CHAPITRE XXXIX
L'armé* appread le* événements de Sedan et b révolution du 4 septembre. — Le maréchal porte à la cooaaitMncr de ses troupe* le |ouveracmcQt da la Défense nationale.
Premières nouvelle s de la bataille de Sedan et det événements dit 4 septembre.
La marche de l'armée de Chiions avait é lé annoncée par la dépêche du 23 août et confirmée ensuite avec la plut grande précision, ainsi que nous l'avons précédemment exposé, par les dépêches reçues le 29 el le SU du général Ducrot et du maréchal de .Mac-Mahon.
A lt suite de ces dernières com mu nlca lions le maréchal Baiainc! avait essayé, a-t-il dit dans son interrogatoire, une diversion pour attirer sur la rive droite do la Moselle une porlion des forces ennemies concentrées sur les plateaux entre Meuse cl Moselle. Le maréchal s'attendait, pendant les journées du 31 août et du 1 er septembre, à entendre d’un moment à l’autre le canon du maréchal de Mac-Mahon,
Le silence qui ne cesse de régner, d’autre part le-* manœuvres rapides «je l’ennemi qui ne trahissaient aucune inquiétude dénotant le voisinage de l'armée do secours, devaient faire penserait maréchal Bazaine que la marche de celte armée avait éprouvé quelque relard.
Les premiers jours de septembre se passèrent dans l'attente et l'anxiété.
La nouvelle de la catastrophe de Sedan parvint au maréchal le 4 septembre; ce jour-là, le commandant d'état-major Samuel, attaché àda section des renseignements, ayant été envoyé en parlementaire pour traiter de l’échange des blessés de l'affaire du l tr septembre, apprit du chef d'élat-major de M. le général de ManleufTcl la capitulation de Sedan et la captivité de l'empereur.
Quelles allaient être les conséquences de ce nouveau désastre? Le régime impérial pourrait-il survivre à cette catastrophe, ou la situation militaire de la France, déjà si compromise, allait-elle être encore aggravée de la manière la plus dangereuse par une révolution?
Ce fut le 10 septembre seulement que le maréchal fut Qié sur ces terribles questions. Ce jour-là arriva aux avant-postes un ofllcler d'infanterie, ht capitaine Lejoindre, qui, blessé à l'affaire de SarrebrUck, avait été recueilli par l’ennemi el venait d'être échangé. Cet officier avait eu connaissance des journaux français jusqu'à la date du S et des derniers journaux allemands.
Conduit chez le maréchal. Il lui apprit les événements du 4 septembre, la proclamation de la république el la composition du gourernemenl de la défense nationale, sous la présidence du général Trochu. Le capitaine Lejoindre reçut l'ordre de garder un silence absolu.
Les nouvelles qu’il apportait furent confirmées le lendemain 11, par le commandant Samuel. Son service l'ayant appelé de nouveau aux avant-postes, communication loi fut donnée d'an Journal allemand, la Gazette de la Croix, qui ne laissait aucun doute sur l'exactitude des renseignements recueillis par le capitaine Lejoindre.
Ces graves nouvelles allaient évidemment transpirer. Le maréchal voulut les porter lui- même à la connaissance des commandants de corps et des généraux de division, et il les convoqua, à cet effet, le 12, à son quartier général.
Dans cette réunion II exposa les événements qui venaient de s'accomplir; et traçant le rôle qu'il voulait assigner désormais à l'armés , Il déclara qu’en présence da âésestrede l'armée de Sedan U fallait reaoneer aux grandes luttes; se contenter, pour tenir les troupes en éveil, de petite» opérations de détail, dont les commandants de corps auraient à prendre l'initiative ; on attendrait ainsi les ordres du gouvernement. Enfin il chargea les officiera généraux de eommnnlquer à leurs troupes ce qu’ils venaient d'entendre. Chacun se retire en silence.
Interrogé sur ce point, à quel gouvernement II faisait allusion, lo maréchal a répondu que, s'il a parlé d'attendre les
ordres du gouvernement, ce dont II n’a pas un souvenir précis, U entendait par là celui de la défense nationale.
