TABLEAU DE L'ÉGLISE DE SAINT MARC
Galleria antica e modema.
martyrs. On ne saurait rien imaginer de plus soigné, de plus délicat et de mieux compris que ces figurines.^ * Par malheur, le tableau, aujourd'hui à la GaU
» Vol. n, p. 508.
leria antica e moderna, est en si mauvais état qu'on ne peut contrôler le jugement du biographe d'Arezzo; le coloris a disparu, laissant en grande partie à nu la préparation qu'il recouvrait, et, sur certains points, jusqu'au blanc de Timprimure.
La Vierge est assise sur un trône avec l'Enfant sur ses genoux ; Jésus lève la main droite dans un geste de bénédiction ; il tient le monde de la main gauche. A côté du trône, des groupes d'Anges ; à droite de la Vierge, un peu en avant, saint Dominique, saint François, saint Pierre martyr; à gauche, saint Etienne, saint Jean et saint Marc ; au premier plan, agenouillés, saint Côme et saint Damien, les deux Saints protecteurs de la famille Médicis, placés là comme pour acquitter une dette envers cette illustre famille et reconnaître sô. libéralité en faveur de l'ordre. Le fond est décoré de motifs d'architecture et de guirlandes de fleurs ; un riche tapis est étendu devant le trône de la Vierge.
Sur le gradin, aujourd'hui démembré, étaient représentées différentes scènes relatives aux saints Côme et Damien. On croit les retrouver dans deux petits tableaux de la Galleria antica e moderna (n^ 257-258 du Catalogue de 1893) et dans ceux du Musée de Munich qui portent les n°" 989, 990, 991.
Dans le premier des deux tableaux de la Galleria de Florence, les Saints coupent la jambe à un malade et la remplacent par la jambe d'un nègre ; dans le
second, on voit la mise au tombeau de saint Corne, de saint Damien et de leurs frères.
Les tableaux du Musée de Munich représentent les deux Saints forcés par le juge Lysias à sacrifier aux idoles; les Saints jetés à la mer et sauvés par des Anges, pendant que le juge, grâce à l'effet de leurs prières, est délivré de deux démons ; enfin leur crucifiement, tandis que les bourreaux lancent contre les trois autres frères des pierres et des traits qui rebondissent contre eux-mêmes/
D'autres sujets semblables sont représentés en six scènes, divisées en deux tableaux de la GaUeria antica e moderna.
Premier tableau : c'est l'époque où les deux Saints exerçaient la médecine sans vouloir toucher aucun honoraire; ils guérissent Pelladia, et celle-ci dans sa reconnaissance conjure, au nom du Seigneur, saint Damien d'accepter un présent. Saint Corne, ne connaissant pas le motif de cette condescendance qu'il croit coupable, s'indigne contre son frère.
Second tableau: le juge Lysias veut contraindre les deux Saints et leurs trois frères à sacrifier aux idoles.
Troisième : les Saints sont chargés de liens, jetés à la mer et sauvés par un Ange.
* Katalog der Gemàlde — Sammlung der Kgl. âlteren Pinakothek in Mimchen. Mit einer historischen einleitung von Dr. Franz von Reber.
Quatrième: ils sont condamnés à être brûlés vivants; et au milieu des flammes, ils chantent des psaumes.
Cinquième : ils sont lapidés.
Enfin, dans le sixième, ils sont décapités.
Il n'est pas possible d'établir avec certitude si les deux premières scènes faisaient vraiment partie, ainsi que celles du Musée de Munich, du tableau de saint Marc ; il y aurait une égale difficulté à vouloir conjecturer à laquelle des nombreuses œuvres de Fra Angelico purent bien appartenir ces six petites scènes de la vie des saints Côme et Damien. Nous nous contenterons de faire remarquer que, dans tous ces travaux, on ne trouve pas toujours un mérite égal d'exécution; l'artiste a dû, en les faisant, emprunter la main de quelque collaborateur.
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On ne voit, ni dans les souvenirs du couvent, ni dans Vasari, que Fra Angelico ait peint d'autres tableaux pour l'église de saint Marc. On peut donc supposer que le pieux artiste donna tous ses soins à la décoration de ce couvent, qui, grâce aux œuvres qu'il y a laissées, peut être regardé à juste titre comme un des plus remarquables monuments de l'art.
