CHAPITRE IV
M. Régnier. — S* iMIro à rimpénilriw. — îæ parnpnpSft 12. — Les vuofl d'ilailinpi ul l'autographe du Jcuuo prince.
Quelques jours plus tard, un personnago inconnu, entrepreneur d’ane restauration impériale, prit inopinément un rôle dans le drame de Metz.
Il se nommait Régnier. Né A Paris en 1$22, il y avait étudié le droit et la médecine. Mais, comme il jouissait d'une très-honnête aisance, il n'excrcait aucune profession.
Lui-même a consigné scs dires et ses aventures dans un livre publié A nruxclles sous ce titre bizarre : Quel est votre nom? M? Une étranje histoire d'roitû U
Régnier voulait traiter avec le roi de Prusse au nom de T impératrice régente, sur les bases d'une alliance de la Franco avec la Prusse, et employer les forces combinées des deux pays à rétablir le trône impérial.
Le 10 septembre, M. Régnier adressait à l'impératrice: une lettre qu'il a résumée lui-même en -ces termes :
• 1* Point de départ.
« L'ambassadeur à Londres de la Confédération germanique du Nord, qui sera bientôt l’ambassadeur d’un empire d'Allemagne s’étendant de la Baltique à Trieste, avec cinquante-cinq raillions d’habitants, peut-il dire :
• Je crois que le roi de Prusse préférerait traiter du la paix avec lo gouvernement impérial plutôt qu’avec le gouvernement républicain.
t 2° Si oui, je partirai demain pour Wilhelm shœlic après avoir visité l'impératrice et fait- viser mon passeport par l’ambassade prussienne.
« 3* Les propositions que je soumettrai à l’empereur seront les suivantes :
« 4* Que la Régente ne doit pas quitter le territoire français;
a 5° Que la flotte impériale est le territoire français ;
« 6® Que la flotte, qui a reçu l'impératrice régente avec tant d'enthousiasme à son départ pour la Baltique, ou du moins une partie de la flotte, quelque minime qu'elle soit, sera prise par la Régente pour siège de son gouvernement, et qu'elle pourra se rendre ainsi dans les différents ports français où elle compte le plus d'adliércnts, et faire ainsi preuve de gouvernement de jure et de fado.
« 7° Que l’impératrice régente date de la flotte quatre proclamations : aui gouvernements étrangers, & la flotte, à l'armée et au peuple français. Que chacune do ces proclamations contienne, outre co qui lui est spécial & elle-même, une portion des généralités comprises dans le paragraphe 12.
• 8» A la flotte. — Que, do mémo que l'empereur est resté jusqu’au dernier jour au milieu de son année, partageant avec elle la bonne et la mauvaise chance de la guerre, — elle, la Régente, le seul pouvoir exécutif légal existant, vient avec bonheur confier sa fortune politique à la flotte impériale, celte seconde moitié si loyale de Farinée française.
■ 0 » A l'armée. — Que, pendant que l’empereur était avec son 111s au milieu de vous et partageait vos dangers de toute sorte, quelques avocats, violant leur serment de représentants, sans aucun motif d'intérêt public extraordinaire, se sont associés a ces conspirateurs perpétuels qui dirigent tous les bas-fonds des États de l'Europe. Ils ont osé pousser le cri de trahison, eux qui ne craignaient pas de faire naître une guerre civile dans Paris, lorsque l’ennemi se trouvait A ses portes. Il y a vingt ans, lorsqu’ils se sont, comme cette fois, emparés pour un moment du pouvoir, leur premier acte a été le désarmement et lcîoigncment de l’armée, de la loyauté
et du patriotisme de laquelle ils se sont toujours défit s, et, cette fois encore, icsjouraaux qui représentent k*ur opinion ont dit qu’une des conditions de la paix qu'ils offriraient en échange de l’évacuation de notre territoire serait l’abolition des armées permanentes.
• 10" Au peuple français. (Portion des considérations générales énumérées dans le paragraphe 42.)
« 1 1° Am® j/ormmemenfo étrangers,-*- Bien établir, ou plutôt ne pas sembler croire qu’il soit possible que l'on mette en doute que le gouvernement impérial est toujours le gouvernement de fait, comme il est le gouvernement de droit. Y ajouter certaines considérations générales.
