‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 56 sur 117 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Suite du Rapport. — Arrivée de l'armée sur le* platesnx. — Bataille de Renrarilte. — Mouvement rétrograde de l'année.

La mauvaise direction Imprimée k la mvrehe de l'armée pour traverser la Moselle et s'élever sur le* hauteurs de la rive gauche eut les conséquences le* plus regrettables, Ce ne fut que le 15 que les 2* et 6* corps, la garde et les divisions de Forton et du Barail furent réunies sur le plateau. Deux divisions du 3* corps et tout le ne parent effectuer leur mouvement que le lendemain 16.

L'cnnpmi avait su bien mieux employer son lemp*.

La présence de l’ennemi s'accusait surtout sur la gauche de l'armée. Les commandants des 2' corps et b" corps signalaient des forces s’élevant k environ 30,000 hommes; ils s'attendaient A être attaipiés le lendemain (lettre du maréchal au général Bourbaki, en date du 15).

Pourquoi, devant cet avis, le marérhal Bazaine ne prcscrl- valt-il pas une grande reconnaissance des ravins de Corse jusqu'à la Moselle? Le ne Bit pas le temps qui fit défaut, puisque le 2' corps était dès neuf heures du matin k Hezonville. Là encore, les précautions les plus simples furent négligée*.

La déposition d'un officier supérieur, reçue dans le cours de l'instruction, établit également que le maréchal n’élalt nullement décidé lo !& août à gagner, coûte que coûte, la place de Verdun ; son véritable désir était de se dégager do la tutelle de l’empereur.

Le maréchal ne comptait pas passer la Meuse, son projet de marche vers le sud a clé abandonné autsilûl que formulé. Que conclure de là, sinon qu'il n'a jamais voulu s'éloigner de Melz?

La marche de l’armée devait continuer le lendemain IC, et le il -part avait été fixé à quatre heures et demie du malin. Ne recevant pas d'ordres détaillés de marche, le général Frossard écrivait au maréchal te 15, A minuit, pour être renseigné sur la direction et l'ordre à suivre. Il signalait la présence de partis ennemis du côté de Gorze.

Ce Tut dans la matinée du 16 que l'empereur quitta l'armée avec le projet do la précéder à Châlons et y prendra des mesures que réclamait 1*. gravité de la situation.

Ce départ laissait le maréchal entièrement libre dans ses résolutions.

Dans cette même uialinéc arrivait de Verdun au quartier général l'intendant eu chef Wolf, qui venait rendre compte des mesures qu’il avait prises pour ravitailler l'armée à son passage à Verdun, cl pour proposer do réunir également des vivre* sur la ligne des Ardennes; le maréchal accepta la proposition et lui donna l'ordre de repartir sur-le-champ pour veiller à l'exécution de ce* diverses mesure*.

Le marérhal ajouta qu'il comptait faire une démonstration sur Pont-fc-Mouswn avant de se reine lire en marche pour Verdun, où il pensait arriver sous peu de jours. Celle parole dénote évidemment chez lo maréchal la pensée do ne pas poursuivre immédiatement sa marche sur Verdun et jette une vive lumière sur les décisions qui vont se succéder.

Pendant la nuit du 15 au IG était arrivée au quartier général une lettre du maréchal le lUcnf, datée de onze heures du soir, annonçant qu’il n’y avait en ligne que deux de ses divisions et une faible partie de son artillerie. Il ajoutait que lo quatrième corps n'avait pas encore rejoint. Il serait peut-être préférable dans cea conditions de disposition d'attendre l’ennemi que d’aller à lui. Le maréchal, approuvant cette manlèro de voir, donna, après le départ do l’empereur, l’ordre do suspendre la marche jusque dans l’oprès-midi iorsqu'aurail eu lieu l'arrivée en ligne des troisième cl quatrième corps.

I.a décision du maréchal fut-elle dictée par une siine appréciation de la situation ? Sans rentrer dans la discussion do co point, on ne peut que regretter qu’il n'ait pas mis à profit cotte halte pour éclairer la gauche de son armée.

Le pa*wige suivant d’une lettre au maréchal Le Bcrtif, écrite

K A/Al NE ET LA CAPITULATION DE METZ.

à cinq heures un quart du matin, prouve que si ces précaution* no lurent pjs prises, ce ne- Fut pas pour cause d’ignoranra de la situation. * Le danger est pour nous du côté de Corse, sur la gauche des deuxième et sixième corps. » Puisque le danger est là, .pourquoi ne pa* en préciser l'étendue? Pourquoi même dès la veille, en présence du mouvement parfaitement dessiné de l'ennemi, ne pa* avoir occupé en force le débouché des ravins descendant à la Moselle, véritables coupegorge» que les Allemands étaient obligés de suivra pour atteindre les plateaux, avant de pouvoir ro déployer? En un mot , si le maréchal Bazaine avait bien l'intention d'aller à Verdun, pourquoi laisser à l’ennemi toute facilité pour venir lui barrer le chemin? Pourquoi ne pas ordonner tout au moins dans la matinée du 16, au général Frossard, d’éclairer à fond les gorge» qui obmitissaienl aux positions occupées par scs troupes, an lieu de ta prescrire d’une manière vague: comme à tous les antres commandants dé corps, de faire les reconnaissances Journalières? Pourquoi ce général, que sa position tout h fait à la gauche de l’armée expose d'une manière particulière aux entreprise* de l'ennemi et qui a signalé lul-mémc sa présence, ne s'assure-t-il pas avec plus de soin de ce que renferment les gorges d'où l'ennemi va déboucher ?