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Ce n'était pas la première fois que Fra Angelico faisait de la peinture murale et dans des proportions bien plus grandes que ne le comportait sa méthode habituelle de travail. Si à Fiesole il avait déjà montré qu'il connaissait tous les secrets de cet art dont ses peintures de Rome devaient offrir la plus complète expression, le couvent de saint Marc lui offrait toute facilité pour affirmer son mérite, même dans ce genre de peinture. Dans le cloître, dans les corridors, dans les cellules, dans les salles de réunion des religieux, nous trouvons des souvenirs de son art ; tous ses personnages favoris réapparaissent l'un après l'autre, dans de plus grandes proportions ; mais sans perdre pour cela leur grâce originelle et le sentiment dont l'artiste avait su les pénétrer dans les plus modestes représentations de ses petits tableaux en miniature. Il montre même, dans ces créations nouvelles, qu'il avait étudié le vrai avec une indépendance et une sincérité complète de pensée, et qu'il savait le traduire et le rendre avec plus de facilité et de sûreté.
C'est sur les murs de saint Marc que l'on saisit le
changement vraiment remarquable qui s'opéra dans le caractère de la peinture de Fra Angelico. Il devait s'être aperçu, après avoir peint le tableau pour l'Art des Linaiuoli, qu'il avait besoin de faire une étude plus approfondie de la nature pour donner la vie à ses personnages ; surtout si ces personnages étaient appelés à jouer un rôle moins conventionnel ou à prendre de plus grandes proportions. Il comprit certainement que s'il se bornait à agrandir ses petits tableaux, il ne réussirait jamais par ce moyen à exprimer cette note personnelle, individuelle vers laquelle, il en avait la conscience, tout le portait, et son sentiment intime et le genre même de sa vie.
Aussi, quelle différence entre les personnages du Tabernacle des Linaiuoli, peint en 1433, et les trois personnages du tableau d'autel de l'église de saint Marc, exécuté en 1438, ou peu de temps après! Les premiers, vides, grêles, sans * expression ; les seconds, pleins de caractère et de vie! Gardons-nous surtout d'oublier que cette différence est sensible encore aujourd'hui, en dépit des déplorables conditions où se trouve réduit le tableau de saint Marc et qui rendent toute comparaison si difficile !
Ici, dans ce cloître, sa peinture devait prendre de plus vastes proportions et plus d'importance ; ses personnages, un plus grand caractère, plus d'individualité dans les formes, plus de solidité dans l'exécution et
dans la peinture; il y avait à cela une double cause: leur grandeur et l'obligation de faire une œuvre qui ne parût point vide. Aussi est-ce bien ici que s'affirme toute la puissance d'étude et de sentiment de Fra Angelico ; ici également éclate la preuve qu'il ne dédaigna pas de mettre à profit le développement progressif de l'art pour améliorer son style et donner plus de grandeur à son dessin.
Est-ce le séjour de Fra Angelico à Florence, qui exerça une action efficace sur son esprit, lorsque, descendu de son cloître solitaire de Fiesole, il se trouva en contact plus direct avec d'autres artistes qui suivaient une direction artistique différente, ou même opposée ? On ne le sait. A vrai dire, la distance de son couvent à la grande cité n'était pas telle qu'il ne pût aisément aller voir les œuvres immortelles dont Florence était si riche ; ce n'est pas l'éloignement qui pouvait rendre moins étroits les rapports d'amitié avec les artistes ses aînés ou interdire une simple connaissance. Déjà, en fait, Fra Angelico et Ghiberti avaient dû s'entendre pour le Tabernacle de« Linaiuoli, et les œuvres que le pieux moine envoyait de Fiesole aux églises et aux couvents de Florence ne devaient pas non plus rester inconnues.
Dans les tempéraments éminemment doués au point de vue artistique, les causes extérieures n'agissent pas seules ; il se produit en eux un certain développement, d'une façon naturelle et comme spontanée. Fra Angelico
comprit (et le progrès de ses travaux nous confirme dans cette idée) qu'il lui manquait quelque chose pour rendre avec évidence, et dans des proportions plus grandes, ses pensées et ses sentiments; il perfectionna nécessairement ses études, il mit plus de conscience dans la recherche du vrai ; comme conséquence naturelle de son progrès artistique, il trouva une direction nouvelle ; et il réussit à se rendre maître de la nature avec plus de sûreté. De même, plus tard à Rome, l'antiquité même devait exercer un certain empire sur son goût simple et pur.
Dans le cloître élégant du couvent de Florence, on admire en face de la porte d'entrée le Crucifiement du Christ. Le Sauveur tourne avec douceur ses yeux vers saint Dominique, qui, à genoux, étreint la croix de ses deux mains et lève la tête pour confondre son regard avec celui du Christ. Il y a une telle intensité de sentiment et d'expression dans les deux personnages, une si grande noblesse chez le Christ, tant de profondeur dans l'exécution, le coloris est si chaud et si vif qu'il est impossible de n'être pas émerveillé, et de ne pas se sentir ému devant cette indescriptible puissance de
l'artiste qui a su rendre le sentiment de la douleur la plus profonde et de la foi la plus intense !