« 12° Considérations générales. — Que, pendant que l’armée combattait sur terre et sur mer pour cléfendro le sol natal, un faible parti d’agitateurs a profité du malheur de la patrie pour s’emparer violemment du pouvoir et chasser un gouvernement qui, seulement quelques jours avant, avait obtenu, pour la troisième fois, les suffrages de l'immense majorité de la nation ; qu'elle, la régente, n'a cédé qu’à la force , et quelle n’a quitté les Tuileries qu’au moment môme où l’on en violait l’entrée; que, dans un moment où chaque existence était nécessaire à la défense de Paris, elle n’a pas voulu laisser verser le sang d’un seul citoyen; que le plus pressé était la défense de la patrie ; qu’elle a cru sa présence plus utile à la France hors de Paris que dedans; qu’un moment, il est vrai, — quelle mère oserait l’en Idômcr? — elle a voulu embrasser son enfant avant de reprendre sbn nouveau poste; que ceux qui so sont emparés violemment du pouvoir trouveront toutes les ressources amassée» depuis nos premières défaites par le gouvernement impérial ; que la formation, la mobilisation et l'armement général de la garde nationale mobile, l’appel des anciens soldats sous les draircaux, la levée anticipée de la classe prochaine, l’armement des corps francs, l’achat fait à l’étranger d’armes, de munitions ci provisions de toute sorte, l’emprunt de près d’un milliard, que la confiance dans le gouvernement impérial, gardien de la stabilité et de l'ordre, a permis, h Iclonncment de l’Europe, de réaliser en moins de deux jours, l'armement complet de Paris, le commencement de formation du cadre de doux armées dans le centre de la France : c'est au travail incessant de jonr et de nuit du gouvernement de la régente, aidé du comité de la défense et du général Trochu, que tout cela est dù. Après avoir ainsi pris toutes les mesures nécessaires, la régente a pensé qu’il valait peut-être mieux laisser continuer son œuvre à ceux qui n’avaient fait, jiisqn’A présent, que de parler pendant qu’elle agissait, et dont les interpellations systématiques avaient continuellement entravé Jusquc-IA les travaux de la défense. Que la famille impériale a été trompée, comme lo restant des Français; qu’au moment de la déclaration de la guerre il n’y en avait pas un seul, de tous ceux qui maintenant veulent prendre le pouvoir, qui, alors, doutât quo la
France ne dût être victorieuse; que quelques députes de la gauche, il est vrai, s'opposaient à la guerre, mais sans déclaration de motifs, et simplement comme ils s’opposaient à toute mesure présentée par le gouvernement impérial.
« Le gouvernement impérial, à ce moment représentatif, pensait suivre le désir de la nation, exprimé jar les acclamations presque unanimes des représentants nommés par le peuple, et appuyé par l’enthousiasme général de la nation ; que ce n'est pas sur leur propre force qu'ils ont été trompés, que jamais l’armée française n’avait été sur un meilleur pied depuis les cinquante dernières années; qu’où l’on sciait trompé, c'était sur l'enthousiasme (inattendu de tous, meme du gouvernement prussien) avec lequel le peuple allemand entier s'était enrôlé sous les drapeaux prussiens: ce qui avait, en quinze jours, permis à ce gouvernement d'attaquer nos armées avec des forces doubles et triples des nôtres.
« Si l’on peut reprocher A l’empereur de n’avoir pas su apprécier les cadres si élastiques de l'armée prussienne, c'est un reproche qu'il doit partager avec tous les publicistes, hommes d'Élat, généraux, diplomates et même tous les membres de la gauche, qui le lui reprochent si violemment.
« Les quelques fautes qui ont pu être commises par certains géuéraux ou pur l'intendance ne doivent (as retomber sur l'empereur, qui n’a été qu'en qualité de simple volontaire au milieu de l’armée pour en partager les dangers; que l’impératrice, peudaut qu’elle préparait tous les moyens de defetisc et s’occupait des secours aux blessés et do tous les travaux de l'Etat, n’avait pas voulu que, pendant que tant de mères étaient séparées forcément de leurs fils, on pùt è dire qu'elle avait conservé le sien près d'elle à l’abri du danger.
« Qu’on se rappelle de plus que l'empereur est le seul qui a eu la prévoyauce et le courage de dire : ■ Que la « guerre que l’on commençait serait une longue et dif- « ficile guerre. »
« Enliu, que la Régente n’a pas déserté son poste, qu’elle reste sur le territoire français, refusant d'entraver, ]>ar des dissensions intestines, la défense de Paris, qu’elle a pris tant de peine à préparer; mais que, la guerre Unie, l’immense majorité des Français reconnaîtra que la famille de Napoléon 111, quelle a soutenu si longtemps de 6un vote, u fait son devoir, et que, même en se retirant sur la tlottc, elle, la régente, n’a agi que mue par le plus pur et le mieux entendu des patriotismes. »
L’impcratricc ne répondit pas. Comme l'ont fait observer les journaux anglais, il lui était impossible d’écoutcr avec faveur les suggestions de cet inconnu entreprenant. Elle devait sc maintenir dans la réserve qu’elle avait observée, en ce qui touchait les affaires de | la France, depuis qu’elle était venue en Angleterre.
A peine venait-elle do descendre à Marine-Hôtel, à Hastings, le 12 septembre, que Régnier se faufila parmi les gens de la suite, se démena pour se les concilier, et les engagea à lui faire obtenir l’audience qu'il sollicitait. Econduit partout, il changea de batteries; il s’arrangea de manière à rencontrer à la promenade le prince impérial, lia conversation avec lui, et en obtint des photographies de la ville d'IIaslings, avec cette note autographe :
• Mon cher papa,.
c Je vous envoie ccsvucs de Hastings; j’espère qu elles vous feront plaisir.
« Louis Napoléon. »
H fut convenu entre l’enfant et Régnier que celui-ci porterait les vues à Wilhclmshœhe, et les remettrait à Napoléon III captif.
Mais il avait d’autres visées; il comptait se servir de ccs pièces pour s’ériger cil agent diplomatique.