‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 9 sur 117 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Retour do Bourbaki. — Circulaire du 7 octobre. — Bataille des Tapes.

Dans son livre sur l’Armée du Rhin, le maréchal Bazaine dit : « M. Régnier m’avait demandé si , le cas échéant, il pouvait rapporter mes paroles à H. de Bismark. Je n’y ai vu aucun inconvénient; nisb 'fi ne pouvais considérer ce propos comme une ouvertu*? ^uc je faisais au gouvernement allemand, ainsi que la dépêche de Ferrières semblait le présumer.

« M. Régnier, avec lequel je n’ai jamais eu de relations depuis le 24 septembre, s’est attribué là une mission que je ne lui avait pas confiée. »

11 est certain, en efFet, que M. Régnier brûlant de jouer un rôle, s’érigea en plénipotentiaire, sans avoir de bonnes lettres de créance; il n’emportait du maréchal qu'une signature apposée au bas d’une vue d’Hastings, lorsque le 28 septembre, il vint à Ferrières retrouver M. de Bismark. Celui-ci se récria : « Une signature sur une photographie n’est pas, dit-il, une autorisation suffisante ; je le regrette, mais je me vois forcé de cesser toute communication ultérieure avec vous, jusqu'à ce que vous ayez des pouvoirs plus étendus. »

Sur les instances de Régnier, M. de Bismark voulut bien toutefois faire expédier la dépêche suivante :

« Ferrière», Î9 »eplcoibre 1 S70 .

« Le maréchal Bazaine acccptern-t-il, pour la reddition de l’armée qui se trouve devant Metz, les conditions que stipulera M. Régnier, restant dans les instructions qu'il tiendra de M. le maréchal? »

La réponse, adressée au prince Frédéric Charles, fut transmise au maréchal Bazaine, le 29 septembre, par le chef d’état-major général Von Sticlc.

Le maréchal répondit :

c üeti, 2S septembre t S 70 .

« Monsieur le général,

« Je m’empresse do vous faire savoir, en réponse à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m'envoyer, que je ne saurais répondre d’une manière affirmative à la question qui est posée par S. Exe. le comte de Bismark. Je ne connais nullement M. Régnier, qui s’est présenté à moi comme muni d’un laisser- passer de M. de Bismark, et qui s’est dit l’envoyé de S. M. l’impératrice, sans pouvoirs écrits. M. Régnier m’a fait savoir que j’étais autorisé à envoyer auprès de l'impératrice, soit son Exc. le maréchal Canrobert, soit le général Bourbaki. 11 me demandait en même temps s'il

pouvait exposer des conditions dans lesquelles il me serait possible d’entrer en négociations avec le commandant en chef de l’arinéc allemande devant Metz, pour capituler.

« Je lui ai répondu que la seule chose que je pusse faire serait d'accepter une capitulation avec les honneurs de la guerre; mais que je ne pouvais comprendre la place de Metz dans la convention à intervenir. Ce sont, en effet, les seules conditions que l’honneur militaire me permette d'accepter, et co sont les seules que M. Régnier ait pu exposer.

« Dans le cas ôii S. A. R. le prince Frédéric-Charles désirerait de plus complets renseignements sur ce qui s’est passé, à ce propos, entre moi et M. Régnier, M. lo général Boyer, mon premier aide de camp, aura l’honneur de se rendre à son quartier général, au jour et à l'heure qu'il lui plaira d’indiquer. »

L’incideut n’eut pas de suite ; il ne fut plus question de Régnier, et le maréchal ne songea plus qu'à la mission du général Bourbaki.

Il lui en vint des nouvelles, le 20 septembre, par un parlementaire prussien qui lui apporta deux lettres.

La première, émanée du prince Frédéric-Charles, avait pour but d’annoncer au commandant en chef de l’armée du Rhin que, le 28 septembre, Strasbourg avait capitule.

La seconde, en chiffres, était de Bourbaki, datée d’Haslings. Il disait qu’à son aspect l’Impératrice s’était écriée avec stupéfaction : ■ Que venez vous faire ici? m’apprendre sans doute quelque malheur nouveau : la capitulation de Metz, la destruction de l’armée de Bazaine.

