‹ Bazaine et al capitulation de Metz Émile de La BédollièreChapitre 93 sur 117 · CHAPITRE LY · texte numérisé non relu

CHAPITRE LY

suivie, le 2« corps n'a. du reste, pas joué le rùlc principal ; le récit du témoin offre peu d'intérêt.

Le Président lui adresse ensuite quelques questions exclusivement stratégiques sur les diverses positions occupées successivement par le 2* corps.

A cinq heures moins un quart on apporte des lampes. L’accusé n'en veut pas ; en revanche, on en gratifie les joumalisios.

Le Président,— Le mouvement de retraite ordonné le 18 au soir i» ‘impliquait-il pas l'abandon delà routede Briey?

Le témoin. — l‘cn était convaincu.

Lk Pmésidbnt. — Le I*, penicz-vous que l’armée Fût menacée aur sa gauche?

La témoin. — Je uc l'ai jamais cru.

Le huitième témoin est le général Jarras*

Ce témoin, déjà appelé à l'audience précédente, a la môme tenue qu'hien

Il salue le conseil et l'accusé.

Le général Jarras fait sa déposition debout. On a grand’peineà entendre ce qu’il dit lin reste, il s’exprime avec une extrême difficulté.

Il expose d’abord d’une façon plus que sommaire les faits relatifs à la bataille de Borny. L'armée fut mise en mouvement le 14, et le témoin obéit aux ordres qui lui avaient été envoyés. Pendant le passage de la Muselle, le combat fut engagé à Borny, et* après la bal.iille, on acheva de passer la rivière sur l’ordre du maréchal. Le général Jarras revient sur la journée du 15, la bataille de Gravelotte , pour laquelle il n’a fait autre chose que d’écrire des ordres sous la dictée du maréchal, enfin à la bataille de Sainl-Privat.

Sa déposition n’oflVc aucune espèce d’intérêt.

Ls Président, — Avez-vous conservé le carnet sur lequel vous avez consigné les ordres verbaux du maréchal?

Lk témoin. — Oui.

LkPrrsidbnt. — Si le défenseur et te commissaire du gouvernement y consentent, vous vous servirez de ce carnet pour répondre avec plus de précision. — Général, à quelle heure l’ordre de concentration sous Metz a-t-il été donné, le 18?

Lk témoin. — Je ne sais pas au juste.

On a beaucoup de peine à trouver cet ordre que l’on présenté enfin au témoin.

Le général Jarras prend son carnet et lit divers ordres qui lui ont été donnés verbalement par le maréchal Bazaine ; mais il ne peut préciser aucune heure; du reste, la plupart de ces ordres sont relatif-* à des questions de detail peu importantes.

Apres un colloque assez oiseux, le témoin est invité à se retirer.

La séance est levée à cinq heures quarante minutes, et renvoyée au 22 octobre, à midi*

Audience do mercredi 22 octobre, — Déposition» de MM.’ le

général Soleille, le colonel Vaa»e-Salnt-Oucn, le général

Lebrun.

On remarque un peu moins de monde dans la salle que les jour* précédents. Presque toutes les places réservées sont cependant occupées avant midi et demi; mais à l’entrée et dans les couloirs la foule n’est pas aussi grande qu'aux deux dernières séances. Au dehors, le public est également moins nombreux.

Parmi les personnes qui ont pris place dans la salle au commencement de cette séance, mentionnons M. le ministre de l’intérieur, Boulé; MM. L’Êbraly, Hulin, Delsol, Du Breuil de Saint-Germain, députés à l'Assemblée nationale, MM. Saint-René Taillandier et de ForcadeLa Roquette. Madame Albert Bazaine se tient dans la loge placée derrièée le maréchal.

Le conseil entre en séance à midi quarante minutes.

Le Président. — La séance est reprise; nous continuons l'audition des témoins sur les opérations militaires et sur les faits qui s'y rattachent, depuis le 12 août jusqu’au 19.

