CHAPITRE LX
Fin de l'audience du mardi 2 S octobre.
Nous avons terminé notre troisième série par la déposition du garde Scalabrino, dont nous avions eu antérieurement occasion de reproduire une lettre intéressante. Le témoin qui vient ensuite est un garde forestier, M. Charles Guillemin, âgé de quarante-deux ans. — J'ai, dit-il, été chargé de diverses missions
aimai. — 4* itoi.
entre Verdun et Metz. Mon inspecteur me dit : Vous allez partir pour l’année. Je répondis : C*cst bien! C'est M. l'intendant général Wolft* qui’ m'avait demandé à mon inspecteur pour porter une dépêche à M. le maréchal Bazaine.
On me dit que l'armée était du côté de Conflans. Je partis. J'ai trouvé le maréchal Bazaine au Ban -Saint- Martin, le 20. J’ai remis ma dépêche au maréchal qui en a pris connaissance. Il m'a dit qu’il était trop tard.
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D. Cette dépêche vous avait été remise ouverte ? — II. Oui, monsieur te Président.
I). Vous saviez ce qu’elle contenait? — R. Oui. «Fautil transporter les vivres sur Metz ou sur Reims ? A Verdun, nous avons tout ce qu’il nous faut. »
D. Elle vous avait été remise ouverte dans la prévision ou vous auriez eu à en faire connaître lu contenu verbalement si vous aviez été obligé de la détruire. — R. Oui, monsieur le Président. Le lendemain, le maréchal a voulu me faire porter une dépêche il Thionviltc, mais je n’ai pas pu traverser, et je suis rentré dans Metz, où je suis resté jusqu’il la capitulation.
M. dk Piiéval, intendant général, est rappelé cl dépose. — M. le maréchal me lit demander le 17 août au soir et me fit savoir qu’il avait le projet de s'élever vers le nord. Il me chargea d’aller jusqu'à Châlons pour chercher tout ce que j’y pourrais trouver de vivres et de les diriger sur Metz en prenant Longuyon pour base de ravitaillement.
• Je partis vers neuf heures ; je trouvai du pain àCharlcville et 1,,’iOO kilogrammes de biscuit à Givet ; je lis mettre ces approvisionnements sur rail immédiatement et les fis diriger sur Metz.
A Chàlons, je me rendis chez l’intendant général pour prendre des renseignements. Je trouvai dans cette ville 100,000 rations de pain que je dirigeai également sur Metz. En somme, j’eipédiai prés de 400,000 rations. Je m’arrêtai à Charloydle pour ordonner des préparatif» de ravitaillement. J’ai rencontré là MM. Magnan, Larrey et Méthérie, qui me dirent que la voie était coupée» En effet, le lendemain nous ne pûmes aller que jusqu’à Thionville.
Je partis pour Montmédy afin d’y concentrer des vivres. C’est là que je fus rejoint par l’intendant général, qui venait de Verdun.
Le 12 septembre, après le bombardement de Montmedy, jo reçus l’ordre de me rendre à Paris, ce que je fis en passant par la Belgique.
D. Avez-vous communiqué ce renseignement au ministre de la guerre, que le maréchal avait l’intention de s’élever vers le nord, en prenant Longuyon et Montmédy pour base de ravitaillement? — R. C’est plus que probable, mais je ne pourrais pas l’affirmer.
D- Avez-vous parlé de ce projet à d’autres officiers? — R. Je ne le crois pas. Seulement, quand j’ai vu M. l’intendantgénéral WolfTà Montmédy , je lui ai rendu compte de ce que m’avait dit le maréchal.
D. Vous n’avez plus eu de relations avec le. maréchal? — R. Non. Mon chef se trouvant avec moi, je n'avais pas d’initiative à prendre de ce côté.
D. Vousavez connu les résultats de la butaillcdcSaint- Privat? — It. Oui, mais c’étaient des renseignements très-erronés qui se trouvaient dans une dépêche affichée à Charlcville. Cette dépêche, je crois, venait de Paris.
