‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 38 sur 117 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Etudes sur le château de Compïègne. — Dossier de 8.30 pages.

— Première immigration. — Notice historique sur Compïègne.

Dès les première jours d’août un officier était chargé par le ministre de la guerre de se rendre à Compiègne, afin de prendre les dis|»ositions nécessaires pour approprier les diverses parties du château aux prochaines séances du conseil de guerre devant lequel serait jugé le maréchal Bazaine.

Le général t*ourcel prévint le maréchal Bazaine que la date de l'ouverture du procès était irrévocablement fixée au lundi, 0 octobre, et avertit le défenseur, M* Lachaud, que le dossier était à sa disposition : dossier énorme puisque le rapport du général de Rivière faisait seul 830 pages in-8°; la copie seule des pièces, faite aux frais du prévenu, avait coûté 14,000 fr.

L'accusation fit dès lors assigner les témoins, au nombre d’environ deux cent cinquante.

Le général Pourcet, le parquet, le gretledu 1 er conseil de guerre, allèrent s’installer à Compiègne où devaient les rejoindre les membres du conseil de guerre, et le défenseur, M° Lachaud. On leur destinait les appartements de l’aile gauche qu’occupaient sous l'empire, dans la saison des fêtes et des chasses, les ministres et les maréchaux. Plus d’une fois le maréchal Bazaine y avait eu un appartement réservé par ordre de Napoléon 111.

L5 lieu de détention de l’accusé se composait de trois pièces, dont une antichambre, une chambre à coucher et un salon servant de salle à manger. Ces deux pièces étaient fort convenablement meublées en reps ronge.

Le maréchal y apporterait son bureau, qu’il avait obtenu déjà l’autorisation d’avoir à Versailles.

La maréchale Bazaine alla à Compiègne avec M° Lachaml, pour y choisir l'appartement qu’elle devait occuper pendant la durée du procès.

De cette première immigration, outre MM. Pourcet, général dedivision, commissaire spécial; de Rivière, général de brigade, rapporteur spécial, faisaient partie MM. Costc, lieutenant-colonel du génie; de Salles, chef d’esoadron d ctat-majôr; Pinel de Grandcliamp, chef d'escadron d’artillerie; Martin, chef de bataillon, commissaire du gouvernement ; Avon, capitaine d'état-major; Boissoiier, capitaine et officier d'ordonnance du générai Pourcet; Delanoy, capitaine en retraite, rapporteur; Alla, officier d'administration, greffier; Castres, officier d'administration en retraite, adjoint greffier; de Fasbielle, lieutenant de hussards et officier d'ordonnance du général Pourcet; Eymard, sous-lieutenant; Raymond, Bouschbachcr, Poiret, adjoints coin-

mis-greffiers; Tarigo, Alla, sergents, adjoints commis sous-greffiers; Ce, maréchal des logis d'artillerie, adjoint commis-greffier ; Lagalinc, caporal d'artillerie; Lutz, garde de Paris, vaguemestre ; Chevalier, soldat, employé;

La garnison de Compiègnese composait du 13* régiment de dragons (980 hommes), et du II* chasseurs (310 hommes); on pensa que le service du conseil de guerre exigerait un supplément de forces, et le 5 août, à huit heures et demie du soir, un train spécial venant du camp de Salory, amena à Compïègne un bataillon de 470 hommes.

Par ordre du colonel du 13* dragons, remplissant les fonctions de commandant d'armes, le 114* lut loge aux petites écuries.

La garnison de Compïègne, y compris 53 infirmiers et 02 malades militaires, se trouva élevée à 1 ,675 hommes. Un des effets de cet accroissement d’effectif fut d’augmenter les prétentions des hôteliers de Compicgne qui comptaient sur l'affluence de curieux qu’attirerait le

I procès, et qui disaient déjà aux chercheurs de logc- ! ments : « Trouvez à vous caser en ville, si vous pouvez,

1 nous vous nourrirons. »

Le général Zcndlz, commandant la subdivision à Beauvais, reçut l’ordre de venir momentanément à Compicgne pour prendre le commandement de la place.

. La compagnie du Nord décida que, pendant toute la durée du procès, des trains spéciaux seraient organisés, et qu’à partir de quatre heures et jusqu a dix heures du soir des express se succéderaient d’heure en heure.

Le samedi, 2 août, à huit heures du matin, quatre fourgons du train des équipages stationnaient, 7, me Rémond, à Versailles, devant la grille du petit hôtel affecté, depuis un an et demi, au greffe du i* r conseil de guerre.

C'était dans cet hôtel que s'était faite l'instruction du procès Bazaine.

A huit heures et demie, les quatre véhicules fournis | par l'intendance s’éloignaient dans la direction de Pa-

HA Z Al Mi ET i.A CAPITULATION DE METZ.

in

ris, chargés de tous les documents, rapports, plans, dépositions de témoins et pièces de toutes natures appartenant à l'instruction.

Le sous-lieutenant Eymard, investi par il. le général Pourcetdu soin du matériel, présidait à cet important transfert, assisté de plusieurs sous-officiers.

Les voitures arrivèrent vers dix heures à la gare du Nord, où, par le train de midi et demi, leur contenu fut expédié sur C.ompiègno.

