VI. Finale. Carillon Chaminade
D'abord un morceau de piano bien enlevé met l'auditoire en joie: puis, le chœur des élèves chante avec entrain ces
"Louanges à Dieu"
Solo.
Loué soit le Seigneur par les voix de la terre, Par le jour, par la nuit, par les flots purs et
bleus.
Par l'enfant qui sourit dans les bras de sa
mère, Par la foi qui grandit le travail salutaire.
Gloire à Dieu dans les cieux!
Loué soit le Très Haut dans sa toute puissance,
Il est juste, il est fort; tout le montre à nos yeux.
Il soutient l'opprimé,dont il prend la défense,
Il est de l'univers l'amour et l'espérance.
Loué soit l'Eternel dans sa gloire infinie. Dans l'espace, il sema les soleils radieux Dont il règle à jamais l'immuable harmonie. Tout proclame aux humains sa justice bénie. Gloire à Dieu dans les cieux!
Des jeunes viennent ensuite tenir ce dialogue de circonstance, où les allusions délicates et les remerciements discrets reçoivent des assistants un murmure et souvent des applaudissements approbateurs :
Dialogue
— Enfin, la grande fête est commencée.
— Oui, et bien commencée. Nous avons vu le beau défilé; les évêques avec leurs beaux grands manteaux violets; les chanoines, les prêtres et tout le monde.
— Les cloches qui sonnaient à mettre la joie dans tous les cœurs; l'église qui s'est illuminée comme par enchantement; l'orgue et le chant, enfin tout. — Oui, c'était magnifique.
— Il faut bien que ce soit ainsi, le centenaire de la fondation de la paroisse.
— Cent ans, c'est bien long. S'en est-il passé des choses pendant ce siècle !
— Toutes ces choses-là vont être rappelées, on nous l'a dit, et elles vont être écrites aussi.
— Tant mieux, on pourra les lire. Car nous autres, nous n'entendrons pas tout ce qui va se dire; nous sommes trop petites.
— On va commencer par le commencement, quand Beauharnois n'était encore qu'une forêt, pleine d'arbres, pleine d'ombre, sur le bord du beau lac St-Louis, qui, lui, n'a pas changé.
— Y avait-il encore des Iroquois?
— Je ne pense pas, mais peut-être. Au moins, ils n'étaient plus méchants, parce que les missionnaires les avaient convertis depuis longtemps.
— Ensuite, on va parler des premiers arbres abattus, des premiers champs cultivés, du premier clocher qui s'est élevé avec sa
Centenaire de Beauharnois
croix dans les airs, des maisons qui se sont groupées autour d'abord, puis qui se sont bâties à la file en suivant le fleuve..
— Il y a bien de la différence entre ce temps-là et aujourd'hui.
— Il a dû en falloir du courage, du travail, pour faire avec la forêt, une belle paroisse, une ville comme la nôtre.
— On ne manquera pas d'en parler, vous vous imaginez bien.
— Oui, car on vous le répète tous les jours: le travail, le courage, la religion, c'est ce qu'il y a de plus beau, c'est ce qui donne le pain, la santé, le bcnheur.
— Nous autres, nous ne pouvons pas dire grand'chose, excepté que nous aimons bien notre paroisse, notre maison de chez-nous et notre couvent.
— Et l'église aussi, qui est si belle!
— C'est bien entendu.
J — Un couvent, ça tient une grande place dans une paroisse. On le compare, j'ai bien écouté, à un beau jardin où il y a des fleurs qui l'embellissent, des arbres qui donnent des fruits, des oiseaux qui chantent, des fontaines d'où coulent des eaux fraîches et limpides.
— Alors, un paradis terrestre.
— Oui, presque. Aussi, il ne s'était pas écoulé bien des années depuis la fondation, que Monsieur le curé de ce temps-là et ses paroissiens voulaient avoir un couvent. Ce qui fut dit fut fait.
— Quand a-t-il été bâti?
— En 1853. Et depuis, toutes les petites filles de Beauharnois et beaucoup d'ailleurs sont venues au couvent cueillir des fleurs et des fruits, chanter avec les oiseaux, boire aux claires fontaines.
— C'est-à-dire qu'elles sont venues s'instruire comme nous, qu'elles ont été entourées de soins et de dévouement, comme nous encore.
