I.ouit XIV et l-ouiuit à Triamra
Lo C août, à quatre heures quarante minutes du malin, nouveau télégramme du major-général au maréchal Itaiaine et au général Frossard, ordonnant du se tenir préls à une attaque sérieuse qui pourrait avoir lieu le même jour; deux heures après, la garde, ainsi que la division Korton, sont mises sous les ordres du maréchal.
Le petit. mouvement en amère du 2° corps, commencé le S au matin, avait été complété pendant la nuit, et les troupes étaient bien établies sur leurs nouvelles positions : la division Laveaucoupet à Splckeren, la division Vergé dans la vallée en avant de Slyrlng, et la division bataille en réserve à Aelingen, lorsque se dessinait, le C, au matin, le mouvement offensif de l'ennemi. A neuf heures dix minutes du malin, le général Frossard télégraphie au maréchal [taxai ne : <i J'entends le canon à mes avant-postes ; je vais m'y porter. Ne serait-il pas bien que la division Moulaudon envoyé! de Sarregueroines une brigade vcrsGronbliederstroiT, et que la division Decaen se portât en avant vers Mcrlebarh et Rusbrück?»
A dix heures six minutes, nouveau télégramme du général Frossard : « L'ennemi a fait descendra des hauteurs du SarrcbrUck vers nous do furies reconnaissances ; mais il ne prononce pas encore son mouvement d'altaque. Nous avons pris nos mesures sur le plateau et sur la roule. » Presque aussitôt après, le général communique au maréchal l'avis qu'il reçoit d'un mouvement de l’ennemi sur RosbrUck, et le maréchal lui répond qu'il envoie là la brigade do dragons de Juniac.
Le moment est venu ou de recevoir le combat de pied ferme ou de se replier pour aller attendre l'ennemi sur la position de
Cadcnbronn. Le général Frossard recule devant la prnsée d’abandonner sans coup férir Furbach cl les appruvisioniieniciiis considérables qui s‘y trouvent accumulés dans la gare. Au lieu de se reporter en arrière, il reste sur place et attenil l'ennemi.
Le maréchal estimai), lui, ainsi qu'il lu dit dans son interrogatoire, qu'il était avantageux d'occuper les hauteurs de Cadenbroun. C'était donc à lui, puisque le général Frossard hésitait à prendre celte détermination, à la prescrire cl à ordonner l’occupation immédiate de la position. Mais il se contente de l'indiquer comme point de concentration générale (dépêche de onxe heures un quart), pour le cas où le danger deviendrait sérieux.
Cependant, sentant le général Frossard fortement engagé, comprenant la nécessité de prondro des précautions et de rap- * procher les divisions du 3 e corps du lieu du cotobal, il envoie, à ouze heures un quart, le capitaine de Locinaria transmettre l’ordre au général Metmann de quitter Marienlhïl et de se porter à Béning pour surveiller le débouché de Merlcbach, en laissant une partie de scs troupes à Machercn, à droite de Salnt-Avold. Chose digne de remarque! il n'est question, dans les ordres dictés au capitaine de*Lucmaria, qui en a déposé, ni du général Frossard, ni des érenluuhlés du combat qui te livre en ce moment. Deux autres lettres adressées au général Metmann précisent son rôle : il doit s'établir solidement sur scs positions et défendre le terrain compris cnlre la voie ferrée et la frontière. Sa mission est donc de couvrir le maréchal lultnème sur sa position de Saint-Avold. Le général exécute cet
ordro et arrive & Bénin" & trois heures de l'après-midi ; s'il eût continué sa marche ver» Forbach, il y serait arrlvéAqualrc heures et demie.
