CHAPITRE XXX
Dépéelies envoyée* par le iuarécb*l Qiuiiae le ÎO aoû».
Cependant de Metz ont été ex|iédiéca. le 20, dans la soirée. Ica trois dépêches dont il a élé déjà question, destiner* à l'empereur, au ministre et au maréchal Mac-Mahon. Leur importance nous oblige à les reproduire intégralement une deuxième fois.
• A ïtmprrtur. — Mc* troupes oivupenl toujours les mêmes positions. L'ennemi paraît établir des batteries qui doivent servir à appuyer son investissement. Il reçoit constamment des renforts. Le général Marguenal a été tué le 19; nous avons dans la place plus de lü.OOU blessés. •
« du ministre de la guerre. — Nous somme* sous Mrlz, nous ravitaillant en vivres et en munitions; l’ennetui grossit toujours et parait commencer A nous Investir. J'écris à l'eiupcreur, qui vous donnera communication de ma lettre. J'ai reçu dépêche du maréchal Mac-Mahon, auquel j'ai répondu ce que je complu pouvoir falro dans quelques jours. »
c Au maréchal de Mac-Mahon. — » j’ai dit prendre position pré* de Metz pour donner du repos aux soldats et les ravitailler en vivre» et en munitions. L'ennemi grossit toujours autour de moi, et je suivrai très-probablement, pour voua rejoindre, la ligne des places du Nord, et vous préviendrai de ma marche, si toutefois jo puis l'entreprendre sans compromettre l'armée. »
Il rat Inutile d'insister sur la différence essentielle existant entre la dernière de ces dépêches et les deux autres; celle-là seule contient une réserve formelle qui pouvait arrêter la marche du maréchal de Mac-Mahon, faire cesser ou retarder l'exécution des préparatifs qui «c poursuivaient n Montinédy.
lai maréchal llaiaine, dans ses interrogatoires, fait ressortir lo caractère spécial des diverses eommuiiiealions qu'il a transmises : au maréchal de Mac- Million, ce sont des instructions données par un chef à son subordonné , les autres information» sont simplement des avis. — La dépêche pour lo maréchal de Mac-Malum présentait donc un intérêt capital.
Malheureusement, celle dépêche, le maréchal de Mac- Mahon ne l'a jamais reçue. Kilo a été interceptée.
L'instruction a établi qu’une feiniiie, Louis» Imbert, avait élé chargée de porter de Metz k Thionvillc ces dépêche» du 20; que des duplicata furent également remis à un agent de police nommé Flahaul.
Cet homme apportait en ou Ire ou colonel Turnicr une lettre du général Cofflnièrcs, ainsi conçue :
> Metz, *0 août IS70.
m Mort CHEM COVKAN1MST,
« Votre commissionnaire m’est arrivé IMèlrmenl, je lui compte les &0 fr. que vous lui avez promis. — Si tous fies certain de faire passer une dépêche, vous pouvez dire que les l’rii’siens ont allaqué notre année sur les plateaux d'Amantillcrs, à 12 kilomètres à l'oue»! de Metz. Après un combat des plus vigoureux, nos troupes, cédant vers ia droite faute de cartouches, te sont retirée» SOUS Metz cl sont en lassées entre Longevllle, Saint-Quentin, Plappev ille , le Goupillon et la droite du fort Moselle. C’est une assez mauvaise position, attaquable sur le* deux laces de l'est et de l'ouest. Les l’ru«*tcns s'établissent fortement autour de nous et ne nous laisseront pas longtemps pour nous refaire. Nous avons II k 12,000 blessés dans la place, et peu do rev^ources pour les soigner.
* Général Coitiméres de Noumice. •
Ce* dépêches arrivèrent h Thlonvllle le 21 août, vers midi. Ij! télégraphe ayant été coupé depuis deux heures (à dix heu-
res quinze initiâtes dû matlnl, le colonel Turnicr le» fît partir Immédiatement par le sieur Guyard, commissaire de police cantonal à Longwy. Il remit en même temps une expédition de ces dépêches à M. de Üazclaire, élève de l'Ecole polylech* ; nique, qui se rendait à Pari». Ce Jeune homme le» expédia le lendemain par la station télégraphique de Glvei. L’annexe relative aux communications contient, ou sujet de l'envol des dépêches du 20, des détails multipliés qui ont dû y êlr© renvoyés, afin de ne pas interrompre l'exposé général de* faits.
