‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 84 sur 117 · DE RIVIERE · texte numérisé non relu

DE RIVIERE

En cntondanl celle péroraison écrasante, le maréchal est en proie à la plus vive émotion.

M. le Président. Du consentement du parquet et de la défense, on se bornera à lire l'intitulé des diverses annexes qui resteront à la disposition des intéressés.

Cette lecture est faite et ne prend que quelques minutes.

M. le Président. En vertu de. mon pouvoir discrétionnaire, j'ai décidé qu'il serait donné lecture du Mémoire et rapport sur les opérations de l'année du Rhin et sur la capitulation de Metz, présenté par le maréchal Bazaine à la commission d'enquête.

Le greffier donne lecture de ce document.

Le rapport du maréchal Bazaine, tout en essayant de justilier la précipitation de la déclaration de guerre, s’étend longuement sur les vices de l'organisation militaire et émet de nombreux desiderata. Ce début est presque exclusivement théorique. Il précède le récit des actes du commandement en chef de l'armée du Ithin, commandement que le maréchal dit n'avoir point sollicité.

Ijo rapport expose l'insuffisance de l’armement de Metz au début de la guerre; si les instructions sur la police des places en état de guerre n’ont pas été exécutées, c'était pour ne pas effrayer les populations; mais cela a eu pour résultat de laisser libre accès à de nombreux espions, qui mettaient l'ennemi au courant de nos mouvements, tandis que les siens nous étaient inconnus.

Suivent d’assez longs détails sur les positions cl les mouvements des divers corps de troupes au début de la guerre.

En ce qui concerne la bataille de Forbach, le maréchal s'efforce de prouver qu'il a pris toutes les mesures possibles pour porter secours au général Frossard; mais que celui-ci ne lui a pas fait connaître ses besoins; il cite à l'appui de ce dire un grand nombre d'ordres et de dépêches.

Ouant à la perte des approvisionnements, elle a été le résultat de la rapidité avec laquelle les événements se sont précipités; cette rapidité a été la cause du désordre qui s’est produit dans la concentration de l’armée sous Metz.

La marche sur Verdun a été entreprise avec la volonté, de la part du maréchal, de la poursuivre jusqu'au but.

Les divers épisodes de cette marche sont minutieusement décrits. La bataille de Gravclotle fait l’objet d’une narration très-circonstanciée. Le maréchal raconte, qu'enveloppe par les hussards de Brunswick, il dut mettre l’épée à la main pour rejoindre son étatmajor. *

Si, apres cette affaire, il fil rétrograder ses troupes, c’est qu’elles se trouvaient dans une position défavorable et qu'il voulait les placer dans de bonnes positions pour continuer la lutte le lendemain; mais le manque d'approvisionnements n’a pas permis d'accomplir ce dessein. Le rapport cite, à l'appui de ce dire, une dépêche du maréchal Canrobert.

Passant à l’affaire de Saint-Privat (18 août), le rapport explique que le commandant en chef a envoyé des secours (deux batteries d’artillerie, le régiment d’artillerie à cheval de la garde et la division de voltigeurs).

Quant à la garde et à l'artillerie de réserve, il ne pouvait les envoyer sou» peine d'exposer l'armée entière à un mouvement tournant de l'ennemi.

Après l’affaire de Saint-Privat, l'armée était trop fatiguée et ses cadres trop diminués pour quelle put continuer sans coup férir le mouvement en avant.

Quant à la marche sur Verdun, elle était devenue impossible à cause des positions formidables que les Prussiens avaient occupées dans celte direction.

Avant tout, il fallait assurer la défense de Metz, et la présence de l'armée était indispensable pour que l’on achevât les fortifications.

C’est sur ces entrefaites que le conseil de guerre, réuni à Blâment, décida qu’il fallait rester sous Metz pour immobiliser l'armée ennemie.

Les 29 et 30 août parvinrent au général en chef des dépêches de l’empereur et du général Ducrot annonçant la marche de Mac-Mahon sur Thionville, et immédiatement des ordres furent donnés à l’armée pour s'avancer dans cette direction.

La bataille de Sainte-Barbe est très-minutieusement décrite ; dans cette affaire, les troupes n'ont pas montré leur entrain habituel (sic) ; le corps du maréchal l.eliu’iiffut forcé de reculer faute d'appui suflisant de la partdu deuxième corps, lequel avait été arrêté par l’état du terrain et par un brouillard intense.