L'ordre adopté suivant lequel les témoignages doivent être entendus indique pour premier témoin M. le général Soleille. Ainsi que je l'avais annoncé, M. le gé-' néral Soleille â subi la formalité des visites et contre-visites prescrites par ie règlement. Il résulte de cette formalité que M. le général Soleille est non-seulement hors d’état de se rendre aujourd'hui à l'audience, mais hors d’état de paraître devant le conseil d’ici à la fin des débats. Si le ministère public et la défense le veulent, ils pourront prendre connaissance du procès-verbal de la visite et de la contre-visite qui ont été faites.

Je vais, en vertu de mon pouvoir discrétionnaire, ordonner la lerture de la partie de la déposition que M. In general Soleille a faite dans l’instruction, et qui s'applique au groupe de faits sur Icsquelsje conseil entend eu ce moment les dépositions dès témoins.

Le greffier donne lecture de la partie de la déposition de M. le général Soleille indiquée par M. le president, et dont voici les termes.*

M. Maime -Justin-Lion Soleille, Agé de »ol sente -cinq ans. j

général de dhUion en disponibilité à Grapnague ( lluule- .tiaronne }.

D. Veuille* dire quelle* étalent le* ressources de la pince de Mets et de l'armée en munition» de guerre de loute espèce au commenceraenl d'août I R 1 0 ; comment celle situation » l trouvée modifiée smvessivement par suite de* début» malheureux de la guerre; & qu«-l moment l'inquiétude a commencé A vou» gagner A ce atijel et que'» sont 1rs incident» qui ont le plu» particulièrement éveillé voire sollicitude sur le danger de manquer de carloui-lic», de projecllle» 'i

Conllrmei-iou» notamment ce* déclaration» contenue* dan» votre lettre du à août IHïr, dont la copie e*l ci-jointe ? —

R. Je n'avai» point A connaître ni k disposer de» ie*>ourcca propre» i la place de Metz; mal» j’ai pu juger, par l’inapee- J

5fl

lion que J’ai faite de «n magasins à mon arrivée et par les secours que l'argiée a reçus de l'arsenal pendant Inut le temps du blocus, que la place itérait posséder un matériel d'artillerie considérable.

Quant aux ressources propres à l’armée, j’ai trouvé, en arrivant à Metz le 2 1 juillet 1810. outre une partie des batterie* et parcs de* rorps d'armée, la portion constituée du j grand pare de campagne que devait contenir i’arsenal de Mois. Cette portion Tut dirigée dés le 18 août sur le corps d'armée du maréchal de Slac-Malion, épuisé el en pleine retraite, après la bataille de KelrhehofTeii. Le reste du grand parc, qui devait être concentré à Toul, n'a jamais élé réuni, malgré les efforts faits au moment de la guerre.

L'Interruption de U vole ferrée par Frouard, qui eut Heu le 1 1 et la 1 2 août, • privé l’armée des ressources qu’elle devait encore recevoir. Ainsi, la presque toialiié de I artillerie divisionnaire du 6* corps, sa réserve d'artillerie tout entière, son parc de corps d’armée n’ont pu rejoindre ; on a dû prélever sur les autres corps d'armée, et particulièrement sur la réserve générale d'artillerie, la plus grande partie des batteries qui ont combattu avec le <;• corps pendant toute la campagne.

La réserve générale d’arllllerlc el la réserve de cavalerie n’ont jamais eu leur second approvisionnement, qui doit marcher avec le grand parc. Par suite de ces circonstances, l’armée du Rhin n'a Jamais possédé son approvisionnement normal en munitions. De là. les embarras et les difficultés qui se sont manifestés dès le commencement de la guerre.