— Mais non, madame, Votre Majesté m’a demandé, et me voici ! •

Le général racontait ensuite l’explication qui avait eu lieu, et le démenti formel donné aux allégations de Régnier.

Le général Bourbaki annonçait son prompt retour; mais il s’abusait sur les dispositions de ceux qui avaient favorisé son départ. De Luxembourg où il s’arrêta, place Guillaume, il écrivit, le 4 octobre, au prince Frédéric- Charles pour lui demander un laissez-passer, celui dont il était porteur ne l’autorisant pas à rentrer dans Metz.

Le chef de la 2» armée allemande refusa nettement:

« Vous auriez dû savoir, fît-il dire à Bourbaki, que votre sortie n'avait été tolérée qu’à la condition que vous ne rentreriez pas. »

Le maréchal Bazaine intervint; on lui répondit par une uute dans laquelle on précisait ce qui s’était passé le 25 septembre.

« Sur l’ordre de S. A. R., le chcl d’état-major a répondu à la demande de M. Régnier pour être autorisé à se rendre à Metz, dans le but de déterminer le général

commandant à accepter une mission politique, qu’on n’opposerait aucun obstacle au voyage dudit général ; mais qu’il était bien entendu que, pendant la durée du voyage, ce général ne pourrait entrer dans la forteresse. M. Régnier était chargé do faire connaître cette condition au général en question, avant que ce dernier se décidât à entreprendra le voyage. S. A. R. fut, en conséquence, fort surprise, lorsque, il y a plusieurs jours, le général fit demander, d’un territoire neutre, s’il pourrait rentrer à Metz. La demande, transmise à S. M. le roi, n’a pas encore reçu de réponse; mais le général a fait savoir depuis qu'il n'attendrait pas plus longtemps la décision demandée à cet égard. »

Bourbaki protesta , invoqua l’intervention de lord Granville; mais, pendant que le chef du Forcing-office faisait des démarches, le temps s’écoula ; il devint de plus en plus évident que si l'cx-général en chef de la gardeimpériale reprenait son commandement, ce serait pour être compris comme prisonnier de guerre dans une capitulatation désastreuse et préméditée.

Les délégués de la guerre et du ministère des affaires étrangères à] Tours l'invitèrent à se rallier à la cause de la défense nationale, à ne plus se préoccuper do sa situation personnelle, à subordonner ses sympathies politiques à l’intérêt de la France, et il se mita la disposition des représentants du pays.

Ce qui pouvait faire pressentir la destinée de Metz, c’est que Bazaine, dès le 7 octobre, montrait à l'armée du Rhin la douloureuse perspective de l’abandon dp la noble cité lorraine.

De son quartier général de Han Saint-Martin, il écrivait aux chefs de corps, ainsi qu'à ceux des armes

spéciales :

« Monsieur.

« Le moment approche où l’armée du Rhin se trouvera dans la position la plus difficile peut-être qu’ait jamais dû subir une armée française. Les graves événements militaires et politiques qui se sont accomplis loin de nous et dont nous ressentons le douloureux contre-coup, n’ont ébranlé ni notre force morale, ni noire valeur comme armée. Mais vous n’ignorez pas que des complications d’un autre ordre s’ajoutent journellement à celles que créent pour nous les faits extérieurs.

• Les vivres commencent à manquer, et, dans un delai qui ne sera que trop court, ils nous feront absolument défaut. L’alimentation de nos chevaux de cavalerie et de trait est devenue un problème, dont chaque jour qui s’écoule rend la solution de plus en plus improbable ; nos ressources sont épuisées, nos chevaux vont dépérir et disparaître.

« Dans ccs graves circonstances, je vous ai appelés pour vous exposer la situation et vous faire part de mon sentiment. Le devoir d’un général en chef est de no rien laisser ignorer, en pareille occurrence, aux cou»*

mandants des corps d'armce placés sous ses ordres, et de s’éclairer de leurs avis et de leurs conseils.

« Placé plus immédiatement en contact avec les troupes, vous savez, certainement, Monsieur, ce que l’on peut attendre d’elles, ce que l’on doit espérer. Aussi, avant de prendre un parti décisif,, ai-je voulu vous adresser cette dépêche, pour vous demander de me faire connaître par écrit, après un examen très-mûri et trèsapprofondi de la situation, et apres en avoir conféré avec vos généraux de division, votre opinion personnelle et votre appréciation motivée.

