CHAPITRE XXIX
Retour du commandant Mugnan*
Le rapport rend compte en ces termes du retour du commandant Magnan :
Parti «Je Chfdons le IR, à midi quarante-cinq minute* ilu sofr, cet ofllrler supérieur arrivait à llayaugc, A 7 kilomètres do Tliionville, vers neuf heures «lu soir. Il apprenait là que la voie n’était pas sûre; l'ordre était donné d'arrêter en ce point tous les trains descendant*.
Le commandant rebrousse chemin jusqu'à Charlevlllc. à 132 kilomètres en arrière, y arrive le 10, à quatre heures cinq minutes, ne repart de celle ville qu'à onxe heures du matin avec l'intendant de Préval, qu’il y avait bissé la veille, cl atteint TliionvMc à deux heures quarante. Là, il apprend qu 'après avoir élé libre toute la matinée, le chemin «le fer do Tliionville à Mets venait d'être coupé à Mézières-lès-Metz depuis une heure «le l'après-midi. Le commandant Magnan fait appeler le commandant de place, le colonel Turnier, s'entretient avec lui et revient à Montniédv à sis heures vingt.
Au milieu de ces allées cl venues, le roiiimamriint Magnan parvint-il à faire arriver au maréchal les instruction* qu'il rapportait du <r.iup de Chàlona?
Interrogé sur ce point, s'il avait remis de* dépêches au colonel Turnier pour les Taire |»a*ser à Mets, c'est le 21 ou le 22 août seulement qu'il est entré en correspondance avec le colonel Turnier pour faire parvenir des «léquVhcs au maréchal et pour lui donner des communications «les nouvelles qu'il recevrait de Met*.
Appelé à déposer sur ce» diverses circonstances, le colonel Turnier déclare ne pouvoir animerai le commandant Magnan lui a remis ou non «les dépêches pour le maréchal.
En tout cas. l'instruction a pu constater que les occasions ne tirent pas défaut.
Le sieur Mercier, parll le 19 à huit heures du matin,/ rentra à quatre heures cl demie du soir, après avoir porté à Metz les dépêches dont il était chargé.
Le garde forestier Déchu, parti de Tliionville le 20, à huit heures du malin, arriva à Mclz à deux heures sans avoir renconiré personne. Le lendemain 21, il rentra à Tliionville en échappant aux poursuites de quelques uhlans.
Le même jour, la femme Imbert Ht, sans encombre, dans sa voilure, la roule de Melz à Thionville.
Enfin, le sieur Renou, parti de Monlmédyr à neuf heures du malin, le 20, arriva à Melz en voiture, dans la soirée.
Ainsi, le 18 nu soir, avapt de rétrograder d'Hayange sur Charleville, le commandant Magnan aurait pu envoyer à la station télégraphique de Thionville, avise laquelle on communiquait, un télégramme qu’aurait emporté Mercier le lendemain matin.
Le 19, le commandant Magnan vint à Thionville conférer àja gare avec le colonel Turnier. Après celte entrevue, deux . agents sont expédiés à Melz. Peut-on raisonnablement admettre qu'ils □‘emportaient aucune dépêche pour le maréchal ? Le commandant Mngnan l*altinnr, mais il affirme également que, dans la nuit du 18 au 19, la barrière s'est faite autour «le Metz, et qu'il était absolument impossible de traverser les postes prussiens, même pour l'homme le plu* résolu: nous venons de voir quelle était la valeur de celte assertion.
Il a paru né«-e‘»nlrc do relever dans la section relative aux communications les erreurs étranges contenues dans la déposition du commandant Magnan. Nous y renvoy ons.
Quant au colonel 'fumier, qui se retranche derrière les défaillance* de sa mémoire, nous apprécierons également dans colle annexo l'allilude qu’il a prise devant l'instruction.
. Maintenant, est-il admissible que le maréchal, prévenu le 18 du retour du commandant Magnan par M. l’iétri et informé lo 20 par une letlro du colonel Turnier au général ColHnières que son aide de c3mp attend scs instructions A Monlmédy, ne lui ait pas donné de se* nouvelles depuis le 18 jusqu'au 21 par les divers émissaires qui emportèrent scs propres dépêches?
