CHAPITRE XlilII
Rapport» du maréchal Baxaino arec le gouvernement de U Défense nationale. — Dernières dépêches adressée! par le maréchal au gouvernement de l'empereur.
Avant de «'engager dans des Intrigues polilhpte». quels avaient été le» efforts du maréchal Bazaine pour iuformer le gouvernement do sa situation cl lui exposer scs besoin»?
Aussitôt après ta bataille do Servigny, lu maréchal Iiaiaine avait expédié lo 1 er septembre à l'empereur la dépêche suivante:
« Après une tentative de vive force qui nou» a amenés & un roinbat qui a duré deux jours dans les environs de Sainle- Uarlte, nou» sommes de nouveau dans le camp retranché de Mets avec peu de ressources en munitions d'artillerie, de campagne, ni viande, ni liiscuil, mais du blé pour cinq semaines, enfin un état sanitaire qui n’est pas parfait, la place élan! encombrée de blessé».
« Malgré do nombreux combats, le moral da l'armée reste lion. Je continue A Taire des clfurts pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes, mais l'ennemi est nombreux aulour de nous. I.o générai Decaen est mûri, lilcssé» et malade», environ i 8,000. u
D'après le registre de correspondance du maréchal, ccllo dépêche fut expédiée le 1 er , le U et le î septembre. L'instruction constate qu'elle est en outre partie de Mclz le 8 et le 10.
On n’a retrouvé trace que de l'expédition partie le 8 de Mets et confiée à là Tcnirne Vnlermel, qui la remit le ? novembre seulement à M. Tachant, ministre de France à Bruxelles. Celte expédition, qui est chiffrée, contient, Intercalé en clair entre les deux paragraphes du texte qui vient d'être cité, le renseignement suivant : /
a J'ai reçu hier cinq rcnls prisonniers français revenus des combat* de Sedan en échange de ceux que j'axais rendus. Li s Prussien* répandent le bruit que Mac-Mahon aurait capitulé et l'empereur prisonnier ou renfermé à Sedan. »
La date que porte celle dépêche ludique qu'elle était destinée au ministre du gouvernement Impérial, car le renversement de la régence ne Tut annoncé au maréchal que le 10 srptembre par le capitaine Lejoimlrc, ainsi qu'on l’a vu précédemment.
Comme on le volt, celle dépêche, qui est la reproduction de celle qui a déjà été adressée à l’empereur le te et le 3, donne quelques détail* sur U situation de l'armée, sur «es approvisionnements, et fait connaître les nouvelle* du dehors qui ont pu pénétrer dans l'enceinte du camp retranché.
Lu 10 septembre, le capitaine l^joindre avait appris au maréchal Bazaine la constitution du gouvernement de la défense nationale sons la présidence du général Trocliu.
Le 12, le maréchal communique cette nouvelle aux chefs de corps et aux généraux de division réunis en conseil.
Le 14, Pciiiielicr apporte à Metz des journaux ( l des documents d'après lesquels le commandant en ctic-f de l’armée du Rhin porte 4 la connaissance de l'armée la constitution et la composition du nouveau gouvernement.
Dépêches udressées nu gouvernement de la Défense nationale (15 septembre et 21 octobre).
C'est donc au gouvernement de la défense nationale q-ic le maréchal Bazaine s'adresse le 15 septembre. Que dit -Il à ce nouveau ministre, qu'il doit supposer peu au courant des rcuieigncmcnU contenus dan» ses dépêche* autéricurcsT
x II est urgent pour l’armée de savoir co qui ce passe à Paris cl en France. Sous n'a vous aucune communication avec l'extérieur, cl les bruits les plus étranges sont répandus par les prisonniers que nous a rendus l’ennemi, qui en propage également de nature alarmante. Il est Important pour nous de recevoir des Instructions et des nouvelles. Nous sommes entouré* par des force* considérables, que nous avons vainement essayé de percer après deux combats infructueux, le 31 août cl le 1 er septembre. »
Cette dépêche est confiée aux cuirassiers Marc et Henry, qui montrent dan* l'accomplissement de leur mission la plus louable énergie. Tombés deux fois aux mains de l’ennemi qui les condamne 4 mort, ils parviennent à s'échapper, et ils arrivent, le 13 octobre, à Moiilmédy, où leur message est confié nu commandant KchOtil. Celui-ci le fail porter à Lille par lo lieutenant Anlio, qui le remet le lendemain, 14 octobre, dans les bureaux de la division.
A partir do Lille, l'instruction perd la trace de cette dépêche, qui n’est jamais parvenue aux membres de la délégation du Tours.
Le 23 et le 24 septembre, le maréchal voyait le sieur Régnier. Nous ne reviendrons pas sur ccs entrevues dont on vient d'entendre le détail. Nous nous bornerons à rappeler que le maréchal lui avait fait connaître l’état exact de scs ressources, qui ne lui permettaient pas do prolonger su résistance au delà du 1 8 octobre.
Le même jour, 2 4 septembre, un paysan de Donchery, qui avait été chargé, après ta bataille de Sedan, de conduire à SarrebrUek un blessé prussien, el qui rentrait chez lui muni d'un laisser-passer de l'antorilé allemande, se jette dans nos lignes el vient offrir sus services au maréchal.
