‹ Beato AngelicoChapitre 16 sur 32 · LE COUROT^NEMENT DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

LE COUROT^NEMENT DE LA VIERGE

nages dans une parfaite harmonie de i)lis ; on dirait des apparitions aériennes, des visions divines de la Vierge et du Rédempteur. Cette cr6a»

tion de l'art atteint vraiment l'idéal

Six Saints en extase assistent au triomphe de la Vierge : saint Thomas d'Aquin, saint Paul, saint Dominique, saint François, saint Pierre martyr et saint Benoit; ils sont placés trois à droite et trois à gauche, et représentés dans des attitudes de contemplation très variées.

On peut aussi regarder comme une des meilleures créations de Fra Angelico le tableau des Maries au Sépulcre. Dans la partie supérieure l'artiste a représenté le Christ ressuscité; le haut du corps seulement, au-dessus de la ceinture, se dégage du nuage qui l'enveloppe; les saintes femmes contemplent le tombeau vide ; et l'Ange assis sur le sépulcre leur signale le miracle qui vient de s'accomplir.

Elles sont loin aussi d'être sans mérite les autres scènes où l'artiste a peint la Présentation au Temple, Jésus priant au Mont des Oliviers, Jésus aux Limbes, Jésus en proie aux insultes.

Dans une des dernières cellules, nous trouvons une

conception nouvelle du Crucifiement. Le Christ gravissant Téchelle s'offre de lui-même à la mort; et au pied de la croix, la Vierge est sur le point de s'évanouir entre les bras de Madeleine.

Marchese affirme que cette composition fut inspirée par la pieuse légende de sainte Marie Madeleine, dont le texte est du XIV® siècle : « . . . . e quando si rivolsono, elle vidono messer Giesù, che saliva su per le scale co'suoi piedi,

e colle sue mani. Quando elle vidono questo co' loro

occhi, il pianto fue grande, e si

crudele, che pareva, che piagnesse

il cielo e la terra .... e l' altra

gente tutta piangeva per la pietà

di lui e délia Madré e délia Mad-

dalena, che diceva si pietosamente

sue parole, che chiunque 1' udiva

pareva che si spezzasse loro il cuo-

re; e pensomi che salisse messer

Giesù su per la scala délia Croce

colle sue mani e co' suoi piedi vo-

lontariamente. Centurione, il quale fu poscia salvo, vide

questo fatto, e corne uomo savio disse in se medesimo:

oh, che maraviglia è questa, che questo Profeta pare, che vada volenterosamente a esser messo in Croce, e nuUa resistenzia, e nullo mormorio non fa? E stando cosi ammirato, messer Giesù fu compiuto di salire tanto alto, quanto bisognava, e rivolsesi in suUa scala, e aperse le braccia reali, e porse le mani a coloro che erano per conficcarle molto attentamente/ »

Enfin dans la petite pièce que Corne de Médicis fit construire pour son usage particulier dans le couvent et où il venait souvent s'entretenir avec le prieur frère Antonino, Fra Angelico peignit l'Adoration des Mages. Comme le pape Eugène IV passa la nuit dans cette même pièce quand il vint en 1442 à Florence pour assister à la consécration de l'église, il est probable, comme le veulent tous les critiques, que cette

* « Et quand elles se retournèrent, elles aperçurent le Seigneur Jésus qui gravissait Péchelle avec ses pieds et ses mains ; et en voyant ce spectacle, leurs gémissements furent si grands et si déchirants que le ciel et la terre semblaient gémir aussi. Les autres personnes pleuraient de compassion sur le Fils, la Mère et sainte Madeleine, qui parlait si piteusement, que tous ceux qui l'entendaient paraissaient en avoir le cœur brisé. Il faut croire que le Seigneur Jésus monta volontairement avec les pieds et les mains sur Téchelle de la croix. Le centurion, qui fut ensuite sauvé, le remarqua, et comme il était sage, il dit en lui-même : < Oh ! quelle merveille ! le Prophète paraît monter volontairement pour être mis en croix ; il ne fait entendre aucune plainte, il n'oppose aucune résistance. » Et, pendant qu'il l'admirait, le Seigneur monta aussi haut qu'il était nécessaire, puis il se retourna sur l'échelle, il ouvrit royalement les bras et offrit ses mains de bonne grâce à ceux qui étaient chargés de les percer. »

(Mabchese, San Marco illustrato, p. 40. — Cabtieb, Vie de Fra Angelico, p. 296.)

