H A Z A I N 15 K T I.A CAPITULATION DE METZ
de leur pain qui l’clianglerait. Je le quittai una demi-heure après, lorsqu'il p:irlil avec les médecins iuvembourgeois. S'il eût eu une demande à fuira quant à sa rentrée, il eût pu' la faire, soit au mujor général, soit au prince lui-même. »
Quant au projet que l’on attribue au maréchal d’avoir cherché à éloigner le général dont la présence pouvait lui paraître un embarras pour sa politique, voici la question qui a été posée au général Bourbaki. •
« D. — Vous esl-ll jamais venu A la pensée que l’on avait voulu vous éloigner de Met;.? A ce sujet, je vols dans l’instruction qu’une démarche a été faite auprès de vous par des oiliciers de la garde pour vous sonder sur ce point si vous acccplerlex pour voire corps d’aruiée une capitulation imminente. Vous auriez dit â celle occasion que, dans ce cas, la garde saurait rafraîchir la vieille devise de Waterloo.
o R. — Je ne crois pas qu’on ail cherché à m’éloigner. J’élais un subordonné zélé cl discipliné. Je ne vois pas, pourquoi le t iuréclnd aurait cherché à m’éloigner. Je crois seulement qu’l a profilé de l’occasion pour lécher de sauver son urinée de la douleur d'CIrc réduite par la faim â capituler. Quant à une dé îareho collective d’ofllcicrs demandant ce que je ferais en présence d’une capitulation, elle n’a jamais eu lieu. Mais je me rappelle en avoir causé une fois avec le général Dcligny, une autre fois avec le colonel Dumonl, et je leur exprimai que, le cas échéant, je mettrais à l’ordre du jour le souvenir !ai$:é par l’ancienne garde à Waterloo, et que je ferai* demander aux soldais s’ils voulaient tenter la fortune, quand bien même un grand nombre d’entre eux devraient y rester, pour sauver l'honneur de l'armée. »
Il est une circonstance A noter, mais qu’il n’a |uu été possible d’expliquer d’une manière satisfaisante. Lorsque le général Iluurhaki se fut décidé à accepter sa mission, le maréchal rédigea de sa main son ordre de départ à la date du 15 septembre, au lieu de lo dater du 24, jour où il élait délivré, l.u maréchal déclare l’avoir daté du 25, mais il se trompe. Régnier assure que l’idée d’antidater l’ordre dont II s'agit est venue de lui. liait* sa pensée, déclare-l-il, « Il n'élail pas désirable que la sorlic du général concordât uTec son apparition au quartier générai, qu'ii ne fallait pas plus taid, dans l’intérêt de !a politique impériale et des projets que l’on poursui • vail, que l’on pût dire que celte sortie avait en lieu d'accord avec les autorités allemandes. >< — Celle explication n’a pas déportée sérieuse, ear il élait Impossible que la vérité ne se fît pas jour dans la suite sur celle coïncidence.
Cette circonstance ne se rallaehe-l-cllc pas à la date tic lu publication de l'ordre général n* U, annonçant l'avénentenl du nouveau gouvernement, qui eut lieu le l<>? Y a-t-il eu simplement confusion, et le maréchal a-t-il écrit 15 au lieu de 2.1 V Ce fut seulement en traversant Bruxelles, le 8 octobre,, que l’attention du général Bourbaki fui appelée sur ce point. I.a déposition de M. Tacliard, ministre de France en Belgique, ne laisse aucun doute à co sujet. ,
Cet premières négociations n’al’Oiilissent pat. — Lettre du maréchal liazainc au général de Stiehlc.
Pendant que le général Bourbaki poursuivait sa route vers l’Angleterre, où il allait apprendre de l'impératrice qu'il avait été l’objet d’une mystification delà pnrt du sieur Régnier, celui-ci regagnait Ferrières. Il avait été convenu entre le maréchal Baralnc et lui que dans un délai de six jours, c'esl-âdlre au plus tard lo 30 septembre, Régnier lui ferail passer la réponse de M. de Bismark, mais que si au bout de luit! jours 11 ne lui donnait pas de ses nouvelles, ce sérail la preuve que les négociations auraienl échoué.
I.e maréchal n’entendit plus parler de Régnier ; mais, le 21) septembre, fut transmise au Ban-Sniut-Marlin une dépêche expédiée la veille de Ferrières, non signée, ainsi conçue :
• Le maréchal Bazaine acccplera-t-il, pour la reddition de l’armée qui se trouve devant Metz, les conventions que stipulera M. Régnier, restant dans les instructions qu'il tiendra de M. le maréchal? o
Nous trouvons daits le dossier la réponse que lit le maréchal à celle ouverture.