Cette dépêche n'est que le dupliratii de la dépêche du 15 srpteuibre, adressée au ministre de la guerre, dans laquelle de» instructions el des nouvelles sont demandées.
Ainsi, encore à la dale du 25 septembre, le maréchal, qui, par un ordre du jour olllciel, a fait connaître à son armée les noms de* membres du gouvernement de la défense nationale, écrit an ministre qu'il n’a d'autre* renseignements que le» brutl* vague* el alarmant* répandus |xar l'ennemi. Il a fixé 4 Régnier la dale de la fatale échéance qui va le livrer 4 la merci du vainqueur, et au uiiiiisire, il ne lui fait pas connaître la durée de sa résistance. Il ne lui demande même pas de* vivre*.
L'Instriirlion n'a pu retrouver ce paysan do Donchery, et, d'après la défiosilion de M. le chef d'escadron d'étal-major Guiolh, il y a tout lieu de croire qu'il n'est pas arrivé 4 destination.
A partir du 15 septembre, on ne retrouve sur le* registres du maréchal aucune trace de correspondance avec l’extérieur avant le 21 octobre. A celte date, le surlendemain du départ du général Boyer pour llaslings, Il adresse 4 Tours la dépêche suivante:
« A plusieurs reprises j’ai envoyé de» hommes de bonno volonté pour donner 4 Paris (et h Tours) des nouvelles de l'armée de Metz. Depuis, noire situation n’a fait qu'empirer, cl je n’ai jamais reçu la moindre rommunlralion ni de Paris ni de Tour*. Il serait cependant très-urgent de savoir ce qui se pa*»c dan* la capitale, car sous peu la famine nie forceia de prendre un parti dans l’intérêt de la France el do celte armée. » .
Cette dépêche était remise le 22 octobre 4 six émissaires, parmi lesquel* se trouvaient les interprètes Valcour el Prirs- Lowitch. Trois d'entre eux arrivaient dirrelcment 4 Tours et remettaient 4 M. Gambetta ta dépêche «tout II* étalent porteurs ; mais celle dépêche élaii chiffrée, el les membres de la délégation de Tour», n’axant pas la clef du chiffre de l’armée du Rhin, l’expédient, le 26 octobre, pour la faire traduire 4 Paris, d'où elle no revenait que lo I î décembre suivant.
K ri résumé, en laissant de côté ce dernier message, parti j de Metz «leux jours avant celui où le général Changarnier fut envoyé en négociateur au quartier général du prince Frédéric- Charles, les tentatives du maréchal Bazaine pour se mettre en | ra|i|iorl avec le gouvernement de la défense nationale se sont bernées à l'envol qu'il a fuit à deux reprises, le 1 5 et le 25 septembre d'une dépêche dont lus terme* mêmes dénotent son t intention de s'affranchir de toute direction extérieure.
On ne saurait, en effel, considérer comme «ne eommunlcalion sérieuse un OMMigt ditni* lequel un commandant d’armée feint d'ignorer ce qu’il sait, et se borne à demander des instruction# et dr« nouvelles, sans donner aucun renseignement sur sa véritable situation.
Facilite! t de communication arec t extérieur parties émissaires pendant le mois de septembre.
Cette appréciation sc trouve confirmée par les facilités que le maréchal (fouine a eues constamment sous la main pour communiquer avec (‘extérieur.
Nous nions su que, le 14 septembre, M. André, maire d’Ars, s’élnil mis en communication avec le maréchal par l'Intermédiaire de Penneller.
Il lui avait envoyé des renseignement* important# ; le maréchal ne répondit point et négligea d’employer, pour correspondre avec l'intérieur, un intermédiaire que wi situation officielle recommandait A son attention.
La conduite des eaux de Gorte fui pourtant libre jusqu'au 25 septembre, cl un service régulier de dépérîtes aurait pu, dit M. André, être établi par celle vole entre la place «t l'intérieur du pays.
« J'en étais arrivé, dit-il, à partager l’opinion répandue que le marérhal, parfaitement servi par ses émissaires. était tenu très-sûrement au courant de tout ce qui «4? passait chef l'ennemi et dans l'intérieur de la France. Ce qui rue eonftrniait dans cette opinion, c'est que, sur le point restreint du cordon d'investissement où nous nous trouvions, des continuniealions relativement nombreuses avaient lieu. J'en concluais que l'autorité militaire, ne les utilisant pas, rorresj-ondait sans doute plus commodément avec le pays par quelque autru point du cercle d'investissement. *
Le nombre des personnes q»i communiquèrent entre Ifeli cl les villages voisins, où U était farlle d'obtenir de l'autorité militaire allemande le* autorisations nécessaires pour voyager dans l'intérieur du pays, fut tri -«-considérable. Nous voyons le 27 août M. Arnou*- Rivière écrire au général Jarras : « J'ai l'honneur de vous Infor mer que les gens du pays cntfcnl et sortent de Moulins comme II leur plaît, et que |*>n nombre d’entre eux vont dans les villages voisins occupés par l'ennemi. * #
Os pormnun/cvtions te poursuivent sur une large échelle pendant le mois de septembre, et elles continuent, quoique plus difficilement, pendant le moi# d’octobre jusqu'à la On du iiloens. L'instruction s’est bornée à en constater un certain nombre pour ne pas tomber dans des redites inutile*, (Voir la partie du rapjtorl qui traite spécialement des communications.)