— Nos mamans, nos grand'mamans, nos grandes sœurs, les religieuses anciennes élèves, aiment à y revenir, au cher couvent, qu'elles appellent leur Aima Mater parce qu'elles y ont reçu le bienfait de l'éducation.
— C'est ce qui les a faites si bonnes, si tendres et si grandes.
— Nous ferons de même,nous autres aussi.
— De tout temps, MM. les curés ont été les bienfaiteurs insignes du couvent; ils l'ont toujours aimé et protégé.
— Aussi, aimons-nous à entendre dire leurs noms, à voir leurs portraits dans les albums ou sur les murs de nos salles.
— Moi, je les sais tous par cœur: M.
Charland, M. Jasmin, M. Lussier, M.
Nepveu, et je les connais sur leurs portraits.
— Moi aussi, et je sais qu'ils ont tous été très bons pour le couvent, nos maîtresses nous le disent. Mais pour M. le curé d'à présent, on le sait toutes seules.
— Nous avons encore un autre pasteur avec une belle houlette d'or qui connaît, lui aussi, son petit troupeau, qui le défend, le chérit, le bénit avec tendresse. Combien nous le vénérons, notre premier pasteur, et l'aimons de tout notre cœur!
— Sa présence aujourd'hui nous comble de joie.
— De même, celle des dignes prélats, des prêtres nombreux qui l'entourent, de nos parents bien-aimés et de toute l'assistance.
— Pour les remercier tous, et leur dire combien nous sommes heureuses, nous allons chanter nos plus jolis couplets de fête:
Les Fêtes du Centenaire
Chant de circonstnace
Solo
Fêtons ce centenaire
Avec des chants, avec des fleurs.
A notre vieille terre,
En ce beau jour, rendons honneur.
Refrain.
Sous les fleurs nouvelles, Bien qu'elle ait cent ans, Elle est fraîche et belle Comme en son printemps.
C'est la terre charmante Où Dieu plaça notre berceau.
Où la vie est riante, Où le soleil est toujours beau.
Que notre amour la chante, Chante ses blés, ses verts buissons.
Que toujours nous enchante Son lac fermant nos horizons.
Vive ce centenaire, Vive sa joie et sa splendeur!
Beau jour où l'on révère Et la bonté et la grandeur.
Refrain final
Offrons en hommage Nos plus belles fleurs.
C'est le doux langage De nos jeunes cœurs.
Une grande, Mademoiselle Lucienne Leduc, vient ensuite lire, en l'honneur de Monseigneur Émard, l'adresse dont voici le texte;
A Sa Grandeur Monseigneur J.-M. Émard, évêque de Valley field, Assistant au Trône Pontifical.
Monseigneur,
Avec quelle allégresse nous voyons luire les jours heureux et glorieux du centenaire de notre paroisse! Pleins de promesses de jouissances pour l'esprit et pour le cœur, ils se hâtent ces jours, pensions-nous, de remplir à notre égard, leurs promesses charmantes, puisqu'il nous est donné, dès ce soir, de recevoir Votre Grandeur avec le brillant cortège qui l'accompagne.
Un centenaire est une fête de souvenir, où tout nous invite à porter nos regards vers le passé. Si de la ville aujourd'hui en liesse, nous remontons à la Seigneurie du vicomte de Beauharnois, quelle transformation s'est opérée! Quelle chaîne merveilleuse se déroule devant nous! Et de quels actes de dévouement, d'abnégation, de zèle religieux ou social chaque anneau n'est-il pas le symbole!
Aux saints prêtres, aux vaillants pionniers, aux âmes énergiques et pacifiques qui les ont accomplis vont notre admiration et notre reconnaissance. Les apôtres, les défricheurs, les semeurs n'ont pas peiné en vain, la gerbe des épis d'or est aujourd'hui débordante.
Nous avons besoin que les grandes figures de notre passé passent en notre présence, afin que nous puissions reproduire leurs traits et raviver dans nos âmes les flammes de foi profonde et de vrai patriotisme qui les animaient: "Les âmes ne s'allument-elles pas les unes aux autres comme des flambeaux?"
Honneur en particulier à notre Mère, la Sainte Eglise! Ici comme ailleurs dans de semblables circonstances, son rôle a été admirable; elle a été l'âme de la nouvelle paroisse, l'inspiratrice de ses meilleurs progrès. C'est grâce à l'organisation paroissiale dont elle dispose que la Seigneurie de Beauharnois a
Centenaire de Beauharnois
pu grouper les colons, créer un centre fécond et prospère, un foyer intense où se conserve jalousement le trésor de notre fei, de notre langue, de nos plus chères traditions.