La dépêche destinée à l'empereur lui arriva & deux heures douze minutes de l'après-mldl, par l'intermédiaire du commandant de la place de Longwy, lo roloucl Massaroll. Celle adressée au ministre lui fut remise A deux ji cures vingt minutes par ia même vole.
Cette même dépêche fut transmise directement à l'empereur par des inspecteur* délégué* de l'état-major en mission A Longwy. L’empereur la fit parvenir au ministre h huit heure» treille-cinq minute» du soir.
Le colonel Massaroll n'adressa pas directement au maréchal de M.tc-Malion la dépêche qui lui était destinée. O furent les inspecteurs délégués qui en prirent possession el qui la transmirent au colonel StolTel, chef de la section de* renseignement» à l'état-major du maréchal do Mac-Mnlion. Kn voici le texte officiel :
« Lun(p*y, le tl âoilt 1170, quatre heures quarante minute* du SUIT.
«c Ampliation. — Les Inspecteurs délégués do l'état-major au colonel Stoffel, attaché près de S. Exe. le maréehal de Mac-Mahon.
« J'ai dû prendre position.... etc. Le commandant de place de Thlonvllle. Signé, Tunisien. *
u Nous sommes en possession de l’original ; dépêches envoyées en mémo temps à S. M. l'empereur par le colonel Mnssaroll, commandant de place de Longxvy, qui fait connaître les positions qu'occupe le maréchal liazainc. — Faut-il rentrer? Réponse de suite. Signé , Robasse et Mii:s.
u Reçue de Longwy (heure non indiquée. Reims. Fait.) »
Celle dépêche ne part ial jamais an maréchal de Mac-Mahon. Interrogé À ce sujet, le maréchal a répondu : « Otte dépêche i
est assez Importante pour qu'elle m’ait frappé si j'en avais ru {
connaissance, cl je ne m'en souviens nullement, a l'as plus que le maréchal, les officier* de son cabinet, les colonels d'Abzoe çl Rroye, n'ont eu connaioaneo de cette dépêche. Tandis que la dépêche expédiée le 20 août au maréchal de Mac-Mahon ne lui était pas remise, celle envoyée A l’empereur par le même courrier arrivait A son adresse. Le maréchal, auquel il a été demandé s'il avait reçu communication de la dépêche du 20 août A l'empereur, a répondu :
a Je me rappelle que l'empereur m’a fait connaître que le général Marguenal avait été tué; mais je ne pense pas qu’il • m’ait communiqué In dépêche entière. »
Ge pendant la dépêche destinée au maréchal avait été ffltp'-diéc au colonel Stoffel par les sieurs Robasse et Miês, Inspectent* délégués de l'état-major, comme on lu volt par la minute qui a été reproduite.
Quel* étaient ces inspecteurs délégués de l'élat-mnjor ? C’étaient des agents de la police de sûreté qui avalent élé demandés, le 18 anùt, A M. Piélri, par le colonel Stoffel. Cet ol- Adcr supérieur leur avait donné, le 20 août, pour Inslrurlions de chercher A pénétrer jusqu’au maréchal Rnxafne. et de recevoir ses dépêche»; il leur avait recommandé 0e lui adresser personnellement tous les rcn*eJgnemcuts qu’ils pourraient reçue! Idr.
Les agents se dirigent sur Longwy, oîi arrivait au même moment qu’eux le sieur Guyard. leur collègue, venant de Thionville. porteur de quatre dépêches du 20. Ils en prennent possession, en expédient copie au colonel Stoffel, reçoivent de cet officier supérieur l’avis do l'arrivée de# dépêches et l'ordre de revenir A l'armée. Ils la rejoignent lo 26 à Relhel et rempilent au colonel les originaux dont ils sont porteurs.