Après avoir transmis les ordre» dont 11 était porteur au générai Melinaun, le capitaine da Locuiaria se rend près du général Castagny, qui, sur le bruit du canon qu'on entend du côté de Spickeren, s'était mis cii marche vers Guebenliausen. U lut transmet l'ordre de sc porter avec une brigade à Farschweller et d'envoyer la seconde AThéding, à gauche de Cadenbronu. Le général doit donc sc rapprocher du lieu du combat, mal» il nu reçoit pas l'ordre do se mettre à la disposition du général Frossard (déposition du capitaine de Locuiaria). Il était une heure en ce mouicul, cl la seconde brigade auruil pu, si le» ordres du maréchal eussent été exécutés, arriver en-ligne entre quatre et cinq heures. Au lieu du s'y conformer, lu général poursuit sa marche ; mais, n'entendant plus rien dans le vallon entouré de bols où il gvail conduit sa division, il rer vient, bientôt après, sur ses pas à Pullclaiige, d’où, sur la bruit distinct de la canonnade qu’il entend do nouvuaii, il ra? part vers six heures du soir dans la direction indiquée par la maréchal. Il reçoit, en route, du maréchal, l'ordre du se mettre à la disposition du générai Frossard (dépêche du maréchal à l'empereur, sept heure» du soir), mais trop lard pour lui être du moindre secours.
Quant à la division Monlaudon, qu'un Ül télégraphique reliait au quartier général et qui était la plu» rapprochée dq 2° corps, clic ne reçoit ni instructions ni ordres à l'heure où il en était envoyé aux autres divisions du 3° corps.
SI, comme tout le commandait, comme le générai Frossard l’avait lut-même demandé, dès neuf heuros du malin, elle eût été dirigée, en même temps que les au 1 rus divisions, vers le 2* corps; si cite eût reçu l’ordre do l’appuyer, cellu division serait arrivée de bonne heure en lignr, et les affaires auraient vraisemblablement pris une tout antre tournure. Mais l'ordre ne devait parvenir au général de Monlaudon qu'à trois heures.
Ainsi, au moment où le maréchal, apprécient la gravité du la situation de l'avaut-gerdu de son armée, donne ses ordres à scs divisions, Il ne dirige vers le général Frossard que la division la plus éloignée (division Caslagny), absorbe, pour se couvrir lui-mème, l'appui de la dlvLion Melmann, et laisse dans ses campements de la Hlies la division Munlamlun, qui est pourtant la plus volslpe du champ de batadle, ut celle à laquelle se» ordres peuvent arriver Instantanément.
Cependant le danger grossissait devant lu général Frossard ; il télégraphiait A une heure vingt-cinq tnitmlca : <• lu suis fortement engagé, tant sur la roule et dan» le huis que sur les liau leurs de Spickeren : c'cst une bataille, Prière de faite marcher rapidement votre division Monlaudon ver» Grossblledcrstroff, ut voire brigade de dragons vers Forbach. *
Le maréchal donne enlin des ordres dans ce sens à deux heure» Ironie minutes ; A ce moment ses troupes sont en marche; Il ti'y a plus qu’à laisser s'effectuer lu mouvement; rien ne retient te maréchal A Saint-Avold. La volo fériée peut ie conduire en vingt minutes A Forbach. Où pourrait-il mieux su rendre compte que sur le champ de bataille des péripéties de taTlullo et des résolutions A prendre? — N’est-il pas à craindre, eu agissant autrement, qu'au lieu de diriger le» événement», Il ne soit emporté par eux 7 Pressé de questions, lu maréchal se home A répondre qu'il n jugé sa présence plus utile A Saint- Avuld. rentre do sc» opérations.
Ainsi abandonné à scs propres inspirations, lu général Frossard, de plus en plus inquiol de lu gravité du la silualion, presse la marche du générai Monlaudon et appelle A lui lo générai Mclmogn. H vient alors seulement sur le terrain pour se rendre complc par lui-mèine de la silualion de ses troupes, engagées pourtant depuis lu malin dans un combat opiniâtre. Le général se dirige d'abord sur .Slyring; il y appelle le leslo de sa division de réserve, ‘commandée par le général Bataille, qui fut successivement engagée.