Devant une semblable situation, l'instruction nu saurait admettre que le maréchal Bazaine et le commandant Magnan ne se sont pas mis en communication. On est infime autorisé à afllrmcr que si le commandant Magnan, dont la bravoure et l'intelligence ne peuvent fitre mises en doute par personne, n'a pas rejoint son posta, alors" qu'il avait toute facilité pour le faire, c’est qu’il ne l'a pas voulu.
L'aide de camp du maréchal a-t-il jugé sa présence plus ulilo à Montmédv, où de grands préparatifs se faisaient en vue de la jonction des deux armées?
Ou bien le maréchal lui a-t-il enjoint do no pas lo rejoindre? (aille seconde explication parait d'autant plus probable qu’une détermination de ce genre donnait au maréchal la faculté de se retrancher, s'il en avait besoin plus lard, derrière l'ignorance des instructions qui lui étalent envoyées et do demeurer ainsi le maître do ses résolutions.
On est fortifié dans cette appréciation quand on volt plus tard lo maréchal nier avec obstination l'arrivée de la dépêche du 23. Le soin que nousverronspariasultele maréchal prendre de se couvrir derrière l'impossibilité de communiquer avec l'i îtérieur de la France et le nouveau gouvernement, dénote cia rement tout un système de conduite qnt semble se révéler da is la circonstance qui nous occupe.
L'Iiypoihèse que nous venons de formuler donne seule la c'.of de* manoeuvres, sans cela Inetplirab'es, au moyen desq ■ -Iles a été faile l'obscurité sur les communications cidre Metz et Thionvttle pendant les premiers jours du blocus, m>nnvivres qui ont continué Jusqu'à la capitulation.
Oc point est trotté en délail dans l'annexe relative aux A>mmnnioailon».
L'instruction aurait peut-être reculé devant l'énoncé d'uno semblable hypothèse, si, dan* tout le cours de ses Investigations, elle n'avait pas eu A constater cher, lo maréchal Ünrainc une habitude évidente de se ménager des faux-fuyants pour échapper aux responsabilités du couunandcmcnl.
Le greffier lit ensuite le chapitre relatif aux préparatifs pour la jonction des armées (le Chàlons et de Metz, à Monlmédy.
Un sa souvlont que le commandant Magnan était revenu lo U) au soir à Monlmédy. Dans la nuit du 1*J au 20 y arrivaient, venant de Verdun, l'intendant W'oKT et lo général Dejcan, nommé commandant du génie de l'arméo de Meli. qui cherchaient A rejoindre leur poste. Tous deux quittaient Verdun, qui commençait à fitre occupé par la cavalerie ennemie. L’intendant en chef, après s'filrc mis en relation* avec l'intendant de Préval et le commandant Magnan, adresse le 20, à onze heures quatorze minutes, au général commandant supérieur à Verdun, le télégramme suivant, que le général Dejcan signe avec lui pour donner plus d'autorité à celte communication : -
« Dirigez de suite sur Mnntniédv le convoi do vivres el le troupeau, faites partir pour Keims les vivres chargés sur wagons et toutes les munition*. Nos rensehjntmmts son I tels, que nous ne mettons pas en doute l'opportunité de cette mesure. »
Dès le matin, l'intendant de Préval avait prescrit à Charlevilte des achats de denrées, mémo en Belgique, cl avait ordonné de confectionner de grande* quantité* de pain. En un mot, tout so préparait pour une grande réunion do troupes.
De son côté, le ministre donnait de* ordres en vue de la retraite de l'année par la ligno des Ardcnnrs.
