CHANTRE XXVII
Coiamunicationt avec l'armée de Chiions.
Un certain nombre de dépêches, expédiées de MHz pendant | la période du 17 au 20 août, ont été citée» dan* le chapitre précédent. L'ensemble de* communication* qui curent lieu entre le commandant en chef de l’armée du lliiin el l’extérieur présente un tel Intérêt, qu'il a paru nécessaire d'en faire une i étude complète dans une annexe spéciale.
Mais, dégagée des détails qui ont été mis en lumière ailleurs, celte question doit prendre place dan» lo corps du rapport.
Dans le présent chapitre, consacré A l’cxamcn de eau Instruction* antérieurement an 26 août, l'iurirucUon exigera le* faits suivants:
Mission confiée par lo maréchal l'aulne A l'intendant de Préval et au commandant Magnan.
Concordance du projet indiqué par le maréchal de se diriger sur Monlinéily avec celui du ministre et du conseil de régence.
Influence que le» nouvelle» venant de MHz ont exercée sur la décision à prendre ultérieurement pour l'année do Qiklons.
lié terminai ion du mouvement du maréchal de Mac-Mdmn ver* I’orI, prise A l'arrivée d'une dépêche du maréchal Bnzalnn, datée du |U août.
Retour do commandant M-vcnan, facilité» que cet officier supérieur a eue* pour communiquer avec MHz.
Préparatifs fali* à Monlmédy ponr la jonction de* deux armées.
Sttppreuion de la dépêche du 20 août, adressée par le maréchal Bazaine au maréchal de Mac Mahnn.
Arrivée A MHz, le 23 août, d'une dépêche annonçant la * I marche de l’armée de Gluilon*.
Réponte que le maréchal Bazaine a faite à celte communication.
Aussitôt après no» premier» revers, ofi s’occupa de réunir au camp de Ghàlons des force* nouvelle». Le* garde» mobiles de ta Seine y avaient été envoyé»; le 1 2" corps, formé en grands partie de régiment* de marche, s’y organisait; enfin, les t* r , 5® et 7 e oorp» reçurent ordre de s'y reconstituer.
Ban- la p«m>éc du général Palikao. ministre de la pnerre, ce» troupes étaient destinée* A aller renforcer l’arméeute Melz et A former avec clic une masse capable d'arrêter le mouvement oirmuifde l'muctnl. Mais le 1 7 août, dan* un conseil de I
guerre réuni près «le l'empereur, il fui décidé que le gé- ; néral Troelui, commandant le 1 2 e corps, retournerait à Paris | en qualité de gouverneur, cl «pie le maréchal do Mac-Mahon', | nommé eummandanl en chef «le relie nou\ elle armée, la ramèj ncraii à Paris.
J .0 ministre de la guerre, en apprenant celle nouvelle, expédia le soir même (dix heures vingt-sept minutes), à l'empereur, le télégramme suivant:
a Je supplie l’empereur de renoncer ik celle Idée qui paraîtrait l’ahandon de l'armée de Metz, qui ne |>eut faire en ce ! moment sa jonction avec Verdun. L'année de Ch&lons aura dans trois jours 85,000 hommes, sans compter le corps de ; Donay qui rejoindra dans trois jours et qui <^l tort do 18,000 hommes. Ne pcul-on pas faite une puissante diversion sur les corps ennemis déjà épuisés par plusieurs combats? L’iuqéralrlre partage «non opinion. >
Ainsi, le 11 août, le ministre annonçant à l'empereur que i ! la formation de l'armée sérail terminée dans Irols jours, le mouvement pouvait commencer le 2 1 . 1.c plan du général Palikao, auquel il attachait une importance capitale, celle puissante diversion qu'il avait en vue, consistait à porter par une pointe hardie l'armée du Chatons eu quatre jeun* à la liait- ; leur do Verdun.
Si, dans cet ordre d'idées, l'armée sc incitait en marche le 21 août, elle dorait être le 25 aux environs de Verdun, combattre le 20, et opérer ta jonction avec celle du maré- | chai (lazaine.
