CHAPITRE XXXIV
Suite du rapport. — Coofércncc du Î6 aovï! IS70. — Opinions des généraux et maréchaux présents i la conférence.
Le 2 G août, à deux heures de l'après-midi, les commandants de* 2 e , 3 e , 4 e , G' corps d'arméo, le commandant en chef de la garde Impériale, le général commandant l'artillerie de l'armée, le commandant supérieur de la plac.c de Mclx, réunis nu château de Grhnont, furent priés de donner leur avis sur la sliuallon.
Opinio s du général Solcillc.
La première chose qui frappe l'esprit dans la situation actuelle do l'armée du Bliin, c'csl l'apologie qui existe entre cette situation et celle de l'armée française en 1814. A chaque époque, en effet, l’armée alliée avait déliassé Verdun cl marchait sur Paris, comme le fuit aujourd'hui l'armée allemande.
L'empereur Napoléon 1 er cul la pensée de réunir les garnisons des places du Nord et du se jeter sur la frontière, sur les communications de l'ennemi, pendant que l'armée envahissante irait se heurter contre le* travaux de défense qu’il aval! Ordonné d’exécuter autour de Paris.
Mais Paris n’élant pas fortifié, le plan de l'empereur ne put être réalisé (les places du Nord élalonl d’ailleurs dégarnies de troupes).
Aujourd'hui, l’ensemble de ce plan d’opération est trèsexécutable. Paris est pourvu d'une double cnrelnte de forts détachés cl de fronts haslionnés, et la présence de l’armée du Bliin sous les murs de Mclz, à la frontière, on peut 1e dire, précisément à portée des communications de l’armée prussienne, doit singulièrement Inquiéter l’ennemi.
L’armée du Rhin a donc un rôle Immense à jouer, et ce rôle, militaire aujourd’hui, peut devenir et deviendra certainement politique.
Metx est, en effet, non-seulement une grande place de guerre, majs aussi cl surtout la capilalo de la Lorraine. En admettant une série de revers pour nos armes cl l’obligation par le gouvernement de traiter avec la Prusse, la possession de Metz, la pré.senre de l’armée dans le camp retranché que nous occupons, pèseraient d’un poids immense dans les décisions â intervenir cl sauvegarderaient vraisemblablement & la France la possession de la lorraine.
Il ne faut pas sc dissimuler en outre que l’armée n’a de munitions d'arliilcrie que pour une bataille cl qu'il est impossible de la réapprovisionner avec les ressources de la place. Risquer un combat pour percer les lignes ennemies cl entreprendre une marche pour rallier Paris ou lout autre point, ce serait s'exposer A user des munitions, à se trouver désarmé au milieu des armées prussiennes qui s'acharneraient après nous comme une mente de chiens après un cerf, et â compromettre le sort de cette armée. En restant, au contraire, dans les lignes que nous occupons, nous maintenons l'armée inlacte avec tous ses moyens d'action, nous menaçons constamment les communications de l’armée ennemie qui peut éprouver un échec et se • trouver obligée de battre en retraite ou de se replier sur sa ligne d’opérations.
Nous pouvons changer en désastre un mouvement rétrograde des Prussiens cl nous conservons au pays une garantie puissante dans tous les cas.
L’armée ne restera pas inactive pour cela ; elle pourra faire dcjfréqueulcs pointes sur le périmètre des lignes ennemies qui n’a pas moins de cinquante à soixante Kilomètres ; elle frappera des coups sensibles, les inquiétera et pourra même bouleverser scs travaux, couper ses convois et intercepter scs communications.
■Ces mouvements entretiendront son moral, la tiendront en baleine, et seront même favorables à l'état sanitaire.
' Opinion du général Ftosiard,
Le général Frossard est absolument de l'avis du général Solcillc. II ajoute que l'armée du Rhin, par suite des événements accomplis, et il ne voudrait pas étendre cette opinion h l’armée entière, est bien plus propre à lu défensive qu’à l’offensive.
Il règne dans celle armée une sorle d'épuisement, pour ne pas dire de découragement, qu’il est aisé de reconnaître. Si on la met en marche à l’aventure, on ne pourra plus compter sur elle après un premier combat, fût-il heureux. Si la chance des armes nous était défavorable, il serait impossible de la maintenir, ce sérail une armée dissoute, et le prestige qui l'entoure encore s'évanouirait complètement; ce serait une déroule dont les conséquences sont incalculables.
Comme contre-partie, le général Frossard exposoque, l’armée prussienne élant en retraite, le caractère propre au soldat français se manifesterait d’une manière entraînante cl changerait, sansconlcste, en désastre pour l’ennemi un mouvement rélrograde de sa pari.
Opinion du maréchal Canrobert.
Le maréchal Canrobert se range absolument à l’avis émis par le général Solcillc et par le général Frossard, en ce qui con- I rerne la nécessité de ne point compromettre l’année par nn mouvement offensif, niais il y met une restriction. Le moral | de l'armée, dit-il, né sera maintenu, l'armée ne vivra, infime j moralement, qu’à la condition de ne pas rester inerte. Frappons des coups de tous les côtés ; donnons des coups de griffes partout cl incessamment.
Sortir de Mclx pour s'allonger dans l’intérieur du paysaveeles colonnes immenses de bagages d’artillerie que nous traînons à notre suite et sur une seule ligne est chose impossible. La conclusion est qu'il faut rentrer sons Metz, fatiguer l'ennemi, le frapper partout, et, si l'on se décide à sortir, laisser Ions les impédimenls.
Opinion du général de Ladmirault .
Il est impossible d'entreprendre une affaire de longue haleine, car à la première affaire on sera usé, faute de munitions.
Opinion du maréchal Le Bœuf.
Le maréchal expose tout d'abord, en termes très-vifs, qu'il u’esl point responsable de la situation faite à l’armée du Rhin. Il a supporté jusqu’à ce jour le poids des accusations lancées contre son administration, mais SI déclare qu'il n’a été ni consulté ni écoulé, lorsqu’il disait qu'un camp retranché comme Metz était fivll uniquement pour permettre de constituer, à son abri, une armée forte el prête à répondre aux exigences d’une situation que pouvait créer l’initiative de l'ennemi : on ne l'a point consulté, on ne l’a point écoulé, et la dissémination de
Bazaine et la capitulation de metz
Le général Jciuniugros fait biiser te, drapeaux de ici régiments.
l'armée sur la frontière n'est point son œuvre. Il voulait la concentrer au début de la campagne, au lieu (le la déployer comme elle l’a été sur la frontière.
Conserver l’armée du Ithin intarte est le plus grand et le ^meilleur service que l'on puisse rendre au pays, mate comment la ferons-nous vivre?
Opinion du général Bourbaki.
Mon désir le plus vif, dit lo général, oîll été de faire un trou par Ch&tcau-Salins et de nous donner de l'air. Mais si nous n’avons pas de munitions, il est clair que nous ne pouvons rien faire.
Opinion du général CnJJiniires.
M. le général CotTinières partage l'avis du général Solellle, et déclare que la place cl scs forts ne sont pas dans un état défensif suffisant et ne pourraient supporter une attaque régulière qu’un nombre de jours fort limité ; que l'armée doit rester sous Metz.
Il indique les lignes qu’elle doit occuper sur les deux rives de la Moselle cl les travaux qu'elle doit exécuter pour y Etre solidement élublio.