‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 72 sur 117 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Constitution do» approvisionnements. — l'approvisionnement de siège pour 11 place de Metz u'a pas été constitué au début de la guerre.

L’armée et la place de Metz ont résisté jusqu’au dernier morceau de pnin. Celle circonstance donne une Importance capitale à la question des subsistances. A-t-on pris à temps les mesuras nécessaires puur constituer des approvisionnement» sulîisantsY Une fols la place investie, la consommation a-t-elle été réglée de manière à assurer le maximum de durée à la résistance ?

Ces deux questions ont été étudiées en détail dans la quatrième liage du rapport; nous n’en présentons ici qu'un résumé succinct, Indispensable pour permettre de suivre lo récit des événements.

Voyons d’abord les mesures qui furent prises pour constituer les opproviiiomicmenU

Lorsque la guerre fui décidée, la place de Melz, comme, j toutes les autres places du nord-esl, lie renfermait que les approvisionnements du service courant. Elle n’étalt donc pas en mesure de servir de base d’opérations et du ravitaillement pour l'armée, et lent élall à improviser. Malgré les efforts de l’admlnisl ration, le défaut de préparation eut pour conséquence inévitable le (rouble, l'encombrement et la eonfu-ion.

L’intention du commandement était de prendre l’offensive. Dans celte pensée, on concentra une partie de* approvisionnemcnla dans le* villes frontières destinées à servir de base 1 d’opéralions, ForbacbetSarreguemlitc». Onorgnnlsaensecomle t ligne de grands dépôts ii Met* et n Strasbourg. En constituant ainsi des magasins dans de* villes ouverte*, on courait le risque de tout perdre au moindre mouvement ett arrière. C’est j • ce titto l’on reconnut, mais trop lard, lorsque la défaite de | Foriutcb obligea l’armée à se replier.

La retraite de l’armée surChftloi s, ordonnée dès le T noùl, i

allait avoir pour conséquence immédiate le siège ou au moins le blorus du Metz. Les mesures imposées en pareil cas au eouutKindnrit de l'armée el au commandant de la place par les règlements mililalrcs devenaient d'une urgente nécessité.

En ce qui concerne le service des subsistances, il appartenait au premier d'ordonner ce* mesures; au second, de les mettre à exécution. Aux terme* du décret de 18(53, Il l'allait former les approvisionnements de siège, faire sorllr les bouches inutiles, inviter l’aulorilé civile à activer les mesures nécessaires pour assurer la subsistance dus habitants et la réunion des ressources que le pays pouvait fournir pour les besoins de la garnison, — faire rentrer dans la place les récoltes, les bestiaux, — constituer le comité de surveillance des approvisionnements. Le ministre de la guerre avait prescrit, le * août, la formation des approvisionnements de siégo de la place, mais II ne fut pas donné suite à cet ordre. Un fond* d'approvisionnement fut constitué plus tard, seulement |*mr Metz, avec les ressources considérables en farine el en vivre* de campagne qua l'administration y avait réunies pour 1e service de l'armement proprement dit.

Les ressources ilu page, aux environs de Mets, n’ont pas iit recueillies.

L’armée, ruse retirant, abandonnait à l'ennemi des contrées fertiles. La récolle de 1870 venait d’èlre recueillie, cl il existait dans tous les villages d'immenses ressource* en céréales, en fourrages, sans compter uu nombreux bélail. Tout commandait de procéder sans retard, soit au moyen d'achat, soit par vole de réquisition, à la rentrée de ce* approvisionnements. 11 y avait là un double intérêt ; se procurer des ressources el en priver l'armée ennemie. Malheureusement, aucun ordre no fut donné à ce sujet, ni par le commandant de l’armée, ni par le commandant supérieur de la place.

Dès que l'ordre de constituer le* approvisionnements do siège était parvenu dans la place, c'vsl-à-dirc le 8 août, lo général Cofllnlèrcs aurait dû procédera la constitution de l'approvisionnement cl former un comité de surveillance, comme je prescrit l'article 2(50 du décret de l$<53. Son inaction en présence d’une semblable situation demeure inexplicable.

Cependant, une fois l’ordre de retraite donné, l'empereur, changeant de résolution, s’élait décidé, le 8 août, à maintenir l’armée sous Metz et à manœuvrer sou* l'appui de celle place. Celle détermination donnait une importance relative encore pin* grande à la constitution des approvisionnements de la place, car on ne pouvait plus espérer le* former avec les magasin* que l’armée laisserait en arrière, puisqu'elle allait évidemment les consommer.

Tout commandait donc de mettre à profit le* ressources de la région que l'on abandonnait à l'ennemi. Le temps ne lit pas plu* défaut que le* moyens de transport : cela ressort des rails rappelé* dan* la parliedu rapport relalivcaux subsistance*. En se bornant à recueillir le dixième de la récollc, proportion bien faible »l on la compare aux évaluations formulées par des gens compétent*, les approvisionnements de la place eussent été doublés.

Admission dans la place des émigrants des campagnes, an chiffre de 20,000.

Non-seulement on no prit aucune mesure dans ce «en», mais, au lieu de faire sortir de la place les bouche* inutiles, on en ouvrit les portes à la population rurale.