L’empereur ré|>ondlt au ministre le 18 au malin {neuf heures i quatorze): t Je me rends à voire opinion, n
Million du commarid .nl Magnan.
Dans cette même matinée, vers dix heures, arrivait de Metz le commandant Magnan, envoyé par le maréchal Bazaine à j l'empereur pourlui remettre îles dépéclic* et lui rendre compte : de vive voix de la situation de Pennée.
Le caractère de celte mission du commandant Magnan ressort des télégrammes suivants, écitangés entre le maréchal Üazaino et l’empereur:
Empereur au maréchal Bazaine.
« Diles-mol la vérité sur notre situation, afin de régler ma conduite Ici. HéponUez-mol en chiffres. »
Maréchal llazaine « l'empereur.
a An moment où je reçois votre dépêche, j'écris à Votre Majesté. Le commandant Magnan part ce soir pour lui porter une li ttro et lui donner de vive voix plus de détails qu'elle n'en contient, n
Interrogé sur les renseignements qn'll apportait h l’empereur et sur 1rs projets du maréchal, le commandant Magnan a déposé en ces termes:
« La pensée du maréchal était lonjotty* la même; il tendait à efferluer sa retraite sur Verdun, quelque périlleuse que lui parût cette opération.
« l-e maréchal no m'avait pas rhargé «l'indiquer d'une manière absolue à l’empereur la roule qu'il suivrait: Il n'élail : pas encore tlxé à cet égard ; mais il m’avait chargé, ainsi : que M. l'Intendant de Préval, du faire avancer autant que i possible vers la place de frontière (Hontmédy) tous les trains j ’ ' qui pourraient se trouver sur la ligne des Ardennes il destination de l'armée. »
Ces déclarations manquent de détails plus précis dans la j déposition de l’intendant de Préval, qui accompagnait le ; commandant Magnan et avait reçu du maréchal llazaine, en ’ présence do ce dernier, des instructions générales: n Le I maréchal me parla de son projet de s'élever vers le Nord; il nie. prescrivit do me rendre à (.Inilons par Thionvlllc, I d'expédier à loule vitesse sur Metz lout ce, que je trouverais j en pain et biscuit, de manière à en pourvoir l'année sans , dégarnir la plaeo de Mclz.
« Il m'indiqua en même temps Longnyon comme centre do ravitaillement et me prescrivit de donner de* ordres pour y faire réunir des approvisionnements. »
Comme on le voit, il u’esl fait aucune mention «le Verdun comme objectif de In marche de l'armée; cVsl il Longnyon i que l’on doit préparé!* des vivres. C'est doue vers ce point que (
*c dirigera le ma régi i al Bazaine. L'hésitation Indiquée par le rommr.mlanl Magnan, au sujet de In route à suivre, u'exislnit doue pas dans l'esprit du maréchal, ot s'il songea alors séricusetnenl à quitter le camp retranché de Metz, ce ne |>ouvait être que par la route de jlontmédy.
Nous voyons dans les instructions données A l’intendant de Préval la preuve que l'annonce du projotdc marche sur Monluiédy a élé apportée au esmp de Chiions par le commandant Magnan.
. Cette affirmation rcsmrt d'ailleurs de* termes de la dépêche adressée le 1 9 août à l'empereur par le maréchal Bazaine.
• Je compte toujours prendre la dlrecllon du nord et me rabattre par Monlmédy. »
Or, c'est la première fols que la eorres|iondance du maréchal Bazaine mentionne le nom do Monlmédy. Ce mot toujanri indique pourtant que le projet de marche dans ectla direction a été déjà communiqué à l’empereur. Le communiant Magnan seul a élé en mesure de lui faire cette communication.