D. Vous n’avez rien su de ce qui avait été fait pour
entretenir des communications avec M. le maréchal ?
— R. J’ai entendu dire qu’il y avait eu des émissaires qui avaient été envoyés, mais je n’ai rien su particulièrement.
1). Vous n’avez pas entendu M. le sous-préfetdeMontmédy parler de nouvelles qu’il avait pu recevoir? — R.
Non, monsieur le Président.
M. Wolfp, intendant général, C3t introduit. Ce témoin a déjà été entendu et dépose. — I.c t G, j’ai achevé à Verdun le travail que j’avais commencé pour les convois de vivres, lorsque je reçus l’ordre de transporter , ces approvisionnements de Verdun à Reims. Je suis parti pour Montmédy, où j’ai trouvé M. de Préval, qui m’a rendu compte de ta mission dont le maréchal l'avait chargé.
Le 20 août, j’ai adressé une dépêche à Verdun pour faire envoyer à Montmédy les vivres existant dans celte ville.
J’ai su, le 2iî, que l’armée du maréchal de Mac-Mahon allait arriver vers Montmédy pour le 20. On m’en avait déjà parlé le 23. Des émissaires ont été envoyés auprès du maréchal Bazaine pour l’informer de ce mouvement du corps d’armée de M. le maréchal de Mac- Mahon. Je ne me suis pas trouve officiellement mêlé à ces communications. I n jour seulement, l’autorité de Verdun m’a télégraphié que des troupes prussiennes se j montraient dans le voisinage do celte ville.
D. Avez vous eu connaissance de ce que l’on faisait ! pour mettre en communication M. le maréchal Bazaine avec M. le maréchal de Mac-Mahon? — R. J’ai vu un émissaire qui demandait des renseignements pour arriver jusqu’au maréchal Bazaioe. 11 était chargé d’une mission du maréchal de Mac-Mahon.
D. Avant l’avis de l’arrivée prochaine de l'armée de M. le maréchal de Mac-Mahon, avez-vous essayé d’en faire part il M. le maréchal Bazaine ? — R. Non, mon- i sieur le Président.
M. Michel-Louis Ciucu.ûgé de soizantc-trùis ans, intendant général, confirme les dispositions prises à l’égard des approvisionnements pour l’armée du Rhin depuis le I G août et indique la part qu’il a prise personnellement dans ces dispositions. Le transport de Chûlons à Reims a amélioré un peu la situation.
D. Quel jour êtes-vous parti de Reims? — R. Le U) août. L’armée partit dans la direction de Soissoiis et de Laon. Ce fut le 23 que nous reçûmes l’ordre de nous :
diriger sur Montmédy. Dans la journée du 2', l’in- i
tendant général en chef de l'armée du maréchal de Mac-Mahon m’avait prévenu de la direction du maréchal Razaine également sur Montmédy. Les ordres avaient été donnés en conséquence.
La séance est suspendue à trois heures et reprise à trois heures et demie.
M. Tissîkr, lieutenant-colonel d’état-major, rend compte des communications qui ont eu lieu entre l’empcrcqr, le maréchal de Mac-Mahon et le maréchal Ba-
zainc le 23 août. C'est le 22 août que l'ordre de marcher sur Paris a été changé en l'ordre de marcher sur Reims et sur Montmédy.
M‘ Lacbaud. — Est-ce le colonel qui a rédigé la dépêche du 22 ?.
Lh lieutenant-colonel Tissibh. — Les dépêches ont été rédigées dans le cabinet du maréchal ; je n'ai pas rédigé cette dépêche.
M. Becker, commandant du génie, est rappelé. Ce témoin a été dans les places du Nord avec le général Dejean. 11 est allé à Montmédy et à Mouzon, et dépose qu’un jour le maire de cette ville est venu demander au général Dejean un cheval pour un courrier porteur d'une dépêche du maréchal de Mac-Mahon au maréchal Bazaine.
