I.e témoin. — Le 13 août
Lk Président. — Et quel jour les troupes prussiennes ont-elles passé en niasse sur le pont?
Le témoin. — Le 14. le 15 et les jours suivants. .
Le général Pourokt. — N'avez-vous pas chargé des officiers de parler de la situation du pont de Novéant au maréchal Bazaine 7 Le témoin. — Je ne me souviens pas.
A M. Jaunez succède M. Charles-Alexandre Renault, employé au Hiemin de fer de Lyon, mais qui était, en 1870, chef de gare à Novéant. Il s'exprime en ces termes ;
« Le 12 août, nous avons signalé par télégraphe il Metz la présence de i'eunemi aux environs du pont de Novéant, en même temps que nous lui annoncions la présence des Prussiens à Pont-à-Mousson .
« Le même jour, le générai Margueritte a traversé par ma station, en allant à PonD-â-Mousson et en revenant, et il a pris connaissance de la dépêche que j’avdis passée.
« Le U, les Prussiens sont venus après avoir passé le pont, et se sont emparés de tua gare. •
Le Président. — Le il, avez-vous télégraphié l'arrivée des Prussiens ? .
Le témoin. — Oui.
Le Président. — Avez-vous demandé alors à faire détruire le pont? / l
Le témoin. — Non; mais j’ai voulu le hrùler moimême, et 1a püpulatiuu ttien a empêché.
Le Président. — Et quand les troupes allemandes sont-elles venues eu masse?
Le témoin. — Le 13.
Le troisième témoin est M. Mathieu, propriétaire à Novéant.
C'est un grand jeune homme à l'air fort intelligent, i 11 dépose que le (3 août, les vedettes allemandes ayant été signalées, plusieurs habitants de Noviant, préoccupes de la gravité de la situation, télégraphièrent à Metz et à l’empereur pour demander l’ordre de couper le pont.
A partir du 14, les communications avec Metz cessèrent, et, dans la nuit du 13 au 16, l’ennemi fit irrup- 1 lion sur le territoire.
Toutefois, ce mouvement subit, dans l'aprc* -midi du 16, une interruption par suite de l'affaire qui était engagée ce jour-là à Saint- Privât; mais il reprit le 17 : au matin avec une nouvelle intensité,
Le témoin ajoute qu’il ne fut pas donné suite aux avis qu’il avait expédiés par la voie du télégraphe. Et pourtant, rien n’eût été plus facile que de couper le pont de Novéant. Mais la population attendait des ordres ; pour faire celle opération, et n’osait prendre sur ellemême l’initiative.
Le commissaire du gouvernement demande si le té- | motn connaît le nom de l’employé qui recevait à Metz les dépêches.
Le témoin ignore le nom de cet employé, mais il connaît deux employés de la gare de NovéanL L’est ■ notamment à l’employé Gérard que le témoin a confié une de ses dépêches.
M. Denis Scai.ue, âgé de cinquante-deux ans, inspecteur du chumiu de fer de l’Est, demeurant à Paris. — ? J'ai eu l’occasion de voir M le maréchal Bazaine. Il me demanda de quels moyens je disposais pour la reconstruction du pont de Lougeviilc, qui avait été coupé,
M. le maréchal me montra une lettre du gëuéral Coffiniéres, dans laquelle il était dit qu’il fallait au moins trois semaines pour rétablir la circulation sur cette partie de la Moselle, et il me chargea de voir le 1 général Coflinieres à ce sujet. Je nie rendis compte de ' l’état du pont et j’acquis la certitude qu’il y avait un moyen prompt de rétablir la circulation : il s’agissait de combler 1a Moselle avue du sable. Nous pouvions I disposer de quantités considérables de sable, et, avec j
ce moyen, le passage pouvait être rétabli, non pas en trois semaines, mais en trois jours, Je (js dope part de ce projeta M, le général Cof/iipèrus, mais j| jj y q pas donné suite.
Le Président, — Votre déposition porte ipv les projets «le reconstruction du pont de l.ongeyjlte, je p'ai pas cru devoir vous interrompre, mais je vous demanderai maintenant si vous ayez eu connaissance des ordres pour la destruction des ponts ? — If. Oui, monsieur le Président. Le 2*2, je soi» allé aq quartier general de M. le maréchal Bazaine, parce que j'avais appris qu’une quantité considérable d’habitants appartenant aux communes de la rive droite de la Moselle allaient se promènera Metz, et qu'aux questions qui leur epiieut adressées sur les facilite* plus oii moins grandes ou sur les obstacles qu'ils rencontraient sur les routes, tous répondaient qu’il n'y avait affeup obstacle, que le* routes étaient faciles à parcourir- Ils ajoutaient que, du cdtc de BemiUy, ou avait aperi'M i'eniieuii avec de grosses pièces de siège, ce qui faisait supposer l’intention, delà part des Prussiens, de relier Demilly â Pontà-Mousson. Il paraissait donc nécessaire d’empêcher cette manœuvre. ,
Je proposai alors à M- le maréchal |lazaine de détruire tous les ouvrages d’art, ponts, viaducs qui pouvaient faciliter l’approche de l’ennemi. Il me répondit qu’il savait que l’un faisait courir le bruit que l'en ne uii voulait attaquer et qu'il ne desirait qu’une seule chose, c’est que ce bruit fût exact. Je lui fis quelques observations à ce sujet et il me dit alors eu pie reconduisant : « Nous allons voir avec ces messieurs et pops déciderons ce qu’il y aura à faire. •
Le COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT, — Le témoin
sait -il si la question a été posée à M. le maréchal Bazaine, d’envoyer chercher des vivres aux environs de Metz? — B- Il existait entre Erny et Çourcellc* des wagons renfermant de grands approvisionnements. Il était excessivement facile à ce moment d aller les prendre et de les amener avec les locomotives dont items disposions.
On aurait bien pu rencontrer de la part de l’ennemi quelques démonstrations, mais en se faisant protéger par de la cavalerie le 1 2 au soir, on aurait pu ramener f,W0 wagons qui se trouvaient complètement chargés «de vivres. Et encore je dois dire que, si l’on eût été inquiété, ee n>ût été que dans la dernière partie de l'opération. Si ces wagons avaient été amenés, c'était <5,000 tonnes de vivres dont on pouvait approvisionner Metz, et l'on peut estimer que c’était pue prolongation d’existence d’une irentairw de j«nirs.
En se faisant appuyer par de la troupe de jlroite et de gauche, on aurait pu prendre pour les» habitant? non-seulement le* vivres renfermés dqijs Içs vvagmjs, mais Jes fourrages, les grains e| fout çg qui $e trouvait dans les greniers de ce? villages qui produisent énormément.