Cependant aucun secours ne paraissait; par contre, l'ennemi, qui, lui, recevait des renfort», débordait notre gauche par les bois et montrait scs têtes de colonne sur la roule de Sarrelnuis A Forbach, prenant ainsi en liane le 2* corps d’armée et menaçant les derrières de la gauche. Comprenant qu’une plus longue résistance dans la vallée pouvait amgjier un désastre, le générai Frossard donna l'ordre aux troupes qui la dé-
fendaient de se reporter sur les hauteurs. Elles se retirèrent, tout eu contenant l'ennemi, A travers l'incendie de Slyring et des premières maisons de Forbach, sur lo plateau, qu'elles atteignent à la nuit.
La série des télégrammes échangés entre le maréchal et le général Frossard peint d'une manière saisissante les événements qui se précipitent.
Cinq heures quarante-cinq minutes. — « Ma droite sur les hauteurs a été obligée du sc replier. Je me trouve compromis gravement. Enroycz-moi des troupes très-vile par tous les moyens. »
Six heure.» deux minutes. — Le maréchal répond : « Je vous envoie par le chemin de fer le 00" de ligne; renvoyeile-moi par la même vole silôl qu’il ne sera plus nécessaire. »
Six heures six minutes. — - » Je vous envoie uiT régiment par ie chemin de fer : le général Caslagny est eu marche vers tous; il reçoit l'ordre de vous joindre. Le générai Monlaudon a quillé Sarregueminus à cinq heures, marchant vers Gro>sbjiedcrstrolT; le général Melmann esl A Iténing. Vous avez dû recevoir la brigade du générai de Juniac. »
Lu général Frossard lui écrit de nouveau A six heures Ircntccinq minutes : « Les Prus.dcns font avancer des renforts considérable»; jo suis attaqué de tous côtés. — Pressez le plus possible te mouvement de vos trqupes. »
puis, à sept heures vingt-deux minutes : « Nous sommes tournés pac Wurdeu; je porte tout mon monde sur les hauteurs. a
Lo maréchal répond : s Je vous al envoyé tout ce que j'ai H ; je n'ai plus que trois régiments pour garder («.position do ainl Avohl. Veuillez m’indiquer les positions que vous croirez . devoir occuper, a Gomme si ce n 'était pas A lui, général en chef, A donner des oidresl A ce moment-h, ie télégraphe est coupé, cl toute direction disparaît.
Sous l'impression du mouvement tournant qui se dessinait par la route de Sarreluuis, le général Frossard, au lieu de se reporter seulement en arrièro vers la position de Cadcubroim pour s'y élahlir avec les divisions Monlaudon et Gastagnv, qu'il savait en marche vers lui, position qui lui avait été Indiquée
10 matin par ie maréehal rumina point de concentration géné-
rale, crut opportun de diriger son corps d'armée vers Sarreguemines. Son but élail, dit-il, d'ullcr prendre sa place de bataille A droite des troupes du g» corps. 1
La nuit était venue; malheureusement, en se retirant, il ne laisse aucune instruction pour lus troupes qu'il a appelées A seu soutien, et ne les avertit pas du mouvement qu'il opère. Quant A lui, après avoir envoyé A la division Lavcauroupcl, encore cramponnée au terrain, A 800 mètres environ de Spickeren, quoique A boni de ses munitions, l'ordre de le suivre,
11 se met eu marche vers Sarreguemines, qu'il ne fait que traverser, pour se diriger vers pullclaiige.
C'est alors que se déroulent fatalement les conséquences des dlqvostlion* prises par le maréchal, do ses ordres de msrche trop tardifs et incomplets, ut du silence du général Frossard vis-à-vis des divisions qu'il a appelées à lui.
La division Monlaudon, mise en mouvement dès l'arrivée de son ordre de départ, malgré une dépêche inexplicable du major général qui lui annonçait qu’elle allait être attaquée, débouche de Sarreguemines à cinq heures, arrive A la nuit sur lo plateau, A liou»baeh, et, trouvant le 2° corps en pleine retraite, redescend A une heure et demie vers Putlelange.