« Dès que j’aurai pris connaissance de ce document dont l’importance ne vous échappera point, je vous appellerai de nouveau dans un conseil suprême, d’où sortira la solution définitive de la situation de l’armée dont S. M. l’empereur m'a confié le commandement.

« Je vous prie de me faire parvenir, dans les quarante-huit heures, l’opinion que j’ai l’honneur de vous demander, et de m’accuser réception de la présente dépêche.

« Le maréchal commandant en chef de l’urmce du llhm

« Bazaine. »

Le jour même où fut envoyée cette circulaire de mauvais augure, le maréchal, comme s’il eût été toujours plein de confiance dans les efforts heureux de nos armes, entreprenait une opération sur une vaste échelle. Dans la nuit donc du 3 octobre, deux compagnies de francs-tireurs et deux bataillons de la division Levassor- Forvet avaient enlevé la ferme de Sainte-Agathe, et le château de Ladonchamps que les Prussiensdc ce côté avaient repris naguère. Ce château était devenu le point extrême des lignes françaises auxquelles il fut relié par une caponnière. Une batterie armée de quatre pièces de siège y fut construite.

Ce n'ctaitlà que le prélude d’un mouvement plus important. D’abondantes récoltes étaient entassées dans les fermes des Grandes et Petites-Tapes, situées au milieu de la plaine de Woippy. Elles furent attaquées, le 7 octobre, à midi, par le C« corps, que soutenaient des divisions des 3° et 4 e corps et les voltigeurs de la garde (général Deligny),

Au signal donné, ces troupes s’élancent en même temps. La t ro brigade des voltigeurs dépasse Maxes, refoule les tirailleurs ennemis bien au delà du château de Ladonchamps, et pousse ses propres tirailleurs jusqu’à hauteur des Grandes-Tape9, pendant que la 2 e brigade s'empare de Saint- Remy, où clic trouve une résistance énergique. A peine notre mouvement s’est-il dessiné que l’ennemi ouvre une violente canonnade des batteries d'OIgy et de Malroy , de Semécourt et de Fèves, et de celles qq’il a placées dans la plaine à Ammelangc et en avant de Maisières. Malgré l’intensité de leurs feux et les pertes qu’ils nous font subir, la division Deligny n’en continue pas moins à se porter en avant, entraînée par le plus

brillant exemple de scs chefs et de ses officiers. Les Grandes-Tapes sont enlevées par la l r » brigade, et bientôt la 2» reste maîtresse des Petites-Tapes. Le bataillon des chasseurs de la garde s’était emparé en même temps du hameau de Bcllevue, que le génie mit en état de défense, et y était venu s'embusquer dans un fossé à 300 mètres en avant.

A l’extrême gauche, la brigade Gibon, précédée des compagnies de partisans, avait traversée les bois de Woippy et s’était jetée sur Sainte-Anne dont elle ne s'empara qu’après de sérieux efforts. Non-seulement elle trouva devant elle le feu des batteries ennemies, celui qui partait dns tranchées, mais elle eut encore à faire face â la fusillade dirigée sur sa gauche que ne couvraient pas les troupes du 4« corps.

A trois heures, la première ligne française avait atteint le ruisseau des Tapes et le longeait depuis le chemin de fer jusqu’à la Moselle.

Les Prussiens résistaient toujours; ils faisaient avancer des réserves considérables, et augmentaient leur déploiement d’artillerie.

Bien qu'une partie des troupes du C« corps fût encore en deuxième ligne, le maréchal Bazaine fit appeler comme réserve la brigade de la division Picard, des grenadiers de la garde.

Les 3“ et corps n’avaient opéré qu’une diversion infructueuse» l.cs Prussiens avaient établi entre la Moselle et le village de Rupigny, sur la route de Bouzonville, une tranchée que la division Aymard (du 3 e corps) n’avait pu dépasser pour agir contre les batteries de Malroy. La deuxième brigade du 3" corps, maîtresse de Chicullcset de Woippy, s’étendait par sa droite jusqu’à Villers-l’Orme et Mev, sur la route de Sainte-Barbe. Jugeant leurs positions de Poix et de Scrvigny menacées, les Prussiens sc portèrent par masses sur ce point, avec une nombreuse artillerie, mais ils n’engagèrent que leurs batteries dans un combat que soutint la division Metinann, à la droite de celle du général Aymard, sur le versant nord du ravin de Vcntoux, et jusqu'à Lauvallicr.