La dépêche a donc élé arrêté© au moins deux fois par le colonel Stoffel : le 22, quand elle lui arriva par le télégraphe, cl lo 20, lorsque les agents lui ont remis en main* propres l’original. Nous disons au moins deux fois, car l'expédition
remise au Jeune llazclaire n’est pas parvenue davantage et a dû £lre également Interceptée par le colonel Stoffel.
Interrogé sur ce point, le colonel Stoffel s’eil rejeté d'abord sur un défaut de mémoire, puis a contesté la possibilité d'un pareil Incident. Pressé de plus en plus, Il a nié, mais d'une manière très-embarrassée. I.'cncemblcsl accablant des preuves ne laisse aucun doute sur ce point. Le colonel Stoffel a intercepté la dépêche adressée au maréchal. Maintenant, est-il admissible qu'il ait osé prendre sur lui un pareil détournement?
On ne saurait s'arrêter un moment à cette pensée. Evidemment il a dit recevoir des ordres A cet effet. De qui les tenaitil? Qui pourrait le dire? Quoi qu'il en soit, en s'associant A une manœuvre destinée A tromper son propre chef, auquel il devait plus que personne la vérité, et comme oMcicrdc son étatmajor particulier, et comme chargé du service des renseignements, le colonel Stoffel a commis un acte inouï.
Ce fait pourra prendre aux débats une ini|tor!ancc considérable, car II sera invoqué certainement pour chercher A décharger le maréchal Bazaine de la part de responsabilité qui lui incombe au sujet de la catastrophe de Sedan, (tien que lo maréchal soit complètement étranger A la manœuvre qui a arrêté la dépêche du 20 adressée au maréchal de Mac-Mahon, Il reste A sa charge d'avoir gardé le silence dans scs dépêches du même jour, vis-à-vis de l'empereur cl du ministre de la guerre, sur ce point essentiel qu'un avis ultérieur serait donné, annonçant la mise en mouvement de l’armée de Mets. Pourquoi ne leur Indiquait-Il pas celle restriction si importante dont il faisait mention dans sa dépêche au maréchal Mac- Mahon? Ne devait-il pas également la vérité au souverain et nu ministre? Il est juste d'ajouter que lo maréchal de Mac- Mahon, auquel II a été demandé si, ayant reçu la dépêche qui sc lcrmine par ces mois : « Je vous préviendrai de ma marche, » il serait parti, et s’il n'aurait pas cru indispensable ; d'attendre un nouvel avis du maréchal Bazaine, a répondu contcieneieuumtni : Il est probable que, mémo après la réception de cette dépêche, il aurait continué sa marche vers la Meuse, sauf à voir ce qu’il y avait A faire y étant arrivé.
L’instruction n’a qu'A s'incliner devant cette déclaration généreuse. Mais si la suppression de la dépêche du 20 ne fit qu'épargner des hésitations nouvelles au maréchal de Mac- Mahon, elle ne saurait décharger le maréchal Bazaine de la responsabilité première dans la catastrophe de Sedan. Kn entretenant le gouvernement du scs projets de sortie ; en continuant, une fois rentré sous Metz, A se plaindre de la pénurio des vivres et des munitions, do manière A faire craindre un désastre imminent^ en ne rectitlant pas ses premières assertions, le maréchal Bazaine devait déterminer (les efforts désespérés pour lui venir en aide. Si ces efforts ont abouti A une catastrophe, comment êchapperail-ll A la responsabilité de l’avoir provoquée?
Nous allons voir, du reste, celle responsabilité singulièrement aggravée par la conduite que tint le maréchal Bazaine une fois qu'il eut été informé de la marche du maréchal do : Mac-Mahon.
l.o maréchal a eu, en effet . connaissance de ce mouvement, cl cependant 11 est resté immobile et n'a rien tenté dans le but de diminuer le péril extrême auquel s’exposait son lieutenant pour venir le dégager.
La lecture de cette partie du document produit une certaine impression sur l'auditoire. Le maréchal luimême parait quelque peu ému. En quittant la salle durant la suspension, on le voit essuyer furtivement les larmes qui coulent de ses yeux.