Honneur à ceux qui ont lutté, travaillé dans l'ombre ou dans la lumière! Cette fête leur est une glorieuse récompense.
Pour caractériser l'action de la femme au cours de ce siècle de fondation et de formation, laissez-nous emprunter un mot charmant et profond d'un écrivain de marque: "Chez nous, la vierge, l'épouse et la mère ont fait éclore l'âme de la patrie au souffle de la piété."
Ces hommages d'affection filiale, de respect attendri que nous offrons à ceux qui firent notre belle paroisse, à ceux qui en continuent les destinées, permettez-nous, Monseigneur, de les adresser d'abord à Votre Grandeur. Vous êtes le représentant de cette Eglise dont on a dit qu'elle était l'âme de l'œuvre que nous célébrons en ces jours; vous êtes, depuis vingt-cinq ans, le père et le pasteur de ce peuple que vous aimez et qui vous aime, que vous dirigez par des voies toujours plus lumineuses vers des biens toujours plus grands. Aujourd'hui, vous venez, par votre présence, consacrer ces fêtes solennelles, les faire resplendir d'un plus vif éclat, les bénir avec effusion afin que s'ajoutent des fruits précieux aux fleurs brillantes dont elles se parent.
Qu'il nous soit permis d'offrir le tribut de notre respectueuse et vive gratitude au vaillant et vénérable évêque Sa Grandeur Monseigneur Latulipe, aux membres distingués du clergé venus pour honorer de leur cordiale sympathie notre paroisse, la chère paroisse canadienne, et qui en ce moment honorent la maison qui les reçoit. A notre bon et dévoué curé, aux vénérées religieuses dont plusieurs sont nos sœurs aînées en cette maison, à toute cette assemblée
d'élite, nos remerciements enthousiastes et sincères.
Couvent SS. NN. de Jésus et de Marie, Beauharnois, 15 juin 1920.
Des bambines viennent présenter aux prélats de riches gerbes de fleurs, et Monseigneur fait une exquise allocution.
Parmi tous les facteurs de progrès dans nos paroisses, il marque admirablement la place de la femme canadienne, de nos mères au foyer et des religieuses au couvent; il rappelle le rôle du couvent dans une paroisse, et il exhorte les jeunes filles à suivre les exemples de vertus chrétiennes donnés par nos aïeules. Et Monseigneur termine en rendant hommage à l'œuvre éducatrice des religieuses enseignantes au Canada, particulièrement à l'œuvre de la Communauté des Religieuses des Saints Noms de Jésus-Marie.
Monseigneur l'évêque d'Haileybury dit quelques mots, et l'on chante le Chant du Drapeau.
Le Chant du Drapeau
Chœur.
Ouvre large ton aile, ô drapeau canadien, Emblème d'un peuple fidèle. Au cœur patriote et chrétien.
Solo.
O blanc lys, d'où viens-tu?. . . De cette France ancienne
Qui ne rougissait pas de s'affirmer chrétienne ;
Tu fus l'orgueil de ses beaux jours. . . Tu fus l'orgueil de ses beaux jours.
Nous, de notre berceau. . . Consacrant la mémoire
Héritons de sa fleur. . . . Elle a conquis la gloire; A nous de la garder toujours. . .
Les Fêtes du Centenaire
A tes milles couleurs, . . . ô feuille incomparable, Nous avons reconnu. . . . Notre feuille d'érable,
Au drapeau fais-les resplendir.
Avec toi. . . . Nos forêts acclamant la patrie Le Canada s'émeut, .... il tressaille et s'écrie;
"Frémis, nous voulons t'applaudir."
Feuille d'érable, azur. . . Fleur de lys et Croix blanche,
Et toi, Cœur de Paray, . . . Notre âme en vous s'épanche; Fleurs écloses du souvenir. . . .
Répandez vos parfums. . . . Avec vous, l'espérance,
Comme un coin de ciel bleu. . . Par la Nouvelle-France
Darde un rayon sur l'avenir.
Les deux évêques donnent la bénédiction et l'on se retire aux accords d'un Carillon de Chaminade.