A dater du lundi suivant, le grelle du l tr conseil de guerre fut installé à Coinpiègnc, dans l’une des salles du château.

Des logements étaient réservés aux officiers attachés au parquet du conseil.

En ce qui concernait le local destiné aux audiences, aucune décision n’était prise encorci II était probable, toutefois, que le choix définitif se porterait sur la salle des fêtes ou le théâtre du château.

Sans entrer daps de longs détails historiques et géographiques cl dans une minutieuse description, il n'est pas sans intérêt de parler un peu du palais de Coinpiègnc, auquel le procès Bazaine pouvait donner un relief de célébrité. Il a été bâti sous le règne de Louis XV, sur les dessins du célèbre architecte Gabriel, l’auteur des hôtels monumentaux qui s’élèvent au nord de la place de la Concorde. La disposition architectonique de la principale façade du palais de Coinpiègnc est analogue à celle du Palais-Boyal, à Paris, c'est-àdire une galerie à jour et il colonnes servant de fermeture à une cour d'honneur : au fond de la cour, une façade ayant au milieu un fronton porté par quatre colonnes, et, sur les côtés, deux ailes de dix-huit croisées chacune, terminées sur la place par une façade de cinq croisées, également couronnée par un fronton. I.a place forme un carré pl.fnlé de gazon et entouré de tilleuls.

Quelque attrait qu’eût pour Louis XIV la forêt de Compicgnc, ce monarque n’eut jamais pour cette résidence une grande inclination. Aussi n’ajouta-t-il rien aux bâtiments existants qui remontaient à Charles V et qui étaient désignés sous le nom de Louvre. Louis XIV disait: « te Suis logé ù Versailles en roi, à Fontainebleau en prince, a Oompiègne en paysan. » Il y allait néanmoins pour visiter un camp établi dans la lorét. Il s’y rendait, accompagné le plus souvent de M œ » de Monlespan.

Dès que M m * dé Montespan eut cessé do plaire à ce monarque, elle lut remplacée par une jeune tille de dix-huit ans, M 11 * de Fontangcs, qui mourut à vingt tins, en I GSI .

Un jour, pendant nue- des fastueuses promenades dans la forêt de Conipiègne, le vent ayant dénoue les cheveux de M 11 » de Fontangcs, qui accompagnait le roi à cheval, elle les releva avec un des rubans que le roi portail à son habit. Son royal amant trouva cette eoifftirc charmante. Le lendemain, toutes les dames delà cour prirent la nouvelle mode qui se propagea rapide-

ment, et le ruban ainsi posé s’appela une fontanje. Cette 1 mode durait encore en lti!i3. Boileau, dans sa satire sur les femmes, a dit : .

•S'eut leur fontange alliére «.tenir leuit maris !

Eu 1370, lorsque Marie-Antoinette arriva de Vienne pour épouser le dauphin, qui fut foi de France le 10 mai 1774, elle fut accueillie par Louis XV au palais de Compïègne. Parmi les femmes de la cour, elle aperçut M mo du Barry. Louis XV osa demander A sa bru comment elle trouvait la comtesse. « Elle tue parait très-séduisante, » répondit Mar je- Ajitoi nette avec un sourire dédaigneux.

Ce fut A Coinpiègnc que Napoléon reçut Marie-Louise.

Pendant l’invasion étrangère, Conipiègne eut sa part des malheurs de la Franco. Ce fut au palais qu’eut lieu la première entrevue de Louis XVlll ot de l'empereur 1 Alexandre.

A dîner, Louis XVIII était assis sur un fauteuil ! et Alexandre sur une chaise. « Que voulez-vous, dit . cclui-iô en riant A ses aides de camp blessés de cette : incumcnaucc, le petit-fils de Catherine n’a pas assez de quartiers de noblesse pour monter dans les carrosses du roi ! »

Charles X anima souvent la forêt de ses chasses ; Louis-Philippe maria A Compïègne sa fille aînée au 1 roi des Belges, et Napoléon ill y donna de grandes ; fêtes cynégétique».

i Compiègne est une ville éminemment historique. Presque tous les rois de la première et de ta seconde race vinrent l’habiter.

Louis 11 et Louis V furent enterrés dans l’église Saint- Corneille. Celte église a une particularité, elle a pus- I sédé le premier orgue qui ait paru en France.

Charles le Chauve avait fait bâtir deux châteaux, qui reçurent des modifications sous les règnes de Louis XI,

, François l«>', Louis XIV et Louis XV.

Le pont a été construit eu 1733.

Du huitième au quatorzième siècle, six conciles ont ! été tenus à Compiègne.

Compiègne, jusqu’au règne de Charles le Chauve, s’appelait Carlopolis. -

Sou origine parait remonter jusqu'au* Domains, et % l’on montre encore aujourd'hui aux touristes où fut le camp de César.

L’importance de Compiègne ne date réellement que ■ de Charles le Chauve, qui l’agrandit et la fortifia 11 fonda ' l'abbaye de Saint-Corneille, où fut déposé le saint suaire envoyé par Charlemagne.

Le duc de Buurgoguc, aidé des Anglais, s'était emparé de Compiègne. Charles VI la reprit en 1415. Le duc de Bourgogne vint l’assiéger en 1430, et Jeanne Darc essaya inutilement d’en faire lever le siège, et y I fut faite prisonnière.

Page 1