Le 22, je n'ai fait qu’une simple indication sur la possibilité d’avoir ces derniers approvisionnements. Je dis an maréchal, lorsqu’il me reconduisit : « Je suis libre ; avec les machines dent nous disposons, cela serait chose facile. » Il m’a répondu sans autre explication : • C’est inutile ! »
Le général Chabaud-Latour. — Comment espériezvous obtenir une communication en jetant du sable dans le lit de la Moselle? N’avez-vous pas craint de voir ce sable enlevé par l’action des eaux? — Les piles des arches qui avaient été détruites n’étaient pas envahies par les eaux; on pouvait en garantir le bas avec du ciment, et les eaux ne pouvaient rien aux remblais.
Le maréchal Bazaine. — En réponse à ce qu’a dit le témoin à propos des approvisionnements qu’on aurait pu aller prendre, je ferai observer que, le 22, l’armée n’était pas en mesure de se battre. J’ajouterai que, d’un autre côté, les renseignements qu'il m’avait donnés n’ont pas été confirmés par ceux que j’ai recueillis d'autre part, et à mon avis, si nous avions tenté l’af- I faire, nous serions allés simplement nous casser le nez, avec quelques milliers de blessés de plus, sans résultats.
Je dois dire, malgré tout, que je n'ai que des éloges à faire de M. Scalle. Je l’ai reconnu pour un homme très-actif et toujours très-disposé à nous rendre des services.
Le Président. — Est-il à votre connaissance que locomotives étaient toujours prêtes de la part de l’craietni pour enlever les wagons d’approvisionnements dont vous avez parlé, au cas de tentatives de l’armée j française pour se les approprier? — R. Non, monsieur j le Président. Je sais qu’il y avait des milliers de voitures j is cultivateurs qui auraient pu être emmenées par nous,
I et, quant aux wagons chargés d’approvisionnements, peut-être bien que les machines ennemies en auraient emmené quelqucsmns; mais, en arrivant vivement, nous aurions pu en emmener la majeure partie.
M. Jules Albrn Boïbnval, âgé de trente-trois ans, capitaine du génie, dépose au sujet de la destruction du pont de Longevillc. Le témoin parle si bas qu’on saisit à peine quelques mots de sa déposition. Il avait reçu l’ordre de détruire le pont de Longeville; mais, lorsqu'il s'est rendu pour mettre cet ordre à exécution, on avait déjà fait sauter ce pont.
Le Président. — Comment se fait-il qu’on n'avait pas préparé la destruction du pont du chemin de fer? — R. On craignait qu’il n’en résultât des inconvénients.
M. Charles-Eugène Compagnon, .âgé de vingt-six ans, capitaine du génie. — Le 15, j’ai reçu de M.le commandant Lers l'ordre de détruire dans le plus bref délai le pont de Longevillc. Je me mis en mesure d’exécuter cet ordre. Le chargement eut lieu immédiatement. Un bataillon de grenadiers lut placé pour surveiller l’opération; on mit le feu et le pont sauta.
M. le maréchal Bazaine me demanda plus tard des
détails sur la destruction du pont. Je répondis au maréchal que la première pile avait sauté sur une lon- ! gueur de 35 mètres. 11 me demanda ensuite s’il serait
• possible de le rétablir. Je répondis qu’il serait possible de rétablir le passage en trente-six heures, mais que
• je croyais la Moselle à peu près guéable à cet en- ' droit-là.
M. le général Qoffinières est rappelé.
Le Président. — Vous êtes invité, monsieur le général, à déposer sur les opérations militaires qui so rattachent à la période écoulée entre le 12 et le 11) août. Vous avez à nous parler, par conséquent, des ordres que vous avez pu donner verbalement ou par écrit, suivant les circonstances, soit pour le passage de l’armée, soit pour ce qui concerne le service de la place de Metz dont vous aviez la direction.
Le général Cofpiniérbs. — Je reçus l’ordre de faire jeter le plus de ponts possible sur la Moselle. Lorsque je reçus cet ordre, je m'inquiétai du choix .des emplacements les plus favorables, car il ne me fut rien prescrit à cet égard.
Je reçus aussi plus tard l'ordre de faire sauter les ponts; mais je dois dire que lorsqu’on est arrivé à Metz, il y avait une grande indécision sur ce que l’on ferait. On pensait qu’on prendrait peut-être l'olTcnsive. Dans ces circonstances, les mesures à prendre demandaient une grande circonspection.
Le Président. — Nous voyons dans le dossier une lettre de vous au iuajor général. Cette lettre témoigne de votre intention de faire garder Pont-à-Mousson par ics volontaires du corps franc organisé à Metz. Quelles instructions avez-vous reçues du major général à l’endroit de la conduite qu'auraient à tenir ces volontaires? — R. Je ne me souviens pas avoir reçu d'instructions du inajor général ; ce que je puis dire, c’est que ces volontaires avaient ordre de tenir pour assurer le passage du pont et qu’ils ont été obligés de se retirer.
D. Quels motifs vous ont décidé à ne pas faire détruire le popt du chemin de fer et à donner l’ordre au capitaine Boyenval de faire sauter le pont d’Ars ? — R. Je ne me souviens pas que le capitaine Boyenval m’ait entretenu de la destruction du pont du chemin ! de fer, mais l’indécision qui a régné sur la marche que l’on suivait devait aussi m'arrêter. Je devais attendre l’ordre positif du général en chef. Je ne savais quelles opérations militaires devaient être entreprises et je ne pouvais rien décider. Je ferai observer que l’armée avait son matériel de génie et que, par conséquent, elle pouvait, sous le rapport de la destruction des ponts, agir suivant les circonstances et selon le parti auquel on sc déterminerait.
D. Quelles instructions aviez-vous données à ces volontaires envoyés à Pont-à-Mousson dans le-cas où ils ne pourraient pas tenir? Leur aviez-vous prescrit de faire sauter le pont? — R. Je ne pouvais pas leur or-
donner de faire sauter le pont. Je ne pouvais donner des instructions qu'autant que j'en recevais moi-même.
D. Je suis le cours de la Moselle et j'arrive à Novéant. Avez-vous eu connaissance des messages envoyés de Novéant et des demandes faites à Metz pour obtenir l'autorisation de détruire le pont de Novéant. — R. Je ne peux rien préciser à cet égard. Je n'ai pas le souveuir de ces messages. •
D. Vous souvdtiez-vous que le capitaine Huyenval soit venu vous demander l'autorisation pour la destruction du' pont d'Ars? — R. Je ne m'en souviens pas; mais tout ce que je pouvais faire alors, c'était de recommander de prendre les dispositions nécessaires. Je ne pouvais me croire en droit de donner l'autorisation de détruire lu pont lorsque j'iguorais les opérations de l'armée.
I). Pensez-vous que la destruction du pont de Longeville était nécessaire? — Je pense qu'il eut été préférable de le garder.
■«UIM. — 3* «On.
D. Vous n'avez pas reçu de M. le maréchal des ordres pour utiliser les voitures du convoi auxiliaire, afin de faire rentrer des grains existant dans le voisinage «le Metz? — R. Je n'en ai pas reçu.
