CHAPITRE I
Le* nnlécédcnls du procès Razaine. — Rapport du général de Rivière. — Qu'on en finisse! — M«' Lachaud cl Allou.
— Épisode des drapeaux.
L’ouvrage que nous avons publié sous le litre de Bazaine et la capitulation de Metz expose avec soin, clans 1
l'ordre chronologique, les circonstances qui ont amené cette douloureuse capitulation. Il s’arrête au moment où a commencé l’instruction dirigée contre le maréchal Bazaine; mais plusieurs mois devaient encore s'écouler avant l’ouverture des débats.
Pendant ce long intervalle il s’est produit, relativement à la cause Bazaine, des faits qu’il est indispensable de mentionner avant de rendre compte des solennelles audiences.
Au mois de février 1873, l’instruction touchait à sa
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fin, quoique le rapporteur n’eût pas achevé son couvre; il avait, au reste, le temps de la remettre vingt fois sur le métier, carde hautes considérations politiques déterminaient dès lors le gouvernement à n’ouvrir le procès qu’après la libération du territoire.
Le général de Rivière, dans le courant du même mois, termina, sur les faits et gestes du maréchal Bazaine, un rapport divisé en deux parties : l’une consacrée aux événements du 12 août au l nr septembre 1870, l'autre partant de la capitulation de Sedan, pour aboutir au £8 octobre.
M. de Rivière, conformément aux prescriptions de la lot, fit prévenir le maréchal qu’il le ferait appeler pour lai donner lecture des dépositions des témoins.
. Mais M. Bazaine demanda à être dispensé d’entendre la lecture de ces volumineux dossiers, déclarant qu’il laissait à son avocat, M° l.achaud, le soin de les examiner.
« Qu’on en finisse le plus tût possible, dit le maréchal ; ces lenteurs me tuent. J’ai hâte de comparaître devant le conseil de guerre. »
A ce moment la ratric , dans son numéro du 28 février, précisait l'état de la cause : « La défense du maréchal, disait-elle, est confiée à M Lachaud ; mais M. Tliicrs aurait voulu que celui-ci cédât la place à M e Allait. Deux tentatives successives, niais vaines, ont été faites auprès de l’honorable avocat pour le faire entrer dans ces vues, et nous n'avons pas besoin de dire que M° A llou porte trop haut le respect de sa profession pour se prêter à une lactique qui ne serait autre chose qu’un acte de concurrence.
a On dit maintenant que M* Allou sera adjoint fl M* Lachaud, avec le consentement de ce dernier. Celui-ci traiterait la question politique, et celui-là la question militaire.
« La défense de M* Lachaud portera sur la question d’honneur et de responsabilité. Celte défense s’appûicra sur les dépêche* et les lettres émanées des personnages ayant joué un rôle dans le drame politico-militaire qui fl suivi la capitulation de Sedan. Le défenseur compte aussi sc servir des procès- verbaux des conseils de guerre tenus à Metz. Le dernier procès-verbal surtout est appelé à faire sensation, en ce qu’il fera connaître l’opinion de certains généraux sur l’opportunité de la capitulation.
« Le général de Rivière ne sc montre rien moins que bienveillant pour le maréchal, et son rapport s’attacherait, dit-on, à montrer l’accusé jouant un rôle politique à son profit. Il paraît que d’abord le rapporteur croyait pouvoir établir que le maréchal avait voulu séparer la cause de l’armée de la cause du gouvernement qui a succombé à Sedan; mais l'instruction ayant complètement échoué de cc côté , on a voulu présenter le maréchal comme ayant voulu s’isoler du gouvernement insurrectionnel issu du 4 septembre.
« Une des accusations portées contre le maréchal
était d’avoir laissé prendre les drapeaux dans f arsenal. L’accusé a répondu qu’il avait donné au général So • lcille l'ordre do brûler ces drapeaux. Le général, interrogé pur une commission rogatoire, répondit qu’il • n’avait pas souvenir d’avoir reçu cet ordre. » Mais, sur la déclaration du général Desvaux, qui a affirmé que l'ordre avait été donné en sa présence, le général Solcille, tri s-malade à son premier interrogatoire, a reconnu qu’eu effet cet ordre lui ayait été intime.
« lie procès, croyons-nous, sera fertile en incidents. Il en est un fort curieux : il sera établi, dit-on, que trois officiers avaient tramé un complot jiour renverser le maréchal et le remplacer par un comité de défense.
« Le maréchal n’a plus auprès de lui que le capitaine Clapcyron, son parent Ses deux aides de camp ont été éloignés par ordre du général de Rivière, qui ne laisse plus pénétrer personne auprès du prisonnier. »