Lorsque, le 11 nu soir, l'intendant de Préval quitta l'armée avec h- commandant Magnan, elle était établie en liant des berge* du vallon de Monvaux, prêle à livrer une bataille défensive. Bien que le maréchal n'eût- pas un ferme espoir, puisque nous l'avons vu préoccupé de ramener sans retard, ce jour-là même, son armée sous la protcclion des forts de la rive gauche, Il était lout naturel qu'il se ménageât, en cas d’un succès, tous les moyens d’en tirer parti pour se mettre immédiatement en route veia le Nord. Tel était le but de la mission de 1‘inlcmlant do Préral.
Ainsi «pie le commandant Magnan était chargé d’annoncer à Chiffon» que l’année se portail ver* Jlontmédy, l'intendant de Préval devait former sur la route de cctlo place un ccnlro d’approvisionnements. On doit sans doute voir dans les prescriptions données a l'intendant de Préval une mesure de prévoyance plutôt .que l’Indice d'un projet bien arrêté de percer coûte que coûte. Quoi qu’il en soit, les circonstances allai nt donner à la mission de chacun d'eux une Imporlance bien autrement sérieuse.
Sur la ligne des Ardennes, on ne se contentera pas d'assurer le ravitaillement de* troupe* de Metz ; tout y sera préparé pour la jonction dus deux armée» françaises.
I.o commandant Magnan repartira pour Metz avec une mission nouvello. Eulïn, les renseignement» qu'il a apportés sur la situation de l'année du Illiln pi seront sur les déterminations que le commandant en chef do Tannée de Chftlons va avoir à prendre.
Nous avons vu l’aide de camp du maréchal Bazaine arriver au camp au moment même oû l'empereur, cédant aux instances du ministre de lu guerre, se décidait à porter l'armée de Chàlons au secours du marérlinl Bazaine. Après une longue conférence avec Tnm|MT*ur, il repril la roule «le Metz; en reparlant immédiatement, cel officier supérieur emportait évhlrnmu ni le secret des nouvelles résolutions du souverain et se# Intimelions pour le maréchal. Ces instruction» *e bornaient, au dire du commandant Magnan dans sa déposition, à donner de pleins pouvoirs au maréchal puur des intitulions dans le liant personnel de Tannée.
Mais celle déposiliqp renferme un si grand nombre d’erreurs, qu'on doit en conclure que les souvenirs du commandant Magnan sont des plus confus. Il sera plus sùr r dan< celle situation, de rechercher, dans les mesures qui vont être prises à la siffle de sa mission, l'indice des Instructions qu’il avait reçues, que de s'en référer aux assertions de ce témoin.
La manière donl le «elottr du commandant Tut annoncé an maréchal montre d’ailleurs toute l'importance qui s’allachait ù la mission qu'il reçut de l'empereur.
« Commandant Magnan part par Thiorwille et arrivera ce soir... » Télégraphie en clillIVe* au maréchal. Le secrétaire de l’empereur, il. l’iélrl.
Avant do reprendre U route de Metz, le commandant Magnan eut une conversation avec le maréchal de Mac-Mahon ; sa dé|K>Mlion fait connailrc, qu'il exposa au maréchal que la lâche de l'armée de Met/ pour venir jusqu'à Verdun serait fort allégée si l'armée de Chiffons pouvait venir jusqu'à die.
Il ressort «le la déposition de M. Boulier devant la commission d'enquêle du i seplemhre. que le 21 août, le maréchal de Mac-Mahon lui aurait lail connaître que le maréchal Bazaine
BAZAINE ET LA CAPITULATION IlE METZ,
n’avait ni Titres ni munitions et allait (Ire obligé (le capituler, et que l'armée de Chàions arriverait trop lard.
Ces appréciations, qui confirment les dépêches alarmantes transmises par le maréchal, ne pouvaient venir que du commandant Magnan, que l'instruction retrouve quelques jours après à Montmédy, dépeignant au lieutenant de vaisseau Nogu es la pénurie extrême de Mets. Le pain, scion lui, y faisait complètement défaut ; on n'avait pour toute ressource quo de la viande de cheval et des pommes de terre qui devaient être rapidement cousomméca.