Dans les cinq lunettes du cloître, Fra Angelico a représenté : saint Pierre martyr, saint Dominique, le
Christ sortant du sépulcre, le Christ en costume de pèlerin, et saint Thomas d'Aquin.
Saint Pierre martyr, à mi- V corps, tient de la main gauche à la fois un livre qu'il appuie sur son côté et la palme du martyre; il porte à ses lèvres l'index de la main droite, pour signifier que le silence règne dans la solitude (lu cloître. L'expression du visage plein de caractère, au modèle larye et simple, d'une construction forme et savante, ne pouvait être rendue avec plus d'habileté.
Saint Dominique tient de la main gauche le livre de la Règle et la discipline de la main droite ; c'est comme la preuve vivante que l'action morale et l'action matérielle doivent avoir une part égale dans la direction de toute communauté religieuse. Le Christ sortant du sépulcre montre ses plaies, et saint Thomas d'Aquin tient ou-
vert de ses deux mains le livre de la Somme philosophique.
Dans l'arc de la porte de l'appartement des hôtes, le peintre a représenté le Christ auquel deux dominicains souhaitent la bienvenue, pour rappeler aux religieux que pratiquer l'hospitalité en accueillant les pauvres et les pèlerins, c'est accueillir Jésus Christ lui-même qui met jen eux sa propre personne. Le Rédempteur s'appuie sur un
bâton de pèlerin ; il a rejeté son chapeau sur ses épaules. Un des moines lui serre la main gauche, et
le prenant par le bras droit l'invite à se reposer. La tête des deux religieux est pleine de caractère et d'expression ; on voit en pleine lumière sur leur physionomie le sentiment de joie et d'amour dont ils sont pénétrés pour l'hôte inattendu. Le second moine qui entoure de ses mains le bras du Rédempteur, comme
un homme qui doute encore ou qui en croit à peine ses yeux, est rendu avec un sentiment si naturel qu'on ne saurait ni atteindre, ni rêver un plus haut degré de perfection.
Non moins beau est le type du Christ, avec sa longue barbe et sa chevelure bouclée qui flotte sur ses épaules. La scène dans son ensemble est rendue
par l'artiste avec une grande noblesse et une délicatesse infinie.
Dans le Chapitre du couvent, Fra Angelico a reproduit la scène du Crucifiement. « Son talent, — dit Vasari, — l'avait rendu si cher à Corne de Médicis qu'après avoir fait construire l'église et le couvent de saint Marc, il le chargea de peindre sur une des parois du Chapitre toute la passion de Jésus Christ ; d'un côté tous les Saints qui ont été chefs et fondateurs d'ordres, pleurant amèrement au pied de la croix; de l'autre, saint Marc l'Évangéliste venant en aide à la Mère du Fils de Dieu qui s'est évanouie à la vue du Sauveur du monde crucifié ; autour d'elle sont les Maries désolées qui soutiennent la Vierge, saint Côme et saint Damien.
» Au-dessous de ce tableau, il peignit dans la frise qui court au-dessus des dossiers d'appui saint Dominique ayant à ses pieds un arbre dont les rameaux enlacent un certain nombre de médaillons. On y voit réunis tous les Papes, les Cardinaux, les Évèques, les
Saints, les Maîtres en théologie qui avaient honoré jusqu'alors l'ordre des frères prêcheurs.^ »
Fra Angelico a versé à pleines mains dans cette œuvre magistrale les sentiments les plus intenses et les plus vifs de son âme ; il a réussi à rendre les différentes expressions de la douleur, du désespoir, de l'espérance et de la foi avec une puissance et une habileté rares ; il a animé tous ces personnages avec un art infini ; il a donné aux têtes un caractère, une expression, une clarté qui montrent à quel point il avait pénétré tous les secrets de l'art et comment il était capable de dompter la matière pour la plier à la manifestation de sa profonde pensée. Chaque personnage a son caractère propre et l'attitude qui lui convient.