Un arrêté préfectoral du 10 août, rendu sur l’ordre du général Coilinièrc*, sut régulariser cetlo atteinte formelle au règlement, en stipulant qu'aucune personne nn serait admise dan» la place si clic n'apporlalt avec elle de* vivres pour quarante jour* nu moins.

Comme on le pense bien, la constatation des ressources élail des plus dlfllclles ; aussi, devant le flot toujours croissant des émigrants, on dut, le 12 uoflt, rapporter l’arrêté. Il était trop tard, car déjà plu* de 20.000 personne* étalent venue* augmenter In pnpulnllon civile du Mulz, dont le ehlITrc normal de 80,000 âmes fui ainsi porlé à 70,000.

Interrogé sur le» conséquences do l’arrêté du 10 aoftt, le générât CoOtnièrcs exprime l’opinion que les approvisionnements introduits par le* réfugiés ont été très-considérables cl que la mesure n été plutôt utile que nuisible.

Quoi qu'il en soit de celle opinion, rien ne légitime Uûxtlioo du chiffre de quarante jours indiqué par le commandant supérieur. De deux chairs l'une : ou il croyait que la durée do la résistance de la place ne dépasserait pas quarante jours, ou, I le cas contraire» H s'imposait la nécessité de nourrir au delà I de ce terme la population civile qu'il laissait pénétrer dans ; Metz.

Il est Impossible de se rendre compte des motifs qui déterminèrent à n'exiger qu'un apport aussi restreint, qu'on reconnut plus tard être beaucoup trop faible, puisque la place est restée bloquée jusqu'au 29 octobre, et par conséquent elle . fut obligée de nourrir pendant trente-sept jours les réfugiés qui s'étalent conformés aux prescriptions de l'autorité militaire.

Il sembla qu'on hésitait alors à prendre Ica mesures lui- , posées par les règlements, de peur de travailler l’esprit do la population.

Situation des approvisionnement» à Metz lorsque te maréchal HnoiNI prit le commandement en chef.

Au moment où le maréchal Bazaine prit possession du com- . mandement, le 12 août, U y avait dans la place de Mclz, au dire des gens eompélen1a| des vivres pour une période de soixante & soixante-dix jours, pour (a population normale de la ville, soit pour cinquante jours en tenant compte de ta population réfugiée.

Quant aux approvisionnements de l’armée, en raison du désordre qui régnait dans les gares, ta siluaiion était loin d’être connue. On évaluait à la quantité de vingt-trois à vingt-huit i jours de vivres pour les hommes, sur le pied de 209,000 ra- | lions mlillalrei, et à celte de douze ou quinze jours do fourrages pour les chevaux, sur le pied d'un effectif de . 50,000 chevaux.

Ce n'est pas sans raison que le maréchal a pu dire que les i autorités militaires n’avalent pas pris toutes les mesures propres

I ataurer les subsistances, mais il a eu tort de leur associer dans ce reproche tes autorités civiles, auxquelles n’iucotnbail que le soin de se conformer aux instructions du commandant •ultérieur, qui ont toujours exécuté avec dévouement et patriotisme les prescriptions qu’ils reçurent et qui ont constamment prU l'initiative des propositions susceptibles de prolonger la rétistance.

De son côté, le maréchal Bazaine n'a donné aucun ordro en prévision du siège de 1a place. S’il pouvait supposer que ce fût chose faite, tout au moins aurait-il dû s'en assurer et s'informer dus besoins de la place qu'il allait abandonner à dleméme.

. On peut admettre qu’en présence des efforts que l'armée de Chiions allait tenter pour dégager l’année du Metz, le ma- | rûclial ait pu, jusqu’aux premiers jours de septembre, considérer son séjour tous les mur* de la place comme provisoire.

II ne pouvait avoir celle pensée, à partir du moment où U apprit le désastre de Sedan, puisqu’il considéra dès lors comme impossible de reprendre la rampagric, ainsi que l'ont confirmé ses propres déclarations.

Aitatne tentative n'est faite pour améliorer la situation de t approvisionnements.

Pendant la première période qui correspond au présent chapitre, les préoccupations du maréchal auraient dû se porter sur la rrécas&ité de rehausser les approvisionnements de la place que le séjour de son armée allait diminuer, cl de pro- I Oter de la faible occupation de la plaine de la basse Moselle et 1 de U rive droite, résultant de la concentrai ion de l’armée ennemie sur les plateaux de la rive gauche pendant les premiers jours du blocu», pour faire rentrer lus récnltes de celle, partie des environs de Metz, Aucune tentative ne fui faite dan» ce sens.

D'après les étals fournis au général en chef ut les renseigne- | ment s donnés par les personnes les plus autorisées, les approvisionnements tant de l’armée que du la ville pouvaient s'élever, au commencement du septembre, h trente-huit ou trente-neuf jour* de pain, au taux de 760 grammes. On commentait à consommer de la viande de cheval. Le sel faisait défaut. Celle situation commandait Impérieusement l’emploi de mesures

promptes et énergiques, tant pour ménager que pour rehausser ces approvisionnement*.

Pour obtenir le premier de ces résultats, Il importait de rechercher scrupuleusement toutes les ressources existantes, d'en faire masse commune et de rationner sait* délai la population comme l'année; enfin de réduire le taux de la ration au stria nécessaire et d'éviter soigneusement tout subterfuge.

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