A la gauche, la division Grenier (du 4* corps) envoya sa première brigade occuper Lorry, Vigneulles et les bois voisins. La deuxième, à laquelle on avait adjoint un bataillon de chasseurs, pénétra dans le bois de Woippy au même moment que la brigade Gibon, et s’avança au delà, dans la direction de Villcrs-Ies-Plesnois. Elle occupait en même temps le poste ruiné de la Tuilerie et le vallon de Sauluy, où elle se maintint en deçà du village. Mais ces troupes ne gardèrent pas assez longtemps leurs positions; elles suivirent uri mouvement de retraite momentané de la brigade Gibon pendant l’attaque de Sainte-Anne et se retirèrent jusqu’auprès de Woippy, sc bornant à observer les débouchés des bois pour arrêter tout mouvement de l'ennemi du côté de la plaine.

Ces marches, ces contre-marches, ces mouvements

de troupes mirent en relief la bravoure des soldats, mais aboutirent à un échec, comme le constate la relation elle-même du maréchal Bazaine : « En présence de l'intensité du feu de l’ennemi qui ne diminuait pas et de la direction convergente qu'il lui avait donnée sur les points dont nous nous étions emparés, il n'était pas possible de réaliser l’opération de fourrage que j’avais voulu faire; nos voitures n'auraient pu traverser un terrain sillonné en tous sens par les obus, et force fut de les faire rentrer au camp. Je maintins néanmoins les troupes sur les positions conquises, afin de bien affirmer notre succès, et je ne donnai qu’à cinq heures et demie l'ordre de se replier dans l’intérieur de nos lignes. La retraite so fit dans le meilleur ordre sous la protection de notre artillerie de campagne et de nos batteries de position; elle ne fut pas inquiétée par l'ennemi autrement que par le feu de scs batteries, quoiqu'il pût disposer alors de forces considérables; il était d’ailleurs tenu en respect par, notre poste avancé de I.adonchamps, où la brigade de Chanaleilles s’était établie dés le début de l’action et s’était solidement maintenue sous une véritable pluie d'obus.

• Bien que l'opération de fourrage projetée n’ait pu avoir lieu, cette journée n'en constitue pas moins pour nos armes un brillant succès. Nos troupes s'y sont vaillamment comportées, et l’ennemi chassé de toutes ses positions, abandonnant ses tranchées et scs ouvrages, a laissé entre nos mains 535 prisonniers, 'dont 4 officiers. Malheureusement nos pertes sont sérieuses; elles s'élèvent à 1 ,257 hommes, parmi lesquels on compte 3 officiers généraux. »

Ce combat, où tant de sacrifices avaient été faits en pure perte, fut'bruyammcnt exploité par les correspondances étrangères qui en firent un événement. Les Prussiens le célébrèrent avec fracas, a La nuitdernière, dit une dépêche du quartier général de Versailles, du 8 octobre, toute la garnison de Metz, y compris la garde, a fait une sortie vers le nord, sur les deux rives de la Moselle. Ils ont été repoussés dans leur attaque sur les positions retranchées des troupes allemandes, et sont retournés dans leurs forteresses avec une perte d’environ 2,500 hommes. Nos pertes sont estimées à • 000 hommes. »

De Saarbruck, on écrivait à la même date :

« Hier, à une heure de l’après-midi, Bazaine a fait une tentative furieuse pour se frayer un passage à travers les Prussiens qui sont dans la direction de Thionville. La veille au soir, les Prussiens l'avaient repoussé du village de Ladonchamps et avaient établi un avantposte dans Saint-Remy, Petites et Grandes-Tapes et Maxes.

a Protégé par un brouillard épais, Bazaine avait avancé scs troupes et commencé une attaque avec de l’artillerie pour la reprise de Ladonchamps.

