‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 87 sur 117 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Séance du mercredi i& octobre.

Le public désireux de suivre les débats de l’alfaire Bazaine devient de plus en plus clalr-scmé, et cela se conçoit facilement ; car, à l’issuo de chaque séance, la déception de ceux qui sont venus en simples curieux s’exhale eti plaintes de plus en plus amères. Ne rien voir, ne rien entendre, et, de plus, être fort mal assis, cela ne vaut véritablement pas la peine de faire Je voyagé de Paris, Voire même de Versailles.

On s'entretient beaucoup d’une pièce communiquée hier par le maréchal au conseil du guerre et qui a pour Iml de justifier la decision prise par lui de rester sous Metz, décision qu'il ne cherche plus à dissimuler.

C’est une note confidentielle adressée de Constantinople à l'empereur par un agent diplomatique (quelques personnes mettent en avant le nom de M. de lu Guéronnière). Elle divulgue l’existence d'une dépêche confidentielle adressée de Mayence à M. de Kayserling, ambassadeur de Prusse à Constantinople, d’après laquelle les Prussiens avaient l'intention de marcher non sur Paris, mais sur Chàlons.

D’après la même dépêche, deux puissances étaient sur le point de se déclarer en notre faveur. D’où il résultait (suivant le dire du maréchal Bazaine) qu’il ne fallait pas s'exposer à compromettre Metz et la Lorraine.

Cette communication, destinée à produire un effti d’audience, a inspiré beaucoup de confiance aux défenseurs du maréchal Bazaine. Nous ne pouvons dire si l'impression sur le conseil de guerre a été aussi favorable; nops nous contenterons de faire observer que si le maréchal avait reconnu dans cette dépêche un indice de la nécessité de ne pas compromettre la Lorraine, il a tiré un bien mauvais parti de cet avertissement.

l>uant aux déclarations de l’accusé relatives à la réception de la dépêche du maréchal de Mac-Mahon, dé-

! clarations formellement démenties par les colonels j Lewal et d’Andlau, il est impossible de formuler à leur i sujet aucune opinion avant la confrontation de l’accusé j et des témoins.

| En somme, l’opinion générale est que le maréchal Bazaine se défend avec une grande habileté; mais que, sur certains points, il a dit s’en tenir à des dénégations j qui, jusqu’à présent, ne sont pas suffisamment dénion- I stratives.

On trouve aussi généralement que M. le due d’Aumalo est loin d'avoir la dialectique serrée et impitoyable qu’il faudrait opposer à un pareil accusé.

En arrivant à leurs places, les journalistes trouvent divers exemplaires d’une protestation du sieur Régnier contre le rapport du général de Rivière.

A une heure moins un quart, le* places réservées sc garnissent; on y remarque M. le directeur de la Monnaie et un assez grand nombre d'officiers.

A une heure cinq minutes, le conseil entre en séance.

M. le commandant d etat-major comte de Salles prend sa place accoutumée devant une table placée & côté du président, auquel il communique les diverses notes qui lui sont nécessaires pour la direction des débats.

Lk t’BBSim-.KT. Commandant Thirict, faites entrer- M. le maréchal.

L’accusé entre, suivi de ses deux défenseurs et du co- ; lonel Villette.

Ce dernier pose sur la tuhle du maréchal Une liasse . de notes et de brochures.

Le maréchal 9aluc le conseil et, sur l’invitation du président, il s’assied, il range ses papiers et attend les questions.

Il a conserve son calme habituel; toutefois, son visage est beaucoup plus coloré que d'habitude.

I.e commandant Samuel et un autre témoin, défaillant se présentent à la barre du conseil et répondent : sait!

L’auditoire s'est accru et est devenu très-bruyant ; on < a peine à établir le silence.

I). Il m’est échappé hier un lapsus linguæ relatif à , l’arrivée à Metz de la dépêche du maréchal de Mac- Mahon, datée du 18 août; c’està H heures 2b du matin ! et non à tu heures que cette dépêche est arrivée; je ' repare cette omission. Je préviens en même temps l’ac- ! cusation et la défense que tous les documents relatifs I au procès sont au greffe à leur disposition.

| Nous allons maintenant aborder la quatrième sérié | de questions, celle qui a rapport aux opérations mili- . I laires depuis le t‘J août jusqu'au 1 er septembre, i Monsieur le maréchal, qu’avez-vous fait du 19 au 23 août pour assurer vos communications avec Thionvillc? — R. Je n’a.i rien fait.

D. Vous avez organisé, le 25, uu corps de cavalerie sous les ordres du général Desvaux ; en avez-vous pu faire usage pour assurer la communication avec Tliionville? — R. Non.

D. Avez-vous pris quelques mesures pour emptoher la construction, par les Prussiens, du chemin de fer de Remilly à Pont-à-Mousson qui mettait les lignes allemandes en communication avec la grande ligne de l’Est? — R. Je ne sais quand j'ai été prévenu de ces travaux.

I). Vous en avez prévenu l’empereur le 23 août? — R. Oui, mais ces travaux n 'étaient pas alors terminés, je doute même qu'ils fussent commencés. Du reste, ils s'effectuaient trop loin de mes lignes (quatre lieues an moins) pour que je pusse y mettre obstacle.

D. Greffier, lisez l'ordre de marche du maréchal pour I le 26 août, daté du 25.

1 Le greffier lit cette pièce.

D. On voit dans cet ordre que vous donniez des instructions très-complètes pour porter l'armée sur la rive droite de la Moselle, devant Sainte -IJarhe, votre premier objectif. Ne disposiez-vous pas pour ce mouvement de 130,000 combattants? — R. Non, monsieur le président; l’armée n’a jamais dépassé le nombre de 80,000 à 100,000 combattants. Du reste, on n’a jamais eu d'états exacts.

