‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 18 sur 117 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Communication du 18 octobre.

Dans la journée, par ordre des généraux de division, et de la part du commandant en chef de l’armée du Rhin,

chacun des chefs de corps fit à scs officiers la communication suivante:

« Messieurs,

a Je suis chargé de vous faire connaître des faits importants qui se sont produits depuis quelques jours^Lcs approvisionnements de la place de Metz diminuant de plus en plus, M. le maréchal Bazaine a cru devoir entrer en pourparlers avec l'ennemi. Il a désigne le général Boyer, son premier aide de camp, qui s'est rendu à Versailles, au quartier général du roi Guillaume. L'empressement avec lequel l'envoyé du maréchal a été accueilli semble prouver que les Prussiens sont très-désireux de terminer la guerre.

■ Ainsi, le général Boyer ayant parcouru en chemin de fer le trajet de Metz ù Château-Thierry, le service des trains étant interrompu, afin de rendre son voyage plus rapide & Château-Thierry» une voiture aux armes du roi de Prusse l'attendait pour le transporter à Versailles. A peine arrivé, le général est reçu par M. de Bismark, qui transmet au roi sa demande d'audience, li est aussitôt introduit, et se trouve en présence d’un conseil de guerre, auquel assistent, sous la présidence du roi de Prusse, les principaux chefs de l'armée prussienne.

* Le général Boyer ayant exposé le but de sa mission, le général Moltkc prit la parole et déclara que, dans une question toute militaire, les négociations ne pouvaient être longues. L'armée de Metz devait subir le sort de l'armee de Sedan, et se rendre prisonnière de guerre. M. de Bismark lit observer que la question politique devait primer la question militaire.

• Je serais disposé à admettre, contiuua-t-il, une convention qui permettrait à l'armée de Metz de sc retirer dans un point désigné du territoire français, afin d'y protéger les délibérations nécessaires pour assurer la paix.

a Ccte idée était suggérée à M. de Bismark par les difficultés que faisait naître pour le gouvernement prussien lui-même l’absence de tout gouvernement en France.

« En effet, les renseignements recueillis par le général le long de la route, auprès des chefs de gare et auprès de diverses personnes, ne laissent malheureusement subsister aucun doute à cet egard : l’anarchie la plus complète règne actuellement en France. Paris, investi. affamé, et sans communications extérieures, doit s'ouvrir aux Prussiens dans très-peu de jours ; la discorde civile y paralyse la défense; les membres du comité de défense nationale ont été débordés. Gambetta et de Kératry sont, partis en ballon : l’un est venu tomber à Amiens, l'autre à Bar-lc-Duc. Le désordre est au comble dans le midi de la France.

« Le drapeau rouge flotte à Lyon, à Marseille, à Bor- 1 deaux. Une armée de volontaires bretons a été détruite du côté d'Orléans. La Normandie, parcourue par des

bandes de brigands, a appelé les Prussiens pour rétablir l’ordre. Le Havre, Elbeuf, Rouen, ont maintenant des garnisons prussiennes qui concourent, avec la garde nationale, à sauvegarder la securité publique. Un mouvement d’un caractère religieux a éclaté en Vendée ; le Nord désire ardemment la paix. La Prusse réclame la f Lorraine et l'Alsace, et plusieurs milliards d'indemnité de guerre ; l'Italie réclame la Savoie , Nice et la Corse.

« Cette anarchie, le gouvernement provisoire étant dispersé, les differentes villes ne s’accordant pas quant à la forme du gouvernement nouveau, «les d'Orléans ne j s’étant pas présentés, cette anarchie cause au gouvernement prussien, disposé A traiter de la paix, des difficultés imprévues. Il ne peut songer à établir des bases de négociations qu’en s'adressant au Gouvernement de fait qui existait avant le septembre, c’est-à-dire à la Régence. On ignore encore si, dans les circonstances actuelles, la régente voudra prêter l’oreille à des propositions pacifiques; mais, en cas de refus, on ne pourrait s'adresser qu'à la Chambre des députés, issue du suffrage universel, et qui représente encore légalement la nation.

« Toutefois, peur que le Corps législatif qui .a siégé jusqu'au J" septembre puisse se réunir du nouveau et puisse délibérer, il faut qu'il soit protégé par une ar- : mée française. Tel est le rôle qu’aura sans doute à jouer l'armée de Metz. En attendant le retour du général Boyer, reparti pour Versailles avec de nouveaux pouvoirs, il est urgent de faire savoir aux troupes que la situation pénible dans laquelle nous nous trouvons n’est que transitoire. L'armée sépare sa cause de celle de la ville de Metz. En attendant qu’elle puisse partir pour aller remplir une nouvelle mission patriotique, elle saura supporter courageusement encore quelques jours de privation. Si vous avez, monsieur, quelques explications nouvelles à demander, je m’empresserai de vous les donner; mais je dois vous dire qu’aucune discussion ne saurait être admise. »

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