« Mets, le i'J septembre ISîû.
• Monsieur le général,
« Je m’empresse de vous faire savoir, en réponse h la lettre que vous m'avez fait l'honneur du m'envoyer ce malin, que Je no saurais répondre d’une manière absolument affirmative la question qui est posée par S. Exe. M. le comte de Bismark. Je ne connais nullement M. Régnier, qui s'csl présenté 5 moi comme muni d’un laisser-passer de M. de Bismark, et qui s'csl dit l’envoyé de S. M. l’Impératrice, sans pouvoirs écrit*. M. Régnier m’a fait savoir que j'élal* autorisé à envoyer auprès de l’impératrice, soil S. Exe. le maréchal Canrobert, soil le général Bourbaki. Il me demandait en même temps s’il pouvait exposer le* conditions dans lesquelles il me serait possible d’enlrer en négociations arec le commandant en chef de l’armée allemande devant Metz pour capituler.
v Je lui ai répondu que la seule chose que je pusse faire serait d'accepter une capitulation avec les honneurs de la guerre, mais que je ne pouvais- comprendre la place de Metz dans la convention à intervenir. Ce sont en effet les seules conditions que l'honneur militaire me permette d’accepter, et ce seul les seuieB que M. Régnier ail pu exposer.
« Dans le cas où S. A. R. le prince Frédéric-Charles désirerait de plus complets renseignements sur ce qui s'csl passé à ce propos entre mol et M. Régnier, M. le général Boyer, mon premier aide de camp, aura l'honneur de se rendre 5 son qttarlicr général au jour et à l’heure qu’il lui plaira d’indiquer, o
L'offre du maréchal d'envoyer le général Boyer auprès du prince Frédéric-Charles demeura sans réponse.
D’un autre côlé, Régnier ne donnait plus de scs nouvelles. Enfin le général Bourbaki ne faisail parvenir aucune leilrc nu maréchal. Les négociions étaient donc rompue*. Celte rupture fui causée, d’après M.' Régnier, par des malentendus qu'il était facile de dissiper. Si M. de Bismark n’a rien fait dans ce sens, c’csl qu’il ne Ta pas jugé à propos. L’alliludo politique du maréchal lui élait connue.
Toute crainte d'action combinée cnirc l'armée de Metz et les armées nationales disparaissait : l’armée de Metz n’avait de vivres que jusqu'au 18 octobre. Elle mangeait scs chevaux ; dans très-peu de jours, elle allait Cire réduite à l'impuissance. En s'abstenant de notifier au maréchal Bazaine l'Interruption des pourparlers Régnier, on le laissait dans l'allcule de nouveaux messages, cl on prévenait ainsi, on loui au moins on retardait une action désespérée qui aurait coûté à l’armée prussienne des sacrifiées qu’il valait mieux éviter.
Après avoir exposé les circonstances de ce mystérieux incident, de manière à en faire ressortir le plus clairement possible l'enchaînement, le moment est venu de caractériser la conduite du maréchal dans scs rapports avec le sieur Régnier.
Quel élail ce personnage qui surgissait ainsi Inopinément au milieu de ce* graves événements, cl dont la funeste intervention allait entraîner le maréchal Bazaine dans les résolutions les plus coupables?
Né à Paris en 1822, Régnier a reçu une éducation (oui à fail tronquée, ainsi que le prouvent son style étrange et son orthographe vicieuse, li obtint cependant le diplôme de bachelier et entama, sans les pousser bien loin, des éludes do droit et de médecine. Plus lard II s'occupa de magnétisme. Un le trouve mêlé de la manière la plus bizarre aux événements du 15 mal el du mois de juin 1848. Il se marie, sa rend en Algérie et est employé en qualité de chirurgien auxiliaire, il rentre en France, explolle une carrière de puvés, puis se marie en secondes noces, en Angleterre, avee une femme qui ' lui apporte une certaine aisance.
Régnier est un homme lin el audacieux ; ses manières sont vulgaires ; vaniteux 5 l’excès. Il se croit un profond politique. Il a publié de nombreuses brochures.
Fut-il poussé à se jeter au milieu des événements par une de ccs monomanies qu’engendrent les époques de (roubles et de révolutions? Etait-ce simplement un intrigant faisaul métier de scs agissements? C’est ce qu’il csl dilficilu de décider. Quoi qu’il en soil, et nous bornant aux faits constatés dans l'instruction, nous le trouvons en Angleterre assiégeant de scs projets, dès lo 1 3 septembre, les abords de l'Impératrice.