Le groupe de la Vierge évanouie n'est sans doute pas nouveau, et il a quelque chose de convenu ; mais quel éclat de vérité dans l'expression des sentiments des autres personnages ! Saint Dominique, pieusement agenouillé, penche la tête et tend les bras vers le Rédempteur (c'est vraiment une merveille que le dessin de cette tête si bien comprise, avec son léger raccourci!); saint Zanobi ou saint Ambroise, archevêque, debout, montre de la main le Rédempteur ; saint Jérôme, en robe d'ermite, plie son corps en avant et joint ses mains dans un mouvement de prière ; saint Au-
« Vasari, vol. II, p. 507.
gustin tient la plume de la main droite, un livre et la crosse de la main gauche ; saint François porte la main droite à sa joue comme pour soutenir sa tête, dans un geste de mélancolie et de tristesse indéfinissable. Viennent ensuite saint Benoît, qui contemple d'un œil paternel la légion des autres fondateurs d'ordres, saint Bernard, saint Romuald, saint Thomas d'Aquin (dont l'admirable tête pleine de caractère et de vie est certainement un portrait, tant l'expression en est vivante!), saint Pierre martyr, les mains sur la poitrine ; et enfin sur le devant, un frère inconnu (saint Jean Gualberto, suivant le père Marchese) qui pleure en portant la main gauche à sa joue ; son mouvement est si naturel que nous sommes près de croire que le pieux et mystique artiste a fait passer en lui tous ses sentiments.
A gauche de la fresque, près de la Vierge évanouie, saint Jean Baptiste, debout, désigne d'un geste le Sauveur; saint Marc, à genoux, montre du doigt le livre des Évangélistes ; saint Laurent joint les mains sur sa poitrine, et saint Côme, les mains étroitement serrées, contemple le Crucifié, tandis que saint Damien se détourne, en se couvrant les yeux de la main droite, et pleure la douloureuse disparition du Sauveur.
Comme décoration du cadre en peinture qui entoure la fresque, on voit dans des ornements en forme d'hexagone des prophètes à mi-corps, tenant des banderoles dont les inscriptions se rapportent à la passion
du Christ; en bas, à droite, la Sybille Erythrée. Dans la partie inférieure de la frise, l'artiste a représenté les personnages les plus illustres de son ordre. Au centre, saint Dominique ; à gauche. Innocent V, le cardinal Ugone, le père Paolo de Florence, l'archevêque de Florence saint Antonin (celui-ci ajouté certainement à une date postérieure) ; le bienheureux Jourdan de Saxe, le bienheureux Nicolas, le bienheureux Remigio de Florence; à droite, Giovanni Dominici, Pietro da Palude, Albert le Grand, saint Raymond, Chiaro de Sesti, saint Vincent de Valence et le bienheureux Bernardo, martyr. On n'a pas épargné à cette fresque les retouches et les restaurations ; beaucoup de parties des vêtements ont été repeintes et le fond a été gâté par ce coloris rougeâtre qui fait un si grand tort à la tonalité générale de la fresque ; mais les têtes des Saints ont gardé encore une telle clarté et une telle vérité qu'elles peuvent être mises en parallèle avec celles de Masaccio lui-même ; bien qu'elles soient modelées avec moins de force et traitées avec une technique beaucoup plus simple. « Dans cette page monumentale, — écrit M. Mûntz, — l'artiste a parcouru toute l'échelle des sentiments, depuis la douleur la plus poignante jusqu'à l'espérance la plus inaltérable. Il y a mis des gestes, des attitudes dignes du dramatique par excellence, Giotto.' »
' Histoire de Vart pendant la Eenaissance, — Les Primitifs, p. 656.
Tant qu'il y aura un art, ces figures ne cesseront d'être admirées pour l'intensité inimitable de l'expression. Nulle part les contrastes de l'abandon, de la douleur, de la convulsion, de la réflexion calme et profonde, ne s'offrent et n'agissent avec un ensemble aussi harmonieux/
La chronique du couvent de saint Marc fait mention d'un autre Crucifiement peint par Fra Angelico dans le réfectoire des religieux; «probablement, — dit Marchese, — une réplique de celui qu'il avait déjà peint dans le réfectoire du couvent de Fiesole. * 11 n'existe plus aujourd'hui, et il semble qu'on ait détruit cette œuvre pour faire place à la grande fresque de Sogliani, qui représente saint Dominique assis à table avec ses religieux et servi par des Anges qui lui offrent du pain. Mais dans les cellules et dans le dortoir du couvent florentin, Fra Angelico multiplia les précieux produits de son talent, répandant à profusion avec un art infini les grâces exquises de son pinceau et les suaves inspi-
Cicerone, p. 548.
rations de son âme. De l'Annonciation aux différentes scènes de la vie du Christ, de la Vierge au milieu des Saints peinte dans le corridor à la décoration de la chambre que Corne de Medicis fit construire dans le couvent pour son usage personnel, tout exhale un souffle délicieux de poésie qui ne peut manquer d'émouvoir le spectateur ; tant l'artiste a su répandre dans ses différentes productions de simplicité et de grâce !
