‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 71 sur 117 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Résumé de la première partie. — Deuxième partie.

Les opérations actives de l'armée de Mets prirent fin le !•’ septembre.

La défaite de Forbach, ainsi que nous l'avons vu, fut uniquement causée par l’absence de direction dans laquelle le maréchal laissa le général Frossard et son propre corps d'armée.

L'année, une fois repliée sous les murs de Mets, devait battre en retraite sur Chàlon*. Tel était l’ordre formel do l’empereur. Celle mesure était commandée par la nécessité de conserver en communication avec les réserves l’armée du Rhin, qui contenait !a plus grande partie des cadres de l'armée française.

Au lieu d’exécuter sans retard cet ordre, le maréchal prend des mesures entraînant forcément le ralentissement de la marche de l'armée el laisse à l’ennemi toutes facilités pour le devancer sur les plateaux.

Après la bataille du IG, alors que les routes d'Etaln et de Bricy sont encore libres, le maréchal suspend sa marche et revient sur scs pas, sous le prétexte de se ravitailler. Le 17 au soir. Il envole le commandant Magnan assurer l’empereur qu'il compte toujours te conformer à son ordre do retraite, l'uis, dès le lendemain 18, Il pré|iarc un nouveau mouvement en arrière ; mais au même moment la bataille s’engage, bataille inutile puisque le maréchal est déjà décidé à rentrer dans le camp retranché de Metz : la manière dont il dispose

scs troupes et les ordres qu'il donne au maréchal Canrobert U prouvent complètement.

La bataille de Satnl-Privnt est perdue par la faute du commandant en chef, qui confie la clef de la position à un corps incomplet el très-affaibli, et qui, demeurant loin du champ de bataille, reste sourd aux appels pressants et réitérés de son lieutenant.

L'armée est reportée en arrière des plateaux el ne pourra désormais déboucher qu'au prix des plus grands efforts; cependant, le lendemain 19, le maréchal Uazalnc écrit à l’empereur qu'il compte toujours partir dans la direction du nord.

Le 18, au soir, revenait de Chatons le cuminamlant Magnan, apportante nouvelle de la constitution d'une deuxième armée, destinée à venir au secours do celle de Metz. Bien que les chemins soient ouverts, lo commandant Magnan ne passe pas. Mystérieuse circonstance qui va laisser le maréchal libre de ses résolvions.

Lo 23, une dépêche annonçant l'arrivée prochaine de l’armée de secours le force à prendre un parti. Au lieu de faire tous ses efforts pour aller au-devant du maréchal de Mac- Mahon, vers Montmédy, comme 11 t’a toujours annoncé, le maréchal Bazaine tourne le dos à cette direction, porte scs troupes sur la rive droite et borne ainsi son concours à une simple démonstration, résolu qu'il est à ne pas quitter le camp retranché de Metz, sous la protection duquel 11 compte attendre le dénoùmenl de la crise militaire et politique qui se prépare.

Ce n'est pas tout ; en exposant, dans la conférence de Griment, à ses lieutenants la situation do l’armée sous un jour faux, en se taisant sur le mouvement du maréchal de Mac- Mahon, en déclarant qu'il n'a de munitions que pour une seule bataille, alors que son approvisionnement de munitions est entièrement reconstitué, il provoque une déclaralion en vertu' de laquelle l'armée doit demeurer à Metz et renoncer à gagner l'intérieur de la France.

Le mémo jour il annonce au ministre de la guerre qu'il est impossible de percer les lignes d'investissement. - En même temps il éerii au maréchal du Mac-Mahon qu'il est cerné, mais faiblement; qu'il percera quand il voudra, et qu'il l'attend.

