‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 31 sur 117 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Une lulfre ilTois & la Preste de Tien ne. — lai capitulation de Mcîi jugée au point de vue allemand. — La surcurtalo de la Banque à Met* cl l'aruric de Frédéric-Charles. — L’Alpha et l’Oméga.

Le Ul avril, un homme, qui avait suivi toutes les opérations du siège de Metz, écrivit d'Kms à la Prcfsc >lc Vienne une lettre cjui fut très-remarquée : « La capitulation prématurée de Metz, disait ce correspondant, «était pour l'armée allemande une question de vie ou de mort.

« En me plaçant au point de vue allemand, je n'hésite pas A approuver les actes du chancelier de l'Empire.

«De quoi s'agissait-il T Do mener rapidement la guerre à sa fin, et de ménager les bataillons allemands; il n’y en avait pas de trop alors pour le genre de guerre que l'on faisait. »

Le correspondant d'Ems croit indubitable que le prince de Bismark promit d'abandonner au maréchal Bazaine les provisions de numéraire amoncelées dans les caves de la succursale «le la Banque. Par cette combinaison, il renonçait sans doute à un riche butin, niais il atteignait en réalité un grand résultat : il mettait le prince Frédéric-Charles à même de courir fl marches forcées au secours il > général Von der Thatin, qui avait été refoulé au delà d'Orléans. Cette nouvelle armée 'française, alors admirablement recrutée, contenait en germe, l’armée du général C.hanzy. Or le prince Frédéric-Charles était aussi indispensable à Orléans qu’il le fut plus tard au Mans.

« Retenir l'armée allemande sous les murs de Metz plus longtemps que la fin d’octobre, c’eût été, dit l'auteur de la lettre d'Ems à la Presse de Vienne, anéantir l’effet des brillantes victoires de l’Allemagne. Bismark, on réussissant à s’entendre avec Bazaine, a remporté le même succès que si M. de Mollke avait r<x «si à faire sortir de dessous terre quatre nouveaux corps d’armée allemands.

« On demandera d’où nous savons que Bazaine a agi de concert avec M. de Bismark. Nous le savons par les dépositions, sous serment, de gens qui ont été en relations continuelles avec le quartier général du roi de Prusse. Ceux-ci affirment que, trois semaines avant la capitulation, le 12 octobre, on connaissait exactement l’holel, à Versailles, où logeait M. de Moltke, la date à laquelle le prince Frédéric-Charles pourrait quitter le quartier général de Versailles, pour empêcher, avec ses troupes d’élite, l’armée de la Loire et celle de Chanzy d'accourir au secours de Metz. C’était l’alpha et l’oméga de la tactique de Mollke et Bismark , et ces deux hommes ont réussi à effectuer ce qui semblait impossible en France, à mettre de leur cédé le plus célèbre général français. .

« Le S octobre 1870, le quartier général allemand est arrivé à Versailles, et depuis Bazaine est resté con r tinuellemcnt en correspondance avec Bismark et de Moltke.

« Ce fai» est-il concevable , ou n’est-ce pas là de la trahison?

« Qu'est-ce que Bazaine avait à négocier avec Bismark et Moltke? 11 n’avait à se préoccuper que des voies et moyens de rompre les lignes allemandes autour de Metz. Mais il sc bornait à faire par-ci par-là quelques fausses sorties, et il négociait avec l’ennemi de son pays, qui pressait La capitulation, et qui lui a su gré plus tard de l’avoir conclue.

« Je le répète, on savait, trois semaines à l’avance, au quartier général de Versailles, à une heure près, la date de la capitulation de Metz.

« On comprendra que maintenant Bismark sc soucie fort peu de faire constater ses relations avec Bazaine et à quel prix ce dernier a abandonné Metz.

« L’au dernier je suis allé à Beaumont, près de Sedan, et j’ai vu un ofiieier saxon qui m'a affirmé que le soir de l’entrée de son régiment dans Metz, ils dînèrent aussi luxueusement que dans le premier hôtel de Dresde ; rien ne manquait : on trouvait de la viande et du vin à profusion.

« Eu effet, il ne manquait rien. Metz n'était point affamée et aurait pu tenir au moins quatre semaines; mais Bazaine ne l’a pas voulu : il avait fait son traité et se souciait peu de ce que la France allait devenir, n

Page 1