Renteiynements recueillit par M. Debains. — Leur communication aux commandants de corps d'armée.
Ce même jour, 12 septembre, un secrétaire d’ambassade, M. Debains, qui avait été attaché à l'état-major général au début de la guerre, jugeant que ses services trouveraient un emploi plus utile que dans Mets, sollicita et obtint du maréchal l’autorisation d'essayer de franchir sous un faux nom les lignes prussiennes.
Arrêté el conduit à Ars, il y passa la journée en compagnie d'officiers hc<*ois, en attendant la décision du prince Frédéric-Charles. Ces officiers lui dépeignirent la situation de la France comme étant des plus tristes, lui communiquèrent quelques journaux, lui apprirent la nouvell», prématurée d’ailleurs, de la reddition de Strasbourg, à la date du 9.
L'autorisation de franchir les ligues ayant été refüsée, M. Debains dut regagner les avant- postes français. Le lendemain 13, Il rédigea spontanément un rapport confidentiel pour le maréchal dans lequel il résumait ses conversations et les nouvelles contenues dans les journaux allemands. Les conclusions de rc document en précisent le caractère*
« En résumé, disait M. Debains, COU, 000 Allemands sur le territoire français. Plus d'armée régulièrement organisée en France, si ce n’est celle de Met»; i«is d'enthousiasme vigoureux pour la cause nationale dans les provinces envahies. — - Union complète des Allemands pour le triomphe de la cause. — Toute discussion sur la forme de l'Etal allemand remise après la fin de la guerre, — Pas de chances d’intervention armée de l’Autriche, l'Angleterre et la ltusaie travaillant à la paix, sans avoir encore signifié à la Prusse les hases à accepter. — Grand effort de l'armée ennemie sur Paris. — Melx laissée à l'arrière-plan. — .Siège prochain, dans six à huit jour*, quand la grossi' artillerie sera arrivée. »
Aussitôt après avoir pris connaissance de ce document, 1c maréchal prescrivit d'en envoyer Immédiatement copie aux commandants de corps d’armée. La raison elles règlement s militaires lui faisaient pourtant un devoir de tenir absolument secret un document de cette nature. Le décret de 1863 est formel sur ce point : « Le commandant d'une place assiégée doit demeurer sourd aux nouvelles que l’ennemi lui fait parvenir ; à plu» forte raison lui est-il Interdit de les divulguer et de les répandre, car son premier devoir est de soutenir le moral de son armée et d’éviter tout ce qui est de nature à lut porter atteinte. ■
Ges sentiments se firent jour spontanément dans son étatmajor. Laissons parler le colonel Nugues, qui fat chargé de 1a transmission de ce rapport.
• Sachant qu'il s'agissait d'un document confidentiel, j’appelai des officiera pour le leur dicter moi-même. A mesure que j’avançais dans ce travail, je ne pus me défendre d'un sentiment pénible en voyant communiquer aux commandants de corps d'armée des renseigne méats de la nature de ceux contenus dans ce rapport. Les officiera qui écrivaient sous ma dictée partageaient mon opinion el l'exprimaient hautement. Arrivé à 1a conclusion, je dis à ces messieurs : Rcsions-en là, je m'en vais protester auprès da général Jarras, contre U transmission de ce document.
« Je représentai au général que je trouvais dangereux et coupable de transmettre un document semblable, qu’il était fait pour jeter le découragement dans l'armée. Le général Jarras, qui n’avait pas lu le rapport de M. Debains, après avoir pris connaissance du résumé final, me dit : « Je vais en parler au maréchal. » Quelques instants après, il revint el me donna l'ordre de supprimer ce résumé dans les expéditions qui devaient être adressées aux commandants des corps d’armée. Il ajouta qu’on s« contenterait de donner lecture à chacun des commandants de corps de l'expédition qui lui élalt deatinéo et qu’elle serait ensuite détruite. »
Cette communication prenait ainsi un caractère clandestin, pouvant donner naissance aux rumeurs les plus étranges.
On a cru devoir bien préciser la nature de cet incident, parce qu'il marque le premier pas fait par le maréchal dans cette série de démarches qui eurent pour résultat de jeter l'in—
I quiétude et I» découragement dan* les rang» de l'armée.
lx Conseil.