Le ii'élalent pas seulement les paysans des environs qui franchissaient les ligne* d'investissement. Nous lisons dans la déposition du commandant Samuel, chargé du service de* renseignements A l'étal-uiajor général :
« Mes agents traversaient très-facilement le* lignes et séjournaient dan* le* camps allemands. Grâce aux renseignements qu'ils rapportaient, nous avons pu tenir M. la maréchal au courant de la répartition et de l'effectif de* troupes de l’année de blocus. »
Interrogé sur ce point, si ces agrnls auraient pu, s'il* en avaient reçu l'ordre, sc mettre en communication avec l’intérieur :
• San* aucun doute. Journellement. •
Le lieutenant Charrcl, placé sous les ordre» du commandant Samuel, a fait des déclaration# analogues.
Louwne confirmation de cm déposition», l'Instruction a constaté directement que, pendant le cours du blocus, un sergent, nommé Alh-nburgcr, était sorti plusieurs fol* de Met* rl avait été jusqu'auprès de Thionvilte; que le lieutenant Mouth, sorti le 25 août, avait été jusqu'auprès de Salnt- Avold; que, dans le moi# de septrmlire.il avait franchi une seconde fois Ira lignes dans la même direction, mais que cette foi* il n'avait pas pu rentrer; que fo sieur Lniseai était parvenu ù passer une première lui# dans U direction de (Uirny, une seconde fol» par le boU de Giigy, une iroLièmc fois par Saint-Rémy; que dans ce* divers* s excursions il avait parcouru les environ* de Met* et poussé dan* la dernière jusqu'à Luxembourg,
Le» occa*lons n’ont donc pas fait défaut pour envoyer de* nouvelles à l’inlérieur; mai* ce* agent* n’ont jamai* reçu d’autre mission que de rendre compte de* mouvement* de l'ennemi. D'autre part, les offre* pleine* de dévouement de quelques officier# et simple* citoyen* qui *e *onl proposé* pour co service ne furent pas accueillie*.
Le maréchal n'emploie pat, pour communiquer, les ballons part in de Mets.
Enfin le maréchal n'a pa* cru devoir utiliser, [tour faire parvenir de se* nouvelle* au gouvernement, les ballons qui pendant près d'un mol# ont emporté chaque jour de Met* de nombreuse* dépêches particulière»,
« L'absence de nouvelle* et le silence du maréchal Bazaine, dit M. le général Le Flô dan* sa déposition, étaient devenus pour moi un sujet de vague» el de grave* inquiétudes, qui *’ accru renl encore lorsque pan int à Pari*, peu de jours avant l’investissement, l'avant-vcillc peut- être, la nouvelle ofiickllc qu'un ballon parti de Metz et tombé dan* les environs de Tout, je erol*, contenant plu» de G .000 lettres, ne donnait aucune Information sur la situation de notre armée et ne renfermait pas un seul mol du maréchal Pazaine. *
L'instruction a reconnu qu'un second ballon fut trouvé aux environ# de Ncufchàteau le IG septembre; il avait apporté île Metz une grande quantité de lettres, mai* aucune dépêche, toit en clair, «oit chiffrée, pour le gouvernement.
L'n troisième ballon, avec 137 lettres, fut recueilli près d'tvplnal le 21 septembre; Il n’y avall aucune dépêche officielle.
En dernier lien, rinslruelion constate que, pendant la durée du blocus, il arriva à diverse* reprises que de* laisser- j*a«*er prussien* tombèrent entre le* main* de* autorité» de Metz sau* que l’on rongeât à en tirer parti. On trouve dans la déposition du lieutenant Arrhambaut, qui parvint à rentrer dan* le camp retranché le 2 1 septembre, le passage suivant s
m 11 eût été facile de communiquer par l'aqueduc de Gorze, surtout le jour de mon arrivée, puisque j’avais un laisserpa*«*r valable pour toute la journée, pour circuler de Jutsy h Ars. On iih* demanda des renseignements, mais je me trompais au sujet du ca» qu'on ferait de me* instructions, car le lai*ser-|ias*cr que Je déposai* ù l’état-major n’a pas été employé. Je le Join* ici pour êlre annexé à ma déposition. »
Les moyeu» de communiquer avec l’extérieur ne faisaient donc pas défaut, et si l'armée de Metz n’a pas été appelée à combiner scs efforts avec ceux de* antres armées françaises, on ne doit en -rechercher la cause que dan* la volonté du commandant m chef. Le maréchal llazaiur, continuant après le 4 septembre le rôle indépendant qu'il t’êlail déj» attribué visà-vis de l'empereur, a poursuivi, tans jamai* varier, cette politique toute personnelle que l’ennemi u’a pas manqué d’exploiter.
Tentative* faites par les membres du ganeememeut de la De fente d'entrer en communication avec le maréchal.