D. Dans la nuit du 10 au 17’, le général Soleille vous a demandé les quatre batteries laissées à Metz. — R. Oui, je les ai envoyées; j’ai envoyé des cartouches et de la poudre en même temps.
Le gknkhai. Pourcrt. — Quand le nfoaréchal a été nommé commandant en chef, lui avez-vous fuit un rapport sur l’état des ponts? — R. Je ne lui ai pas parlé des ponts en dehors de la place.
D. Avez-vous rendu compte au maréchal quand le capitaine Boyenval vous a demandé l’ordre de détruire le pont d'Ars? — R. Non. Le maréchal savait où en étaient les ponts.
D. Qui a fait enlever les ponts après que l'armée est passée vers Horuy? — -R.J1 a fallu les enlever, parce que la plus grande partie du matériel ne nous appartc-
eo
Bazaine et i.a capitulation ne metz.
nail pas. Du reste, on ne les aurait pas maintenus, puisque l’armée partait. Quand l’année est revenue, on les a rétablis.
D- Le 15, un armistice de deux heures a été accordé à l’armée allemande. Pourquoi a-t-il été prolongé de vingt-quatre heures?— H. C’était pour enterrer les morts. Ou a passé la nuit à ce travail. Je ne me rappelle pas que l’armistice ait été prolongé. Il y avait beaucoup de inonde; c'est peut-être à cause de cela.
D. L’armistice a été dans l’intérêt de l’ennemi, qui en a profité pour marcher en avant? — R. Nous avons agi par humanité.
Le Président. — Pourquoi, avec le grand nombre de lignes de ponts que vous aviez établis, y a-t-il eu un si grand encombrement pour le passage de l’armée sur la Moselle? — R. Il y avait sept lignes de ponts; mais de l’autre côté de la rivière l’armée ne Suivait qu’une seule -route.
I.K GÉNÉRAL DE CHABAUD-LaTOUIU — ArieZ-VOUS signalé au maréchal qu’il y avait sept voies de communication accessibles pour monter sur les plateaux de la rive gauche? — R. C’est une question assez délicate. Je n’avais pas k prendre la direction du mouvement. Ce n’était pas ma mission; je n’avais qu’à faire les pu uts. Quant aux débouchés, je n’.n vais pas à les signaler; cela se voyait bien. Moi, je faisais tes ponts, et d’autres officiers reconnaissaient la route. Cela faisait deux services distincts.
Le Président. — Vous n'aviez pas reçu de l’étatmajor, soit avant, soit apres la prise «le possession du commandement par M. le man-clial Bazaine, aucune instruction au sujet des points principaux sur lesquels les ponts devaient être construits? — R. Non, monsieur le president. Mais il était évident qu’en principe général ces ponts devaient être construits sur les points qui, sous le rapport des débouchés, pouvaient être le plus favorables, et c'est ce que j’ai cherché à faire.
M e Lachaud. — Le maréchal a-t-il eu connaissance de l'armistice dont il vient d’être parlé? — R. Non. Le maréchal était à ce moment en mouvement, hors de Metz. C’est moi qui ai qccordé l'armistice dans un sentiment d’humanité.
Le marIchal. — J’avais la plus grande confiance dans le général Coffinières. Je le connaissais depuis i 835. Le général Coffinières et moi, nous avons été blessés à la même affaire en Algérie. J’avais pour lui la plus grande amitié.
La séance est suspendue à deux heures quarante-cinq minutes et reprise à trois heures.
M. Ecorne Lias, Agé de cinquante ans, chef -d'escadron d’artillerie, est appelé. — Je fus chargé, dit-il, le 15 au matin, d’une mission auprès du maréchal. J’avais été envoyé auprès de lui par M. le général Soleille; le maréchal me parut un peu inquiet.il me donna l'ordre de faire sauter une arche du pont de Lotigevilic et de
venir lui rendre compte de ce qui se serait passé.
Après avoir exécuté l’ordre qui m’avait été donné, je retournai auprès du maréchal, il me parla des embarras que causait l'indécision de l’empereur, des ordres et contre-ordres qu’il recevait. Je n’ai plus vu le maréchal ensuite que dans la soirée du. 16.
D. A quelle heure avez-vous reçu l’ordre 'relatif au pont de Longcville? — R. Vers neuf heures du matin.
Le maréchal m’a dit que, s’il était libre, il ne passerait pas la Meuse, mais qu’il était lié par les instructions de l’empereur.
1). Saviez-vous si les appréciations du général Soleille sur l’état des munitions après la bataille du 16 étaient appuyées sur des rap|>orts précis? — R. Je n’en ai rien su. Le maréchal lui a envoyé en personne l’ordre d'expédier des munitions à la fin de la bataille du <6. L'ordre était de faire apporter des munitions par les voitures de l’intendance. (Vêtait un ordre verbal d’abord. Nous sommes allés demander au maréchal de le confirmer par écrit. C’est le general Jarras qui a remis l'ordre verbal.
R. Vous n’avez pas eu connaissance de deux dépêches, l'une de Verdun, l'autre de Paris, concernant les approvisionnements qui se trouvaient dans la place de Verdun? — R. Je n'en ai pas eu connaissance.
D. Vous ne vous souvenez pas avoir, dans la soirée •lu 1<î au H, rédigé une note fourni des renseignements donnant des indications sur la situation des munitions? — R. Non, monsieur le président. Ru reste, | nous n’écrivions jamais que ce que nous dictait M. le -général Soleille.
D. Vous écriviez toujours sous sa dictée? — U. Oui, monsieur le président.
L). Dans la journée du 18, ne vous souvenez-vous pas si les ordres, au sujet des batteries de réserve et du ravitaillement du 6" corps, ont été donnés par le maréchal, ou spontanément par le général Soleille? — R.
M. le général Soleille et le maréchal s^yit restes ensemble toute la journée, du t8. Je sais que des ordres ont clé envoyés A Metz;Vnais ces ordres émanaient-ils directement du maréchal ou du général Soleille? je n’eu ai pas eu connaissance. Je puis dire, toutefois, que j'ai vu donner aux deux batteries l'ordre de se mettre en marche, et au commandant Abraham d’escorter ces batteries.
Le commissaire du gouvrrn-ment. — Avez -vous eu connaissance de l'exécution de l'ordre d’employer les j voilures de l’intendance ou de l'ambulance pour porter des munitions? -- R. Je n'en ai pas eu connaissance. Nous pensions marcher en avant le lendemain ; mais comme nous avons rétrogradé, je ne sais si ces munitions étaient arrivées ou non.
Le témoin est autorisé à se retirer.
M. Wolf, Agé «le soixante-deux ans. intendant général. — Le 1*2 août, je reçus des ordres afin d’organiser
des convois pour l’approvisionne ment de Parav'c à Metz. On disait qu'on allait marrhcr sur Cbâlons.