Une fois nanti, à force de sollirilations, d’une photographie signée par le prince impérial, sorte de passe qui va accréditer ses menées, il sc wel on route pour la France. Où
va-t-il faire vi*er »on passeport? A l'ambassade prussienne. Il quille Londres le 18 septembre, arrive à Ferrières le 20, dans la matinée, et obtient immédiatement une audience de M. de Bismark. À ce moment même se poursuivaient entre M. de Bismark et M. Jules Favre les conférence* qui demeurèrent, comme l’on sait, sans résultat.
Cette coïncidence fortuite est attestée par la déposition de M. Jules Favre, qui nous révèle un détail montrant Régnier plus engagé qu'il ne veut bien le dire dans la confiance du pouvoir impérial. M. de Bismark fait voir à M. Jules Favre une photographie que lui a remise Régnier, représentant la vue d'un établissement do bains du mer, et au bas de laquelle sont ces mots ; « Ceci est la vu» d'Haaling* que j'ai choisie pour mon bon Louis, s Signé, Ecc&ue.
Ajoutons que le 20 septembre, pas»anl à Bar-le-Duc et y voyant M. Ikmipard, qui en a déposé, ii lui ipontre une vue de Willicmihube , avec quelques mots écrits cl signés pur l'empereur.
Nous avons exposé en détail l'entrevue de Régnier et du maréchal, la sortie du généra! Bourhal.!. — Pendant que ce dernier s'achemine vers Londres, Régnier est revenu ii Ferrières. Immédiatement après, nous le retrouvons à Londres mêlé aux personnages |»oli tique* de l'empire; il est reçu par le prince Nucléon le 28 octobre,' comme cri a déposé le général Boyer, qui I*a rencontré chez le prince; de là Use rend à Cassel où nous lo voyons essayer d’entraîner dan* de* menée* politique* quelque* officiers prisonniers, puis retourne à Bruxelles.
Nous le trouvons ensuite à Versailles figurant parmi les rédacteurs du Moniteur prussien, daus lequel U publie une. série d'articles sous le titre de : Jean Bonhomme. — - Au moment de l'armistice, Régnier réparait de nouveau à Briwelles; il y rencontre le général Boyer : « Régnier me dit qu’il »«2 rendait à Versailles pour lâcher de renouer les négociation* tendante* à une restauration impérialiste, • a déposé le général Boyer : « Il me montra même le sauf-conduit que lui avait envoyé II. de Bismark et une lettre du comte de HaUffuiJ qui l'autorisait à se rendre à Versailles, s Enfin le 18 lévrier U est dans cette ville, où, retrouvant une personne de sa connaissance, Il lui dit ces inuts caractéristiques : a Je ne sais si U. de Bismark me fera partir ce soir. »
le sieur Régnier a emporté de Metz des renseignements exnets sur la situation de l'armee.
Deux fuit* d'une importance capitule se dégagent de la déposition de Régnier : d'une part, le maréchal livre au premier venu, à un inconnu sans pouvoir* écrits, en relation certaine avec l'ennemi, le secret de la date à laquelle son armée aura épuisé scs vivres; d’autre part, le maréchal lui déclare qu’il est prêt à capituler, à lu condition de sortir avec les honneur* de lu guerre.
Après avoir reconnu le gouvernement de la défense nalionale en notifiant à son armée sa composition, le maréchal Üatalne s’engage dans des négociations ayant pour but la restauration du gouvernement impérial, et cela à l'insu de scs lieutenants, qu'il évite de consulter, tout en les représentant comme animés des mêmes sentiments que lui.
« Le maréchal m’informa, dit Régnier, que l'on avait déjà diminué la ration de pain ; que l'on allait encore, par mesure de prudence, la réduire dans quelques jours ; que les chevaux manquaient de fourrages, que l’on était réduit à s'en servir comme viande de boucherie-, que dans et* conditions, et en tenant compte de la nécessité d'emporter quatre à cinq jours de vivres pour l'armée et de conserver un certain nombre de chevaux en étal delrataer les pièces et quelques approvisionnements, il aura une grande difficulté à atteindre le 18 octobre. •
Où Régnier, qui n'a aucune notion militaire, aurait-il puisé des détails aussi précis? Enfin, si l’indication de la date du 18 octobre n'est due qu'à l’imaginallon du sieur Régnier, c’est lo fait tj'un hasard bien étrange, car cette date du 18 octobre, à laquelle devaient prendre On les approvisionnements de l'armée, était précisément ccle qui se retrouve sur la dernière des situations fournir* par l'intendance avant la conférence du maréchal avec Régnier, celle du 21 septembre, que le maréchal devait ainsi avoir sur sa table pendant l'entretien.
