J.-W. POITRAS
Monsieur le Président invite ensuite M.
l'abbé J.-E. Gauthier, curé de Bellerive, et ancien vicaire à Saint-Clément, à nous parler des vicaires et des curés de Beauharnois. Monsieur Gauthier, en un langage tantôt familier, tantôt élevé, fait passer devant l'auditoire la série des curés et des vicaires, surtout des plus récents. Les paroissiens n'ont pas de peine à reconnaître leurs anciens pasteurs, et ils goûtent tout particulièrement l'hommage rendu à la mémoire inoubliée de Monsieur le Curé Lussier et de Monsieur le Curé Charland.
Le Comité des Fêtes avait aussi officiellement invité le R. P. M. Marchand, O.P., et Messieurs les avocats J. Sullivan et Paul Mercier à parler; voici leurs discours:
R. P. M. Marchand, O.P.
"Nos Institutions Paroissiales"
Mesdames et Messieurs,
Il est fort expressif, le spectacle que nous présente le groupe des monuments les plus beaux de la ville, que la piété des fidèles a construits pour enseigner à leurs descendants les trois amours qu'ils avaient et qu'ils ont encore au cœur: l'amour des choses de l'esprit, et ce sont vos écoles qui le rendent sensible; l'amour évangélique de vos frères malheureux, et votre hospice rend un éclatant témoignage
Centenaire de Beauharnois
à votre piété fraternelle; V amour des choses de Dieu, et c'est par votre église paroissiale que vous manifestez votre religion. '
Les édifices religieux sont les legs qu'un peuple fait aux générations à venir; chaque pan de muraille dit éloquemment votre générosité et votre esprit chrétien. Sans doute le temps rongera les pierres et lézardera ces édifices, mais elles apprendront, les générations, elles découvriront toujours les sources sacrées de ces amours et tiendront à honneur de ne pas les laisser tarir . . .
En jetant un regard sur votre école, sur vos écoles, je mets à jour une de ces sources: la foi.
C'est là la demeure de la plus solide des vertus chrétiennes. L'intelligence et la science ne sont données à l'homme que pour se rapprocher de Dieu: toute science est vaine, dit Bossuet, qui ne se tourne pas vers Dieu. Or, Messieurs, en confiant vos enfants à des maîtres et à des maîtresses éprouvées, à des savants et à des religieux, vous ouvrez des perspectives infinies à leur intelligence encore inexpérimentée.
Les hommes pourront se succéder, la doctrine restera la même; les communautés pourront se remplacer, le principe d'éducation ne variera pas, il se maintiendra attaché au Dieu de toute vérité.
Chez nous, l'école n'est pas seulement un endroit où l'on donne quotidiennement un enseignement profane quelconque, mais c'est un atelier où l'on forge des intelligences, où l'on rend malléable des âmes pour leur donner cette souplesse et cette solidité qui sont les bases d'une vie sérieuse. En mêlant harmonieusement les éléments du savoir humain aux principes d'une vie religieuse et morale convaincue, en étayant les mystères de la foi sur la science rationnelle, les vaillants Frères des Ecoles Chrétiennes, les premiers maîtres, nos doctes Clercs de S. Viateur, les maîtres
actuels de nos enfants, les distinguées Sœurs de Jésus et de Marie et les maîtresses de nos "petites écoles" livrent à leurs élèves le vrai sens de la vie. Est-il surprenant que les enfants, et c'est un fait constaté partout, formés dans les écoles catholiques et congréganistes, deviennent de meilleurs citoyens? Ils greffent sur leur vie naturelle les poussées vigoureuses du surnaturel divin; à l'âge adulte, ils seront des chrétiens fermes et fervents. N'ai-je donc pas raison de dire que l'école nous rappelle la vertu sainte de la foi?
Elle nous y fait penser encore, parce que la science se livre: elle est basée uniquement sur l'autorité et le témoignage. Tout maître est un témoin de la vérité. Habitué à croire dans les petites choses, sans souvent comprendre la force d'une vérité, l'enfant accepte plus facilement l'autorité souveraine qui lui transmet des vérités capitales sur ses destinées et sur l'audelà, c'est-à-dire, la parole de Dieu que l'Église ne fait que rendre publique et officielle en définissant un dogme. N'est-ce pas derrière ces murs que s'illumine peu à peu le vaste domaine des connaissances presqu'exclusivement appuyées sur l'autorité humaine ou divine? . . . La foi est donc rendue vivante par l'école; votre foi est palpable, Messieurs, dans vos écoles.