Dè* le 19, à sept heures du soir, il télégraphie au commandant de jilace à Thiouvillu :
« Veillez à ce que les dispositif* de mines ne soient point chargé* sur le chemin de fer de Mézièrc* A Thlonvilic. pour que le» Pru**iens, prévenus, ne incitent pas le feu. Il faut seulement avoir poudres, mèche* ei moyens de bourrage préparé* en liou sùr cl caché* à proximité, pour lo cas d'uno retraite de l'armée dans celle direction. »
Dans l'esprit du ministre, il n’est donc plus question de la retraite sur Verdun. Quelque* heures après, 20 (douze heures cinquante minute»), le ministre prévenait lo maréchal Bazaine de ces dispositions relatives A la ligne de* Ardennes et recommandait de lut faire parvenir la dépêche qui les lui annonçait par tous le* moyens possible». - -
Ainsi, dè* le 20, l'Intendant générât Wolff sait que le maréchal linsninc renonce A »e diriger sur Verdun et qu'il doit battre en retraite par Monlmédy, puisqu’il ordonne de diriger sur celte place les vivres qu'il a réuni* A Verdun par ordre du i maréchal. Ces mesures sont prescrite» évidemment avec l'a.*- •entlmcnt, sinon sur l’indication du commandant Magnan, qui a reçg de* inslruclions directes du maréchal Bazaine et, de l'empereur. Elles font Tunique objet des préoccupation* de* officiers qui attendaient A Monlmédy l'arrivée de l'armée et qui, du 20 au 23, avaient, chacun de leur côlé, envoyé au maréchal Ilazaino dépêche sur dépêche pour l'aviser des mesures prises.
L'Intendant général Wolff ne peut dire d'où lui Tenaient lo* renseignements qui lui ont permis de donner arec une telle aulorilé un ordre si grave el qui devait Impliquer de sa part une connaissance certaine des projets du maréchal lla- ' raine.
L'instruction a constaté que ces renseignements ne lui venaient pas de l’armée du maréchal de Mac-Mnhon. Par suite, ils ne pouvaient lui aTOtr été transmis que par l'intendant de Préval ou le commandanl Magnan. Ce qui l'établit d'ailleurs d'une manière incontestable, c'est que tous les préparatif* so font A Monlmédy sous l'Inspiration des intendants de l'armée de Mets el de l'eide de camp du maréchal Bazaine.
Npu* en retrouvons également la preuve dans la dépêche adressée aux préfcls par le ministre de l'Intérieur lo 22 août (douze hourcs vingt minutes). « Le gouvernement, n’ayant pat reçu des nouvelle* do l'armée du Bliin depuis deux jours, par suite do l’interruption des communication* télégraphiques,
J a lieu de penser que le plan arrêté par le maréchal Bazaine | n'a pas encore abouti. »
Nous avons tu précédemment que le plan do campagne ' conçu par le minlslre devait porter l’armée de Chiions, le 25,
1 A la hauteur de Verdun, pour combattre, le 2ü, enlre Verdun el Metz. L'avis de la retraite du maréehn! Bazaine par Monlmédy indiquait nécessairement ce point-comme nouvel objectif de la marche du maréchal de Mac-Mahon, marche quo celte modiiicalion devait, du reste, notablement faciliter.
Dans cet ordre d'idées, c'était aux environs de celle placo et non plu* A Verdun que devait s'opérer la jonction des deux J années A la date du 26.
L'intendant général Wolff donne A ce sujet les affirmation» ' le* plus positive*. « Je puis d'autant moins l'oublier, dil-ll dans sa déposition, que, toute la journée dli' ÎG, J’ai élé aux aguets, attendant l'arrivée de l'armée. L'inlendant de Préval ayant été envoyé directement par le maréchal Bazaine pour , préparer des vivre* sur in ligne dos Ardennes A la hauteur de Monlmédy, et avisé moi-même du camp de Chatons d'avoir A ! en préparer pour l'armée du maréchal Mac-Mahon sur le même i point et A la date du 26, je n’ai pu quo conclure A la jonc- ! lion de» deux armées A celte date-lA. »
Comme confirmation de la déposition do l'intendant WoliT, nous trouvons au dossier une dépêche qu’il adnesse le 25, A i sept heures dix -sept minutes, an sous-intendant militaire de I Stcnay, cl dont la prescription annonçait l’immlncnec d'uno bataille.
« Réunissez tous vos moyens do transport et ceux des environs. Faites garnir le* voitures de paille el tcnez-lcs prèles A aller chercher les blessés. Invitez les habitants A avoir du bouillon. »
En même temps, lo sous-préfet de Monlmédy envoie aux maires de l'arrondissement «les instructions commençatil par I ces mots : « Il y a tout lieu tle croire qu'un engagement j « aura lieu très-prochainement tout prés do nous. »
Aluni clone, à Montmédy rl dans le* cm irons, on continue, du 19 au 2(i août, à Loul préparer pour la jonc lion de» deux armées françaises.