‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 35 sur 117 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le garde-chasse *Scalabrino.

Le récit du correspondant du Times, reproduit en tout ou en partie par la presse, eut un immense retentissement.

Deux passages soulevèrent une assez curieuse rcclifi- * cation.

« On assure, avait dit le reporter, qu’un garde-chasse, du nom de Scalabrino, vous a remis personnellement le 23 une dépêche du maréchal de Mac-Mahon, qui vous expliquait la conduite que vous aviez à suivre et la direction à prendre. »

Et le maréchal lui avait répondu pu haussant les épaules :

« Je n’ai jamais reçu de courriers, je n’ai jamais vu Scalabrino ni aucun garde-chasse, je n’ai jamais reçu do dépêche de Mac-Mahon avant le 30 août. Depuis l'as, j’en ai reçu beaucoup, parce que c'était l’intérêt des Allemands de les laisser passer. Le procès élucidera ce point très-clairement ; je n’ai jamais été confronté avec personne qui maintienne qu’il m’ait remis une dépêche quelconque du maréchal Mac-Mahon avant le 30. »

« SUU it fs said thnd a garde de chasse named Scalabrino dflivcrcd to you personally on the 23d « dcsputch from General Mac-Mahon, wk ich cx-plaincd to you the line you should follow and the direction you shoubl tahe T The Marshal shruygcd his shoulder ». “ I ne ver received couricrs; l neversaw Scalabrino, nor any garde de chasse. 1 never received any despalch from Marshal Mac-Mahon before the 30t/i of Auguet. »

M. Scalabrino adressa ù ce sujet aux journaux la lettre suivante :

« lUudalatillC, 30 mai* 1 573.

M MO.NMÉCH t.E DIBBCTBUB,

« J’ai lu dans le Journal do Notariat, du mercredi 26 mars courant, la traduction d’une lettre adressée au Times , par soit correspondant français, rendant compte d une conversation qu’il a eue avec le maréchal Bazaine.

« Je tiens pour mon honneur ù ce que le passage qui figure dans la lettre et qui me concerne personnellement, soit rectifié dans le sens de la vérité,

« La réponse attribuée, à tort ou à raison, au maréchal Bazaine, signifie qu’il n’a reçu aucun courrier d’un garde-chasse du nom de Scalabrino. Mais, comme je me nomme aussi Scalabrino, et que je suis non pas garde-chasse, mais bien brigadier forestier en retraite aujourd’hui, avec le rubaq de chevalier de la Légion d’honneur, et que j’ai porté pendant la guerre une dépêche au maréchal lui-même, je tiens à donner, afin de démentir l’article précité, des renseignements exacts sur la mission dont j'ai été chargé.

« Le 17 août 1870, le général commandant supérieur à Verdun m'a fait remettre par deux gendarmes une dépêche à porter à M. ie maréchal Bazaine.

« Parti le même jour, à une heure du soir, de Haudainville (Meuse), près Verdun, ma résidence, pour remplir cette mission, je suis arrivé le 18, à cinq heures du matin, au camp de Sainl-l'rivat. Là j’ai trouvé M. le maréchal Canrobert, auquel j'ai remis ma dépêche, lequel m’a dit qu’tdle était chiffrée cl qu’il allait la faire

traduire par un de ses aides de camp; après cette traduction, il me la flMiiit avec ordre de la porter à Plappeville, près Metz, au quartier général. Arrivé là à huit heures du matin, je l’ai déposée entre les mains mêmes du maréchal Bazaine, qui en a pris immédiatement connaissance et qui m’a posé une foule de questions sur le voyage périlleux que j’avais entrepris. Il m’a ensuite versé une somme de 20 fr. pour m'indemniser de mes frais de déplacement, lesquels n’ont pas été couverts, puisque j’ai dépensé 30 fr.

a II m’a ensuite donné le conseil de me reposer, la marche rapide et de nuit m’ayant fatigué, à l’effet de me donner, à cinq heures du soir du même jour, une réponse à la dépêche que j’avais apportée.

« A l’heure indiquée, je me suis rendu au quartier général, où j’ai appris que le maréchal se trouvait à la bataille de Saint-Privat, qui avait lieu ce jour-là. Je suis resté ù sa porte jusqu’à sept heures du soir, heure de la rentrée du maréchal. A cette heure, j'ai demandé la réponse promise, et il m’a été fait réponse que cela ne se pouvait faire, le maréchal étant très-occupé avec scs généraux.

« A 9 heures du soir, je suis revenu et j’ai parlé celte fois au commandant de service, auquel j’ai demandé » avec persistance de me faire avoir une réponse quelconque, la nuit étant affreuse, pour retourner à Verdun le plus têt possible ; il m’a fait connaître qu’il n’avait rien à me donner; j’ai dû alors, voyant que je n’avais aucune mission à remplir, lui demander s’il ne pourrait pas me laisser (je parle du commandant) passer la nuit dans son écurie. Il m’a refusé cette faveur en disant qu’il avait assez de monde à loger.

« Le lendemain 1 9, j’ai cru devoir aller trouver un chef de mon administration, M. le conservateur des forêts, à Metz. Ce chef supérieur a donné immédiatement ordre à un sous-inspecteur d’aller avec moi chez le maréchal Bazaine, à l’effet de me faire obtenir la réponse ù mon message. Nous trouvant dans l’impossibilité de trouver le maréchal à Plappevillc, l’état-major s’étant rendu au ban Saint-Martin, nous avons dû nous rendre en ce dernier endroit, où une réponse négative comme avant nous fut encore faite.

« Veuillez, etc.

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