Mon opinion est, au moins en ce qui concerne le service de l'artillerie, queeet état de choses doit dire attribué moins au défaut de prévoyance dans la préparation de la guerre et au manque réel de ressources qu'à la rapidité foudroyante avec laquelle ont été opérés l'invasion prussienne el l'investissement de Mets: rapidité telle qu'elle a prévenu et rendu Impossible la concentration sur U frontière des ressources existantes, mais dispersées à l’Intérieur. ’

L’Inquiétude a commencé à me gagner dès le I? août, lorsque j’ai vu I* première artère de no* communications coupée à Frouard, et la vole de Thtonvillc tellement menacée, qu’on ne pouvait plus compter sur son concours. Il est même surprenant que quelques convois aient pu s’v hasarder Irrégulièrement jusqu’au 18 août.

G’ est dans la nuit du 18 au 19 août que lea coureurs de l’ennemi ont inlerccplé la vole.

D. Le colonel Vasse Salnl-Ouen a déposé que, le soir du 16 août, voua l’aviet envoyé an maréchal pour rendre compte de la situation de l’armée au point de vue des approvisionnements après les consommations «le la journée, et il s’est exprimé ainsi : • Je fus chargé de dire que les consommations avaient élé considérables, qu’on pouvait les apprécier au tiers ou au quurt de l'approvisionnement de l'armée en iiiunilions d'artillerie, et qu'il serait utile d’envoyer à Metz, dans la nuit même, de nouveaux caissons en munitions. »

D. Vos souvenirs sur ca point aonl-ila d'accord avec ceux du colonel Visse? — R. Ladéposliion du colonel Vusse est exacte. Je la confirme. Il serait utile, dit celle communication, d’envoyer h Meli, dans la nuit même, chercher de nouveaux caissons en munition*. On ne saurait, en effet, ronlester l'utilité qu’il y avait à tenir au complet, au moment do s’éloigner de sa base de ravitaillement, un approvisionnement déjà restreint au départ et sensiblement diminué par la con- Somniiiiion des 14 et 16 août. Le réapprovisionnement s’opérant dans la nuit même du 16, le convoi venu de Metz pouvait rejoindre l'armée dans la journée et même dans la matinée du 17, sans que la marrlie sur Verdun, si l'on y persévérait le |7. en fût retardée el encore moins empêchée. La pénurie de munitions d artillerie est *an* doute une cause d’intériorité pour une armée, mais non un obstacle absolu à certaine» opérations de la guerre. L’obstacle ab.-olu, c'est toujours cl partout le manque de vivres.

D. Celle communication était-elle spontanée de voire part ou répondait- elle à un désir ou à un ordre iihlérieurenicut manifesté par le maréchal? — H. Cotte communication ne pouvait être qn’enliêrcmenl spontun'-e de ma part.

I). Quel était le véritable caractère de celte commnnicatlon f Etait-elle basée sur des renseignement* particuliers arrivés dès le soir jusqu'à vous, tur des indices positifs recueillis

par vous-même ou par votre état-major, on bien traduisaltellr simplement une Impression personnelle du moment ? — R. Cette communication élait naturellement basée sur l'ensemble des renseignement* recueillis par mes officiers et sur les impressions personnelles que J’emportais du champ de bataille. Les documents précis ne pouvaient pas m'être fournis à dix heures du aoir par les corps qui avaient rembattu jusqu'à la tombée de la miil (neuf heures dn soir). Ha leur ont été demandés et m'ont élé rapportés dans la nuit par les officient de mon état-major.

D. En confiant celte mission verbale à M. le colonel Vasse, mission d’one grande importance, éltex-voos bien sûr que le colonel Vasse fût avec vous sur ce point en parfaite communauié de me et d’appréciation, e'eet-'i-dlre èn disposition d’esprit favorable pour Interpréter rigoureusement votre pensée et vos Intentions? — R. J'Ignore quelle# pouvaient être le* vu»# et les appréciations du colonel Vasse, mais je sais que le colonel Vasse est un homme d'honneur el un officier d'esprit trop hiérarchique pour n'avoir pas rapporté ou tnterprélé avec fidélité la communication verbale dont Je l’avils chargé.