Sur un nouvel avis du maréchal de Mac-Mahon, lu maréchal Bazaine fait, le 31 août, une nouvelle démonstration que les dispositions qu'il ordonne condamnent à l'avance à un avortement. ,

Telle fut la conduite du maréchal Bazaine pendant la période des opérations actives. La pensée de soustraire son armée aux bouleversements devenus Inévitables dicta scs résolutions. Ces préoccupations égoïstes vont encore le dominer pendant lo blocus. La révulution qu'il &' prévue éclate. Un nouveau gouvernement surgit. Contre toute attente, Paris va tenir; la défense nationale s'organise.

Devant une résistance dont la durée dépassera certainement celle des approvisionnements, le maréchal va chercher à précipiter le dénoùmenl de la situation, non en combattant, mais en trailanl avec l'ennemi. Comment entraina-l-II dans cette voie, qui n'était pas celle du devoir, ses lieutenants et sa brave armée, dont la loyauté ne put croire à de semblables trames que le jour du désastre ? c'est ce qui nous reste à exposer.

Ici commence la deuxième partie du rapport du général de Rivière, comprenant la période du Blocus, jusqu'au 7 octobre. Elle débute par un examen des conditions de résistance de ta place de Men, et par la fixation des états des travaux de défense et de f armement des forts au I or septembre.

A partir du !•* septembre, le maréchal renonce à toute opération imporlanle. Le sort de l'armée se trouvait donc Hé désormais à celui de 1a place de Metz.

Le moment est venu d’examiner quelles étaient la situation de celle place et scs conditions de résistance.

D'importants travail* avaient été entrepris en 1803 pour remettre en parfait étal de défense les fortifications du corps do place. En 1808, on se dérida à étendre le rayon d'action des défenses en Construisant cinq forts destinés à protéger la ville contre un bombardement el à constituer un camp retranché

qui pûl servir à U fois de refuge et de soutien pour nos armées. Ces fort» étaient loin d'être terminés lorsque la guerre fut déclarée ; mais, bien qu'inachevés, Us présentaient de tout autre* conditions de résistance que les ouvrages improvisés par les Russes devant Sébastopol et dont la prise nous coûta lant d'efforts et de sacrifices.

Les forts de Plappeville et de Saint-Quentin avaient leurs fossés creusés dans le roc. Les escarpes et les contrescarpes étaient complètes; les logements avaient été occupés dès l'hiver 18GÜ-1870, Les remparts étaient massés ainsi que les glacis; il lie restait plus qu’à recouvrir de terre végétale la surface des remblais et des parapets. L'armement en batteries s’élevait, au 1" septembre, à 75 bouches à feu nu fort de Plappeville et à 44 au fort Saint-Quentin.

Le fort de Saint-Julien est un grand pentagone composé do quatre fronts principaux de 250 mètres de longueur cl d'une gorge de 500 mètres ; les escarpes étaient achevées à peu près complètement sur les quatre frouts de tête et sur ta moitié de la gorge. Les portions non revèlucs étaient palissadées.

Une brèche considérable existant dans le bastion do gauche voisin de la gorge avait été barrée par uno forte paianque. Les fossés étaient à peu près à profondeur, mais ils n’étaient à largeur que devant les bastions de trois des fronts de tête ; il n’y avait pas de contrescarpe. La grande caserne centralo n'étatt pas voûtée. Elle fut blindée en charpente.

Deux grands magasins à poudre, 300 mètres courants d'arceaux en décharge, de grandes et vastes poternes présentaient de précieuses ressources pour abriter les hommes et le matériel. Les parapets du corps de place étaient à peu près massés ; mais il existait une lacune dans le milieu du cavalier. L'armement en batteries s’élevait à 73 bouches à feu à la date du 1 er septembre.

En avant de Saint-Julien, de fortes redoutes avalent été organisées sur les positions de. Chfttilion et de Grimont.