Pendant que le maréchal (foraine gardait une si grande réserve à l’égard du nouveau gouvcmcinênl, eelul-d multipliait tes tentative* pour se mettre en communication avec l'armée de Metz et pour lui donner le* moyens de prolonger sa résistance. Les déposition* de MM. le général Le FIA, Gambetta, Tarhnrd, de kératry cl do M. l'intendant Richard font connaître 1rs effort» qui ont été renouvelé dan* ce but, avec l.t plu» louable persistance, jusqu'à la capitulation.
Dès les premiers jours de son entrée au ministère, qui eut Heu le 6 septembre, le général Le FIA s’occupa de notifier à Metz la constitution du nouveau gouvernement. Il a déclaré qu'il n’avait négligé aucune occasion de faire parvenir au maréchal Bazaine la connaissance de la situation [lolilique el militaire de la France, mais II n'a jamais en la certitude que se* dépêche* fussent arrivée*.
De son côté, le ministre de l’Intérieur, M. Gainbelta.'envoyalt, soit de Paris, soR de la province, depuis le 4 septembre jusqu'au jour de la capitulation, de* émissaires chargés de transmettre au maréchal Bazaine les instruction» du gouvernement.
Le* préfet* du Nord el des Ardennes, le sous-préfet de
tf
Nciifchàleau, le miniaire de France 3 Bruxelles recevaient en même temps mission de transmettre au maréchal Bazaine les nouvelles du pays et les volontés du gouvernement.
Des tentatives analogues araient réussi avec les autres places investies par l'ennemi, même avee Strasbourg ; Belfort avait envoyé au gouvernement ses rapports mensuels; Bitelte avait pu recevoir la solde de sa garnison et envoyer des cadres pour l'organisation des nouvelles armées. Metz seul, au diro du maréchal Bazaine, n’aurait jamais rien reçu.
Le silence du maréchal a toujours paru Inexplicable aux membres de la délégation de Tours. M. Gambetta, dans sa déposition, s'est exprimé en ces termes : « Pendant les cinquanle-qualre jours qui se sont écoulés depuis le l septembre jusqu'ù-la capitulation, le gouvernement de la défense nationale n‘a reçu que la dépêche datée du 21 octobre..., de telle sorte qu’on dirait que le maréchal n’a songé au gouvernement que pour lui apprendre qu’il avait capitulé... »
I.a déposition de M. de Kératrv fournit, nu sujet des tentatives (le communication faites après le 4 septembre, un détail qu’il est essentiel de noter. Chargé de faire parvenir il Metz, le 13 septembre, une des dépêches du ministre de la guerre, dans laquelle tl donnait des nouvelles de la famille du maréchal, il annonçait le départ de madame la maréchale pour Tours. Ce billet fut ex|iédiéavec la dépêche ministérielle par le matelot Douzella.
Cet émissaire remettait le 18 septembre son message au colonel Turnicr, qui allirme l’avoir envoyé à Metz par un agent qu’il n’a plus revu, et sur lequel il ne peut donner aucun renseignement. , n
Quoi qu’il en soit, l'instruction constate que, quelques jours après, lu maréchal Bazaine sait que sa famille a quitté Paris pour se rendre à Tours, puisqu'il adresse 3 Tours la lettre destinée 3 madame la maréchale, qu’il ronfle, le 28 septembre, au paysan de Dunchéry. Comment le maréchal Bazuine connaissait-il la ville oit s'était retirée sa famille? Il n'avait & Tours ni propriété ni lien de parenté qui aient pu lui faire prévoir le choix de celte résidence.
On lie peut expliquer ce fait que par l'arrivée à Metz do cel émissaire à qui le colonel Turnter avait confié les dépêches apportées |>ar Douzella. Nous allons d'ailleurs constater que ces mêmes nouvelles parvenaient une seconde fois au maréchal, du 2a au 30 septembre, avec l’avis de l’arrivée ù Thionvllle de vivres pour son armée.
Pendant le blocus, le ravilaillemenl do l’armée de Metz a été une des plus graves préoccupations du gouvernement de la défense nationale, et les plus louables efforts ont été tentés pour faire aboutir celte Importante opération.
Le IG septembre, l’intendant Hicliard fut chargé de fairo arriver dans les places frontières du Nord de grands convois de vivres destinés à l'armée du maréchal Bazaine.
Le lieutenant-colonel Massaroli, prévenu le 21 scplcinbre par l’intendant Hiehard, reçut il Longwy.dans la miil du 22 au 23, 120 wagons, contenant G, *65 quintaux métriques de vivres de toute espèce, conduits par M. Uclley, inspecteur principal de la Compagnie de l'Kst.
L’opération présenta des difficultés plus sérieuses pour Thionvllle. La voie cuire celte place et Ballenherg avait été détruite sur une longueur de Mit) mètres, tout l'aiguillage avait été enlevé, et les Piussiens avaient leurs postes dans le voisinage. D’après les iii‘lriiclions de i’iiilcudanl Richard, 1,000 hoimnrs de la garnison -de Thionvllle furent envoyés sur divers poiiils delà ligne et, sous leur protection, l'Inspecteur principal put, dans la nuit du 2 4 au 23, réparer ta voie et faire arriver, sous le canon de la place, trois trains de foriiic cl de biscuit.