D. Pendant la bataille du 18 août, avex-vous reçu du maréchal des instructions ou des questions relatives à l'emploi fait ou à ftdre de l'artillerie de la réserve générale, demeurée Inactive à la gauche de l'armée? Avex-vous reçu pendant ce même romhat dea ordres pour faire ravi I ai lier Ipi batteries du 4 e el du 6* corps qui s'épuisaient à la droite dan* une lutte Inégale? — R. Pendant la bataille du 18 août, Je me suis trouvé constamment près du maréchal, sur le plateau de Saint- Quentin, ciii étalent rétmles dès le malin quaire batteries de 12 de la réserve générale, six batteries de 4 de la réserve générale, six batteries de 4 de la garde.

Le maréchal ne m'a donné aucune Instruction particulière. L'emploi fait ou à. faire de l'artlllci le du la réserve générale a élé réglé par lui. Je n'ai eu qu’à falpe exécuter les ordre* courants et particulièrement ceux relatifs à la disposition «le deux batteries de 12 avec le^fue'les le maréchal voulait cou- (rebattre du haut' de Saint-Quentin l«-§ attaques dirigées contre le village de Salnie-Rufftne, et couvrir la routo de Mets qui était la ligne de retraite du 2* corps.

Dans l’après-mldl, le maréchal disposa de six batterie* de la garde et de deux batteries de 12 cl les envoya soutenir les positions delà droite. Le* batterie* de la droite ont élé ravitaillées pendant le combat, par suite des dispositions que j’avais prises dès le 17.

Le* commandants de l’arlillerle «les corps avaient élé pr«îvrnu» le 1" qu'un fort convoi de munitions composé de* caissons tenus en réserve à l’arsenal (ce sont ceux-là même* dont

11 a élé parlé plus haut ol qui pouvaient être amenés dan* la nuit à (iravelolte) serait ronduil sur le plateau en avant «lu fort do Plappeville. afin de leur fournir sur place les munitions dont leur artillerie pouvait avoir besoin.

Après le remplacement de* munitions consommées, il restait encore des eaiasoft* chargés. Cca caisson* furent amené» dan» l'après-m di du IK août par deux officiers «in mon étatmajor aux batteries des 4® et 6® corps fortement engagée# sur la droite, el qui furent ainsi réapprovisionnées sur le champ de bataille.

D. Vuus avez rédigé, après lo eomhal du IG, une note qui devait être remise à l’empereur par l’envoyé porteur «les dépêches que M. le maréchal Bazaine expédiait le soit- même.

Il est nécessaire que relie noie figure au dossier, el, à défaut du texte original, Il tu Dira d'en déposer une copie fidèle. L’avez-vou* composée spontanément, avant dYn entretenir I-* maréchal ou de la lui montrer, ou bien l’idée dé eetie démarche vous a-t-elle été suggérée par le maréchal lui-même, ou a-l-elle élé concertée arec lui? Qui fut chargé de la rédiger? — R, Je n’al rédigé après le combat du 16 août aucune tinte pour l’empereur. Je déclare expressément que depuis le

12 août, jour oit le maréchal Bazaine prit le commandement de l’armée, je n’al a«lres*é aucune note, aucune commnnu-atfnn quelconque à l’empereur.

Depuis ce jour, Je n’ai rn de relations de service qu’avec mon chef hiérarchique, le maréchal Bazaine, comme c’élait f mon devoir. D’aitlcurs, ayant été renversé avec mon cheval j par une des chargea de cavalerie prussienne dan* l'après-midl I du 16 août, et ayant été rapporté fortement contusionné à

liO

Gravelotle, j’étais, ce soir du 16, étendu sur an matelas, fort peu en disposition et encore moins en état de rédiger des notes.

C’est môme pour celle dernière raison que le colonel Vasse, mon chef d'état-major, a dû aller à ma place auprès du maréchal pour lui rendre compte des éTéncmenla du jour et prendre ses ordres pour le lendemain matin.

