M. LE CHANOINE PIERRE-EUCHER LUSSIER
Neuvième curé de Saint-Clément (1886-1904)
(1) Etablie en 1846, au cours d'une retraite, par les PP. Brunet, Bourassa, Fiset et Guigues, O.M.I. Ce dernier devint, l'année suivante, 1er évêque de Bytown (Ottawa).
Prières, la Congrégation des Enfants de Marie (1887) l'archiconfrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie, la Petite Ligue (1889), la confrérie du Scapulaire du Mont-Carmel (1887), la Sainte-Famille (1892), l'Adoration perpétuelle — adoration tous les vendredis (1890), Le Tiers-Ordre de Saint- François, le Pain de Saint-Antoine (1894), l'œuvre de Saint - François
de Sales, l'œuvre de la Propagation de la Foi, l'œuvre de la Sainte - Enfance. A l'hospice, il donna de fortes sommes pour aider à la construction de l'aile nouvelle où il vint mourir.
A la tête de la paroisse, il fit si bien qu'à la fin de son administration, la fabrique adopta, à l'unanimité de ses membres, la résolution suivante: "Attendu que depuis bientôt 18 ans, M.
P.-E. Lussier est curé de cette paroisse et président de cette fabrique ; attendu que durant ce laps de temps, les rapports les plus paisibles et les plus sympathiques ont toujours existé entre le dit curé et les marguilliers de cette paroisse comme avec tous les fabriciens et les paroissiens ; attendu les nombreux services rendus à cette paroisse, spécialement à cette fabrique, par le dit curé qui, en même temps que président, a tenu les comptes de la dite fabrique au
Histoire religieuse de Beauharnois
nom et à la place du marguillier en charge et à la satisfaction de tous les intéressés; attendu que l'assemblée de ce jour est la dernière sous la présidence du dit M. P.-E. Lussier, je, Ferdinand Leduc, propose, secondé par Ovila Daoust, que cette assemblée des anciens et nouveaux marguilliers offre à M. P.-E. Lussier ses plus sincères remerciements et lui assure, au nom de tous les paroissiens, un long souvenir reconnaissant."
Cet hommage officiel était mérité; et le long souvenir reconnaissant n'est pas près de disparaître; au contraire, il suffit de causer avec un paroissien de Saint-Clément, pour se convaincre que le souvenir du père Lussier y reste vivace; les parents se font un devoir de piété familiale de transmettre à leurs enfants et de perpétuer ainsi la mémoire de leur ancien curé.
Quelle est donc la raison de l'extraordinaire attachement des gens de Beauharnois à la mémoire de ce prêtre ? D'autres furent plus éloquents, firent plus d'oeuvres, administrèrent plus longtemps la paroisse; entre tous pourtant, il émerge. C'est que cet homme fut bon; la bonté, la bienveillance, fut la note caractéristique de son tempérament et de sa vie; d'autres furent bons, lui le fut excellemment.
Sa bonté d'âme se tournait d'abord vers Dieu pour le remercier: De stercore erigens pauperem, écrivait-il un jour de lui-même, en rappelant comment Dieu, de la pauvreté, l'avait élevé au sacerdoce. Elle allait ensuite à sa mère: "J'étais un pauvre qui n'avait d'autre mérite que d'aimer beaucoup à servir la messe basse. Je me trompe, j'avais un grand mérite car Dieu m'avait fait don d'une mère, je devrais dire d'une sainte mère; que Dieu bénisse ma pauvre mère, c'est elle qui me valût la protection si honorable du curé qu'elle véné-
rait." Ces dernières lignes s'adressaient au curé Pépin, dont M. Lussier fut le protégé de choix; rarement protection plus intelligente causa reconnaissance plus touchante. Monsieur Lussier s'attacha à son bienfaiteur comme un fils à son père; à deux reprises, de 1862 à 1868, puis de 1871 à 1876, il le servit comme vicaire, puis comme desservant, avec un dévouement tout filial; dans son dernier séjour à Boucherville (1871-1876) l'abbé Lussier fut vraiment le curé de la paroisse; il voulait à force de labeur et de dévouement témoigner à son protecteur l'intensité de sa reconnaissance: il resta avec lui jusqu'à sa mort. Par une délicate attention de Mgr Fabre, les deux seuls témoins mentionnés personnellement dans le procèsverbal de la sépulture de M. Pépin, sont ceux de l'honorable C.-B. de Boucherville, premier ministre de la Province de Québec, et de "messire Pierre-Eucher Lussier, protégé et aide du vénérable défunt depuis quelques années."
De ce qu'il avait beaucoup reçu de Dieu, de ses parents et de son protecteur, le chanoine Lussier se crut obligé de donner aux autres; sa vie sacerdotale fut un don continuel surtout de lui-même.
Jeune prêtre, il accompagna à Rome les Zouaves Canadiens; il s'y fit tout à tous, s'ingéniant à rendre service, à désennuyer, à soigner les malades, à secourir d'une bonne aumône, à procurer des livres, en outre de ses devoirs essentiels de chapelain pour l'administration des sacrements.
Vicaire ou curé, la même bonne charité l'accompagna sans cesse: u J'aimerai tellement mes paroissiens, disait-il en commençant sa carrière de curé à Saint- Henri, qu'ils finiront par m'accorder tout ce que je leur demanderai." Ce mot révèle
Le Personnel paroissial: les Curés