‹ Beato AngelicoChapitre 8 sur 32 · MADONE A L ETOILE · texte numérisé non relu

MADONE A L ETOILE

Xendant que Fra Angelico peignait en Ombrie la légende de la Vierge et celle de saint Dominique, Giovanni Dominici et le père Leonardo Dati, maître général de l'ordre, agissaient auprès de l'évêque de Fiesole et du souverain pontife Grégoire XII pour rentrer en possession du couvent fondé par Dominici. C'est seulement en 1418 que l'évêque de Fiesole fit droit à leur demande ; il y mit comme condition que les religieux dominicains lui feraient don d'un ornement sacré de la valeur de cent ducats ; cette somme, dit Marchese, fut prise sur l'héritage légué au couvent par le père de saint Antonin, qui mourut à cette époque.

Cette même année, un riche marchand de Florence ayant laissé aux religieux du couvent de Fiesole environ six mille florins, on décida de donner aux constructions des dimensions plus grandes. Après que l'on eut signé l'acte solennel de concession entière et sans réserve, le père général se hâta d'envoyer de Cortone au nouveau couvent quatre religieux. Nous ne voyons pas figurer parmi eux Fra Giovanni et Fra Benedetto. Cela ne veut pas dire que plus tard tous ceux qui avaient quitté Fiesole en 1409 n'y soient pas revenus ; et avec eux, par conséquent, notre grand artiste.

C'est dans le calme de ce couvent, dont un côté est tourné vers la pente des collines de Fiesole et voit les oliviers étendre sur l'azur du ciel leurs rameaux argentés, que Fra Angelico, plongé dans la prière et le travail, passa une grande partie de sa vie. Il resta à Fiesole jusqu'en 1436.

Il est impossible de dire avec certitude quelles sont celles de ses œuvres, ofifertes aujourd'hui à l'admiration publique dans les musées de Florence ou de l'étranger, qu'il exécuta pendant cette période de son séjour au couvent de Fiesole. Au nombre des premières il faut citer les trois petits reliquaires qu'on admire aujourd'hui au couvent de saint Marc. On y retrouve ces traits caractéristiques que nous avons déjà admirés dans les tableaux de Pérouse et de Cortone; la finesse et le soin de l'exécution témoignent

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que le peintre n'a pas encore oublié sa première éducation artistique.

Les reliquaires (il y en avait quatre à l'origine) furent peints pour le frère Giovanni Masi, religieux du couvent de sainte Marie Nouvelle ; ils représentaient le Couronnement de la Vierge, la Madone dite de l'Étoile et l'Adoration des Mages. Le Couronnement a été trop endommagé par de maladroites retouches, pour qu'on puisse aujourd'hui le juger avec conscience ; c'est pour cela qu'un critique n'a point hésité à affirmer qu'il n'est pas de Fra Angelico. « On y voit, — écrit Cartier, — une pensée religieuse, un désir de suivre son modèle ; mais toute la composition manque d'ordre et d'espace ; les figures en sont lourdes, les poses embarrassées, les proportions courtes, les contours épais, et la peinture pénible.^ »

Ce n'est pas absolument exact.

Naturellement si l'on compare ce petit reliquaire au grand Couronnement du Louvre, on trouvera que la composition manque non pas d'ordre, mais d'espace, parce qu'on retrouve ici la même disposition que dans les autres représentations analogues de l'artiste ; les types de la Vierge et du Christ n'ont pas, il est vrai, cette grandiose simplicité que nous admirerons plus tard avec un sincère enthousiasme dans ses tableaux.

Vie de Fra Angelico, p. 243.

Peut-être avons-nous sous les yeux la première pensée de l'artiste; cette pensée qui devait successivement se modifier jusqu'à atteindre les proportions qui nous ont valu le Couronnement du Louvre, et plus tard, le Couronnement d'un caractère vraiment céleste, qu'on admire à la Galerie des Offices.

Dans le petit tableau où est peinte la Madone dite de l'Étoile, on peut retrouver les mérites ordinaires de grâce et de noblesse particuliers à l'artiste. Les six anges en adoration dans le biais du cadre, et les deux anges assis en bas qui touchent les cordes de l'épinette, ne révèlent pas seulement toute l'habileté de Fra Angelico ; on peut les compter, avec ceux du Tabernacle des Linaiuoli, au nombre des plus beaux et des plus célestes que son pinceau ait créés.

Le troisième petit tableau, divisé en deux parties, représente l'Adoration des Mages, et en haut, l'Annonciation. La Vierge a un livre sur les genoux ; elle croise les bras sur la poitrine et avance la tête vers le céleste Messager qui s'incline devant elle. Mais les deux personnages, tout en conservant le sentiment propre de l'artiste, ont des proportions toujours exagérées. Le caractère des figures nous rappelle le tableau de Cortone sur le même sujet ; le coloris émaillé et brillant ramène l'œuvre aux conditions et aux apparences d'une très élégante miniature. Dans l'Adoration des Mages, la Vierge présente les mêmes défauts de pro-

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