La certitude de la criminelle indiscrétion du maréchal Baxaine ressort nettement de la déposition du commandant
Lamy, attaché à la maison du prince impérial, auquel Régnier déclara, le 19 octobre, à Londres, avant l'arrivée du général Boyer dans cette capitale, tenir du maréchal qu’il n'avait de vivres que jusqu'au 18 octobre.
Qui garantissait au mkréchal que ce secret d'F.lat qu’il confiait à ce premier venu n’allait pas être immédiatement livré à l’ennemi, à la merci duquel il allait ainsi se trouver? Ne devait-il pas craindre que ces négocialfons, dont on l'entretenait, ne fussent un lejtrre employé pour capter sa confiance et connaître la fatale échéance de l'armée et de la place de Metz?
Les dénégations du maréchal tombent devant la |»réH»ioi! des détails formulé» par Régnier et devant l’indication, conforme à la situation de l'intendance, qu'il donne de la quantilé des approvisionnement*. La date du 18 octobre, indiquée comme limite de leur durée, dans sa déposition, confirmée sur ce point par celle du commandant Lamy, est un témoignage irrécusable de la vérité de ses déclarai ion*.
Quant à la capitulation de l'armée, l'interrogatoire du marédnd non* apprend comment il la comprenait et quelle portée U allai liait aux propositions qui venaient de lui être adressées. « Je ré|H>ndis au sieur Régnier que bien certaine menl, si nous pouvions sortir de l'impasse où nous étions, avec arme* et bagages, en un mot, complètement constitués, nous maintiendrions l’ordre à l'intérieur et ferlons respecter les clauses de la convenlion. »
Si l'armée eût été laissée libre de sortir du blocus qui l'chserrait, ainsi que le précLc le maréchal, il est do toute évidence que c'élall à la condition formelle de ne plus porter les armes pendant le renie de la guerre. Celle condition rendait dè* lors disponible l’armée de blocus et penuetlail à l’ennemi d'accabler les force* nationales, pendant que l'armée de Mets aurait été parquée dans'un territoire ;vculrali*é. Comment les Allemands, qui la tenaient étroitement bloquée, auraient-ils pu lui rendre bénévolement la faculté de reprendre les hostilité* ?
Mai* ce n'élail pas seulement une altitude purement expectante que le maréchal comptait prendre : il devait — c'est lui qui le déclare — faire respecter les clause* de la convint ion qu'il allait passer avec l’ennemi, c'est-à-dire employer au 'besoin la force contre les armée* nationale», et cela au morncul où les proclamation* officii'lh», que liii-mèmoavail fait publier, bd apprenaient que l'intention du nouveau gouvernement était de, faire une guerre à outrance ; que Pari* pouvait tenir trois mois; qu’une Assemblée nationale allait faire entendre la voix du pays. N'était-ee pas bien plutôt le moment de s'associer aux efforts de la nation |iar les résolutions les plus énergiques? Le maréchal ne devait-il pas livrer à un coiflcil de guerre, plutôt que de l’écouler, l'agent qui venait ainsi lui proposer de négocier avec l'ennemi au lieu de le combattre ?
Le 23 septembre, le maréchal Bazaine s'est déclaré prêt à capituler avec les honneurs de la guerre.
Ce n'élail pas assez de laisser emporter de semblables confidences à Ferrière», nous voyons, cinq jour* après, le maréchal écrire au générai du Sliehlc culte étrange lettre dont, par une aberration jnorale incompréhensible, il a réclamé une copte au gouvernement allemand. Rappelons ici la dernière phrase de celle lettre :
a M. Régnier me demandait s'il pouvait exposer le* condition* dans lesquelles il me sérail possible d’entrer en négociations avec le commandant en chef de l'armée allemande devant Metz pour capituler. Je lui ai répondu que la seule chose que je pusse faire serait d’accepter une capitulation avec le* honneur* de la guerre, mais que je ne pouvais comprendre la place de Melx dan» la convenlion à intervenir : ce *oni, en effet, le* seule» condition* que l’honneur militaire me permit d'accepter, et ce sont le* seule» que M. Régnier ait pu emporter. »
Nous terminons notre deuxième série par cette citation, qui caractérise si bien les résolutions qu'avait, dès le mois de septembre 1870, manifestées le maréchal commandant l'armée du Rhin.
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BAZAINE
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