c Ayant échoué, il s'élança sur Petites et Grandes- Tapes, détruisant les avant-postes et lançant de grandes

masses d’hommes sur leurs réserves. Ayant occupé ces villages, il envoya en avant un grand corps de troupes sur la droite, près de la vallée de la Moselle, où il fut obligé de ralentir sa marche en présence d’une canonnade prussienne venant des deux côtés de la rivière. Là, il fut arrêté par deux brigades du i0« corps d'armée de la landwehr, qui occupaient la position en face des Grandes et Petites Tapes. Ces deux brigades se distinguèrent beaucoup.

o Le bataillon de fusiliers du 58° régiment de la landwehr fut presque exterminé; d’autres bataillons du même régiment, et le 50° régiment de la landwehr, ont également beaucoup souffert. Enfin, à quatre heures et demie, les Français ont été repoussés de toutes ces positions, grâce à l’arrivée en masse de la landwehr et du 10» corps d’armée. Il y a eu de nombreux combats à la baïonnette dans les villages. Le général von Brandenstein, commandant la 5° division de la landwehr, a été blessé. La victoire prussienne est complète.

« Les pertes en tués et blessés sont très-considérables. Les pertes des Français sont plus grandes. Les Français ont mis en ligue toute leur artillerie et leur infanterie, appuyées par les forts Saint-Julien et Saint-Eloi. Tous les i 0» et 3* corps d'armée prussiens et quelques divisions de la landwehr étaient engagés. Le général en chef était von Woigh,du 10° corps. Les Français ont fait simultanément une feinte attaque sur Tang, Cbicullcs, Charly et l’Orme, au nord-est du fort Saint-Julien, mais elle a été repoussée dans la soirée. »

Les journaux anglais enregistraient un télégramme dans le même sens. On lisait dans le Daily News :

• Nuisiciillc, S octobre,

« Pendant la nuit, les Français ont accumulé de grandes forces sur les coteaux est du fort Saint-Julien.

« Les avant-postes prussiens ont été repoussés, les réserves appelées et mises en ligne. L'artillerie couvre toutes les hauteurs et le fort Saint-Julien mitraille Noisseville.

a Une furieuse canonnade est dirigée de Colombey, Mercy-le-Haut et Peltrc, vers le sud. On entend également le feu du fort Saint-Privat. »

i Berlin, 9 octobre.

« Jeudi, à Metz, les assiégés ont fait une tentative désespérée, avec toutes leurs forces, pour se faire jour sur les deux rives de la Moselle, dans la direction de Thionvillc. La forteresse est maintenant étroitement investie. »

On lisait dans le Times :

« Strrtbrnck, 8 octobre.

« Vendredi, de nombreuses sorties ont été faites de la place de Metz. Bazaine voulait se frayer un passage par Thionville à Luxembourg; l'attaque a été tentée de

CodmH de guerre tenu à Metz, présidé par Bazaine.

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Ladonchamps, Grandes et Petites -Tapes et autres villages au nord du fort Saint-Eloi. Les Prussiens perdirent leur première ligne, et deux régiments de la landwehr furent décimes. Les villages furent ensuite pris d'assaut. On fit deux attaques feintes sans effet. Les forces françaises étaient de 40.000 hommes. La perte des Prussiens est de 1,000 hommes, celle des Français est du double. »

Le général Deligny, qui dans cette journée commandait les voltigeurs de la garde, a consacré une excellente page de son ouvrage sur l’armée de Metz à la bataille du 7 octobre, qu’il résumede lafaçon la plus claire et la plus catégorique. « L’on feignit, raconte-t-il, de vouloir s’ouvrir la route de Thionville par une préparation qui s’accusait par de petits engagements. Le premier obstacle à vaincre était la position de Ladonchamps, château retranché, à la possession duquel l'ennemi semblait atta-

cher une certaine importance; il lui fut enlevé au point du jour pour ne plus être abandonné, quelques efforts qu’il ait faits pour le reprendre. Sur la droite, vers la Moselle, l’ennemi fut également chassé des Maxcs, villages importants, renfermant des approvisionnements de fourrages. Nous ne nous y maintînmes pas, leur occupation n’étant d’aucune utilité.