L'histoire de celte note qui ne ligure pas au dossier (et pour causr) doit être éclaircie, et Je prie tout particulièrement M. le rap)>orteur de poursuivre de son active investigation le secret de celte mystification.

Je nia de la manière la plus expresse avoir adressé le 1 6 août au soir aucune note à l'empereur ou à qui que ce soit.

U. La note dont il a été fait mention a été expédiée le 11 au soir par le maréchal llaiaine, ainsi que le constate son rapport h l'empereur en date du 11 août, cité dans son ouvrage : l'Armée (lu Rhin, comme le constate en outre la déposition du commandant Magnan, qui a porté celte note à l'empereur. L’envoi de celte note a été indiqué dans la 8 e question comme étant du iG, tandis qu’il est du 17. Il y a là une erreur matérielle, Je le reconnais. Quant au terme de mystification que yous employez celle occasion, je ne saurais l’accepter, et je vous prie de le retirer.

Quoi qu’il en soit, vous avn rédigé une note qui, d’après le maréchal. Indiquait a le peu de ressources qu'offrait la place de Metz pour le ravitaillement en munitions d'arlillerie cl d'infanterie. »

Celle note n'est pas au dossier; in maréchal demande instamment qu'elle y ligure. A défaut de minute, je vous demande une copie si tous l'avez; à défaut de copte, je vous demande vos souvenirs. Veuillez me répondre. — R. En présence des explications qui me sont données sur la note, objet de la huitième question qui m’a été adressée, explications qui mettent à néant l'insinuation que j'ai crti apercevoir d’une entente particulière avec te maréchal pour la rédaction du rapport adressé à l'empereur le 16 août au soir, je retire l’expression de mystification qui s'adressait & l’assertion contenue dans cette huitième question, que le 16 au soir J’avais rédigé et adressé directement une note à l'empereur.

Quant à la note qui, d’après le maréchal, indiquait le peu de ressources qu’offrait la place de Metz pour le ravitaillement en munitions d'artillerie cl d'infanlerlc, je reconnais positivement avoir rendu compte au général en chef des approvisionnements de la place dans le sens indiqué par le maréchal. Ce rapport a dû être une note écrite, du moment où le maréchal l'affirme. Elle doit alors se trquver soit dans mon registre de correspondance, soit dans les pièces officielles de mes archives i Part*.

Quant à en donner à ce moment la copie, mes souvenirs ne sont pas assez présents pour que je puisse m'en rappeler les termes exacts.

Le greffier lit ensuite, comme complément de cette déposition écrite, une lettre adressée parM. le général Soleillc en date du 5 août 1872 à M. le général rapporteur et qui porte sur les mêmes faits.

Le Président : Je demande à M. le commissaire du gouvernement et à la défense s'ils ont quelques observations à présenter.

Le générai. Pochcbt déclare n’avoir aucune observation à faire.

M* Lachaud : Dans la discussion générale, monsieur le Président, nous trouverons à parler de cette déposition, mais en ce moment il serait assez difficile de dire les points du débat dont elle pourra être l’objet.

Le Président : Appelez le second témoin, M. le colonel Vasse, chef d'état-major du général Soleille.

M. Henri-Charers-Ferdinand Vasse Saint-Ouen, Agé de cinquante-trois ans, colonel d’artillerie, demeurant à Paris, est introduit. •

Il paraît plus jeune que son ;tgc ; il porte la grande tenue de colonel d’artillerie et la croix d’officier de la Légion d’honneur.

Il fait sa déposition debout.

Le colonel Vasse Sainl-Ouen ne commence le récit dos faits qu'à partir de la bataille du 16; sa déposition est exclusivement technique.

Le 16 au soir, dit-il, je fus envoyé par le général Soleille au maréchal Bazaine pour le prévenir que la consommation des munitions avait été très-considérable.

Quant à la bataille du 18, je ne sais que fort peu du choses.

Le Président. — Quels renseignements avez-vous donnés, le 16 au soir, au maréchal Bazaine î*

Le témoin. — J’ai dit, d'après les instructions du général Soleille, que la consommation des munitions avait été du tiers ou du quart delà totalité.