C'est une autre vertu, bien divine celle-là, que j'aperçois sous le toit hospitalier de votre hospice; ce sont des anges que je vois silencieusement parcourir les corridors de cet asile; c'est une autre source de votre amour qui s'épanche de toutes les salles de cet édifice: la charité chrétienne, les anges de charité que Dieu a répandus à profusion sur la terre pour rendre plus rayonnant son enseignement divin et plus expansif son amour infini.
Ceux que l'âge ou les malheurs de la vie ont courbés et accablés, ceux que le monde, trop
Les Fêtes du Centenaire
pressé ou égoïste, ne comprend qu'imparfaitement peuvent venir avec confiance demander aux Sœurs Grises le pain quotidien qu'ils ne peuvent plus gagner, le toit qu'ils ne trouveront nulle part ailleurs, le lit bien chaud qui fera oublier que leur sang est déjà refroidi, surtout le cœur généreux jusqu'à l'héroïsme qui les aimera, qui les aimera tendrement jusqu'à la fin et qui trouvera encore une prière fervente et une larme maternelle pour déposer sur la couche mortuaire de ceux qui s'en vont . .
Cette charité, vaste comme le cœur du Maître qui l'engendre et l'entretient, s'étend au berceau de la vie. Il suffit de frôler les orphelins, si dignes de pitié dans leur délaissement et leur sérieux prématuré qui dit éloquemment que le sourire ou le baiser d'une mère ne vient pas illuminer leurs grands yeux tristes, pour admirer ce que peut la charité dans le cœur d'une femme et d'une religieuse. Pauvres déshérités, petits malheureux, ne craignez plus, n'envisagez plus l'avenir avec effroi . . . Venez à l'hospice de votre paroisse, blottissez-vous dans les bras de ces secondes mères, aimez-les de toutes les forces de votre cœur, donnez-leur toute votre pure affection et vous n'égalerez pas encore l'amour sincère qu'elles trouveront pour vous.
Et vous, Messieurs, qui avez su trouver dans votre bourse l'aumône nécessaire à . la construction de cette demeure de la paix et de la joie, soyez remerciés, au nom du Christ, pour le bonheur que vous avez semé dans les âmes des malheureux et que vous continuerez à répandre autour de vous. C'est un exemple admirable qui dit bien clairement la source féconde de votre amour pour la vertu divine de charité. Les pierres que vous avez assemblées pour élever ce monument de charité pourront se désagréger, mais votre nom que Dieu a gravé dans son cœur ne craindra pas la morsure du temps; il ne s'effacera pas, ce sera votre récompense.
Ce n'est pas tout. A contempler votre église dont les deux flèches semblent deux doigts qui nous indiquent le ciel, qui n'aperçoit cette non moins belle vertu: V espérance?
Si, un jour, les églises catholiques de la terre sombraient dans un cataclysme hypothétique, il me semble qu'elles entraîneraient dans leur ruine, qu'elles cacheraient sous leurs décombres l'espérance.
Tout nous parle d'espérance dans le temple catholique: il est comme un vestibule du ciel; le son de ses cloches qui voltige dans l'air attire notre pensée en Haut: l'encens qui monte devant le tabernacle rappelle la prière du chrétien qui, elle aussi, monte vers le Roi; le chant religieux qui se perd dans les voûtes sonores évoque celui des Bienheureux devant le trône de Dieu. Surtout l'Ami de l'Autel, qui vous parle qui vous appelle, qui vous attend, ne dit qu'une seule chose: je veux me donner à toi pour toujours, je n'exige qu'un seul don: votre amour tout entier, non pas pour un jour, mais pour l'éternité. Et l'espérance nous rend familière cette idée d'un bonheur éternel . . .
Les cérémonies qui se déroulent dans votre temple nous parlent d'espérance, les lois et les doctrines qui s'échappent de la chaire de vérité sont des lois d'espérance, les forces que vous puisez dans les sacrements sont décuplées par l'espérance . . . C'est donc un hommage à cette vertu que vous avez rendu en faisant surgir cette église comme un témoignage d'amour de Dieu. Et votre digne pasteur, en faisant plus beau votre temple, n'a rendu que plus vive votre espérance.