Quelques minutes après la réception, les voitures s'alignent pour une promenade à
travers les rues de la ville. En tête est une cavalcade; suit la fanfare; puis le défilé s'avance. Dans une première voiture est Monsieur le Chanoine Nepveu, curé; avec lui sont Messieurs les Chanoines A.-C.
Dugas, doyen du chapitre cathédral de Valleyfield, et A.-D. Houle, curé de Saint- Jacques l'Achigan (Joliette); d'autres suivent où l'on remarque la plupart des prêtres venus aux fêtes; de nombreux paroissiens ont tenu à prendre rang dans la procession. Pendant une heure on circule à travers les rues; le parcours suit un tracé qui permet de passer par toutes les rues principales: rues de l'Eglise, Saint-Laurent, Ellice, Saint- Joseph, Hannah, Sainte-Catherine, Nicholson. Le spectacle offert est réellement grandiose; la plupart des citoyens sont chez-eux; les résidences sont décorées et illuminées magnifiquement. . . . Mais il faut s'arracher à ce charme et vers 11 heures, la cité reprend son calme; l'on échange des félicitations et l'on va prendre quelques heures de repos. . . . non sans faire une petite prière qui demande, pour le lendemain, une température qui permette de répéter et d'accentuer le succès de cette première journée de fête.
Journée du 15 juin
Mardi, le 15 juin. L'on s'éveille au bruit du tonnerre et à la lueur des éclairs; et la question est dans toutes les bouches: "Vat-il donc faire mauvais?" Mais non, les prêtres n'auront pas dit les premières messes que l'orage aura passé. Et c'est par un beau soleil qu'à 9.30 heures précises commence la messe du centenaire.
La Messe
A 9.30 le clergé quitte le presbytère pour l'église. Les dignitaires ont des places réservées au sanctuaire, les autres prêtres
ont des sièges dans l'allée centrale qui leur est réservée; des sièges d'honneur, au premier rang, pour des laïques de marque:
Nos députés, Monsieur le maire de la ville, l'Hon. Juge Mercier, M. Edouard Montpetit et quelques autres. La nef est bien remplie; aux abords de l'église, une foule compacte espère voir ou du moins entendre le chant et le sermon.
Les chanoines récitent Tierce de l'office du jour.
Les cérémonies commencent; elles sont sous la direction de M. l'abbé Ernest Maheu,
Centenaire de Beauharnois
un fils de Beauharnois; Monseigneur Émard préside; Mgr J.-C. Dorais, V.G., l'assiste comme archidiacre, et Messieurs les chanoines L. Cousineau, de l'archevêché de Montréal, et J.-E. Aubin, supérieur du collège de Valleyfielcl, sont diacre et sousdiacre d'honneur. Messieurs les abbés G. Mailloux, curé de Saint- Antoine- Abbé, et Aimé Hébert, vicaire à Rigaud, tous deux enfants de Beauharnois, sont diacre et sousdiacre d'office. Les servants sont Philippe Julien, cérémoniaire ; Lucien Primeau, thuriféraire; Rodrigue Théoret et Adrien Gervais, acolytes; Paul-Emile Lorange, portecroix; Léopold Lamoureux, porte-mître; Laurent Leduc, porte-crosse; Adrien Bergevin, porte-livre; Eugène Boyer, portebougeoir; Alfred Laliberté, caudataire; Robert Daignault et Lucien Laliberté, familiers; Eucher Théoret, Rosario Beauchamp, Joseph Lamoureux, Gaston Gendron, Emile Moreau et Gérard Dorais sont porte-flambeaux. La maîtrise est dirigée par M. David Manny, I.C.; et Mademoiselle Hélène Manny est à l'orgue; la messe célébrée est la messe votive du Sacré-Cœur; la messe chantée est la messe dite de Mitterer.(1) Les beaux ornements de drap d'or brillent sous les feux du soleil; le massif calice d'or du curé Charland sert au sacrifice.
Sa Grandeur Mgr E.-A. Latulipe est assisté de Messieurs les Chanoines I. Clairoux, curé de l'Epiphanie, et A.-E. Deschamps, chapelain de l'Institution des Sourdis-Muettes.
Le représentant de Mgr l'évêque de Pembroke, Mgr N.-Z. Lorrain, est aussi au sanctuaire.