On trouvera, dans la section relative aux communications, d'autres détails sur les nombreuses tentatives qui ne cessèrent d'être faites, jusqu'au dernier jour du blocus, pour donner au maréchal Bazaine cette importante nouvelle. Il nous suffit de constater qu’un des premiers émissaires chargés de celle mission, le garde mobile Risse, envoyé parle colonel Turnicr, parvint h franchir les lignes allemandes. Il remit au maréchal, avant le l fr octobre, la dépêche qui annonçait l’arrivée do ces ravitaillements, et qui confirmait en même temps les nouvelles apportées ù Tlilonville par te marin Donzclla, do la [art du général Le Flô et de M. de Kératrv.
Le contenu de la lettre dont Risse était porteur est constaté par la déposition du maréchal des logis Calaruuu, parti vers le même moment que lui de Thionvllle, et qui élall chargé de transmettre verbalement au maréchal Bazuine les nouvelles que le garde mobile de Thionville apportait par écrit.
L’arrivée do Risse se trouve établie par sou acle d’engagement, reçu 3 la mairie do Metz lo 8 octobre, pour le 44 e de ligne. Elle est confirmée par les dépositions des témoins Marchai cl Flahaul. Ce dernier a reçu à Metz ses confidences. Risse lui a fait connaître de quelle manière on était parvenu 3 amener ù Thionvllle des approvisionnements considérables pour ravitailler l'armée, il lui a dit qu'il avait vu le maréchal Bazaine, auquel il avait été chargé de transmettre celle nouvelle.
Flahaut a également fait connaître que, d'après l'ordre du maréchal, il avait lui-même reçu du général Jarras, le 3 octobre , mission d’aller prévenir le colonel Turnierdu prochain dé|>arl de l’armée pour Thionville, où elle irait chercher des vivres qui lui étaient destinés.
La concordance de ces dépositions établit d'une manière irréfutable que le maréchal Bazaine a reçu avant le l' r octobre au moins une des nombreuses communications qui lui étalent adressées par lu gouvernement de la défense nallonule et qu’il a eu connaissance des mesures qui avaient été prises pour prolonger l'existence de son armée.
En résumé, le gouvernement de la défense nationale n’a pas admis que, devant l'Invasion, le commandant en chef d'une armée française pût avoir d'autres préoccupations quo celle de défendre son pays. Il s’est empressé de notifier au maréchal Bazaine sou arrivée au pouvoir; il lui a indiqué sa ferme voloulé de résister 3 l'ennemi.
Dès le IG septembre, il a compris l’urgente nécessité de ravitailler Metz, cl grâce aux habiles mesures prises par l'intendant Richard et au concours patriotique de la Compagnie des chemins de fer de l'Est, il faisait arriver, le 2G septembre, ii Thionville et dans les places voisines, des approvisionnements considérables pour ravitailler l’armée.
A partir de ce monienl, il a eu pour constante préoccupation de faire connaître an maréchal les ressources qui l'attendaient 3 quelques kilomètres de son camp. Il avait l'assurance que le maréchal, sachant que les moyens de prolonger l'existence de son année existaient si près de lui, tenterait un effort décisif.
Un grand nombre d'émissaires ont été envoyés dansée but. Les premiers ont Immédiatement réussi. Le maréchal, déjà prévenu des intentions du gouvernement de la défense nationale, [Kir les nouvelles, les journaux et 1rs documents politiques ap|Hirlés par les prisonniers, évadés, a certainement reçu, avant le 23 septembre, les lettres du général Le Flè et de M. de Kératrv. Du 23 nu 30 septembre, il a eu par l'émissaire Risse la confirnialion de ce premier message, et a été en même temps prévenu qu'il trouverait à Thionville et dans les places voisines des vivres pour son armée.
Cel avis arrivait au moment où le maréchal espérait un dénnùment favorable pour les négociations entamées |>ar le sieur Régnier. Si donc, après l’nvorlcment de celle intrigue, le commandant en chef de l'armée du Rhin a repris des pourparlers avec 'l’ennemi, comme on le verra dans la troisième partie, «ans Taire aucune tentative pour prolonger l'existence de ses troupes, il ne peut arguer, pour justifier sa conduite , de l'Ignorance où II se serait trouvé dus résolutions énergiques du gouvernement et des ressources mises à la portée de son armée.
CH API TllE XL IV
Suite de l'audience du mercredi S octohic. — Demande du duo d'Aumale.-— Kcfus do l'Allemagne.
Un résume très-saisissant de la deuxième partie du 1 rapport suit l’exposé de la période d'inaction qui
s’étend du I» septembre au commencement des négo dations relatives à la capitulation. *
La tactique d’expectative, les préoccupations politiques du maréchal, ses relations avec l’ennemi et avec Régnier y sont mises en relief et vigoureusement blâmées.
Voici ce résumé :
L’inaction, tel est le caractère de la période du blocus comprise entre le 1 er septembre et le commencement d’octobre.
