‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 79 sur 117 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Petite* opérations. — Inaction jusqu'au ÎO »«*|»letnbrc. — Défaut de direction générale dans les petite» opérations tentées après celte date.

Un fuit saisissant domine dans l'histoire du hloctis de Mets. Après avoir eu 40,000 hommes environ mis hors de combat, du G août au I er septembre, l'armée, depuis ce moment jusqu'au 29 octobre, n’a plus perdu que 2,000 homme* surin champ de bataille. C'est doue sans avoir tenté aucun eltbrl bien sérieux que le maréchal se laissa acculer & la nécessité de capituler. Il avait été convenu, le 20 aoûl, que l'on tiendrait les troupes en haleine par une série d'opérations, qu’on harcèlerait l'ennemi.

Au lieu de se conformer A ce programme , quelque restreint qu'il fût d'ailleurs, lit maréchal demeura dans une eontpléle inaction. Ce fut A ce point que l'ennemi put faire construire, sans èlre inquiété aucunement, l'embranchement de ltcmili) à l'onl-à-NuiiMon, tpd rattaehail la ligne de Sar'rclirUk à celle de Natte)', eu évitant la place de Metz.

Devant les réclamations que soulevait l'immobilité de l'armée, lu maréchal se décida eiiQn, vers le 20 septembre, A ordonner une série de fourrages avant pour but de recueillir les approvisionnements renferuiés dans les villages voisins de ses camps. Mais il laissa à l'initiative de chacun des commandants de corps d'armée la conduite des opérations à exécuter devant lu front des campements occupés par leurs propres troupes.

Ces opérations, qui auraient nécessité une direction unique et le concours de tous, devaient fataleiii'. nt avorter.

Le maréchal se plaint amèrement, dans son Mémoire jusllfii-ulif, de n'avoir pas été secondé par ses lieutenants. Ceux-ci répondent à leur cher eu lui reprochant A leur tour de n'avoir jamais donné des ordres formels et précis.

Ilôle imposé nu commandait l en chef par la situation de l’armée sous Ucti.

Si le' maréchal eût entamé, aussitôt après le l ,r septembre, une série d'opérations en vue d'augmenter ses ressources cl de harceler l'ennemi, H aurait pu eu profiler pour donner de l'exlciision aux ligues de son armée, el englober dans leur intérieur les villages voisins de ses oaiiipeuiciils, où il aurait trouvé des ressources et des abris pour seslrmipcs.

En repoussant ainsi les lignes d'invcsllssemeiil, on en augmentait le développement, ce qui les reildaf I plus faciles à opérer. L'ajournement de ces opérations fui, au contraire, tout A t'avantage de l’ennemi. Il lui permit de s’établir plus fortement sur le lerrain, de resserrer la ligue de blocus el d’utiliser à son profit ou de détruire les ressources accumulées dans la banlieue de Mulx.

Mais ce n’était tou A de simples fourrages que le maréchal, Js la télé de 140,000 hommes, aurait dû borner son action. En prenant fréquemment les armes d'uue manière inopinée, en simulant des attaques de nuit réitérées, eu portant ses efforts tantôt sur un point, tantôt sur un attire, le maréchal aurait bientôt mis sur les d< nls l'armée de blocus, et A la suite de simulacres répétés, une attaque A fond aurait eu luulcs chances de réussir, si les fatigues infligées A ses troupes n'avatent pas forcé l'ennemi A lever le siège. La position centrale de l'armée française, au milieu d'un camp retranché, A l'abri d'une attaque régulière, lui donnait un uvautage des plus considérables.

Raisons invoquées par le maréchal pour expliquer son inaction.

On sc demande en vain pourquoi le général en chef n'a pas cherché une seule fols A tirer parti de celle position centrale pour tomber A l’improvlslc, et avec des forces supérieures, sur l’ennemi, dont les troupes disséminées sur un immense périmètre étaient en outre séparées en trois fractions par deux cours d'eau, qu’il lui faiblit du temps pour faire

franchir A scs colonnes. Celte question a élé posée au maréchal ; il a répondu en ces termes :

