches au colonel Turnier, qui l’a renvoyé à Tours, puis & Dieppe. Cet émissaire a couru de grands dangers, et un jour, en passant près d'un poste prussien, il a dû se mettre à l'eau, et» se cachant derrière des branches d'arbres qu'il avait coupées. Le président, au nom du : conseil de guerre, le félicite de sa conduite.

M. Hisse, jeune homme de vingt-quatre ans, a pu partir de Thionville, traverser les lignes ennemies, entrer dans Metz le 20 septembre, et remettre au uiaré- j chai Bazaine une dépêche cachée dans la doublure de I sou gilet. Le témoin est resté à Metz, où il s’est engagé, ' le 8 octobre, dans le 24* de ligne.

Dans la séance du lundi 24 novembre, M. Pikkrk Schmitz, âgé de cihquanle ans, général de brigade à Versailles, et attaché à l'état-major du gouverneur de Paris, atteste que les tentatives les plus vives ont été faites par le gouvernement de la Défense nationale pour se mettre en rapport avec l’armée de Metz. Au mois de septembre, il a reçu à l’état-major un aide de ; camp du maréchal Bazaine, M. Magnan, lieutenantcolonel d'clat-inajor. Celui-ci dépose qu’il fit acte d’initiative personnelle en se rendant à Paris, le 17 septembre 1870, sans aucune instruction officielle, et qu’il en partit le 18. De telle sorte, fait remarquer à ce sujet le president du conseil de guerre, qu’aucuu « concert ne put être établi entre Metz et Paris. »

La fin de l'audience du 24 novembre est consacrée à l'audition de quelques témoins assignés par la défense.

Ils nient que le maréchal Bazaine ait pu franchir les avant-postes; d’autres, cités contradictoirement, affirment au contraire l’avoir vu prendre la route du quartier général allemand. Un oflicier de la garde nationale de Metz, M. Meyer, Agé de cinquante-deux i ans, propriétaire, dépose ainsi :

Le 11 octobre, pendant la nuit, m’étant porté du ; coté de Frescaty, j’entendis des pas de chevaux au mo- j ment ou j'arrivais auprès du passage à niveau. Je me cachai dans un fossé; trois cavaliers arrivèrent auprès du passage à niveau et s'arrêtèrent à quelques pas de moi.

L’un d'eux dit : « C’est ici, maréchal, que nous devons mettre pied à terre. » Ils descendirent, s'entretinrent quelques instants à voix basse sans qu'il ntc fût possible de savoir ce qu'ils disaient. Us se dirigèrent ensuite du coté des avant-postes ennemis, et bientôt après j’entepdis le bruit d’une voiture qui s'éloignait. De ces trois cavaliers, l’un était en bourgeois. les deux autres en uniforme. J’ai remarqué que l’un d’eux était petit et gros.

M. Jûssph Paquis, menuisier, à Moulin-lês-Metz, dit

que, les 7 et 22 septembre et le 6 octobre, il a vu le maréchal Bazaine se diriger vers le quartier général allemand, avec un trompette et le drapeau parlementaire.

Ces dernières dépositions sont d’une précision terrible.

M. Fournier, propriétaire à Ars, a visité le château de Corny, avec plusieurs de ses amis. L’on nous a, dit-il, montré la chambre où le prince Frédéric-Charles avait reçu le maréchal Bazaine. Nous étions stupéfaits. « Il est venu plusieurs fois, dit le domestique, je l’ai vir, il était en bourgeois. Le priuce ne loi a pas fait grand honneur, il ne Ta conduit que jusqu'à la porte du salon, et ce sont des officiers dordouuance qui l'ont accompagné jusqu'à sa voilure. »

D. Ce domestique est-il cité? — R. Non, on en a cité un autre, mais on pourrait le trouver. C’est un brun, rouge de figure.

M. François Dallbt, douanier à Nancy, déclare qu'il a vu l'agent Flahaut à Metz le 28 ou le 20 août. Des soldais lui ont dit que pendant le siège ils avaient vu souvent le maréchal se rendre dans les lignes prussiennes.

M. Nicolas Houssklle. garde champêtre à Novéant.

— Le 18 octobre, vers cinq heures du soir, il pleuvait; j’étais sur le pas de ma porte. J’ai vu arriver d'abord deux cavaliers prussiens, puis une voiture dans laquelle il y avait trois officiers français. L’un d’eux était M. le maréchal Bazaine. Derrière venaient quatre cavaliers français. La voiture s'est dirigée vers le château de Corny, où était établi alors le prince Frédéric-Charles.

D. Connaissiez- vous bien le maréchal? — R. Je connaissais bieicle maréchal pour avoir servi au Mexique. J'ai même travaillé dans son jardin quand nous étions à Mexico. Il était en uniforme avec un képi et un manteau.

D. Quelle heure était-il? — R. Environ cinq heures du soir.

D. Et vous avez pu distinguer les broderies du képi?

— R. Oui, monsieur le président.

M. Georges STEir, valet de chambre à Corny, déclare que, dans le courant du mois d’octobre, il a vu arriver au château de Corny, auprès du prince Frédéric-Charles, un monsieur en paletot noir et en chapeau gris : oit lui a dit que c'était le maréchal Bazaine, et qu'il était venu plusieurs fois, mais, ajoute-t-il, je ne l’ai vu que cette fois-lâ.

M. Gahkikl Giîrpbàttb, sculpteur, dépose qu’il a vu le maréchal arriver à Moulins dans le commencement de septembre, et que plus tard il Ta vu passer sur le pont d’Ars, avec un trompette d’artillerie, qui est revenu seul après l’avoir conduit aux avant-postes prussiens. C’était le 20 ou le 27 septembre. J’ai entendu le trompette sonner en parlementaire, puis il est revenu.

I). Vous avez reconnu le maréchal? — R. Parfaitement. Je l’ai reconnu à ses cheveux blancs et à son

cheval roui qui avait une étoile Manche au milieu du front. J'ai causé, au retour, avec le trompette, qui s’en retournait au Ban-Saint-Martin; je lui ai mémo donné une pipe de tabac.

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