Deux causes l’ont déterminée :
L'hésitation produite par les nouvelles de Sedan et de Paris;
Les pourparlers secrets entamés avec l'ennemi.
A l’annonce d'événements qui bouleversaient la situation de la France et changeaient les condition» de lu guerre, les préoccupation* du maréchal étaient bien naturelle»; mais ses devoirs militaires étaient trop pressants pour l'cxcuscr d'ètrc resté, |>emluiit tout le mois de septembre, dans une inaction qui permit à l'ennemi d'organiser à loisir cl sans être inquiété ses lignes d'investissement.
Quelle que fût la forme du gouvernement, il fallait que l’armée vécût et combattit.
Le maréchal savait scs ressources bornées; son premier soin aurait dû Cire de les accroît rc, en même temps qu'il avait le devoir de les ménager.
Décidé h ne plus quitter Mcli, Il devait préparer tout un système de défense active.
Telle était la voie qu'il pouvait parcourir arec honneur pnur lui-même et avantage pour te pays. Au lieu de la suivre, nous avons vu le maréchal, apres avoir porté à la connaissance de ses troupes la composition du nouveau gouvernement, sans formuler la moindre protestation, prêter l'oreille aux ouvertures de l’ennemi, accueillir l'agent Régnier, accepter les propositions qu’il apporte, et combiner avec lui des projets de leslauralion du régime impérial, dont il u enregistré la chute. Rien plus, le maréchal, pressé de voir le dénoùinent lit la situation, ne craint pas de faire connaître le nombre du jours que compte encore l'existence du 'son armée; il révéle le terme fatal où elle aura cessé d'exister.
dl pouvait retarder l'époque de ce dénoûmcnt, en ménageant ses vivres; loin de le faire, H se préoccupe uniquement de maintenir en bon étal et prèle à sortir au premier signal l'armée qu'il destine à jouer un rète politique. Tout, dans son esprit, est subordonné à des menées oû son ambition lu guide et où il nu discerne l'as les pièges qui lui sont préparés.
Une fois entraîné dans des l ourparleis avec IVnnemi , le maréchal, peu désireux naturcllcmeni de se mettre en relation avec le nouveau gouvernement, qui n'a pu (lutter ses visées personnelle», repousse les nombreuses occasions qui s’oITrent à lui de communiquer av. c l'intérieur de la France, et préfère s’en rapporter aux informations que lui fournit l'ennemi pour engager les destinée» de son armée.
Cependant le temps s’écoule, les approvisionnements touchent ii leur fin; l'agent qui s'autorisait du nom de l’impératrice ne réparait pas; le, général Itourhaki garde le silence. L’impératrice n'approuve donc pas ce qui s’est fuit , et l’ennemi , fixé sur la quantité de vivres qui loi restent , a rompu les négociations. En présence île celle situation bien nette, au lieu de s’inspirer des résolutions énergiques dont était animé le nouveau gouvernement, qu'il n reconnu, il continue à »e retranelicrylans l'isolement, et, sans se laisser rebuter par le silence de l'ennemi, Il va chercher A renouer scs rapports avec lui et engagera cette fois scs lieutenants cl son armée.
Mais si tes tentatives secrètes faites par le maréchal n'ont pas abouti, alors que l’année bien organisée constituait dans ses main» une force redoutable; quel succès le maréchal pouvalt-tl es|iércr une fois son armée réduite aux abois?
Nous allons voir, dans la troisième partie, comment les nouvelle» négociations avortèrent, et comment, nu lien de tomber avec dignité, le maréchal perdit en démarches inutiles le temps qu'il aurait dû consacrer û la destruction du matériel de sou armée.
Ici finit la seconde partie du rapport.
La troisième débute par la relation du conseil de . guerre du 10 octobre, dans lequel le maréchal, ne recevant aucune nouvelle de Régnier, parla aux chefs de corps de la nécessité d’entamer des négociations avec l'ennemi.
Dans ce conseil, et en raison des communications alarmantes du maréchal, il fut décidé que des pourparlers seraient engages afin d’obtenir une convention honorable !... Le général Boyer fut envoyé comme négociateur à Versailles.
Le rapport affirme qu’à celte date l'armée pouvait encore faire un vigoureux effort et franchir les ligues, ainsi que le donne à penser la façon brillante dont elle avait effectué, le 7 octobre, une démonstration restée sans résultat par suite de l’absence d’ordres.
En tout cas, le conseil de guerre du 10 octobre avait formellement décidé qu’une sortie serait tentée dans lu cas où les conditions de la convention ne seraient pas 1 honorables.
Ce qui explique cette décision, c'est l’ignorance dans laquelle le maréchal Bazaine avait tenu le conseil au sujet des négociations entamées avec Régnier et restées sans résultats, ainsi que de ses communications avec l’ennemi. — Eu effet, dès ce moment, il était évident que l’ennemi ne voulait d’autre ceMvention qu’une capitulation.
Pendant la lecture de ce passage, l’accusé caresse fiévreusement ses moustachus, mais sa figure reste toujours impassible.
Le rapport continue et fait remarquer que les instructions écrites, données par le maréchal Bazaine au général Boyer, ne mentionnent nullement la résolution prise par le conseil de guerre de tenter un suprême effort, si les conditions de la convention ne sont pas honorables.