Le 14, au soir, j’ai vu l'empereur; je lui ai rendu compte de ma mission, et il ui’a dit qu’il désirerait que je retournasse à Verdun, qu’il y serait avant le jour.
Je suis allé dans cette ville, où j’ai icrti dit maréchal Mac-Mahon l’ordre de verser sur Heinis les vivres existant à Verdun. Je fis des observations d’après les ordres qfie j’avais reçus de l’empereur. On me répondit d’envoyer les vivres à Reims.
J’ai obéi et je nie suis rendu à Montmédy, d’où j'ai envoyé des vivres à Mézières et dans toutes les direc- I lions nécessaires. J attendais le maréchal pour le 23. Quant à l’année de Metz, depuis le Ifi, je n cn ai plus eu de nouvelles. Je n ai pas revu un seul des émissaires que j'avais envoyés au maréchal.
D. Dans vos voyages de Verdun à Metz, quand vous avez rencontré l’empereur, vous n’avez pas eu l'occasion I de savoir quelles instructions il avait données au maréchal? — R Non, monsieur le president; niais je crois pouvoir assurer qu’il n’en avait laissé aucune.
D. M. le maréchal Bazaine, dans l’entretien qu’il eut avec vous le 16, ne vous dit-il pas qu’il irait à Verdun?
— R. Oui, il me dit qu'il y serait dans peu de jours, lirais sans indication précise.
Li commissaire nu GOUVERNEMENT. — Le maréchal vous a-t-il parlé d'une démonstration qu’il avait l’intention de faire sur Pont-à-Mousson? — 11 a dit qu’il forait j ce mouvement « probablement; • mais il ne m'a pas donné d'instructions à cet égard.
Le ha Récit al Bazaine. — C’est à quatre heures j i du matin que j’ai vu M. l'intendant généra], et je n’ai pas le souvenir de ce que je lui ai dit à ce moment.
On entend ensuite M. de Villenoisy (Jean-Pierre), I lieutenant-colonel du génie, âgé de cinquante deux ans. i ( Sa déposition est relative aux opérations militaires pendant la période du 1 2 au 19 août. J’ai été chargé, dit-il, de la construction des ponts sur la Moselle. Ou ne notis !
| avait donné aucune instruction ni sur le mode des ponts, ni sur leur nature. Nous noos sommes entendus avec l'administration des ponts et chaussées pour hâter ce travail. Il y avait des précautions à prendre. Nous ne pouvions les faire trop bas sans inconvénients. Nous avons choisi un moyen terme; nous avons fait à la fois des ponts de chevalets et des ponts de bateaux. Quand nous les avons commences, la rivière était extrêmement basse; mais une crue extraordinaire étant survenue, les | ponts du 13 n’ont pu servir à personne. On s’est hâté j de porter remède. Le 13, les officiers d’état-major sont venus; ils ont étudié les débouchés des ponts. Le H, le passage de l’armée a commencé dans l’après-midi.
Il s’est fait avec un désordre excessif J’ai cru de mon devoir d’aller prévenir le maréchal Bazaine de ce qui se passait. En me rendant au quartier général, je me trouvai avec le général Jarras, qui fit des difficultés pour me recevoir. J’insistai. Il parut très-frappé de ce
que je lui disais et du désordre que je lui signalais.
Quelques jours après, je fus appelé chez le général Cof- (iuières, où l’on me consulta sur un plan de campagne.
Il y avait des cartes déployées devant lui; on discuta l'éparpillement des corps d’armée des deux cotés de la Moselle, l'n général proposa d’envoyer de la cavalerie en reconnaissance. Quant à moi, j’étais d’avis...
Le Président. — Je crois que ceci est étranger à la question qui nous oçcupe. Évitons de prolonger sans nécessité ces débats déjà si longs.
Avez-vous eu connaissance d'un armistice conclu le '15 août par le général Cofftnièrcs7 — R. Oui. Les Prussiens en ont profité pour faire autour de Metz la marche la plus dangereuse pour la sécurité de nos armes. Ils ont fait un mouvement tournant, sans crainte d’être inquiétés par nous. C’est un officier, nommé Blanchard, qui in'a informe de cela.
M* Lac n aud. — Le témoin Blanchard a été entendu dans l’instruction.
Le Président. — Colonel, vous pouvez vous retirer. Appelez le colonel Fay. #
M. Charles-Alexandre Fat, âgé de quarante-six ans, lieutenant-colonel d’état-major, dépose que, faisant partie de la section des renseignements, il fut chargé, le 12, par le général Lebrun, de lever le campement de l’armée cantonnée sous Metz. Le soir du 12, il apprit que le maréchal Bazaine était nommé commandant en chef.
Le témoin rappelle sommairement les faits déjà connus qui ônt signalé les journées du 13 au 18. 11 constate qu'aucun ordre n’a été donné pour l'emploi des chemins vicinaux pendant la retraite de l’armée.
Le commissaire du GOUVERNEMENT. — Le témoin sait-il si le maréchal Bazaine était à Metz le 13? — R. Oui, je suis certain de l'avoir vu ce jour-là.
I). Avec le général Jarras? — U. Je le crois; cependant je n’oserais l’affirmer. Le témoin se retire.
M. Eugène de Prkval, intendant général, âgé de quarante-neuf ans. — J'ai clé appelé à l’armée du Rhin comme chef des ambulances, je n’étais pas réellement intendant eu chef. Mais, le 13, je fus appelé à l'intendance générale. Plusieurs trains renfermaient des approvisionnements considérables.
Le 13, je reçus un ordre de licencier des convois de vivres. Je demandai un ordre écrit, je le reçus. Le 16, la pénurie de vivres me fut signalée. Je rétablis, avec la permission du maréchal, les convois de vivres laissés à Metz. Les convois qui n’avaient pas suivi l'armée étaient au Ban-Saint-Martin et dans Metz.
Cinq cents voitures furent mises en mouvement et amenées le lendemain, au point du jour, sur le plateau, lorsque le convoi fut arrêté par la nouvelle que l'année j si; repliait sur Metz. En résumé, le 16 au soir, le maréchal avait, sur le plateau, des vivres pour les journées du 17 et du. 18.
BAZAINE ET LA CAPITULATION l>E METZ.
Le témoin déclare ensuite que le maréchal ne lui avait pas demandé la situation des vivres, et que jus* qu au dernier moment il n’a pas été tenu au courant du mouvement de retraite. Ce n’est que lorsqu’il a rencontré le capitaine Fisc qu'il a connu le mouvement et l'arrêt des convois de vivres du coté de Gravelotte.
M. Ferdinand Mou T, âgé de quarante-sept ans, sousintendant militaire, dépose qu'à la date du 13, l'armée avait au moins pour huit jours de vivres. Eu outre, des dispositions avaient été prises pour ravitailler Metz. Des approvisionncinentsconsidérahlesavaientété également réunis à Verdun.