Adoration était une allusion à la fête de l'Epiphanie, date choisie pour cette consécration. Quant à la date de la composition de cette fresque, nous ne saurions en affirmer l'exactitude ; il n'est nullement nécessaire, selon nous, de faire appel à des souvenirs historiques pour établir que la scène de l'Adoration ne devait pas manquer au nombre des compositions de l'artiste qui

représenta les principaux épisodes de la vie du Sauveur dans les différentes cellules de son couvent. C'est donc pour ce motif et en raison du caractère même de quelques personnages, qu'il faut reporter après 1442 la date de ce travail.

La scène, pleine de mérite, est conduite avec une rare maîtrise. On voit à la variété des types et des caractères, de l'expression et des sentiments des gens du cortège, tout le soin que notre artiste dut appor-

ter à rexécution de cet important tableau. Aujourd'hui, par malheur, restauré et endommagé, il laisse seulement deviner les admirables qualités d'exécution qui étaient la marque de l'auteur.

On retrouve toutefois l'ensemble de ces qualités dans la très belle fresque du corridor où la Vierge est représentée sur un trône avec l'Enfant sur les genoux, et plusieurs Saints à ses côtés ; à droite du tableau, saint Jean, saint Thomas d'Aquin, saint Laurent et saint Pierre martyr ; à gauche, saint Marc, saint Côme, saint Damien et saint Dominique qui montre un livre où l'on voit écrit :

CARITATEM HABETE ; HUMILITATEM SERYATE ; PAUPERTATEM VO- LUNTARIAM POSSIDETE.

124 FBA ANGELICO A FLORENCE.

MALEDICTIONEM DEI ET MEAM IMPRECOR POSSESSIONES INDU- CENTI IN MEO ORDINE.

Cette fresque, une des plus parfaites du couvent et l'une des meilleures œuvres de Fra Angelico, nous montre à quel degré d'habileté et de possession de son art il s'était élevé par l'étude. Le visage infiniment doux de la Vierge se penche pour regarder son Fils, dont la tête bouclée, les cheveux dorés, les petits yeux pleins de vivacité respirent une grâce enfantine vraiment extraordinaire.

Le soin apporté à l'exécution, le dessin des personnages pleins de caractère, de noblesse, de vie, la finesse des tons, la justesse des rapports, la fraîcheur et la distinction du coloris font de cette œuvre une des créations les plus remarquables de Fra Angelico.

Rio incline à penser que cette fresque fut peinte pendant le séjour de l'auteur en Toscane après 1450. « Peut-être aussi, — écrit ce même critique, — était-ce un adieu du peintre à ses patrons et à ses amis, et comme un dernier souvenir laissé à la famille religieuse qui avait partagé ses joies et ses peines et dont il allait se séparer à jamais.^ »

Rien, à vrai dire, ne rend cette opinion inadmissible ; mais il nous semble que l'artiste qui a peint le grand Crucifiement de la Salle Capitulaire a bien pu

» Ib., p. 317.

av^

travailler en même temps à cette fresque où l'on voit comme la synthèse de toutes les qualités de technique et de sentiment de Fra Angelico. Ce chef-d'œuvre est là comme une marque du privilège qui échut à cet artiste d'atteindre la vérité en demeurant fidèle à son propre génie, et d'imprimer à la vérité un tour particulier qui est resté son caractère et son mérite original. Mais si l'on compare à cette fresque les peintures de la chapelle de Nicolas V à Rome, on ne peut s'empêcher de remarquer dans celles-ci une plus grande aisance dans la composition, et, dans la représentation des personnages, un dessin d'un plus grand style ; enfin j une vérité et une profondeur d'observation qu'il ne nous a été donné Se trouver dans aucune œuvre antérieure de notre artiste, pas même dans cette fresque du Crucifiement, qui est justement considérée comme une des œuvres les plus parfaites de Fra Angelico.

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