Loin de là, dans la lettre au roi de Prusse, dont le général Boyer « tait porteur, figure cette phrase : « Lu question militaire est jugée! »
Cette phrase était écrilc alors que Paris devait se défendre trois mois encore, alors que les armées de la Loire, du Nord, de l’Est s’organisaient et se fortifiaient chaque jour !
Le rapport raconte ensuite les divers incidents du voyage du général Boyer à Versailles, et ne fait que i confirmer ce que nous avons fait connaître dans la première série du présent ouvrage. En somme, ce que i M. de Bismark demandait, c’était que l’armée de Metz fit un pronunciumiento en faveur de l’empire et se mil au service de l’impératrice-régetite, avec laquelle il aurait traité de la paix.
Le général Boyer dit n’avoir vu qu’une seule personne, le maire de Bar-lc-Duc, et n’avoir échangé avec lui que quelques mots; la déposition du maire de Bnrle-l>uc contredit quelque peu l’assertion de ce témoin; il leste établi que M. Boyer n’a pas voulu se renseigner
sur la position réelle du pays et s’est contenté des renseignements pessimistes que lui avaient donnés les Prussiens. '
Dans le conseil de guerre qui a eu lieu le 18 octobre au retour du général Boyer, il n’a pas été question de l’entrevue avec le maire de Bar-le-Duc.
En revanche, le général s’est longuement étendu sur les nouvelles les plus fâcheuses qui représentaient la France dans une anarchie complète : Rouen et le Havre réclamant des garnisons prussiennes; l'Italie redemandant Nice et là Savoie, etc., etc. Telles sont les fausses nouvelles communiquées par le général Boyer au conseil de guerre.
Ces nouvelles sont acceptées pour vraies par le conseil — à la majorité de six voix sur huit. — Le conseil prend la résolution d'envoyer le général lloycr auprès de l'impératrice à llastings (Angleterre), afin de lui proposer les conditions formulées par M. de Bismark.
A ce passage du rapport, la pluie et la grêle tombent avec une telle violence, que le conseil et l'auditoire suivent à peine ce que lit le greffier.
Le rapport blâme vivement le maréchal Bazaine de n’avoir pas pris des mesures pour détruire les armes et les poudres et démanteler les forteresses, dès l'instant qu’il avait renoncé à toute lutte.
A trois heures moins cinq minutes, la séance est suspendue.
Elle est reprise à trois heures dix minutes. A ce moment l’auditoire est beaucoup plus nombreux ; la salle est presque entièrement remplie et l’on a peine à établir le silence.
La lecture du rapport continue.
Le rapport fait remarquer qu’un grand nombre de documents, notamment tous ceux échangés entre le maréchal et le prince Frédéric-Charles, ont été supprimés. Ces documents s’élèveut , au minimum , à douze.
Un grand nombre de témoins attestent que des relations multiples et constantes ont eu lieu, pendant tout le blocus, entre le maréchal et le prince Frédéric-Charles ; toutes les traces matérielles de ces relations ont été soigneusement supprimées.
Le rapport signale ce fait extraordinaire que l’accusé a refusé de faire tirer sur la gare d’Ars où étaient emmagasinées les munitions allemandes, et qu'il a fait rétablir un raccordement de chemin de fer qui ne pouvait et n’a jamais pu servir qu’à l’ennemi.
Après avoir raconté la mission du général Boyer auprès de l’impératrice et son résultat négatif, le rapport expose les diverses mesures prises par le commandant en chef et qui ne pouvaient avoir d’autre résultat que d'affaiblir le moral des troupes et de la population de Metz, et préparer les esprits à la capitulation.
Le 24 octobre, le prince Frédéric-Charles, estimant que l’armée de Metz n'a plus de vivres- et qu’elle n’est plus eu état de résister, écrit au maréchal Bazaine que
les négociations politiques n’ont pas abouti et qu’il ne reste plus à l’armée qu’à capituler. . *
Un conseil de guerre réuni le môme jour, pour être édifié sur les intentions de l'ennemi, prend le parti d’envoyer la général Changarnier au quartier général prussien.
Dans une note qu’il remit à M. Changarnier, le maréchal Bazaine demandait, soit la neutralisation de l’armée qui donnerait son appui à la régence, soit son internement sur un point du territoire français, soit enfin son envoi en Algérie.
Le maréchal, au lieu de perdre le temps en supplications inutiles, aurait dû prendre des mesures en vue de la destruction du matériel et des armes.
L’échec de la démarche de M. Changarnier et de eelie du général de Cissey, la mission du général Jarras sont rapidement racontés.
Le rapport relate presque en entier la déposition du général Jarras, concernant les négociations et le refus, fait par Bazaine, des honneurs de la guerre.
Vient enfin la grave question des drapeaux.
Le rapport blâme le général Soleille de n’avoir pas exécuté tout d’abord l'ordre donné par Bazaine de réunir les drapeaux à l’arsenal et de les faire biûler; mus il reconnaît qu’il y a eu contre-ordre, et que Bazaine ordonna ensuite de les conserver comme devant faire partie du matériel.