Le Président. — Était-ce une estimation personnelle au général Soleille?

Le témoin. — Odi.

Le Président. — Était-ce à la demande du maréchal Bazaine que le général Soleille vous envoyait vers lui?

Le témoin. — C’était spontanément.

Le Président. — Avez-vous eu connaissance d'une lettre écrite parle général Soleilleau général Coffinières i le 16 au soir, réclamant, par suite des pertes faites, les munitions et les batteries de campagne qu’il avait laissées pour la défense de Metz?

Le témoin. — Je ne me souviens pas.

Le Président. — Avez-vous eu connaissance que le général Soleille ait reçu de Verdun des dépêches des 16 et 17 août, annonçant la présence de renforts d’artillerie en cette place, et savez-vous si le général Soleille a communiqué ces dépêches au maréchal Bazaine?

Le témoin. — Je n’en ai pas eu connaissance.

Le Président. — Le réapprovisionnement des corps en artillerie a-t-il pu se faire le 17 ?

Le témoin. — Non, ce n'est que le 18 au matin que les munitions sont arrivées de Metz, et encore le réapprovisionnement n'a-t-il été que partiel.

Le Président. — Avez-vous reçu le 16 au soir, du général Soleille, des prescriptions pour formerdes états de munitions?

Le témoin. — Non.

Le Président. — Vous n’avez donc aucune connaissance d’une note qu’il a pu remettre, à ce sujet, au maréchal Bazaine ?

Le témoin. — Non.

Le Président. — Combien de batteries de la réserve d'artillerie n’ont pas donné le 18?

Le témoin. — Quatre batteries de 12, et Six batteries à cheval.

Le général de Chabaud-Latour. — M. le colonel Vassc-Saint-Ouen croit-il que cette appréciation des

fil

I consommations en munitions ait pu être, le lendemain du jour où elle a clé donnée, basée sur des chiffres précis 7 — R. Je ne suis pas sûr que le 17 au matin le général Soleille ait pu avoir sur ce point des chiffres précis.

Le général Poüockt. — Dans sa déposition devant le général instructeur, le colonel a dit que le général Solcillc avait fait dire au maréchal Bazaine que la consommation des munitions avait été du tiers aû quart ; aujourd'hui, il dit du tiers à la demie. Quelle est la version exacte?

Lk témoin. — Ce doit être la plus ancienne; car alors mes souvenirs étaient plus présents.

M* Lachaud demande si à l’endroit où était placé le général Soleille, après sa blessure, on pouvait se rendre compte de l'intensité de la canonnade?* Sans aucun doute, répond le colonel, puisqu'il a continué A envoyer des ordres et des munitions.

M. Vassc de Saint-Oucn se retire en saluant le conseil de guerre et l’accuse. Il est remplacé A la barre par le général Lebrun, qui salue le conseil, se tourne, la tête inclinée, du coté du maréchal Bazaine et dépose en ces termes :

« Le 13, je rencontrai le maréchal Canrobert, qui me dit : « Est-il possible que l’état-major général ait indiqué une seule route à l'armée ? •

Ce reproche me touchait, je l’avoue, car c'est moi qui avais choisi avec le plus grand soin les officiers de ce corps distingué.

Et je pris des renseignements, et je sus que M. le général en chef ne s’en était nullement rapporté à l'étatmajor général pour donner des ordres.

Et tout ce qui s’est fait dans la journée du 13 a été ! ordonné en dehors des préparatifs faits par le grand état-major, dont les fonctions venaient de cesser.

D. Ne pensez-vous pas que le soin des opérations incombât au nouvel état-major?

H. La première partie, c'est-à-dire les études, incombait au grand état-major; l’exécution seule restait au nouvel état-major. Le mouvement n’a été arrêté que dans la journée du 12. M. le général Coffinières, quiavait séjourné à Metz, et connaissait parfaitement la place, était spécialement chargé, conformément aux plans élaborés au grand état-major, de la construction des ponts.