Le tG, au soir, ajoute le témoin, le maréchal avait, sur le plateau, des vivres pour les journées du 17, du 1 8, et une partie de celle du 10. A proximité se trouvait le reste des convois qui pouvaient rejoindre dans la inatinéedu 17; enfin, desapprovisionnemcnUétaicnt préparés à Verdun et sur la route.
Dans le mouvement rétrograde exécuté pendant la matinée du 17, on ne prit aucune mesure pour distribuer aux troupes les denrées qui avaient été déposées aux abords de Gravelotte, et au moment où l'on abandonnait cette position, on dut y mettre le feu pour éviter que ces dernières ne tombassent aux mains de l'ennemi.
D'après le procès-verbal de perle dressé à cette occasion, un nombre considérable de vivres de toute espèce, dont 50,000 rations de biscuit et 025,000 de sel, fut ainsi détruit.
Le témoin signale ce fait, qu’on n’a pas trouvé dans les campagnes les quantités de blés qu’on espérait, par la raison que les habitants de la campagne ont pris l'habitude d’acheter leur pain chez le boulanger et ne fabriquent pas leur pain eux-mêmes. Dès lors, les approvisionnements sont rares. Il n'v a que les boulangers ou les marchands de grains qui aicnt.des blés.
D. L’ordre verbal du licenciement du convoi donné le 15 a clé régularisé par un ordre écrit, signé le 10? — R. Je ne me rappelle pas la date; mais, dès que l'ordre est arrivé, il a été exécuté tout de suite.
D. A Gravelotte, le 6» corps n’avait pas ses vivres de campagne. On lui a distribué une ration de pain et des vivres de viande? — R. Oui. C’est l'intendant Gaffiot qui a fait celte distribution. Celle du pain s' est faite régulièrement, mais pour la viande il y a eu un certain désordre.
I.k général Pourcet. — M. de Préval, quand il est allé le 10 à Metz trouver le maréchal, a-t-il fait connaître au témoin les inquiétudes du maréchal au sujet des vivres ? — R. Non. Il m a dit seulement que le combat de Rezonville n’avait pas été aussi heureux qu’on le pensait. Il ne m'a parlé que du manque de munitions et pas de vivres. S’il m’avait parlé de vivres, j’en aurais été frappé, puisqu’on venait de donner l’ordre de licencier un convoi important.*
M* Lachaud. — Le maréchal a donné, le 13, l’ordre de charger les voitures militaires à quatre jours de vivres. Cet ordre a-t-il été exécuté? — 11- Je n'ai pas souvenir de cet ordre. On confond peut-être avec l’ordre de mettre quatre jours de vivres dans le sac des hommes.
M* Lachaud. — L’ordre est de l'écriture du général Monet.
Le Présipetnt. — En effet.
M» Lachaud. — Cet ordre a-t-il été exécuté?
Le témoin. — Il était impossible de mettre des vivres pour quatre jours dans les voitures, dont le nombre n’ér tait pas suffisant. Alors on distribuait les vivres aux soldats, de manière qu’ils en eussent pour quatre jours. Je n’ai pas souvenir de l'ordre dont, on vient de me parler.
M* Lachaud. — Quand M. le général Jarras reviendra, on pourra l'interroger sur ce point.
M. Émile-René Gaffiot, âgé de quarante et un ans, sous-intendant militaire, entre dans les mêmes détails que le précédent témoin, dont il confirme la déposition.
Il déclare n’avoir pas eu connaissance de l'ordre de transports de munitions du Ifi août, ni de l’ordre du 13 aux 2", 3 e et 4 e corps portant la signature du général Monet et qui aurait été transmis au général Jarras. Toutefois, il sait qu’un ordre avait été donne précédemment pour que les voitures du train régulier et autres de l’armée fussent chargées d’un approvisionnement de quatre jours de vivres au moins.
La séance est levée à cinq heures pour être reprise le lendemain à midi et demi.
, CHAPITRE LYII
Audience du 25 octobre. — Dépositions de MM. Mathieu, Yassc-Saint'Oucn, Lers, Jarras, rappelés.
L'audience du 23 octobre n'a pas un grand intérêt, et roule entièrement sur des points de détails, dont quelques-uns ne sont pas toutefois sans importance.
Néanmoins, l'auditoire est de plus en plus compacte. Sur l’estrade sont MM. de Berger, premier président de la Gourdes comptes, et Prineeleau, questeur de l’Assemblée nationale. Au dehors, les curieux sont aussi plus nombreux, et le public du fond de la salle est presque toujours au complet pendant le cours de la séance.
A midi quarante-cinq minutes, la séance est reprise.
Le Président. — Introduisez de nouveau le témoin Mathieu. Il a demandé par lettre à compléter la déposition qu’il a faite hier.
M. Mathieu, propriétaire à Novéant-lès-Metz, parle des autres dépositions.
Le PnésiDENT^lui fait observer qu'il n’a pas à parler sur les autres dépositions.
M. Mathieu dit quelques mots, puis se retire.
Le colonel Vassk Saint-Ouen est rappelé et est invité à compléter sa déposition.
D. Je n’ai que quelques questions à vous poser sur la foi du serment que vous avez déjà fait. M. le commandant Lcrs a rappelé que le maréchal Bazaine lui avait recommandé. de donner des ordres pour qu’apres le transport des blessés les voilures* fussent rechargées avec des munitions. Les intendants n’avaientcu aucune connaissance de cet ordre. Je vous demande si cet ordre a été donné par le maréchal. — R. Je croyais que le général Solcillc n’avait pas pris lui-même l'initiative; il était malade. Je pensais que le maréchal l’avait prise personnellement.
Le Président rappelle diverses notes relatives à des ordres particuliers dontM. le général Solcillc aurait eu connaissance, notamment en ce qui concerne les prescriptions touchant les vivres, après la journée du 16. Vous rappelez-vous, ajoute le Président, avoir travaillé à que rédaction de cette note? — R. Celte note a dùétre rédigée le I8.‘ Elle ne provient pas des commandants d’armes, mais des renseignements particuliers de l'étatmajor dp cabinet du général Solcillc.
Le Président. — youlcz-vous montrer le registre des correspondances au témoin?
Le colonel Vassk Saint-Ouen. — Le registre ne provient pas de l’état-major particulier du général So-
M. Lers, chef d’escadron d'artillerie, est rappelé.
Le Président, au témoin. — Je vous fais appeler, monsieur le commandant, pour vous adresser quelques questions comme complémcntdc la déposition que vous avez déjà faite. C’est sous la foi du serment que vous avez prêté déjà que vous êtes appelé à répondre. Le registre de correspondance de l'artillerie était-il rédigé à l’état-major ? — R. Oui, monsieur.
