‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 68 sur 117 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Couvcd du 26 aoüi. — Démonstration du 31 août.

Noua avons tu, dans les chapitres précèdent*, comment, après avoir reçu l’ordre de Tcuipereur de ramener l'armée à I Chàlons, le maréchal ll.iz.rnc prit toute une série de disposition* de nature à Faire avorter ce dessein, cl comment, après les bataille* de Rezonvillo et de Sainl-Privat, il s’était replié sans nécessité sous les murs de Metz, en laissant an» mains de l'ennemi les positions par lesquelles U aurait pu déboucher de

I nouveau sur les plateaux.

Bleu que le maréchal Fût lié par la nouvelle qu'il avait Fuit parvenir à Chàlons de ion projet de marche vers Monluiédy,

| projet qu’il avait Formulé de nouveau dans sa dépêche du 19,

; il ne se souciait nullement de le réaliser.

• A l'abri de touie attaque, dans l'intérieur du camp retranché, le maréchal pouvait attendre le dénomment de la crise po- , llliquc et militaire qui se préparait, lorsque la dépêche du 23 * vint lui imposer des devoirs auxquels il ne semblait pas possible de se soustraire.

Devant l'annonce de l’arrivée de l'armée do secours, il Fallait nécessairement venir en aide au maréchal de Mac-Mahon ou tout au moins paraître tenter un« diversion en sa Faveur.

Ce Fui dans ce dernier ordre d’idées que le maréchal Bazaine se décida à concentrer l’armée, le 20 août, sur la rive ! droite de la Moselle, pour y attirer une partie des forces ennemies et attendre ainsi les événements sans compromettre ses troupes et sa propre situation.

D’un autre côté, le maréchal avait à tenir compte de l'opinion de son armée, qui s’attendait de jour en jour à reprendre sa marche vers l’intérieur. Il était nécessaire de lui Faire accepter, en la masquant sous l’apparence de combinaisons «Ira- | logiques, l'inaction dans laquelle il allait b maintenir, et d’amener ses lieutenants à admettre la convenance d’un séjour prolongé dan» le camp retranché de Melz.

Tel Fut le but de la conférence tenue le 26 nnùt, dans laquelle le maréchal Bazaine détermina scs commandants de corps à prendre une décision dans ce sens en leur cachant l’arrivée prochaine dn maréchal de Mac-Mahon, le rendez-vous qu’il lui avait donné ù Montuiédy, et en leur traçant tout un programme d’opérations militaires dont Metz serait le pivot, — programme qui ne devait jamais recevoir même un commencement d'exécution.

Ce fut dans la nuit du 2ff au 26 que Furent expédiés (es ordres de marche pour le lendemain. L’année devait si- mettre en mouvement au jour, pour passer sur la rive droite de la Moselle cl essayer de déboucher sur les plateaux situés en avant du fort Saint-Julien.

Celle manœuvre avait pour but d’allircr sur U rite droite une partie des forces ennemie* et de dégager les plateaux de la rive gaurhe,par lesquels pouvait arriver l’armée de secours; triai* clic présentait le grave Inconvénient de ne pas inquiéter les concentration* de l'ennemi contre le maréchal Mac-Mahon et de mettre l'armée de Metz dans l'impossibilité de soutenir directement celle de Ciblions : le rôle le plus diflkile était ainsi réservé à l’armée la plus faible, à celle qui se trouvait sans | appui et en rase campagne. En se bornant & Faire uue semblable démonstration, le maréchal Bazaine rxposiil à un désastre l'armée qui se dévouait pour lut venir en aide.

Quoiqu'il en soit, le passage de la Moselle élail déjà commencé, lorsque se présentèrent chez le maréchal Bazaine les

généraux Cofllnièrcs elSolellIc pour lui soumetlre des observations sur la situation. Le général Cuflinièrc* a déposé dans lus termes suivants sur cet incident t

« J'avais reçu, dans la null du 2ô au 20, communication de Tordre de marche pour la journée du 26. Je me rendis le 26 au malin chez le maréchal pour régler certaines questions de service, cl, en retournant à Metz, je passe! chez le général Soleiile qui logeait à cûlé du maréchal. Noire entretien porta naturellement sur le départ de l’armée, et nous exprimâmes l'avis qu'il serait peut-être préférable d'ajourner ce mouvement en utilisant ce délai pour terminer l'armement, pour donner plus de consistance aux parties défectueuses et incomplète* des Forts.