M. Adolphe d'Aubenel, Agé de trente-sept ans, souspréfet à Château-Thierry, ancien sous-prélet à Montmédy, est introduit et dépose. — Mon rôle s’est borné à fournir aux officiers et au commandant Magnan particuliérement des émissaires pour les diverses communications avec l'armée. Je n’ai pas su ce que contenaient ces dépêches qui étaient ainsi expédiées. J'en ai envoyé une au ministère de l'intérieur, qui m’avait été apportée par le commandant Magnan,à la date du 19. Elle annonçait qu’il ne pouvait pas rejoindre le maréchal Bazaine. Trois jours après, j'en envoyai une seconde annonçant que nos émissaires n'avaient pas pu passer, qu’ils étaient revenus, mais qu'ils avaient rencontré des émissaires de Verdun qui étaient porteurs de la même dépêche que celle qu’ils avaient en mains.
J’ai cru devoir ensuite rendre compte au ministre de l’intérieur de tous les faits A ma connaissance. J’ai été en rapport avec le ministère jusqu'au 28 ou 29. Lorsque le bombardement de Montmédy est arrivé, je me suis retiré en Suisse.
1). Dans une de vos dépêches au ministère de l’intérieur relativement A la présence des Prussiens, vous ditesque vous n’avez pascrudevoir vous-même informer de ce fait le maréchal. Pourquoi? — R. Je ne savais pas où était le maréchal, et c’était dans la pensée que l'avis donné au ministère lui parviendrait plus sûrement.
M e Lachaud. — M. le sous-préfet connaissait-il le nom desagents qui étaient porteurs des dépêches? — R. Non, je ne le savais pas.
I). Vous n’avez pas pensé à demander les noms de ces agents soit au chef inspecteur des douanes, soit au ehef forestier? — R. Non, je n’y ai pas pensé. Je n’y attachais pas d’importance.
M. Rp.roul, Agé de cinquante ans, chef d’escadron d'état-mqjor de place ; Mes rapports avec l’armée de Metz se sont bornés à envoyer, le 22, une dépêche chiffrée qui ni'uvaü été envoyée de Reims par M. le maréchal de Mac-Mahon. Les agents qui la portaient ont, je crois, dû s’arrêter à Thionville, J'ai été chargé parle maréchal Bazaine d’envoyer à Lille une dépêche au
général Bourbaki. Je n’ai pas eu connaissance d’une dépêche envoyée de Montmédy à l’armée de ChAlons.
D. Que sont devenus vos agents? — R. Deux sont arrives à Thionville, d’où le colonel rurnier a fait parvenir leur dépêche ; les autres n’ont pu dépasser Longwy. lis sont partis de Montmédy le 22 vers quatre heures de l’après-midi. Le 27 août, j’ai fait savoir au maréchal de Mae-Mahon que sa dépêche était arrivée entre les mains du colonel Turnier, qui m’en avait envoyé un reçu.
D. Avez-vous eu jamais connaissance des dépêches envoyées de Montmédy à l'armée do ChAlons ? — R . Non, monsieur le Président.
M» Lachaud. — A quelle heure les émissaires sontils arrivés à Thionville ? — R. Ils sont arrivés le 2 ), mais j’ignore à quelle heure. Quoi qu’il en soit, j'ai le reçu du colonel Turnier. La dépêche était adressée en même temps au maire de Longuyon, ainsi qu’au commandant de Verdun, Ces émissaires étaient partis à quatre heures de Montmédy.
D. N’avez-vous pas reçu avis du transport des vivres à Longuyon? — R. La dépêche était adressée au maire j de Longuyon.
1). La communication télégraphique avec Longuyon n était pas interrompue? — R. Non, monsieur le Pré- i sident.
M. Charles Thomas, Age de quarante ans, chef de gare à Montmédy. — Le 22 août, j’ai reçu une dépêche pour être transmise au maréchal Bazaine. C’était une dépêche du maréchal de Mac-Mahon, èt il était écrit :
« Dépêche très-importante à faire transmettre par plu-, sieurs émissaires. »
Cette dépêche a été de Montmédy à Longuyon. Elle fut reçue par M. Deschamps, maire de Longuyon. j M. Deschamps envoya plusieurs émissaires qui furent | pris dans la guerre. La dépêche fut envoyée également de Montmédy a Metz par des émissaires. Cette dépêche était du 22 août, dix heures du soir. Elle a dû être expédiée de Montmédy le 23.