Le fort de Queuleu est un grand pentagone de même forme que Saint-Julien, mais avec des fronts de 350 mètres et une gorge de 700 mètres de longueur. Les eicarpcs, achevées sur trois fronts et demi, étaient près de l'être sur uno grande partie de la gbrpe. il en restait environ 450 mètres à construire. Les fossés étaient à profondeur et à largeur sur deux fronts et à une profondeur moyenne de 7 mètres dans le restant, sauf sur le front latéral de gauche, où la profondeur ne dépassait pas 4 à 5 mètres,

La caserne sous le cavalier était terminée et pouvait contenir 1 ,000 hommes, il existait en outre un grand nombre d'abris, notamment dans les arceaux en décharge de la gorge. Le grand cavalier était entièrement massé. L'armement en bailerles, 1$ I er septembre, s'élevait à 95 bouches à feu, bien traversées et munies d'abris. Le plus grand nombre de bouches h feu était du calibre de 24 eourt.

Un ouvrage avancé avait été construit sur les positions des Bordes, en avant du fort de Bellecroix.

Quant au fort de Saint-Privat, il était seulement massé et ne possédait pas d'abris. Mais en arrière de lui se développait la ligne du chemin de fer, dont la partie centrale en déblai était inabordable. Cette ligne, garnie d'épaulements bien armés, et soutenue par trois redoutes, constituait une avancée très-solide, que l'ennemi aurait eu de grandes difficultés à emporter, et où il n’aurait pu se maintenir d’ailleurs août les feux croisés de Ssint-Quenlin et de Queuleu.

En résumé, à l'époque du 1 er septembre, les forts de la rive gauche étaient en parfait état de d4^ en8e * Quant à eenx de la rive droite, Ils étalent certainement à l’abri d’une attaque de vive force et en mesure de résister à un siège régulier, grâce aux perfectionnements qu’on apportait chaque jour à leur organisation.

Établissement des lignes de défense.

En outre des défenses permanentes et des grosses redoutes dont II vient d’être fait mention, les campements de l'armée étaient protégés par des lignes de batteries prenant appui sur les forts et sur les redoutas, et qui, dans le cas d’un siège régulier, auraient permis à la garnison de prolonger la défense extérieure.

Mais si ces lignes étalent bien combinées dans ce but. par contre, elles ne répondaient guère aux conditions d’une dé-

fense active et éloignée, la seule digne d’une grande armée.

L'occupation sur ta rive gauche de la naissance du contrefort du Saint-Quentin, au-dessus des bois de Saulny et des Fèves, et sur la rive droite de la ligne de faite qui s'étend de Mercy par Laqucncxy jusqu’à Bellecroix, aurait rejeté au loin les lignes d'investissement et soustrait l'intérieur des campements aux vues de l’ennemi. Mais le terrain sur lequel on s'établit fut si restreint, que s’il était entré dans les desseins de l'ennemi de bombarder les camps, rien n'aurait pu l’empêcher.

Cette situation, qui pouvait échapper à la perspicacité du maréchal, fût causée en partie par l'incertitude qui pesa dès l'abord sur les destinées de l’armée. Aussi, quand, le 26 août, le général Cofiinières, à la fois commandant supérieur de Melx et commandant du génie de l’armée, cul à donner scs indications sur le système de défense à adopter, il était tout naturel qu’il en restreignit le développement à la force de la future garnison. Comme commandant du génie de l'armée, il aurait dû indiquerune autre solution ; mais, comme commandant supérieur de Melx et pouvant, si l’armée s'éloignait, être appelé à défendre la place, c’étaient des lignes de garnison qu’il devait naturellement indiquer, et non des lignes d'armée.

La place, les forts et les lignes constituaient, comme on le volt, un ensemble redoutable qui aurait permis à une garnison vaillante, bien secondée par une population virile et patrie- ; tique, de tenir Indéfiniment. La durée de ta résistance dans les conditions ordinaire* de la défense était doue uniquement subordonnée à celle des approvisionnements.

il Ale a? (if que devait prendre rarmée retenue dans le camp retranché.

Le séjour sous les murs de Melx changeait totalement ces conditions.