Au Gloria Mgr le Célébrant bénit solennellement le pain selon l'antique tradition, (2) aujourd'hui tombée en désuétude; ce pain, don de M.Achille Bergevin, M. P.P., sera, à l'offertoire, distribué à tous les assistants.
Après l'Evangile, M. l'abbé J.-D. Nepveu, Docteur en Philosophie et en Théologie de la Minerve à Rome, curé de Saint-Anicet, au diocèse de Valleyfield, et frère du curé de Beauharnois, fait le sermon du centenaire. Il parle de la paroisse en général et de son influence spéciale au Canada, il rappelle brièvement le passé paroissial de de Beauharnois, il indique ce que doivent être les paroissiens de Saint-Clément s'ils veulent rester fidèles aux traditions. Bien pensé, bien écrit, bien récité, ce sermon de haute tenue philosophique, littéraire et sacerdotale, a produit une profonde impression. D'ailleurs, en voici le texte même:
Habebitis autem hune diem in monumentum, et celebrabitis illam solemnem Domino in generationibus vestris cultu sempiterno.
Vous garderez ce jour comme mémorial, et vous le consacrerez solennellement au Seigneur, de générations en générations, par un culte éternel.
Exode, ch. XII. v. 14
Mes frères,
Vous célébrez aujourd'hui le centenaire de la fondation de votre paroisse. Cent ans d'existence, c'est plus qu'une vie d'homme ordinaire; mais il me semble que ce soit peu de chose dans la vie d'une paroisse. Néanmoins, au cours de cette période relativement brève, vous vous êtes développés magnifiquement; vous avez évolué et grandi dans le sens du progrès. Votre histoire en fait foi.
Avant de m'y arrêter, je voudrais pourtant, élargissant le cadre de ce discours, vous parler de la paroisse elle-même, de cette institution admirable de l'Eglise, à laquelle, au Canada,
(1) Voici le programme musical complet: Entrée: Marche Pmtificale, de P. de la Tombelle; Messe (à trois voix) d'Ignatius Mitterer. Sortie; Marche religieuse de Guilmant.
(2) Cette coutume du pain bénit a existé à Beauharnois comme ailleurs; on l'observait encore entre 1860 et 1865.
Les Fêtes du Centenaire
nous devons à peu près tout ce que nous sommes.
Pie X, de pieuse et sainte mémoire, qui, pour avoir passé par tous les degrés de la hiérarchie, en possédait une expérience spéciale, avait entrepris de rétablir la paroisse, avec ses règles et ses exigences, à Rome même et par toute l'Italie.
Uépiscopat français, qui a à cœur la restauration spirituelle du peuple au beau pays de France, ne sait pas de meilleur moyen d'y réussir, qu'en affermissant, et même en certains cas, en ressuscitant la paroisse.
Plusieurs de nos évêques canadiens-français, notamment Mgr l'évêque de ce diocèse (Valley field) dont le zèle pour le salut des âmes et le maintien des saines traditions n'a d'égale que la claire vue des moyens à employer, ont traité ce sujet, avec autant de compétence que d'autorité, dans des lettres pastorales, pages remarquables de patriotisme chrétien, qui resteront d'excellents sujets d'inspiration pour tous ceux qu'intéresse la vie paroissiale.
Nous n'avons pas heureusement, dans notre catholique Province, à remettre en honneur une institution à laquelle nous devons tant de bienfaits, depuis les origines de la colonie jusqu'à nos jours; mais nous avons le devoir, et c'est un devoir sacré, de maintenir dans toute son intégrité cette belle institution de la paroisse, qui a été, sur ce sol d'Amérique, la sauvegarde de notre foi, de notre langue et de notre nationalité.
Esquissons d'abord à grands traits ce qu'a été la paroisse, dans le cours des âges, d'une façon générale, et en particulier au Canada. Nous verrons ensuite ce que vous avez été, ici, à Beauharnois, comme paroisse. Et enfin, nous dirons ce que vous devez être à l'avenir, si vous voulez rester fidèles à vos traditions.
D'abord, mes frères, la paroisse remonte aux premiers siècles de l'Eglise. J'en vois une première manifestation dans ces groupements de chrétiens, qui, pour fuir la persécution, se réunissaient dans les catacombes romaines et y vaquaient aux exercices du culte. Ces chapelles souterraines, que l'on visite encore aujourd'hui, et dont, on le constate, quelques-unes pouvaient contenir un bon nombre de fidèles, étaient des lieux de réunion où fréquentaient un groupe déterminé de chrétiens. Qui ne voit que ces groupes constituaient déjà des paroisses en germe ?
