CHAPITRE XX
L« Rsppuit cuuUaoc par le compta rendu de U fUmt: m t’asuia Un*.
En même temps que la nouvelle de la triste issue du combat de Forbach arrivait au quartier général impérial, on y apprenait la détaile do KcichshotTen cl la retraite précipitée du maréchal de Mac-Mahon. L'empereur» prévoyant que la barrière des Vosges allait être forcée et l’aruiée de Lorraine débordée, résolut de se reporter eu arrière, par Mds et Verdun, jusqu'à Chàlons, pour barrer au vainqueur la roule de Pari*. Ce projet de retraite allait cire traversé (air des hésitalions bien naturelles. Il ôtait dur, eu effet, après avoir provoqué la guerre, de reculer jusque dans le cœur du pays dès les prem t rès hostilité*, et d'sbandunuor ainsi à f ennemi, presque «aus coup feiir, U Lorraine et U Cluiupague,
L'armée se mit en marche le ? vers Mets; le camp du maréchal Canrobert, déjà en route pour Nancy, où ôtait mémo arrivée la première de ses divisions, reçut l’ordre de se concentrer de nouveau à Chàlons, où devaient le joindre les corps Frossard cl de Failly et la réservo générale d'artillerie.
Maie, de môme que toutes les combinaisons qui s'ôtaient succédé jusqu'à ce moment, ce projet Tut ausritûl abandonné que conçu, et le 8, sur les observations présentées |ar M. Emile Ollivicr.au nom du conseil des ministres, sur les dauger* politiques d'un mouvement eu arrière, un nouveau plan surgit. Les 2 e , 3®, 4« corps et la garde furent destinés â former à Mets les éléments d'une forte arméo, qui, en s’appuyant sur cette place, devait manœuvrer de manière à arrèler celle du prince Frédéric-Charles, ou à se Jeter sur te flauc ou les derrières de celle qui allait pénétrer par Savante. Le maréchal de Mac- Ma lion et le général de Failly ne devaient pas dépasser Nancy saus instructions du l'empereur. Enfin, le maréchal Canrobert avait pour uiissioo d'aller constituer à Paris mie nouvelle armée.
Le U août, les 2®, 3®, 4® corps et la garde, sous les ordre* du maréchal Iiaxaine, occupèrent les positions de U Niid, à cheval sur celle rivière et sur La Sellle, et l'empereur, eu prévision d'uuo grande bataille, rappela la réserve générale d'artillerie, la division du liarraii, et les mit également à la disposition du maréchal.
Le 10, averti par l'impératrice que la jonction des deux armées prussienne» allait lui uietlrc 300,000 hommes sur les bras, l’empereur se décida à faire venir le maréchal Canrobert de Chàlons; l'Iiitantcne de marine devait le suivre, et le corps du Failly reçut l'ordre de se diriger sur Mets.
L’espérance d’avoir prochainement ces uduvcltes troupes *uus la main ramène U confiance au quartier géuéral impérial, et eu jour-là le major général télégraphie: «L’empereur compte prendre l'offensive sous peu de jours. »
Pendant la journée du 10, ou hâte autant que possitdu les divers mouvement* prescrits. Mais comme en même temps les renseignements qui arrivent de divers cotés sont tous concordants pour établir la grande supériorité nuuiériquu de l'ennemi, l'eiupereur so décide â venir occuper, le II, des positions plus rapprochées de Mets, sous le canon des foi ls du U rive droite du la Moselle.
Le maréchal Bmaine est nounné commandant tu chef.
Eu présence des revers inattendus qui venaient de nous atteindre, des hésitation* couliuuclles de l'empereur, qui trahissaient une inexpérience absolue de la conduite de* armée», du désarroi qui en était la conséquence, l'opinion publique, soulevée, demandait qu'un chef capable et résolu fût ml* à la tôle de l’armée.
La mesure qui, depuis lo G août, avait mis sous les ordre* du maréchal Bazaine les quatre corps réunis en Lorraine, mal* en lui*«aiit au souverain la direction générale des opération* militaires, n'a donné à l’opinion qu'uue satisfaction incomplète. Aussi, sou* la pression du sentiment général et d’après tes conseils mêmes de son entourage, l'empereur, abdiquant officiellement tout pouvoir, se décide-t-il, le !2, à Investir le maréchal du commandement suprême de l'armée dulthin, en plaçant «ou* «a direction le* corps qui allaient se réunir au camp de Cbàioos, sou# les ordre* du maréchal du Mac-Mahon.
l/incident que nous allons rapporter précipita tan* doute ce dénoûment.