• La pétition de La place de Melz me paraissait (Tableurs éminemment stratégique, et le maintien temporaire de l'armée sur ce point pouvait être très-utile en menaçant très-sérieuscmrnt la ligne d’opérations de l'ennemi. Il est d’ailleurs trèsimporlant de Faire observer que dans ce moment nous ignorions, Ton et l'autre, le point oîi se trouvait l'armée du maréchal de Mac-Mahon. Il semblait rationnel d'être Fixé à c« sujet avant d'aller à sa rencontre. Cette armée pouvait se diriger sur Metz par deux ou trois lignes diiTérenles. Cette manière de voir me semblait d'autant plus soutenable et rationnelle que, depuis la bataille de Forbach, no* troupes s'étaient constamment repliées, ce qui pouvait Influer sur leur valeur morale.. Frappés de ces considération*, nous nous rendîmes chez le maréchal pour lui soumettre nos idées. Je ne saurais dire quelle impression ces observations produisirent sur le maréchal. Toujours est-il qu'il maintint son ordre de mouvement. •

La déposition du général Coflinièrcs indique qu’il avait connaissance de la marche du maréchal Mac-Mahon. Il eu Fut question entre le maréchal et les deux généraux. Tous les trois gardèrent le silence à ce sujet dans le conseil qui allait être tenu à Griment.

Ainsi que Tordre en avait été donné, l'armée fut se masser sur la rive droite de la Moselle, en avant des forts de Saint- Julien et de Queuleu, Les dispositions prescrites dans l’ordro de mouvement démontrent catégoriquement qu'il ne s’agissait dans l'esprit du maréchal que d’uoe simple démonstration, comme ii Ta du reste avoué.

Une tentative sérieuse de sortie ne pouvait avoir chance do réussir qu’en surprenant l’ennemi. Tou» commandait dan* ce but de faire, pendant la nuit, les marches préparatoires, de manière à arriver sur le plateau au petit Jour et à ne trouver devant soi que les gardes habituelles des lignes. On savait l'ennemi en force sur la rive gauche, il ne fallait pas lui laisser le temps de porter des troupes sur le point menacé. L’armée ne fut mise en mouvement qu’au jour. On se demande en vain pourquoi.

Tonie surprise doit être menée vivement, et, si Ton rencuntre des obstacles, il faut être en mesure de les briser rapidement. On allait aborder des ligues dont les feui convergeraient sur nos troupes. Il fallait pouvoir les éteindre rapidement, et, à cet efTet , avoir toute l'artillerie de réserve sous la main. Pourquoi, au lieu d’arriver la dernière aurle plateau, n’y a- 1— elle pas précédé l’armée t

Si l'affaire qui allait s'engager eût été sérieuse, on aurait commencé l'attaque dès le point du jour avec des troupes campées déjà sur lu rive droite en les Faisant soutenir par les différents corps au fur et à mesure de leur arrivée. On n'en flt rien et l’on attendit que toutes les troupes fussent à peu près massées sur le plateau.

Puisque Ton s'assujettissait à celle condition, il fallait an moins accélérer la traversée de la Moselle en utilisant ica deux I onls de la ville; e’élaii d'autant plus nécessaire que les ponts provisoires construits pour la retraite de I armée avaient été, sans motifs sérieux, repliés le là, dès le lendemain du passage de l’armée, par ordre du général üofllnières i ii avait fallu en improviser de nouveaux. A part le deuxième corps qui traversa la ville cl délita sur le pont des Morts, et du troisième corps, déjà établi sur U rive droite, toute l'armée dut passer sur les ponts provisoire* et vint s’arrumuler sur Tunique rampe du village de Saiul-Julien. Ainsi, le 1 3 août, le maréchal avait retardé de vingt-quatre heures la retraite de l’année nfln de pouvoir effectuer son passage par huit ponts à la fois, et le 20,

alors qu'il en avait encore quatre à sa disposition, 11 n’en emploie que trois, dont l’un construit à la hâte ne pouvait servir qu’à l'infanterie. On n’utilisa point le pont TifTroy, ce qui retarda d'autant le passage. Enfin les mesures avaient été prises de telle sorte que le défilé do l’armée, commencé à cinq heures du matin, ne fqt pas terminé à trois heures de l'aprèsmidi.

Pendant ce temps, l’ennemi, qui des hauteurs de la rive gauche suivait tous nos mouvements, se portait en toute liàtc ver» le point menacé. Le gros de ses forces était massé encore sur les plateaux de l’Orne, en sorte qu'il n’y avait devant nous qu'un simple cordon de troupes qu'on aurait traversé sans difficulté. C'est ainsi que les avant-gardes du 3V corps, qui avaient été portées un peu en avant, ne trouvèrent personne n Noullly, à Noissevlllc, à Colombv, position dont la prise devait coûter tant de sang quelques jours après.

Vers deux heures, presque toute l'armée avait enfin débouché en avant du fort Saint-Julien cl n'attendait que le signal d'attaquer, lorsque, au lieu d’engager le combat, le maréchal lit appeler les commandants des corps et les commandants d'armes à lafemiedeGrimont, pour conférer sur la situation.

Un compte rendu de la conférence fut rédigé par le général Boyer. Il fait partie du dossier remis par le maréchal Bazaine. Bien que ce compte rendu ne soit pas authentique, puisque sa rédaction ne fut pas soumise aux membres de la conférence, l'instruction croil devoir le reproduire à litre de renseignement.

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