Au sortir de l'ère des persécutions, l'Eglise se répand à l'extérieur. Sous l'impulsion de Constantin, converti à la foi, et de ses successeurs chrétiens, désormais sympathiques aux pontifes de Rome, les groupements de chrétiens se multiplient et se dessinent de plus en plus en paroisse.
Dès cette époque, nous voyons, en France, un saint-Martin, de Tours, un saint Hilaire, de Poitiers, un saint Césaire, d'Arles, un saint Sulpice, de Bourges, et combien d'autres, former, surtout dans les centres ruraux, des groupements vers lesquels ils députent des curés: c'est la paroisse catholique qui prend définitivement naissance.
Au Ville siècle, sous Charlemagne, elle est en voie de s'organiser de mieux en mieux. Les annales du temps racontent que les évêques visitent leurs paroisses tous les ans, et que, également, tous les ans, les curés assistent au synode épiscopal. Déjà la paroisse existe avec son école pour les enfants et sa corporation de pauvres régulièrement organisée.
Au Xle et au XI le siècles, la célèbre querelle des investitures, qui s'agite autour des nominations aux cures tout autant qu'autour des nominations aux évêchés, met en pleine
Centenaire de Beauharnois
lumière l'existence ordonnée et les droits reconnus des paroisses.
Au XV le siècle, les curés jouissent partout dans leur paroisse d'une situation prépondérante. Ils sont appelés à faire partie des conseils de la commune. Ils traitent en chaire de tous les intérêts, même matériels, de leur peuple.
Au XV Ile et au XV II le siècles les sages ordonnances du concile de Trente augmentent encore l'importance du système paroissial. La lutte qu'il faut soutenir contre la Réforme protestante oblige le clergé et le peuple chrétien à vivre davantage sa foi, afin de résister plus fermement aux attaques de l'hérésie. L'organisation paroissiale y pourvoit excellemment, en faisant plus que jamais, du curé, le père et l'aviseur autorisé de la grande famille paroissiale.
C'est à ce moment de l'histoire que nous naissons comme peuple, ou comme colonie si vous le voulez, au Canada. Issus de familles françaises triées sur le volet — nos historiens l'ont établi avec une compétence qui les honore autant que nous-mêmes — il ne fallait rien moins qu'une parfaite organisation de paroisse pour répondre à leurs justes aspirations.
M. Olier avait fondé, à Paris, une paroisse idéale, arbre magnifique, qui couvrait de ses rameaux vigoureux une population assez dense Or ce sont, entre plusieurs autres, ses fils spirituels que la Providence appela à transplanter sur la terre du Canada, plus particulièrement à Montréal, un rameau de cet arbre, qui s'alimenterait du reste à la sève la plus pure de France, par les soins de Mgr de Laval, premier évêque de Québec.
C'est de France, par le clergé de Québec et par celui de Montréal, que nous avons reçu en héritage, dès les premiers jours de la colonie, ce système d'organisation paroissiale, perfectionné au cours des siècles, et qui nous
a faits — proclamons-le hautement une fois de plus — à peu près tout ce que nous sommes.
Pendant que, sous le régime français, les hommes d'armes guerroient contre le farouche Iroquois, ou défendent pied à pied le sol contre l'envahisseur anglais, alors que les colons font des abatis dans la forêt, le long du fleuve et des rivières, les curés, puissamment aidés par les intendants de France, bâtissent des chapelles et groupent autour de leurs clochers les premiers habitants de la colonie. Ils les instruisent, les catéchisent et les civilisent. Nulle part, mieux que chez nous, le système d'organisation paroissiale n'a été appliqué avec intelligence et avec fruit. Nulle part mieux que chez nous, la vie paroissiale n'a été la source et le principe de la vie nationale.
Le passage de la Nouvelle-France sous le régime anglais a fait saillir encore davantage l'admirable et bienfaisante influence de la paroisse. Elle est apparue non seulement comme la sauvegarde de la foi et des mœurs, mais encore comme le seul foyer de nos traditions et de notre vie propre.