Dans su déposition devant ta commission do l'Assemblée nationale, Instituée pour (aire uno enquête sur les actes du gouvernement de la défense nationale, déposition qui a été Imprimée, M. de kêrulry a affirmé que, dix-huit ou vingt jours avant la révolution du 4 septembre, madame la maréchale basai ne était venue le trouver de la part du maréchal pour lui dire que la pÿsence de l'eiupereur à l'armée compromettait lo* opération* inlUlaire», que lo uiarédiaJ n'en acceptait plu* la responsabilité, et qu'il désirait se retirer. M. do kôratry a ajouté que, de concert avec MM. Jules Favro et Picard, délégué* par l’opposition, il avait été elles le ministre «le la gueire, le comte du l’allkao, pour lut fairo celle déclaration, ut que celui-ci avait répondu que, conformément au
désir de U Chambre, lo Maréchal Bazaine allai! être Investi du commandement suprême.
Le général l'aiikao ayant pria possession du ministère lo 10 août, et lo maréchal ayant été nommé le 12, l'entrevue racontée par M. do Kéralry a dù avoir lieu le 11.
M. de Kéralry a confirmé eea divers faiu dans sa déposition rc<;ue par vole de commission rogatoire; il a ajouté que madame la maréchale, ayant eu connaissance de sa déposition, était venue le trouver à Marseille, le 28 février 1872, pour lui dire que jarnai» le maréchal ne l’avait chargé de faire une déclaration du genre de celle qui ao trouvait formulée par Ica terme; de ta déposition; que aa visite d'avant le 4 icpleiubrc n'avait été qu’une visite de bonnet relations dont des moments critiques.
— « Madame la maréchale a'cst-ello mal expliqué:!? dit M. de Kéralry, a-t-elle élè au delà do ta pensée? Ai-je donné à son inlervention personnelle une portée qu’elle récuse? J'affirme que j'ai été l’enlerprète de aa paroi-', et /e reste persuadé que, puisque le maréchal l'affirme, il rat resté coui ploiement étranger à cette démarche. »
Appelés ù déposer sur col incident, MM. Jules Favre et Picard reconnaissent être intervenus auprès du ministre, en vue d'arriver à obtenir l'unité et l'aptitude dans le commandement. M. Picard a gardé le souvenir do la communication faite par M. de Kéralry de la part du maréchal et do* éventualité* r|n’clh’ laissait entrevoir; quant à M. Jules Favre, rca délai)» nu «ont pas parfaitement présent* à sa pensée. M. le comte do P.ilikao se rappelle également la démarche faite auprès do lui au sujet du commandement de l'armée du Rhin, mai* il déclare que le nom rit* la maréchale ne fut pua mêlé à celle affaire et qu’il ne lui fut pas dit que le maréchal voulut donner sa démission. Interrogé sur cet incident, le maréchal a répondu que lorsque l'ouvrage de M. de Kératiy a paru. Il fut fort ému du passage relatif à la visite faite à ce député par madame la maréchale dans un but politique, et madame Bazaine s'élan décidée à faire le voyage do Marseille pour inviter M. de Kéralry à modifier ce passage, qui était une pure invention de sa par!-
Quelle qu'ait été la portée de l'intervention directe ou indirecte du maréchal, sa nomination, imposée surtout par l'oppodtion, lui créait vis-à-vis du l'empereur une situation de* plu* difficiles. D’un autre côté, la prépondérance du souverain • humait à scs désirs, malgré sa poslllun nouvelle, l'apparence d'un ordre et enlevait ainsi au maréchal la liberté d'action qui lui était si nécessaire dnu* une conjoncture aussi grave. Far ce double motif, le maréchal dut n’avoir plus qu'un désir : celui do se soustraire à une position embarrassante, à une tutelle périlleuse.
Nous allons voir se traduire ce sentiment dans la conduite du maréchal pétulant le* jour» qui vont suivre; seul, Il peut donner l'explication des faute» énormes qui furent commise* durant cette période.