L’instruction Ayant demandé des explications à ce sujet au maréchal, Il a répondu que, s'il avait communiqué Ica nouvelles transmises par M. Debains, e'élait par un sentiment de loyauté vis-à-vis de ses compagnons d'armes et pour ne rien leur laisser ignorer de ce qu’il apprenait ; que, d’ailleurs, on ne pouvait établir aucune analogie entre l’état normal que suppose le décret et les circdnstances exceptionnelles au milieu desquelles II se trouvait.
Les excuses formulées par le maréchal pourraient avoir quelque valeur si les nouvelles apportées par M. Debains avaient eu un caractère d’authenticité incontestable ; mais qui garantissait leur exactitude? Par le fait, Strasbourg n’avalt pas capitulé. Cet incident prquve une fois de plus combien II est indispensable, pour un commandant d’armée, de régler sa conduite sur la stricte exécution des lois militaires.
le maréchal annonce lui-méme prématurément la nouvelle de la prite de Strasbourg .
Ce n’était pas assex de transmettre aux chefs de l’armée ces nouvelles alarmantes, le maréchal allait les propager luiméme et annoncer notamment la capitulation de Strasbourg.
Le même Jour, 13 septembre, Il visitait les avant-postes ; arrivé au fort Saint-Prlvat, l’olUcier supérieur de garde sur ce point l’accompagne jusqu’à la ferme Saint-Ladre ; une conversation s'engage dans le trajet. Le maréchal n’a jamais vu l’odlcier qui l’accompagne : Il le prend pour confident de ses pensées : « La partie est perdue pour cette fois, — dit le ma- |
1 réchal ; — Il faudrait conclure la paix pour se refaire et recommencer dans deux ans. *
Sur l’observation qui lui est faite au sujet de la supériorité de l’artillerie ennemie, le maréchal ajoute que, dans le bombardement du » septembre, des obus étalent tombés jusque dans le Ban-Saint-Martin; qu’il venait de recevoir la nouvelle de la capitulation de Strasbourg; que l’artillerie de gros calibre, qui avait servi & faire le siège de celte place, était dirigée sur Mets, qui, à son tour, allait être prochainement attaquée, et qu’il y avait lieu de craindre les suites d’un bombardement dans une ville comme Metz, qui, déjà encombrée de blessés, allait devenir une véritable nécropole.
Nous nous bornons à constater la gravité de ces paroles alarmantes. Tout commentaire est Inutile.
Déception de journaux français. — Notification à l’armée de la constitution du gouvernement de la Défense.
Le lendemain lt se présentait aux avant-|>ostes de la division de Cissey un brigadier de sapeurs, conducteur du t* r régiment du génie, nommé Pennelicr, qui s’était évadé de Sedan et avait gagné Ars et de là Metz.
M. André, maire d’Ars, actuellement préfet de la Drftme, lui remit plusieurs journaux pour le maréchal. Ils contenaient la proclamation adressée le 8 septembre au peuple français par le nouveau gouvernement, la convocation des électeurs à la date du' 18 octobre pour la nomination d’une Assemblée nationale.
M. André joignait h cm journaux une copie écrite do ta main de la circulaire de M. Jules Favre, en date du fi septembre : « Comme ce document Taisait connaître les dispositions du gouvernement d'alors et constituait un appel à la résiflanee à outrance, je pensais, dit M. André dans sa déposition, qu'elle offrait quelque intérêt au maréchal Bazaine, au cas oh il n'en aurai! pas déjà eu connaissance. »
Paris peut tenir trois mois. Le nouveau gouvernement se prépare à soutenir une guerre à outrance. Telles sont les réso- I luttons développées daus celle circulaire officielle, que le gé- | néral Coffinièrcs communique aux journaux de Metz et qu'ils insèrent le IC septembre.
Ce même jour, IG septembre, le maréchal, comprenant l'imporsibllité de garder le silence vla-à-vii de l'armée sur dea événements d'une importance aussi capitale, publie l’ordre suivant i