La vie paroissiale, chez nos pères, a d'abord, naturellement, maintenu la vie religieuse. Elle a, de plus, recréé la vie nationale. Elle nous a enfin préparés à la vie sociale et politique. Elle a été un centre de résistance contre lequel sont venues se briser toutes les tentatives d'assimilation. Elle a été la véritable cellule sociale, dont la multiplication a fait notre peuple. Elle a été enfin, et elle est restée, la pierre angulaire de tout notre édifice national.
Pour bien comprendre, m.es frères, ce que vous avez été comme paroisse, au cours de ce premier siècle de votre existence, vous n'avez qu'à vous procurer /'Histoire de Saint- Clément-de-Beauharnois, qui va bientôt paraître. L'auteur, l'un de vos coparoissiens,
Les Fêtes du Centenaire
fils distingué de Saint-Dominique, n'a pas manqué, grâce aux ressources de son talent et aux belles qualités de son cœur, de mettre en évidence, dans son livre, les traits les plus saillants et les plus caractéristiques de votre vie paroissiale. Tout y est raconté par le menu. Tout y est intéressant. Tout y est édifiant.
Un enfant bien né se complaît à dire et à écrire du bien de sa mère. Vous tiendrez à honneur de connaître vos origines paroissiales. Vous lirez votre histoire et vous la ferez lire à vos enfants. Les exemples de vertu, de dévouement, d'endurance et de gaieté toujours, d'héroïsme parfois, dont vos ancêtres firent preuve, vous inciteront à ne pas vous endormir sur des lauriers trop facilement cueillis. Ils vous inviteront à accepter l'épreuve, quand elle se présente, à aimer même la souffrance, la bonne souffrance, quand la Providence l'impose.
Vos débuts furent modestes, comme tous ceux de ces paroisses qui sont aujourd'hui florissantes, sur les deux rives de notre fleuve, et qui, toutes, ont remplacé la forêt vierge et sont nées dans l'abatis. Ce qui a le plus contribué à leur évolution normale et à leur développement naturel, c'est l'esprit qui leur a été infusé dès leurs premiers moments d'existence, c'est l'âme qui leur a été communiquée et qui ne fut rien autre que l'âme des prêtres préposés à leur garde.
Or, ces prêtres, ce sont les curés. Voyezles à l'œuvre dans notre paroisse. Comme prêtres, ils se montrent excellemment hommes de Dieu, partageant leur temps entre les exercices de piété, l'étude et le ministère toujours absorbant. Les leçons de théologie qu'on recevait alors n'étaient peut-être pas ce qu'elles sont devenues plus tard. Il n'y avait qu'un séminaire à cette époque, au pays, et ses professeurs n'avaient pas conquis leurs grades
aux universités romaines. Nous sortions meurtris et décimés d'une période de guerres qui avait été dure. Nous ne pouvions nous relever en un jour. Les clercs souvent ne pouvaient suivre longtemps les classes du seul séminaire de Québec. Pour subvenir aux besoins pressants du saint ministère, l'évêque devait les ordonner jeunes. Les curés de ce temps-là savaient pourtant leur théologie positive, ils connaissaient les textes des Ecritures Saintes et les témoignages des saints Pères, ils étaient en état de combattre victorieusement l'erreur et de défendre leur foi.
Les œuvres extérieures, si nombreuses, que réclament les paroisses en formation, les constructions d'églises, de presbytères, de couvents, d'écoles ont pu étouffer plus d'un fermepropos en matière d'études — et je n'oserais pas dire que l'histoire ne se répète pas! Quand même, nos bons curés d'autrefois, sans viser peut-être à se donner comme des intellectuels, étaient suffisamment avertis et documentés pour bien instruire leurs gens et diriger sûrement leur paroisse dans la voie du progrès intellectuel, moral et même matériel.
Ils savaient allier aux vertus de leur état de fort belles qualités sociales. Ils étaient gais, bienveillants, hospitaliers, généreux, tout à tous — omnia omnibus. — Vos curés, en un mot, c'étaient de vrais pasteurs d'âmes!
C'étaient avant tout de bons catéchistes. Tous n'étaient pas des orateurs ou des littérateurs brillants. Mais tous étaient suffisamment érudits pour exposer dans une langue claire, correcte et digne, les vérités de la foi et les préceptes de Dieu et de l'Église. Quel dévouement on trouve chez eux dans la préparation des enfants au saint jour de la première communion! Quel soin à éclairer leur foi et à fortifier leurs convictions religieuses par un exposé méthodique et raisonné des vérités de la religion!