I). Vous aviez 150,000 rationnaires? — R. Oui; mais il faut compter avec les non-valeurs, qui sont généralement le quart de l’effectif total.

D. Mais dans k» cas actuel elles formaient le tiers. — R. Dans le- chiffre que J’ai indiqué je ne parle que des troupes susceptibles d’être mises en ligne ; je ne parle pas de la garnison de Metz.

Sur l’invitation du président, le maréchal s’étend en longues 1 explications sur ses plans relatifs à la journée du 26.

1). Pourquoi n'avez-vous pas emporté dequipages de pont? — U. Je pensais que, en cas de succès, je uie serais servi de ceux des Prussiens. Du reste, je n'ai pas donné l'ordre de ne pas emmener d’équipages de pont.

D. Pourquoi, le 26, avant de vous rendre à la conférence réunie par vous à la ferme de Grimont, avezvous dit à la garde et à la réserve d’artillerie de rester sur la rive gauche de la Moselle! — R. Parce que je comptais les faire filer sur la rive gauche.

D. Avez-vous parlé à un officier do votre intention de ne pas partir? — R. Non.

D. Pourquoi, renonçant, le 26, à votre marche par la rive droite, avez-vous fait rétrograder vos troupes jusque sur la rive gauche? — R. Parce que, mes reconnaissances m’ayant signalé peu d’ennemis sur la rive droite, j’avais pensé que l’ennemi s’était concentré sur la rive gauche, et je craignais qu’il ne forçât nos lignes.

D. N'avez-vous pas reçu, le matin du 26, des communications des généraux Solcillo et Coffinières sur la pénurie d’approvisionnements et le peu de défense de la place de Metz? — 11. Oui, monsieur le président.

D. Ne sûiit -ce pas ces communications, contraires • d’ailleurs à la lettre du 23 du générai Suleillc, qui vous ont

fait revenir à votre projet de marcher? — R. S'il y avait eu urgence, j'aurais passé outre, mais je n’avais pas de nouvelles de l’intérieur, et j'ai préféré conserver une attitude de prudence. Du reste, la réunion des chefs de corps, le 26, n’avait d'autre objet que de me concerter, suivant les avis de l‘em|iereur, avec eux sur la situation.

D. Si vous étiez convaincu que l'armée était plus utile au pays en restant à Metz, que ne l’avez-vous dit à l'empereur? — R. Je le lui ai dit et j’étais d’accord avec lui ; il y a une dépêche de l’empereur, du 8 août, qui montre que telle était, en effet, son idée*

D. Cependant il semble, d’apres les diverses communications qui ont été échangées avec l’empereur, que cette résolution de rester sous Metz ne devait être qu’une espèce de pis-aller. Il se peut que plus tard ce plan soit devenu une résolution plus ferme, pfits absolue. Il eût été nécessaire, dans ce cas, d’en informer plus clairement l’empereur et M. le maréchal de Mac- Mahoii. — R. 11 était bien entendu avec l’empereur que je me retrancherais sous Metz dans le cas où j'aurais devant moi des forces nombreuses.

D. Vous ne pensez pas que l'empereur s’attendait à vous voir arriver lorsqu'il est allé à Verdun. Il est probable cependant qu’il y songeait et qu’il avait l’idée que vous passeriez la Meuse, puisqu’il donna des ordres pour la construction de ponts. — R. L'empereur ne connaissait pas à ce moment les événements du iü. 11 m’a envoyé des dépêches pour complimenter les troupes, tuais non pour m’engager à continuer mon mouvement en avant. Il n’y avait rien d'arrêté d'une manière absolue. Si, le 16 ou le 18, j'avais pu réussir, il est évident que j'aurais continué ma marche.

D. Si vous ue deviez point passer la Meuse,' 'cumulent cxplupiez-vous les dispositions que faisait prendre l’empereur?-— R. La situation n’était plus la même, cl je ne m’explique pas ces préparatifs.

D. Il y a eu une réunion dys officiers généraux le 26; s'il était utile de vous éclairer des lumières d’officiers aussi expérimentes que ceux qui étaient placés sous vos ordres, n Y tait-il pas convenable de les consulter plus tût, sans atteudre le moment critique d'une operation commencée?- — R. Je n’avais pas l'intention dè réunir ces officiers; ce sont les circonstances qui ont amené cette réunion.

D. Je ne vois aucune mention, dans le procès-verbal de cette conférence, de l’armée du maréchal de Mac- Mahon. Comment expliquez-vous qu'il n'en ait pas été questiou? Ne pouviez-vous pas concevoir l'hypothèse que le maréchal pouvait venir vous prêter main-forte ? — R. Je crois avoir dit à ces messieurs que le maréchal de Mac-Mahon organisait son armee à Chùlons.

D. Je ne vois pas, je le répète, qu'il en soit fait mention dans le procès-verbal de celte conférence. — - R. Il n’y avait pas de procès-verbal. Il y a eu simplement une note, et on a utilisé cela comme ou utilise les notes

d'un rapport. On n’a pas eu l'intention de rédiger un proces-verbal, pas plus qu’il ne s’agissait, en réalité, d’une conférence. Ce sont les circonstances qui out amené seulement cette réunion ; elle ne prit pas le caractère d’une conférence.

I>. Le 29, n’avez-vous pas reçu de Thionvillc une dépêche du colonel Turnier, ainsi conçue :

Général Ducrot commande corps Mac-Mahon; il doit se trouver, aujourd'hui 27, à Stenay, à gauche de l'armée; général Douay, à droilo sur la Meuse. Se tenir prêt à marcher au premier coup de canon.

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