En face de l'entrée, dans le corridor supérieur du cloître, Fra Angelico a peint la scène de l'Annonciation, la Vierge et l'Ange. A propos de ce même sujet, traité déjà à Cortone par notre artiste, nous avons fait remarquer qu'ici la scène a pris plus de développement et que le peintre a mieux réussi à exprimer le sentiment de vénération de l'Ange et la soumission pleine d'humilité de la Vierge. Mais la même scène peinte dans la cellule n° 3, et dans laquelle l'artiste a introduit saint Dominique qui regarde dans une attitude de vénération, peut être encore considérée comme une de ses meilleures œuvres. Il se dégage de cette composition cette douceur et cette sévérité de caractère
et de sentiments, unies à l'élégance, que Fra Angelico était seul capable de répandre dans un sujet qui lui était si cher.
On voit ensuite à gauche de la porte d'entrée un Christ crucifié, avec saint Dominique à genoux qui embrasse la croix ; les personnages sont d'environ demigrandeur. La scène ressemble à celle que nous avons déjà admirée dans le cloître, mais elle est conduite avec moins d'habileté. Ce ne sont pas d'ailleurs les seuls Crucifiements peints par notre maître. Que de fois Fra Angelico n'a-t-il pas répété le même sujet dans les cellules, mais toujours en variant ou l'attitude du Rédempteur, ou les personnages qui l'adorent! il ne change jamais rien à la sereine attitude de Dieu ; il est là, sans contractions exagérées, sans violence dans les mouvements, cloué sur la croix, abaissant la tête dans une muette contemplation vers les personnages qui sont à ses pieds. Ceux-ci au contraire, toujours en proie à la douleur et à la désolation, pleurent désespérément aux pieds du Sauveur.
Quelques fresques qui représentent le Christ en
croix et saint Dominique agenouillé ne sont que la reproduction plus ou moins heureuse du même thème ; atiutres peuvent être regardées comme étant l'œuvre d'un artiste absolument différent, tant l'exécution en est faible, le dessin incorrect, le sentiment plus languissant; il faut sans aucun doute attribuer cette différence à la collaboration des aides qu'il employait pour les exécuter.
Dans la fresque représentant le Noli me tangere, Fra Angelico a fait une œuvre pleine de fraîcheur et de vie, conçue suivant la manière de Giotto. Que de majesté dans le personnage du Christ! D'un geste de la muiii droite, il arrête Madeleine qui, à genoux, étend vers lui les mains dans une attitude suppliante.
Elle est belle aussi, par la composition et le sentiment des personnages, la Nativité dans laquelle la Vierge et saint Joseph à genoux, les mains jointes, adorent l'Enfant divin, étendu à terre sur un tas de paille. Sur les côtés, devant, à droite, saint Dominique et à gauche, derrière la Vierge, une Sainte.
Dans le fond, sous Fhumble cabane, le bœuf et l'âne ; dans le haut, quatre Anges en prière.
Dans la fresque représentant la Transfiguration sur le Thabor, le personnage du Christ se dressant dans la nuée, les bras étendus, le visage plein de noblesse, est au nombre des plus belles créations de Fra Angelico. Mais les attitudes des Apôtres sont conventionnelles; le mouvement du personnage de gauche, agenouillé, les mains levées, exprimant la confusion et la surprise en présence de la Transfiguration, est maniéré à l'excès. Ce défaut est tellement marqué dans l'attitude du personnage et le mouvement des bras qu'il suffit pour nous à détruire la sereine harmonie de la scène.
Dans l'Institution du Saint Sacrement, Fra Angelico, se conformant à la tradition de l'école de Giotto, a représenté les Apôtres autour de la table mystique ; le Christ, tenant le calice de la main gauche, leur présente l'hostie consacrée ; les différents personnages des disciples expriment admirablement les divers sentiments de dévotion et de joie qu'ils éprouvent à re-
cevoir le divin aliment des mains mêmes de leur Miaître.
Mais au-dessus de tout le reste il faut placer, pour la noblesse des lignes, le caractère grandiose et la simplicité de la conception, la fresque où l'artiste a représenté le Couronnement de la Vierge. Le Christ et la
Vierge dans une gloire sont assis sur de légers nuages ; le Fils pose la couronne céleste sur la tête de la Mère qui s'incline humblement et avance le corps vers le Sauveur en croisant ses bras sur la poitrine. De son visage, qui exprime la suprême félicité, rayonne un ineffable et céleste sourire. Les vêtements blancs, d'un tissu très fin, enveloppent le corps des deux person-
PLORE;NClîi COUVENT DE S. MARC