Le commissaire du gouvernement fait observer au témoin qu’il y avait une autre dépêche du i'J au 20.
Le chef de gare Thomas ne pense pas avoir reçu une dépêche autre que celle qui était chiffrée.
Le Président lui fait remarquer qu'aprês ce qu’il a dit dans l'instruction, il y a là en quelque sorte plus qu’une erreur, quelque chose comme une invention.
Le témoin explique son erreur par la confusion qui a pu se faire dans son esprit à la suite de la lecture de dépêches dans les journaux. 11 a pris lç traduction de la dépêche chiffrée pour une dépêche nouvelle.
I.e commissaire du gouvernement. — Je n’ai rien à dire en ce moment; mais c'est étrange.
Le témoin reste à la disposition du conseil pour être dé nouveau entendu.
M. Samuel Favs, employé du chemin de fer, dépose, sans pouvoir préciser l’heure, qu’il est parti de Otarie- j
ville pour Tliionville, où il est arrivé le 21. 11 était chargé d’une mission par M. le commandant Magnan pour le maréchal Bazaine.
A Thionville, le colonel Tumicr lui a dit qu'il communiquait facilement avec le maréchal. 11 n’était personnellement porteur d’aucune dépêche ; il accompagnait le soldat Lagneaux, chargé d'une mission.
M. Evariste Lagneaux, Agé de vingt-huit ans, employé de chemin de fer à Charlevillc.
Ce témoin est le soldat qui a été chargé de la mission dont a parlé le témoin précédent. Sa déposition ne fait que reproduire et confirmer celle qu’on vient de lire.
M. François Guillaume, Agé de vingt-cinq ans, machiniste au chemin de fer de l’Est.
M* Lachaud. — Ce témoin est appelé par erreur. On devait entendre un nommé Guillaume Alexis et non pas François.
Le Président. — Nous allons entendre sa déposition tout de même.
M. François Guillaume fait une déposition relative à des lettres trouvées dans un ballot et qu’il a portées au colonel Turnier.
M. André, brigadier douanier, est parti le 25 août de Montmédy pour porter des dépêches à Thionville, puis à Metz. Il ne put compléter cette dernière mission.
Le conseil entend ensuite MM. Jean-Baptiste Longeaux, Agé de vingt-sept ans, douanier, et Édouard Halouin, courtier en librairie, qui ont reçu la mission de porter des dépêches, et dont les dépositions confirment celles qui précèdent.
M. Henri Henou, âgé de trente-six ans, homme de lettres : J’étais membre de la Société de secours aux blessés; je fus chargé de me rendre à Melz pour me rendre compte de l’état des ambulances. Je partis le 18 au soir. Je rencontrai à Reims M. de Fénelon, qui me proposa de faire route ensemble.
Nous partîmes pour Montmédy où je me rencontrai avec deux officiers d’artillerie et M. le barron Larrey. Le lendemain, à la gare, je revis ce dernier, et je lui dis que j'allais partir pour Metz. Il n’y avait plus de trains. Je cherchai une voiture, que je trouvai vers sept heures. Nous finies le trajet sur la grand'routc sans être inquiétés en quoi que ce fût, et le 21 au matin nous entrions à Metz.
Je fus appelé par un officier de l’état-major du général Coffinières de la part du général. Le général demanda des renseignements. Je dis qu’il y avait sur toute la route beaucoup d'agitation, de l’enthousiasme et qu'on organisait des corps de francs-tireurs.
D. Vous n’avez éprouvé dans votre route aucune difficulté particulière ? — R. Aucune.
D. N’avcz-vous pas dit dans l’instruction que vous étiez le dernier voyageur qui soit entré à Metz? — R. Je ne pourrais pas l’affirmer, mais je le crois.
Après l’audition de M. Henri Renou , la séance est renvoyée au lendemain.