D. La construction des ponts pouvait être confiée au général Coffinières ; mais ne pensez-vous pas que le choix de l’emplacement des ponts appartenait essentiellement à l'état- major?

B. Oui, à mon sens,je pense que le grand état-major pouvait peut-être intervenir, mais on s'en était rapporté à M. le général Coffinières.

D. Donnez-nous des éclaircissements sur la façon dont ont été transmises les dépêches, ou elles arrivaient et par qui elles étaient transmises?

I Lk Président, pour préciser sa questiou, cite quel-

ques dépêches du 12, et notamment la dépécho de l'empereur au maréchal Bazaine, 3 h. 46 m., annonçant la marche sur Metz d’un corps bavarois et ordonnant de se replier sur Paris.

Le général Lebrun. — Ce télégramme m'est complètement inconnu.

M* Lachaud. — Cependant quelqu'un a répondu à ce télégramme ; nous avons la réponse. Le témoin pourrait-il nous dire qui a répondu?

R. Je n'en sais absolument rien.

M« Lachaud. — Eh bien 1 la réponse est du major généra) ; ce qui prouve que la responsabilité des ordres qui auraient dû être donnés alors n’incombe pas au maréchal Ba/aine, mais au premier état-major général.

Il est donné lecture d’un autre ordre adressé au général de Failly pourqu'il eut à modifier sa ligne de retraite.

Le maréchal Bazaine demande quel officier a porté

cet ordre, dont la transmission était confiée au général Jarras. •

Le témoin. — Je n’en ai conservé qu’un souvenir vague.

Le Président. — Je vous expose ces questions pour bien préciser le moment où la responsabilité commence à incomber au maréchal Bazaine. Les souvenirs du général Lebrun sont confus sur presque tous les points; mais il croit positivement que, jusqu'à la nuit du 12 au 13, le maréchal Bazaine, bien qu'investi du commandement en chef, n'exerçait pas encore réellement ce commandement.

Le Président fait lire deux dépêches desquelles il résulte que dans la journée du 12 déjà, des ordres arrivaient à l’état-major du maréchal Bazaine, étal-major du 3* corps, mais qu'on les y avait gardés en négligeant de les adresser à l'état-major général, qui conservait encore la responsabilité de leur exécution.

D. Il est un point que je désirerais élucider. L’étal- j major avait-il indiqué la route de Briey parmi les routes de retraite?

R. Le général Jarras et moi. nous nous étions particulièrement occupés de deux routes; la grande route d’abord et la route qui passe sous le fort de Plappeville; mais, quant à la route de Briey, nous avions considéré quelle ne pouvait être utilisée que dans le cas où l'on j serait obligé de se rejeter sur le nord.

D. On n’avait pas songé non plus à la route de Woippy pour gagner la route de Briey?

R. Nous nous étions attachés seulement aux grandes voies.

Le général de Ci» baud- Latour. — Cette étude que vous aviez faite des voies de communication, l’avezvous placée sous les yeux de l’empereur, et ensuite sous ceux dy maréchal Bazaine, lorsqu’il a pris le commandement? -

R. Il n’a jamais été fait de travail écrit. M. le général Jarras et moi, nous nous étions livrés, dès le 7, à une

BAZAINE ET I.A CAPITULATION IMS MISTZ.

étude spontanée des moyens de retraite, niais non» n’avions reçu aucun ordre à cet egard.

La Président. — Votre travail étant purement officieux et préparatoire, il n'avait pas encore pris corps. Mais il a dû être fait un travail écrit sur cette question si importante : qui en a été chargé?

R. M. le général ColUnièrea a probablement fait un travail écrit. Tout ce qui concerne les ponts a été fait ! par lui et j’y suis resté étranger.

Le général Poubckv , commissaire du gouverne- j menti— Je irai pas de question à poser, je constate : seulement que le commandement a été transmis sans aucune sorte de renseignements.