I). Vous ne croyez pas qu'il y ait eu de registre de correspondance rédigé dans le cabinet même du général Solcillc? — R. Je pense qu’il n’y avait que celui de l’état-major. *
Le Président. — Il ne me semble pas nécessaire de mettre ce registre sous vos yeux, nous n’y trouvons aucune tr^icc de l’ordre dont vous avez parlé hier, au sujet du chargement en munitions des voitures' de l’intendance. après qu’elles auraient déposé à Metz les blessés qu’elles y avaient conduits. Vous vous souvenez parfaitement de cet ordre, vous ne savez pas s’il a été transcrit? — R. Cet ordre a été dicté très-rapidement, on s’est mis en marche immédiatement apres, et il est très-probable qu’on ne l’a point porté sur le registre.
D. 11 s'agit bien de l’ordre formel de faire charger de munitions les voitures qui avaient amené les blessés?
— R. Parfaitement.
D. Ne confondriez-vous pas avec la lettre que le général Solcillc avait adressée à M. le général Coffinièrcs, et dans laquelle il exprimait la nécessité de faire porter des munitions? — R. Oh! non, monsieur Je président; je suis parfaitement sur que l’ordre dont je parle a existé.
Le Président. — Je vais faire passer sous vos yeux une pièce dont il a déjà été donné connaissance, et qui est la note adressée à M.le maréchal parle général Soleille sur les approvisionnements qui se trouvaient à Metz, et je vous demanderai si vous avez le souvenir d’avoir transmis quelques-uns des renseignements dont il est question dans cette note. '
Le témoin, après avoir examiné la pièce dont il s’agit, déclare qu'il lui semble bien que la teneur générale de cette note ne lui est pas inconnue.
D. Vous souvenez-vous de l’époque à laquelle elle a été rédigée et transmise? — R. Ce doit être à une époque assez rapprochée des batailles du 16 et du 18; car, plus tard, les renseignements ont été plus précis que ceux que renferme cette note. Après le 18, on a trouvé qu’il y avait encore, dans l’arsenal de Metz, des ressources plus considérables que celles portées dans cette pièce.
M. le colonel. Yassc Saint-Ouen est de uouveau rappelé.
Le Président au témoin. — La lettre du général Soleille au général Coffinièrcs a-t-elle, à votre connaissance, été transcrite sur le registre de correspondance?
— R. Elle n’a jamais été transcrite.
' M. le commandant Lers est rappelé. *
Le Président. — Connaissez-vous l’écriture de cette lettre, concernant le chargement en munitions des voitures de l’intendance? — R. C'est la mienne.
D. Vous n’en avez gardé aucun souvenir? — R. Aucun, monsieur le Président.
D. Vous êtes sûr qu’il n’y a pas dans votre esprit confusion avec l’ordre dont il était parlé tout à l’heure?
— R. J’en suis sur. M. le maréchal l’a signé le soir même où je suis allé le trouver.
M. le général Jarras est rappelé.
Le Président. — J’aurais, général, quelques questions à vous adresser comme complément de votre dernière déposition. Il appert des dépositions qui viennent d'ètrc faites que M. le maréchal Bazaine aurait signé, dans la nuit du 16 au 17, un ordre prescrivant au général Solcillc de faire charger en munitions les voitures qui avaient apporté à Metz des blessés, aussi tôlqu’ellcs auraient déposé leur précieux fardeau. — R. Je n’ai pas le souvenir de détails exacts sur ce point. Je me rappelle avoir vu une lettre au général Coffinièrcs.
D. Était-ce celle dont il s’agit? — R. Cette lettre était,
je crois, relative aux munitions de la garde. Mes souvenirs ne sont pas très-précis.
D. Certaines mesures ont été prescrites par M. le maréchal dans un rapport général qui n’avait pas forme d’ordre, fait le 13 août, au sujet du rationnement de l’armée et de la mise en marche des convois. Il est dit, entre autres choses, dans ce rapport que les convois se tiendront à une demi journée de marche en arrière. Je vous demande si ces instructions données dans le rapport et signées du général Monctonlété communiquées à l’ctat-major général; sîelles ont figuré à un titre quelconque sur le registre de l’état-major?
Le témoin examine la pièce dont vient de parler M. le Président et déclare qu'il croit la reconnaître.
C'est, dit-il, un ordre régulier, mqis qui n’est pas. si- ! gné et qui a etc reçu pour moi le 1 3.
D. Vous vous considériez comme obligé cependant à remplir les prescriptions de cet ordre? — H. Oui, monsieur le Président, quoiqu’il ne fût pas signé; je savais j qu'il venait de chez le maréchal, et cela suffisait pour I que j’en assurasse l’exécution.
I). Avez-vous souvenir qu’il existât, le 13 août, une communication télégraphique reliant les différents quartiers généraux, Borny entre’ autres, avec la station télégraphique de Metz? — R. Je ne saurais l'affirmer.
D. Il y a un ordre général signé à cette date du commandant en chef des 2», 3* et 4 e corps, c’est-à-dire de M. le maréchal Bazaine, dans lequel nous lisons ceci :
« Depuis hier une communication télégraphique est établie entre le quartier généra! et les corps d'année concentrés sous Metz. Plusieurs fois cette communication a été interrompue; les fils ont été coupés par des Sofflats qui ont agi sans doute par ignorance. »
Puis il est ajoutédans cet ordre que les chefs decorps sont invités à prendre toutes les mesures pour qu’à l’avenir cette communication télégraphique suit respectée.
— R. La lecture de cet ordre me rappelle queffectivement il m’est arrivé, mais je ne puis dire il quelle époque on s’est mis en relations directes.
D. D’après l’ordre dont je viens de donner lecture, il semble* bien que cette communication télégraphique existaitlc 13 août. De plus, on voit que des mesures sont ordonnées pourqu’clle n'ait pas à subir d’interruption. —
R. Les reconnaissances qui furent faites au sujet de cet ordre apprirent que si les (ils étaient coupés, cela n'était pas le fait de mauvaises intentions, mais d’ignorance, et je ne pourrais affirmer que les recommandations qui furent faites ont été observées par tout le monde. C'était assez difficile. Ces fils étaient placés par terre et on les coupait probablement sans le savoir.
D. Pour que les fils fussent coupés, il fallait d’abord que la communication eût existé.
Le générai. Poorcet , commissaire du gouvernement. — M. te général Jarras sait-il si l’on s'est servi
de cette communication télégraphique dans les journées du 13 et du 14? — R. Je ne m’en souviens pas.
Lk maréchal Bazaine. — Je ferai remarquer que le témoin a confirmé ce que j’ai dit. A chaque instant le télégraphe était coupé et l’on s'en est très-peu servi.
M. Charles Lebrun, âgé de soixante-trois ans, intendant militaire du cadre de réserve, est introduit et dépose sur les services administratifs qui lui étaient particuliers pendant la période qui s'est écoulée entre le 12 août et le 19. Il déclare que des mesures furent prises pour assurer le chargement des grains de réserve, le matériel nécessaire aux ambulances elles approvisionnements de la garde.
Le Président. — Avez -vous vu M. le maréchal Bazaine le 16 au soir ? — R. Non, monsieur le Président.