Et si je détache mes yeux de votre clocher pour les laisser tomber à l'ombre qu'il projette sur le sol, je sens mon cœur s'attrister un peu . . . N'est-ce pas devant nous que sont rangés nos aînés, nos amis, nos parents? Chaque pierre de votre cimetière abrite et
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protège une parcelle de notre cœur dans les restes vénérés d'un membre de nos familles. Votre cimetière, je Vaime particulièrement, parce que, à côté de vos morts, repose aussi une mère que j'ai toujours aimée et que j'aime plus encore depuis qu'elle est partie pour le ciel . . . Et à faire revivre les disparus, ceux que nous avons semés le long de notre vie, notre espérance en un monde meilleur, en un bonheur plus solide et plus durable, grandit, se fortifie et s'étend jusqu'aux séjours infiniment beaux qui nous rassemblera tous dans le cœur de Dieu.
Honneur donc. Messieurs, aux trois amours que vous avez extériorisés dans ces monuments de votre piété. Honneur à vos écoles, les grands centres où se fabriquent, dans des intelligences d'enfants, les grands idéals qui font les grands citoyens et les grands chrétiens! Honneur à votre hospice, foyer de charité et de dévouement, qui fait resplendir les ravissants charmes de l'oubli de soi pour le bonheur d'autruil Honneur à votre temple, qui crie dans chacune de ses pierres votre attachement à Dieu! Honneur et reconnaissance à votre vénérable curé, M. le Chanoine Nepveu, l'âme de votre paroisse, le soutien de vos édifices, le restaurateur de votre église, le pilier de votre foi et l'ami le plus sincère que Dieu vous ait donné. Puissent ces fêtes paroissiales resserrer les liens fraternels qui font, de tous les paroissiens, une famille, le troupeau dont il est fait mention dans l'Évangile, qui, sous la direction du Pasteur, se dirige lentement mais sûrement vers un séjour éternellement beau que vous donnera votre foi, votre espérance et votre charité.
Monsieur l'avocat John Sullivan, de Montréal, et enfant de Beauharnois:
Vous comprenez facilement mon émotion, ma reconnaissance et le plaisir infini que j'éprouve en ce moment . . . Depuis ce matin,
j'ai senti passer en mon âme bien des sentiments variés faits tous de la plus pure amitié et j'ai apporté à cette fête un cœur étroitement uni aux vôtres, mes concitoyens, et un désir ardent de travailler dans une communion de sentiments.
Ce matin, dans ce temple magnifique où la foule se pressait dans une pensée de pieuse commémoration, en face de cette merveille de l'art chrétien, et ce midi au dîner où des voix éloquentes évoquaient l'image de nos cliers disparus, rappelant les généreuses illusions et les sincères enthousiasmes qui animaient leurs âmes, quelle âme n'a vibré, à ces pieux et nobles accents, et, se repliant sur elle-même, n'a laissé échapper un soupir confondu avec une larme, un soupir, une espérance!
Cette fête du souvenir, c'est la fête suprême de l'amitié. C'est la fête du plus parfait de tous les sentiments de l'homme.
En ce jour, de toutes parts sont accourus les enfants de Beauharnois. Ils y sont venus le cœur gros, âpre d'une communion intime avec les vivants et avec les morts. Les morts, ce sont nos pères, les fondateurs, les pionniers, les premiers habitants de cette ville. Ceux qui ne sont plus mais dont l'ombre flotte encore au-dessus d'elle et que, le soir, vous pouvez entendre à la nuit tombante lorsque les échos de cette vallée se répercutent sur le grand lac. Ils vous parlent, ils vous parlent avec le vent du large, avec la brise; et leur murmure saisit. Fermez vos yeux, ouvrez vos âmes, ils indiquent la grande route, la voie des grandes actions et vous invitent au devoir. Ils ont aimé cette ville; partis, peut-être, ils y sont souvent revenus, et ce culte ils l'ont légué à leurs fils. C'est une partie de leur testament. Ils nous ont légué un sentiment d'amitié, le culte du souvenir à notre ville natale. Aujourd'hui, cette ville est le foyer, c'est la mère qui appelle ses enfants, pour les compter,
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