Il ne pouvsll plus être question de résistance passive, de lutte pied à pied; il fallait, comme il en a été question dans la conférence du 20 août, entreprendre de grandes sorties coup sur coup, harceler sans relâche l’ennemi, lui enlever tout repos par des attaques nocturnes ou simulées, lui infliger enfin de telles fatigues, que le maintien du blocus devint impas- j cible.

La position de la place dans le voisinage de la seule communication ferrée par laquelle les armées envahissantes prenaient appui sur l'Allemagne créait pour l’ennemi un péril imminent; il fallait en profiler pour détruire sa ligne d’opérations principale.

Ainsi anrali dû être comprise la défense de Mots dans la situation nouvelle des choses ; ainsi aurait dû être utilisée l’armée de 150,000 hommes réunie dans le camp retranché.

Le maréchal, au lieu de tomber dans la stupeur à la suite des événements de Sedan et de Paris, redoublant d’énergie à mesure que grandissait le péril, aurait pu devenir ainsi le sauveur de son pays, tandis qu’il fut incontestablement l’un des Instrumenta 1rs plus actifs de sa perte.

Mais rien ne fut fait pour organiser la défense active; les précautions les plus élémentaires prescrites pour la défense des simples places furent même mises en oobll.

Les dispositions réglementaires prescrites pour la défense des places sont négligées à Mets.

L’article 245 du règlement du 13 octobre 1863 sur le service des places spéeilta les mesures que le ministre de la guerre ou le général commandant l’armée ordonne au commandant d’une place déjà en étal de guerre, et qu'il juge menacée d’up siège.

Lorsque, le 6 août, le général Coillnlères avait été nommé commandant supérieur de Melx, le commandement en chef de l’armée appartenait à l’empereur; lui seul avait, à ce titre, qualité pour ordonner. Mais II tombe sons le sens qu’à défaut d’ordres émanant de l'Initiative propre et directe du commandant, c’était à l'oflleicr général chargé de la défense de la place à provoquer les mesures destinées à l’assurer. Cela est tellement vrai, qu'une partie des mesures édictées par le décret furent prises spontanément par le commandant supérieur. 9

Ce fait montre qu'il se regardait lui-même comme chargé d'assurer l'exécution des prescriptions du décret. Il ne saurait,

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par suile, s'excuser de n'avoir pas prit toutes les mesure* itw , diquées, en allouant l'absence d’ordres précis.

Dans le cours du rapport on cherchera A déterminer en quoi la responsabilité du maréchal fiai, due so trouve engagée à ce sujet.

l.'oubll des mesures réglementaires devait exercer une influence funeste sur la défense de Metz et sur le sort de l’armée.

Dans le chapitre suivant, nous verrons la même négiigenre i présider à la constitution des approvisionnements, ut nous I établirons comment il se tlt que la population civile de la place put, avec la tolérance de l'autorité militaire, s'accroître du 20,000 âmes au moment du blocus, tandis que les règlements prescrivent le renvoi des bouches inutiles. Celle tolérance créait un danger réel, même on dehors de la question . des vivres. Une place assiégée csl toujours exposée à élre bombardée : toulo agglomération de population dull donc dire soigneusement évitée, atin d’atténuer les conséquences du tir de l'ennemi.

Les autorités mililalrcs ont le devoir, aux termes des règle- . ments, de faire sortir de toute place menacée d'un siège les personnes de nationalité étrangère; l’arrêté pris it resujet par le général Coflinières fut complètement insufllsaiit. l.c commandant supérieur de Metz astreignait tes étrangers originaires des pays avec lesquels on était eu guerre il demander un permis de séjour, faute duquel iis devaient quitter te territoire sous peine d’êlrc mis en étal d'arrestation.

I.a forme même de cet ordre d’expulsion, dans lequel est édicté tout d’abord le moyen de s'y soustraire, donne la mesure du soin avec lequel il fut appliqué.

En nombre considérable d' Allemands reçut, par condescendance, des permis de séjour. On trouve U l’explication du développement extraordinaire pris par i’gspionnuge pendant le blocus.

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