« La répartition des troupes sur les deux rives de la Moselle ne constitue pas une position centrale au point de vue tactique, l’ennemi occupant surtout les points culminants des deux rives. Il faut en outre laisser du monde A la garde des ouvrages du camp retranché. Il n'est donc pus possible de surprendre l'ennemi sur un point et de l'accabler avec des forces supérieures, dans la situation topographique de Metz et de sou camp retranché. D'un autre côté, les corps composant l’armée de Mclz avaient éprouvé des pertes considérables dans les combats précédents, principalement dans leurs cadres. Il fallait donc, ainsi que je l'ai dit plus haut, méuagcr cette armée et ne rien laisser au hasard. Quant à une sortie pour tenir la campagne, je l'ai jugée impossible après Sedan ; l'armée aurait été dispersée ou se serait débandée le deuxième jour de sa marche, vu l'etTcetif de l'ennemi qui tenait la campagne. »

Les raisons alléguées par le maréchal sont plus spécieuses que fondées, ltieu u’élait plus simple lotit d'abord que de rétablir les pouls qui, Improvisés du 8 au 12 unùt, avaient été malencontreusement repliés aussitôt après. En multipliant te nombre des passages, on aurait eu toutes facilités pour concentrer rapidement les troupes sur uu point quelconque du camp retranché.

St l’occupation des hauteur* de la rive gauche de la Moselle par l’ennemi constituait uu obstacle sérieux A un débouché de cc côlé, rien de semblable n'existait sur la rive droite de la Moselle, où les positions occupées par l'ennemi élalcnt A peu près de plant pied avec les nôtres. On ne compromettait d'ailleurs en aucune façon le camp retranché de la rive gauche, situé entre la place et les forts, en l'abandonnant momentanément A la garde de ces ouvrages.

Les 4° cl G* corps, ainsi que la garde, auraient donc pu èlre portés en entier, sans le moindre inconvénient, sur la rive droite, el, dans ces conditions de concentration, on élail bien certain de ne trouver devant sot que des forces notablement inférieure* en nombre. Il est certain qu'une opération ainsi conduite présentait assez de chances de succès pour devoir èlre tentée.

Le maréchal était loin de la considérer comme étant impossible. La déposition du général Lapasse! nous apprend eu etTet qu’il étudiait cette opération dans les derniers jours du blocus.

Que pouvalt-on espérer en érilanl d'engager l'armée? La question des vivres élail là t une fois consommés, la capitulation était inévitable. Il fallait tout faire pour échapper à celle alTrcnsc nécessité. Le maréchal dit qu'il ne fallait rien livrer au hasard : une tentalivo quelconque valait mieux que do se résigner dès le premier jour A la certitude de sa ruine.

Tout en admettant avec le maréchal que le grand nombre de blessés qui encombraient la place créait des embarras sérieux qu'il y avait danger u accroître, on ne saurait contester qu'en présence dus chances qu'une opération comme celle dont II vient d'èlre question pouvait faire uaiire, l'hésitation n'étalt pas permise.

Le maréchal savait que la France faisait ntt grand clTorl. Son exiiérieiicc lui démontrait quo >1 te roncours do l’armée de Mets cl des cadres qu'ello pouvait fournir pour les nouvelles levées faisait défaut, cet cfTorl allait probablement dt venir impuissant. La surlie de l’armée était, pour le pays, d'une nécessité suprême devant laquelle toutes les autres considérations devaient être écartées.

En résumé, l’instruction est .cn droit de demander au maréchal Bazaine pourquoi il a abandonné A rintliatlva de ses lieutenants l'exécution d’opérations qui, pour réussir, exigeaient une direction unique; pourquoi il a attendu jusqu'au 20 septembre pour entreprendre ccs opérations; pourquoi il n'en a pas profité pour étendre le développement de ses lignes, au lieu d'abamlouncr chaque fois le lerrain conquis, vouant ainsi ii l'incendie les villages dont celle occupation momentanée ne permettait même pas de recueillir les ressouiccs; pourquoi enfin II n'a jamais tiré parti de la situation centrale-occupée par son armée pour harceler les troupes ennemies, les épuiser par des attaques simulées jusqu'au moment où une centralisation rapide lut aurait permis de traverser

leur» ligne» et de gagner par le* Vosges l'intérieur de la France. L’inaction du nmi-échol Bazaine pétulant le mois do septembre constitue une charge accablante ; car, en ne luisant aucun cITnrl pour sortir, il conduisait fatalement son armée à -une capitulation.

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