Le général de Caslagny, parti une seconde fois de Puttelange A six heures, se dirige sur Forbach, s'arrête A Folkling, apprend que Forbach est évacué et revient, A la pointe du jour,
A son bivouac de Putlelange.
Quant au général Melmann, qui n'a répondu qu'Asept heures au pressant appel du général Frossard, il arrive à neuf heures du soir A Forbach, d’où il repart dans la direction de Sarreguemines, s'arrête, et rentre A Putlelange le lendemain matin.
C'est ainsi qu’après avoir été mises en mouvement trop lard pour être au général Frossard du moindre secours, ces malheureuses divisions, ne recevant d’ordres de personne, errèrent toute la nuit sur les plateaux et furent s’entasser, le lendemain matin, avec le 2* corps luul entier, A Putlelange.
Si, en prévision d'un mouvement en arrière du 2" corps, le maréchal eût assigné, comme point de nullement A son armée, ^
la («sillon de Caduiibronn. aux abords de laquelle les mouvements qu'il uvall ordonnés allaient porter ses troupes, les conséquence* malheureuses de la défaite de Sphkoreu, dues mal heureusement au désordre qui se produisit à la suite du combat cl qui jeta t'armée dans la confusion, auraient pu être facilement conjurées. Celte première rencontre, qui témoignait si hautement de la solidité de nos troupes, loin de compromettre son moral, aurait donné à noire armée le seutlmeut de *a valeur ; peut-être môme la lutte aurait-elle pu recommencer le lendemain, soutenue par des troupes fraîche», établie* sur une punition d'une très-grande force, et ayant en secundo ligne le I e corps et la garde, qui, dans la matinée du allait arriver à Sainl-Avold.
Telle parait avoir été l’impression reçue par l'ennemi, à en juger par la prudence de. sa marche le lendemain. Ce ne fut que daus les jours suivants que le désarroi général qui suivit Pafiuiro du G lui révéla toute l’étendue de l'avantage qu'il venait de remporter.
Eu résumé, en ne donnant pas en temps utile dea -ordres aux troupes placées sous son commandement, en restant éloigné du champ de bataille, et par conséquent daus l’impossibilité de diriger le combat, en n’indiquant pas de point do ralliement à son armée, te maréchal liazaino a pleinement assumé la responsabilité de la perte de la bataille de Spickcrcn, du de. -ordre qui marqua les journées suivantes, du décourageaient profond qui en résulta pour nos troupes, et de l'exaltation extraordinaire que ces événements Inspirèrent k l'ennemi.
On ne trouve d’explication plausible à la conduite du maréchal que dans le parti pris do ne pas compromettre les troupes p-acccs suus ses ordres directs et de le» conserver Intacte*. L'exactitude de celte appréciation résulte d'un pro|»os tenu par le maréchal le soir du combat. D'après le dire d'un témoin qui en a déposé, le maréchal, s’exprimant sur la position en flèche si dangereuse du géuéral Frossard, lit ta réflexion qu’il ne s’étail pas soucié d'engager ses divisions à la suite de celles du général.
Choie singulière! le maréchal paraissait considérer sa responsabilité comme tout à fait dégagée daus cette circonstance. « Il y a trois ans que le général Frossard étudie ta position de Forbach et qu’il la trouve superbe pour y livrer bataille, dit-il û un officier qui en a déposé, — eh hlen! Il l'a maintenant, cette bataille ! »
Qui donc commandait celte bataille, si ce n'est le maréchal Dizaine?
Le maréchal Bazaine nie formellement le premier de ces deux propos qu'on lui prête. Quant au second, il déclare ne pouvoir *r souvenir de* paroles prononcées, peut-être dans un mouvement d'humeur i mais, en tous cas, il déclare qu’il n’y a pu avoir dans ses expressions, et encore moins dans sa pensée, un «enliment hostile an générai Frossard ou dénigrant pour ee qui venait de se pasecr.