Ce passage du rapport est des plus saisissants : l'accusé, tout en affectant l'impassibilité, laisse voir des signes incontestables d’émotion.
Le rapport établit que le maréchal a tout fait pour que les drapeaux fussent conservés intacts et remis à l’arsenal; il en a fait retarder l'incinération jusqu’au moment où, l’acte de capitulation ayant été signé, ils appartenaient à l'ennemi , m vertu d’une clause S])écia/e.
La conclusion est que leTnaréchal Bazaine n'a jamais voulu que les drapeaux fussent détruits et qu’il a manqué au devoir et à l’honneur.
L’accusé s’efforce de paraître impassible, mais il ne parvient pas à dissimuler entièrement son émotion; il agite fièvreusement la bague qu’il porte à l’annulaire gauche.
En somme, dit le rapport, après une série de combats honorables, puis de négociations souterraines, c'est la ruse qui a consommé la porto de l’armée du Rhin.
Le rapport blâme virement la clause qui a permis aux officiers de séparer leur sort de celui de leurs soldats, en s’engageant à ne pas porter les armes contre . la Prusse.
il s'étend longuement sur la quantité et la valeur du matériel livré à l'ennemi par la capitulation de Metz, et raconte le départ précipité du maréchal Bazaine avant que les troupes fussent constituées prisonnières. Il en résulta un immense désarroi et la famine dans l'armée française.
ri
La responsabilité du maréchal sc trouve donc impliquât dans celte affaire.
Le rapport expose qu’avec une distribution judicieuse des vivres faite dès le blocus par le commandant en chef, l'armée aurait pu résister jusqu’au t or décembre et immobiliser jusqu'à cette date l’armée de Frédéric- Charles dont l’intervention a été si fatale à l’armée de la Loire.
Le maréchal Bazaine doit donc être en partie responsable des désastres de l’armée de la Loire.
Ici sc termine la troisième partie du rapport.
La séance du 8 octobre est levée à cinq heures vingt minutes.
Avant de reprendre le cours des débats, il est essentiel de mentionner un incident trop peu remarqué, qui a mis en émoi le corps diplomatique.
En sa qualité de président du conseil de guerre chargé de juger le maréchal Bazaine, le duc d’Aumale avait demandé l’autorisation de se rendre compte de visu du thédlre de la guerre autour de Metz.
Cette autorisation fut refusée par le gouvernement
allemand.
Certes, dit a ce sujet la Gazette de l'Allemagne du Sord ( Xord-deutsclie-AHgemeine Zeilung). si le (lue d’Aumale s’était . rendu incognito à Mvli |>our inspecter les champs de halaille de 1870, les autorités allemandes l'auraient laissé taire, et II n’avait même besoin, à cet effel, d’aucune permission ; mais, d'après ce journal, la demande foilc diplomatiquement, au nom du président du conseil de guerre de Trianon, a fait supposer que la » laite de ce personnage militaire en Lorraine serait entourée d'une certaine mise en scène, de nature à provoquer des manifestations nationales, et cette supposition,- ajoute la feuille ministérielle, était doublement justifiée par le • manque de tact » notoire de M. le duc d’Aumale. De lu le refus du gouvernement de Berlin.
lin aulrc journal fait observer que « la demande envoyée à Berlin insistait sur le caractère de strict incognito que .M. d’Aumald* voulait conserver à son excursion; il était mémo dit dans la dépêche transmise au cabinet impérial que le duc s'engageait à ne pas coucher à Metz. »
Là-dessus le Nord dit avec raison:
Les craintes dont la Hord-deuIsche-Allgemeine Zeilung s’est faite l’écho n’avalent dès lors aucune raison d’flre, et la ré|>on*e négative du gouvernement allemand ne s’explique plus. L’organe ministériel soutient, il est vrai, que le présidenl du conseil de guerre aurai! pu et dû aller purement cl simplement en Lorraine, sans en demander la permission. Mais nYst-il pas évident que la présence plus ou moins prolongée, dans les fortifications de Meli, d’un personnage étranger, aux allures visiblement militaires, nécessairement accompagné d’un ou de deux secrétaires occupés h prendre des notes, aurait attiré l’attention des aulorilés allemandes et pu causer dis désagréments su duc d Aumale’' En outre, ii’étall-ec pas une marque de déférence envers le gouvernement allemand, en même temps que c’élail un acle de prudence, d’informer au préalable les autorités impériales de l’inlcntion du duc, et de leur demander si elles ne voyaient aucune objection à la réalisation de son projet? La demande d’autorisation nous parait doue avoir été la chose la plus naturelle du monde, cl nous ne comprenons 1 guère les récriminations dont clic est l’objet de la part de lu
Nord-dcnltche Zeilung. La vivacité du langage dont celte feuille sc sert en |>arlanl du prince de la famille d’Orléans prouve une fois de plus que celle famille, ainsi que d’ailleurs tonie la maison de Bourbon, ne jouit pas de bien grandes sympathies dans les régions gouvernementales de Berlin. »
Le président du conseil de guerre dut donc renoncer à son excursion et prendre, sans études préalables faites sur le terrain, la direction des débats.