Le témoin est autorisé à se retirer.
M. Gaillard, âgé de cinquante-deux ans, intendant militaire. — Le t3 août, je fus chargé de l’organisation des convois. Chaque division avait son convoi particulier, et celui du quartier général fut prêt le. 14 avant la nuit. I.cs autres convois furent aussi préparés avec les approvisionnements nécessaires pour plusieurs jours de vivres.
Dans la journée du 15, le 4* corps devait s’avancer en colonnes volantes ; j’avais ordre de laisser les convois a Metz. Cet ordre fut exécuté. Je me rendis le lendemain à Doncourt, vers une heure, pour l’établissement des ambulances. Il y avait environ 2,000 blesses. J'ai passé la nuit à préparer un convoi sur la ligne d’Étain et de Briey.
Toutes les dispositions ayant été prises, le convoi se mit en marche, mais à moitié chemin de Briey on nous dit qu’il y avait des éclaireurs prussiens dans le bois, et que le convoi ne pourrait continuer sa marche, que l'armée française avait quitté Doncourt, et l’on indiquait de prendre un peu sur la droite pour pouvoir la rejoindre. Effectivement, le convoi ne tarda pas à rencontrer l’année qui était à Amanvilliers.
Je m'occupai ensuite de préparer un convoi d’évacuation sur la ligne de Reims. Je lis mettre le drapeau de Genève en avant, et le convoi partit ; mais il ne tarda pas à être arrêté par des coureurs prussiens. J’ai quitte Doncourl dans l’après-midi.
Le témoin continue sa déposition sur l'organisation des convois et déclare qu’il reçut un ordre du général Jarras pour faire revenir des trains partis de Metz; mais cet .ordre ne put être complètement exécuté, car une partie des voitures se trouvait alors à Amanvilliers au moment où la bataille a commencé.
M. César Riroustb, âgé de quarante-sept ans, sousintendant militaire, déclare, comme le précédent témoin, avoir reçu différents ordres pour l’organisation
des convoi», leur mise en marche, et ajoute qu’en exécution de ces ordres il s’est occupé de tous les détails concernant son service.
M. Théodore Fix, âgé de cinquante-quatre ans, chef d’escadron d’état-major, est appelé et dépose.— Dans la nuitdu 17 aoiit,M. le maréchal Bazaine me donna l’ordre d'aller porter la nouvelle de la bataille et me remit une lettre pour le général Coflinières. Il s'agissait de la retraite de l'armée sur Metz. J'entendis le maréchal dire ces paroles: « Du reste, si quelqu’un croit qu’il y a quelque chose de mieux à faire, je suis prêt à le signer. Il faut à tout prix sauver l’armée française. »
D. Étiez-vous chargé d’un message verbal? — H. Je devais dire au général Coffiniêres d’envoyer des convois de vivres dans la direction de l'armée. Le général me demanda des renseignements sur l’état des routes; mais, comme c’était la première fois que je venais à Metz, je ne pus pas lui en donner.
I). Vous n'aviez pas d’ordre à porter au général Soleille? — H. Non, monsieur le Président. Je n’avais qu’une lettre très-courte, à laquelle le maréchal m’avait dit d’ajouter de vive voix tout ce que j’avais vu de mes yeux.
Le générai. Pourcet. — Quelle était votre opinion sur la bataille de Gravelotte ?
Le témoin. — Je nous croyais si peu vaincus que j’ai été sur le point de dire au maréchal: « Appelons de Metz le plus de cartouches et de munitions possible et recommençons la bataille demain; >• mais vous savez, dans ces moments-là, en service, on ne parle pas.
M. Charles Becker, âgé de quarante-sept ans, commandant du génie.— J'étais à Verdun avec mon général quami il a reçu une dépêche de l’empereur lui annonçant qu’il allait passer par Verdun et qu’il désirait lui parler. En effet, l’empereur est arrivé bientôt après. 11 a annoncé que l'armée du général Bazaine allait venir. Des ordres furent donnés aussitôt pour préparer les ponts et tous les moyens de passage nécessaires pour assurer et faciliter la marche de l'aruiée.
Dans la soirée sont arrives des commis-voyageurs qui ont annoncé ce qu’on appelait ta victoire du 10 août. L’enthousiasme était à son comble. Bientôt nous eûmes des nouvelles moins heureuses.
! Nous vîmes arriver des uhlans, et les combats qui se livrèrent autour de la place nous apprirent que la si- , tuation s'aggravait. Nous reçûmes une dépêche nous donnant l’ordre d’expédier sur Moiitmédy les vivres que nous possédions. Nous l’avons fait, croyant bientôt recevoir l’ordre de marcher nous-méincs dans cette direction . Au lieu de cela, notre général reçut l’ordre de ; se rendre à Heims pour se mettre à la disposition du i maréchal de Mac-Malmn.
D. Combien de temps l’empereur est-il resté à Verdun? — H. Je crois qu’il y est resté environ une heure ou une heure et demie.
D. Vous êtes sûr qu’il a annoncé l’arrivée du maréchal Bazaine à Verdun T — R. J'en suis sûr. Il a dit :
« Préparez-vous; le maréchal Bazaine sera ici demain
matin. »
Lb maréchal : Nous ne pensions pas que nous aurions i à livrer bataille le 16; l’empereur croyait bien que nous i irions à Verdun. Ce n’etait pas un mouvement de retraite, mais une marche-manœuvre, un mouvement de tactique sérieusement réfléchi.
M. Charles Brnoit, âgé de soixante-quatre ans, proprietaire et maire de Verdun.— Le l6août,jefus prévenu par M. le sous-préfet de Verdun que l’empereur devait passer. Je nie rendis sur son passage avec mes deux adjoints. Lorsque l’empereur fut arrivé, je lui Ils part des inquiétudes que nous avions. Il me dit alors ceci :
• Le maréchal me suit; il vient coucher à Conllans ce soir; il sera demain à Verdun avec son armée. »
Je fis ensuite observer à l’empereur qu’il y avait à Verdun des approvisionnements considérables en vivres et munitions. Il me répondit: « R assurez-vous, monsieur le inàire, M. le maréchal emportera avec lui tous les approvisionnements nécessaires.» il me dit enfin : • Je vais retourner à Paris y faire une nouvelle armée avec laquelle je reprendrai l'offensive. »
D. A-t-il été donné des ordres, a-t-on fait des préparatifs pour l'arrivée du maréchal Bazaine? — R. Oui, monsieur le Président; nous connaissons le pays mieux peut-être que les officiers d’état-major, et nous avons indiqué quelques points par lesquels la cavalerie pouvait passer au-dessus et au-dessous de Verdun.
M. Charles Buvignier, adjoint au maire de Verdun, dépose des mêmes faits que le précédent témoin. L’empereur annonça la prochaine arrivée du maréchal lia-' zaine, et des ordres furent donnés pour la construction des ponts.