Après cet effort, qui fut très-meurtrier, il n’y avait pas autre chose à faire que de se concentrer sous Metz.

Le maréchal dit que ni scs généraux ni lui n'ont cru h la réalité du bruit apporté par un prisonnier échappé

L’ioetdeot Stoffel*

aux Prussiens, de la révolution du 4 septembre, et il se répand en appréciations très-violentes sur ce grand acte politique.

Ce fut alors que, pour être renseigné exactement, il écrivit au prince Frédéric-Charles qui confirma la nouvelle ; la réponse du général en chef prussien fut communiquée aux chefs de corps et ensuite à l’armée par voie d'ordre du jour.

Arrivé à l'épisode Régnier, le maréchal affirme que cet émissaire ne lui a pas demandé autre chose que l’envoi du maréchal Canrobert ou du général Bourbaki auprès de l'impératrice; ce n’est que dans la conversation que le maréchal lui a parlé de sa disposition à capituler avec les honneurs de la guerre, afin de rétablir l’ordre à l'intérieur.

Le départ de Bourbaki est raconté avec force détails.

Quelques jours après, le général von Thiel, ayant demandé au maréchal s'il était disposé à accepter les conditions que M. Régnier lui avait proposées, le maréchal répondit qu’il n’avait nullement reçu de cet émis-

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sairc des propositions qui n’entraient pas dans scs attributions, et que, d’ailleurs, il ne pouvait accepter d’autres conditions que le départ de son armée avec les honneurs de la guerre.

Vient ensuite le récit de la sortie de Ladonchamps, dont le seul but était de tenir les troupes en baleine.

A Ce moment le général Coffiniéres insista auprès du maréchal pour qu’il quittât Metz; le maréchal lit étudier les différents moyens de se dégager; mais il fut reconnu que ce serait impossible.

C’est alors que le maréchal prévint les chefs de corps de la position critique de l’armée et les consulta.

I.e rapport se répand en longues récriminations contre le parti républicain de la population de Metz et de l’armée.

Il raconte assez brièvement le conseil de guerre du 10 octobre, dans lequel l’envoi du général Boyer à Versailles futdécidé, la mission de ce général, son retour et les communications faites par lui au conseil de guerre du 18 octobre, enfin son envoi auprès de l’impératrice.

Le maréchal n'a consenti à celle dernière mesure que sur les instances pressante des membres du conseil de guerre.

Le refus opposé par Bismark il loute négociation politique, le conseil de guerre du 24 octobre, la mission du général Changarnier, celle du général de Cissey, le conseil de guerre du 26 octobre, enfin les négociations du général Jarras et les diverses conditions de la capitulation, sont très-sommairement décrits.

Le général expose les raisons pour lesquelles il a refusé les honneurs militaires; quant i la question des drapeaux, il ne fait que l’ellleurer en disant qu’il ne pouvait douter de leur destruction.

Le rapport conclut par uue protestation de patriotisme et d'abnégation et par des critiques acerbes dirigées contre les écrivains militaires qui ont attaqué le commandant en chef de l'armée du Rhin.

Il termine en faisant un appel à )’ histoire.

Pendant la lecture de son mémoire, qui a plutôt la forme d’un rapport descriptif que d’une justification, l'accusé s’est quelque peu rasséréné, sans toutefois se départir de sa tristesse accoutumée.

M. le Président. — Monsieur le maréchal, levez- vous.

Vous êtes accusé :

I» D’avoir capitulé avec l’ennemi et rendu la plaee de Met/ dont vous aviez le commandement supérieur, sans avoir épuisé tous les moyens de défense dont vous disposiez, et sans avoir fait tout ce que vous prescrivaient le devoir et l'honneur;

2* D’avoir, comme commandant eo chef de Tannée devant Metz, signé en rase campagne une capitulation qui a eu pour résultat de faire poser les armes à vos troupes ;

3° De n’avoir pas fait, avant de traiter, verbalement et par écrit, tout cc que vous prescrivaient le devoir et l’honneur;

Crimes prévus par les articles 209 et 210 du Code de justice militaire.

Vous aurez toute liberté pour vous défendre.

Asseyez-vous.

Le maréchal Bazaine paraît très-ému.

Après avoir donné à la défense (‘avertissement réglementaire, le président fait retirer le maréchal qui sort après avoir salué le conseil.

La séance est levée à cinq heures moins vingt minutes. et remise au lundi, 13 octobre, & une heure.

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