M" Laciucd. — M. le general Lebrun n'a-l-il pas vu un ordre, eu date du IJ août, sur la direction des ’ troupe»?

R. Je n'ai pas vu cet ordre. Je sais seulement ce que j'ai dit et ce que je répète, le propos de M. le maréchal Canrobert : « Comment l'état-major n'a-t-il assigné i qu'une route pour toute l'armée? »

M* Lachaud. — Il existe un ordre du ütaoùt qui indique toutes les directions pour tous les corps.

M.le President ordonne ta lecture de l'ordre signalé par la défense.

Rurny, 14 auAl, 12 h. 30 ni. du loir.

|.e 4* corps et le 3* «diront la route île t'-oiinan»; le 2* et le 6* rorp*, la route de Verdun ; la garde «uivra «elle même route avec la rêverie du général (iauiu.

Lk Président. — Cet ordre parle Lien de deux routes, deux jusqu’à G rave lotte, mais une seule à partir de ce point.

Lk ma bêchai. H haine. — J'avais indiqué la ligne générale, mais les corps d'armée pouvaient suivre d'autres voies.

Le Président, au témoin. — Vous pouvez vous retirer maintenant.

Le général Lebrun. — Je voudrais présenter une observation au conseil. I)ans tua première déposition, à la séance de lundi, une expressiou malheureuse ui’est échappée. J’ai dit, m'adressant à M. le président du conseil, que je désirais lui faire « une question » ; c'est « prière » que je voulais dire.

Le Président. — Monsieur le maréchal, vous pouvez vous retirer.

La séance est su»|»>ndue et sera reprise vendredi, à midi et demi.

Il est deux heures et demie.

Un observe que le public, à chaque instant de plus nn plus nombreux, dérangé dans sa curiosité par cette audience ecourtée, se relire un peu désenchante.

Un se demande quelle raison a pu faire leverla séance de si bonne heure, lie toutes les explications qui cir- i eulent, la plus naturelle semble être que M.le duc d'Aumale avait hâte de sc rendre à la réunion |>arlcmentaire du centre droit.

CHAPITUK LVI

Séanre du ît octobre. — béfMWlliOM «le MM. Jaune*. Ingénieur; ftenauli, eui| lové de chemin «Je fer; Mathieu, profiriélairo à Diane? | Scalle, ioipedcur du rlieuila de fer de l'Est; II») on val, Compagnon, capitaine* du génie; général lÀjnimères; L«r«, d|< f d'vacadrmi «T artillerie ; W'ullT, Ifjtcndapl général ; de VUlefloi»), liiulelianl-colonel du génie;

Kay, lieutenant-colonel; Prévfl, intendant; Moiqr, iouaintcwlant; Gafllol, intendant.

lies le malin, la pluie tombe à finis; ce qui n’empoche pas la foule de se presser, toujours compacte à l'intérieur et à l'extérieur de la salle.

Le conseil entre en séance ; les témoins Gabriel!), Iftivignier, Jaunez, répondent à l’appel de leur nom'.

Le maréchal a pris sa place accoutumée, et l’on entend M. Jaune/, ingénieur civil à Metz, âgé de soixante-treize ans. Il parait en proie A une vive émotion en arrivant dans le prétoire; il salue le greffier et l'accusé, mais ne semble pas voir le conseil; il est en habit noir.

Il fait sa déposition d'une voix imperceptible, mais avec beaucoup de lucidité.

M. Jaunez. — Le U, au matin, j*ai fait demander à l'autorité de Metz des instructions pour détruire le pont de Novéant, et on m’en a refuse en me répondant .seulement ce mot : Compris.

Le Président. — Qui vous a fait celte réponse ?

Le témoin. — Je l'ignore; mais je ne pouvais m'expliquer cette négligence, car il était évident que ce pont servirait aux Prussiens.

Le Président. — Quand les éclaireurs prussiens sontils apparus, pour la première fuis, au pont de Novéant 7

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