La séance est suspendue à deux heures quaraiilc-ciuq minutes et reprise à trois heures un quart.
M. Jules-Louis Lewal, âgé de quarante-neuf ans, colonel d'état-major, déposé : On ne m'a rien demandé dans l'instruction sur ma reconnaissance du 18 août; je suis prêt cependant à déclarer ce qui s’est passé.
J'ai reçu l’ordre de faire la reconnaissance le 17 au soir. J’avais donné rendez- vous aux sous-chefs d’étatmajor au château de Saint-Germain à onze heures du matin. Au moment où nous passions devant le 3 e corps, vers Montigny-la-Grange, la bataille s’est engagée.
Les obus passaient derrière nous. Les sous -chefs d’état-inajor m'ont demandé alors à rejoindre leurs corps. Je fis prévenir le maréchal de ce qui sc passait, et je me rendis à Plappe ville, où j’arrivai vers quatre heures de l'après-midi.
Je vis à l'état-major le général Jarras et je voulus lui rendre compte de ce que je savais. Il m’interrompit
en me disant vivement : « Non, non, c’est inutile, vous direz tout cela au maréchal. Partez le plus vite possible. »
Je me suis mis immédiatement en route, et en arrivant au col de Lessv on me dit que le maréchal était au Saint-Quentin, où je suis allé le rejoindre.
D. De qui teniez-vous les instructions pour la reconnaissance dont vous avez été chargé ? — 1t. Du maréchal directement, le t7 au soir.
D. Quel caractère général avaient ces instructions ? S’agissait-il d’établir des positions en cas de retraite, ou ces instructions étaient-elles de nature à vous faire penser qu'on était i^solu à occuper ces points en vue d’une marche en avant ? — R. C’était, je crois, pour parer à l'éventualité d'une retraite.
I). A quelle heure avez-vous vu le maréchal ? — R. Je l’ai vu à quatre heures et demie, à Plappcville, je crois, sans pouvoir l'affirmer.
I). Quand a été rédigé l’ordre de mise en mouvement pour le 19? — II. C'est, je crois, dans la soirée du 18.
Sur l’ordre de M. le Président, le greffier donne lec- , turc de l’ordre de mise en mouvement rédigé à la suite de la reconnaissance dont avait été chargé le témoin.
Le Président. — Cet ordre a été expédié tel quel, sans restriction aucune? — R. Je le crois.
Le commissaire du gouvernement. — A quelle heure avez-vous envoyé un officier prévenir le maréchal de cc qui se passait et savez-vous si le message est parvenu ? — R. Je ne pourrais pas le dire. Je ne m’en suis plus occupé. Je pense que cet officier a accompli sa mission.
Le commissaire du gouvernement. — Vous ne savez pas s’il a vu le maréchal? — R. Je ne me rappelle môme plus le nom de cet officier. Je le répète, je crois qu'il a accompli sa mission.
Le COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — Et quand VOUS avez vu le général Jarras, vous a-t-il demandé des renseignements? — R. C’est moi qui ai demandé si on avait des nouvelles. 11 y avait deux heures que j’avais quitté le plateau de Plappevillc.
Je suis allé ensuite rendre compte simplement à M. le maréchal de la reconnaissance que j’avais faite.
Le marécual Bazaine donne lecture de l’ordre de rccomiaissançe qu’il avait prescrit, en vue des forces allemandes qu’il savait ne pas être éloignées. J’ai laissé, dit-il, le colonel Lewal libre. Je n’ai fait que lui tracer une direction générale à suivre.
M. Henry Jung, Agé de quarante ans, capitaine d'étatmajor : Je suis allé chez M. le maréchal Bazaine; il me fit part de l’intention qu’il avait de faire retourner sur Metz les 4» et 0* corps, en manifestant le désir que ce mouvement s'opcrAt dans la nuit.
Le 18, j’accompagnai M. le maréchal sur le plateau du Saint-Quentin, lorsque nouszivons entendu le canon
annonçant le commencement de la bataille. Quand nous vîmes la débandade, j’entendis le maréchal dire plusieurs fois : « Que faire avec de pareilles troupes? »
M. Daniei. df. Bku.egahdiû âgé de trente-sept ans, capitaine de cavalerie, a été chargé par le maréchal, Canrobert d’aller demander des secours au maréchal Bazaine. Le maréchal lui a répondu : « Dites au maréchal Canrobert que je vais lui envoyer -une division de la garde. » Mais le témoin n’a pas reçu de mission pour le général Bourbaki.
M. Adhémar de Chai.cs, Agé de quarante-cinq ans, capitaine d’artillerie, dépose: Le témoin était adjoint au colonel commandant l’artillerie du G» corps. 11 fut chargé par le maréchal Canrobert de se rendre auprès du maréchal Bazaine pour demander des munitions et une division d'infanterie.
D. Quelle heure était-il? — R. Je ne pourrais préciser, je me souviens seulement être parti après le retour du capitaine de Bcllegardc.
M. Rouert de Beaumont, Agé de quarante ans, chef d’escadron an 13' dragons.— Le 18, je portais un ordre au général Dourbaki. quand je rencontrai, sur la route du Yieux-Chône à Plappevillc, M. le maréchal Bazaine. Il me fit l'honneur de me reconnaître et m’appela. Je lui dis que j’allais au fort Saint-Quentin avec un ordre au général Bourbaki. Il me répondit : « Eh bien ! puisque vous allez retrouver le général Bourbaki, vous lui direz qu'il avertisse le maréchal Canrobert qu’il revient avec toute sa garde. »
Fort ému de cet ordre, je demandai à le répéter. Il s’agissait bien d’abandonnerle maréchal Canrobert. Je répétai l’ordre. Un des officiers me dit: « Oui, c'est bien cela. * Le maréchal reprit : « Oui, que Bourbaki ramène la garde; la journée est finie, l'ennemi a voulu nous tAter. Prévenez le maréchal Canrobert que Bourbaki ne l’appuiera plus. » Il était alors à peu près six heures.
Quand je suis arrivé, la garde marchait en avant. Il n’y avait pas moyen de faire autrement que de se porter en avant. Les grenadiers étaient déjà partis. Je ne pus prévenir le général Bourbaki.
Le générai. Pourcbt. — N’avez-vous pas rencontré le général Deligny et ne lui avez-vous pas dit que le maréchal s'était décidé à ne plus envoyer la garde au maréchal Canrobert? — R. Je ne m’en souviens pas.
Le générai. Pourcbt. — 11 a écrit dans des brochures que vous lui auriez annoncé le fait. — R. Je ne me le rappelle pas; mais il est évident, puisque le général Deligny le déclare, que ce doit être vrai. J'ai pu le rencontrer sur ma route, mais je n’ai pas eu de mission pour lui. *
Le générai. Chabaud-Latour. — Lorsque M. de Beaumont a trouve M. le général Bourbaki, lui a-t-il