■ Enfin, le 7 octobre, un mouvement d’ensemble eut lieu dans la même direction. Des troupes du 4» et du 6* corps attaquèrent les collines qui courent sur la gauche et parallèlement à la route de Thionville, et la division de voltigeurs de la garde 9'avança sur la droite de cette même route, en y appuyant sa gauché. La limite extrême que devaient atteindre les troupes dans ce mouvement offensif ayant été prescrite par le commandant en chef, les généraux n’eurent à demander aux troupes que des efforts proportionnés au but à atteindre. Géné-

râlement, on avait perdu le goût de ces sortes 4’opératiens qui n'amenaient à rien qu’à des pertes d’hommes. Les troupes du 4* et du 6» corps se conformèrent au programme et chassèrent l’ennemi des bois avoisinant la route.

« Quant à la division de voltigeurs de la garde, déployée à sa sortie des tranchées, elle se trouvait avoir, à deux kilomètres en avant de son front, les villages des Maxes, de Saint-Rémy, des Grandes et Petites-Tapes, tous plus ou moins occupés par l'ennemi.

a Les voltigeurs se portèrent résolument en avant, ne se laissèrent point arrêter par la violence des feux de mousqueterie et d'artillerie dirigés sur eux, et ils enlevèrent successivement à la baion nette ces différents villages, dans lesquels ils firent huit cents prisonniers.

Ils s’y maintinrent jusqu'à la nuit, sous les feux convergents de plus de quarante canons, la plupart d’un gros calibre. S’ils se retirèrent, c’est parce que l’heure de rentrer au camp était venue.

a L'opération du 7 octobre fut la dernière de la campagne. Les troupes de l’armée du Rhin ne franchiront plus désormais en armes les limites de leurs camps respectifs. Elles sont ensevelies virantes et bien vivantes. Leur agonie date de cette époque. »

L’auteur de Metz, compagne et négociations, lé colonel d'Andlau. conclut de l'examen des dispositions arrêtées que l’échec avait été prévu, car le 6» corps s'avançait sous le feu concentrique des batteries ennemies, sans que ses flancs fussent dégagés par l'insuffisante diversion des 3° et 4* corps. Ce fut l'opinion du prince Frédéric-Charles, qui ne comprenait pas comment, sous prétexte de ravitaillement, on avait essayé d’enlever au 2* corps d’armcc allemand des positions intenables, pour les laisser ensuite entre ses mains. Quant à l’armée, qui venait de grossir inutilement sa nécrologie, clic pensa que Bazaine songeait surtout à dégager sa responsabilité dans les événements à venir. « Ce qu’il y a de certain, a écrit le colonel d'Andlau, c’est que le maréchal tint à bien constater l’état de nos pertes, pour ne pas laisser amoindrir l’importance de l’engagement ; les journaux de Metz ayant indiqué un chiffre inférieur à la réalité, il s’empressa de le faire rectifier. Peut-être avait-il aussi l’intention de démontrer les difficultés d’une tentative de vive force, afin do clore définitive- ; ment la bouche à ceux qui avaient la folie de l’espérer encore. »

Dans une série de questions qu'un officier anonyme posait, bien entendu sans les communiquer, au maréchal Bazaine avant la capitulation, et qui furcut publiées rétrospectivement par Ylndépemlant de la Moselle , cet officier disait ou substance à sou commandant en chef :

« Pourquoi avez- vous, le 26 août, invoqué la pluie qui tombait sur les Prussiens aussi Lien que sur nous?

• Pourquoi, le 31 août, n’avoz-vous pas gardé les positions conquises?

« Pourquoi avez-vous laissé les Prussiens brûler d'immenses dépôts d’approvisionnements?

« Pourquoi, le 7 octobre, avez-vous livré un grand combat dans la plaine de Thionville? Que vouliez-vous faire? vous ravitailler, assurc-t-on; mais, comme à votre ordinaire, vous avez engagé la lutte avec une infériorité numérique de troupes et de canons. Les soldats se sont pourtant emparés des Grandes-Tapes, où se trouvaient des greniers assez largement approvisionnés; mais l’on serait tenté d'admettre que vous n’avez pas voulu la victoire, puisqu’après l’avoir obtenue au prix du sang d'un millier de soldats, vous avez ordonne la retraite? »

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