CHAPITRE XXVIII
Départ du maréchal Mac-Mahon pour Reims, puis pour Montmédy.
On comprend quelle dut (Ire l'influence do semblables renseignements pour décider la marche de l'armée de Chiilons. Le 19 aofit, le maréchal de Mac-Mahon se rallia nu projet du conseil de régence, comme l’empereur l’avait fait le 18, et II adressa au ministre de la guerre le télégramme suivant : a Veuillez dire nu conseil des ministres que je ferai tout pour rejoindre Bazaine. »
Mais celte assurance donnée par le maréchal Mac-Mahon ne mit cependant pas un terme à scs perplexités. Il resla encore trois jours en proie à celle cruelle hésitation.
« Abandonner le maréchal Bazaine que je croyais pouvoir arriver d'un moment à l’autre sur la Meuse, me causait un véritable chagrin, a-t-il déclaré devant la commission d'enquête du 4 septembre. Mais, d'un autre côté, Il me semblait urgent de couvrir Paris et de conserver à la France la seule armée qu’elle eût encore de disponible. J’envoyai alors au maréchal Bazaino la dépêche suivante :
« SI, comme je le crois, vous (les forcé ù batlrc en retraite très-prochainement. Je ne sais, à la distance où je me trouve, comment vous venir en aide sans découvrir Paris? Si vous en jugez autrement, faltes-le-moi connaître. »
Le 20, le maréchal de Mac-Mahon écrivit au ministre de la guerre la dépêche suivante, datée de huit heures quarante-cinq minutes matin :
« Les renseignements parvenus semblent indiquer que les trois armées ennemies sont placées de manière à intcrccplcr ù Bazaine les routes de Bricy, de Verdun et de Sainl-Mihicl, ne sachant la direction de la retraite de Bazaine; bien que je sols aujourd’hui prêt à marcher, je pense que je dois attendre au camp jusqu'à ce que je connaisse la direction prise par Bazaine, soit par le nord, soit par le sud. *
Vers midi, la nouvelle arrive que les coureurs de l'armée allemande ne sont plus qu'à 40 kilomètres du camp. Le maréchal, jugeant (pie dès le lendemain il pourrait (tre mis en contact avec l'ennemi, se décide à partir pour Reims et annonce, comme il suit, sa détermination nu ministre à quatre heures du soir :
a Je partirai demain pour Reims; si Bazaine perce par le nord, je serai plus à même de lui venir en aide. S'il perce par le sud, ce sera à une telle distance, que je ne pourrai dans aucun cas lui (Ire utile. »
L'armée se mit effectivement en mouvement, le lendemain 21, pour Reims.
« Le 21, dépose le maréchal Mac-Mahon, l’armée prit position à Reims. Le soir, après avoir visité le campement des troupes, je rentrai à mon quartier général, àCourcellcs; j’y trouvai M. Boulier, président du Sénat. Je me rendis chez l’empereur avec M. Routier. 11 expliqua les raisons qui lui faisaient penser que l'armée de Chàions devait marcher au secours de Bazaine. J'exposai à mon tour que je ne croyais pas l'armée de Chàions en état de se compromettre au milieu de plusieurs armées ennemies; que l'armée opposée au maréchal Bazaine, près de Melz, devait se composer de plus de 200,000 hommes; qu'une année roinmandéc par le prince de Saxe, esliméc à 80,000 hommes, se portait dans la direction do Verdun ; enfln que le prince royal de Prusse arrivait à VI-
try à la tôle de 150,000 hommes; qu’en me portant vers t’est, je pouvais éprouver un désastre. L'armée de Bazaine pouvait (tre battue; par suite, il était de la plus haute importance de conserver à la France l’armée de Chàions, qui avait encore assez de cadres pour organiser une armée de 200,000 à 800,000 hommes. Kn terminant, je déclarai de la manière la plus positive que si Je ne recevais pas le lendemain 22 des instructions du maréchal Bazaine, je me porterais sur Paris.
« L'empereur qui partageait, je croit , cette opinion, mais qui m’avait laissé libre d'agir comme je jugerais convenable, ne fil aucune objection. M. Routier rédigea alors un projet de décret et de proclamation qui indiquait i'arrivéc prochaine de l’armée de Chàions à Paris. M. Boulier parût de Chàions à onze heures du soir avec ces inslruclions.
« Le 22, j'avais envoyé des ordres de mouvrmonl sur Paris lorsque, sur les dix heures du matin, l’empereur me communiqua la dépêche suivante du maréchal Bazaine, datée du Ban-Suinl-Marlin, le 19 (qui venait d'arriver au quartier impérial, à neuf heures vingt-cinq).
« L’année s’esl laitue toute la journée sur les positions de Saint-Prival à liozerieulles et les a conservées. J’ai fait descendre de nouveau le malin sur In rive gauche de la Moselle. Je compte toujours prendre ladlroction du nord et me rabattre ensuite par Montmédy sur la roule de Salnte-Meiieliould à Chàions, si elle n'est point fortement occupée. Dans le cas contraire, je continuerai sur Sedan ou même Mézièrcs pour gagner Chàions. »
« A la réception de celle dépêche, je donnai des ordres pour partir le lendemain dans la dircelion de l'est . *
On le voit, c’est la dépêche du maréchal Bazaino, datée du 19 août, qui fixa la détcrininnlion du maréchal de Mac- Mahon.
Dès dix heures quarante-cinq minutes du matin, moins d’une heure après celle dépêche, le commandant de l’armée I de Chàions télégraphie nu minisire :
• Le maréchal Bazaine a écrit, du 19, qu'il Comptait lou- ; jours opérer son mouvement de retraite par Montmédy. Par | suite, je vais prendre mes dispositions pour me porter sur j l’Aisne, s
A une heure quarante-cinq inimités, le comte de Palikao adresse le télégramme suivant à l’empereur :
« Le sentiment unanime du conseil en présence des nouvelles du maréchal Bazaine csl plus énergique que jamais. Les résolutions prises hier soir devraient être abandonnées. Ni décret, ni lettre, ni proclamation ne devraient être publiés. Ne pas secourir Bazaine aurait à Pari» les plus déplorables conséquences. En présence de ce désastre, il faudrait craindre que la capitale ne se défende pas. Votre dépêche à l’Impératrice nous donne la conviction que notro opinion csl partagée. Nous attendons une réponse par le télégraphe. »
L’empereur répond aussilùl à quatre heures ;
« Reçu votre dépêche. Nous parlons demain pour Monlmédy. a
Mais celle Journée néfaste du 22 n’était pas terminée. La dépêche reçue dans la matinée, quoique datée du 19, n'était partie de Metz que le 20. Le maréchal avait, ce même jour 20, envoyé à Thionvllle, par deux émissaires, trois dépêches ; pour l'empereur, pour le ministre, pour le maréchal Mac- Mahon ; une lettre du général Cordillères avait été expédiée en même temps. Nous reviendrons un peu plus loin sur res dépêches, mais, auparavant, reprenons le récit au moment où le commandant Magnan quitte le camp de Chàions après son entrevue avec l'empereur.