Quoi qu'il en soit, le maréchal, dont le quartier général est sur place, à Gravelolte, ne saurait décliner la responsabilité de la surprise qui marque le début de la bataille cl qui faillit en compromettre le résolut. Cette réserve une fois faite, rcconnatMoos que dans le moment critique où le deuxième corps Tut brusquement assailli, le sang-froid et l'intrépidité du maréchal furent au-dessus de tout éloge, En peu de Jours, les sages dispositions prises pour réparer le mal déjà fait préparèrent le succès de la journée que rentrée en ligne du quatrième corps devait définitivement assurer.

.tform ment rétrograde de l’armic.

La nuit dlail venue ; nous demeurions les maîtres du terrain ; l'étendue des pertes, 17,000 hommes hors de combat, sur lc-quelsleS 0 «t le <1® corps comptèrent plus de 5,000 hommes, b'moignenl de l'énergie de la lutte que nous venions de soutenir. Lea pertes de l'adversaire étaient eneorc plus considérables ; tontes ses attaques avalent échoué.

Une grande confusion devait régner dan* les corps qn’il avait successivement engagés. Dans cette situation, il n'v avait que deux partis à prendre pour rétablir les communication* île l'armée avec l'Intérieur; ou attaquer l'ennemi et I© rejeter de l'antre côté de la Moselle, on se dérober par une marche rapide vers Brlcy don* la direction du Nord. Toulc hésitation, tout retard devaient être fatal*, car 11* permettaient à l'ennemi de «'établir sur la ligne de retraite de l'armée. Ce fut là le moment décisif de la campagne.

La première de ers combinaison* ne su présenta jamais à lYsprit du maréchal ; Il n'en c*l fait mcnlion ni dan* *on Mémoire justificatif ni 'dan* le rapport que le soir même du 15 il expédia à l’empereur. On n’y trouve également aucune trace du projet do marche sur Brlcy.

Voici en quels termes le maréchal IU connaître à l'empereur, dan* un rapport qu'il lui adressa le soir même, les résolution» auxquelles 11 s'arrêtait.

• Gravclotte, IA aoilt, Il heure*, *.»ir,

« Sire,

« Ce matin, à neuf heure*, l'ennemi a attaqué la lèle de no* campements à Itexonville. Le romhal a duré depuis co malin jus;u'.'i huit heures du soir. Celte bataille a été acharnée ; nous sommes restés sur no* position* après avoir éprouvé de* perle* sensibles. La difficulté aujourd'hui git principalement dans la diminution de nos parcs de réserve, et nous aurions peine à supporter une journée eommo celle d'aujourd’hui avec ce qui nous reste dans no* caissons.

■ D'un autre côté, les vivres sont aussi rares que le* munitions, et Je suis obligé de me reporter sur la route de Vigneulles à Lcasy pour me ravitailler. Les blessé» ont élé évacués ce soir sur Metz. Il est probable, selon lea nouvelle* quo j'anral de la concentration dos armée* des prince*, que Je me verrat obligé do prendre la rouir de Verdun par la nurd. s

Ainsi, dans son appréciation, Il va so replier sous Metz et

ne reprendra sa marche qu’après le ravitaillement de l'année.

La détermination du maréchal s'accentua encore plus fortement dans sa lettre écrite au général Bourbaki le cuir meme, à minuit et demi.

« Ainsi que nous en sommes convenus, vous avez dil, à dix heures, reprendre vos anrh ns campements en les resserrant. La grande consommation qui a été faite dans la journée d'aujourd’hui de munitions d'artillerie et d'infanterie, ainsi que le manque de vivres pour pluthsura jour* ne nous permettant pas de continuer la marche qui avait été (racée, nous allons donc nous reporter sur le plateau de Plappeville. n

Ainsi ce n’est pas la erainle de ne pouvoir s'ouvrir la route de Verdun qui arrête le maréchal, pial* seulement la pénurie des vivres et des munitions; qu’y avait-il de vrai dans cette assertion ? C’est ce qn« nous allons examiner.

Ici, le rapport établit que lea munitions et les vivres étaient suffisants pour continuer la marche. Le rapporteur ajoute :

D’après le maréchal, le mouvement en arriéra du 17 n’a été qu'une rectification à la ligne de bataille, dans le but xlc recevoir dans de meilleures conditions l’ennemi s’il se présentait. Le maréchal a ajouté dans un autre motncnl «pic le mouvement sur Briey aurait nécessité uno conversion de l'armée et que le convoi n’aurait jta* pu suivra.

Ces raison», eussent-elles été suffisantes dans le» rondilions ordinaires do la guerre, ne peuvent Justifier la détermination du maréchal dan* ce moment aussi critique, alors qu'il n'y avnit pas un moment à perdre pour conserver sa ligne de retraite.

Au moment où le greffier vient do prononcer ce dernier mot : rc#h*'ff, le président répète ;

— Retraite...

El le duc d'Aumale ajoute aussitôt :

— Arrêtez-vous; la lecture du rapport sera poursuivie demain.

L’audience est levée à quatre heures et demie.

Page 1