Voy. ibid. t n
4. La correspondance entière va du 1 er mai 1761 au 6 avril 1765.
5. f 11 avait à peu près la même stature que son (ils et plusieurs traits de ressemblance », nous dit Gudin (Histoire de Beaumarchais, p. 24), qui l'avait connu, puisqu'il se lia avec le fils dès 1770 (tôtcL, p. 69). — Nous avons retrouvé la lettre du père Caron (à M. de Robiou) que vise M. de Loménie, I, 21. Elle est du 13 juin 17-lti et a trois pages d'un style ferme et précis.
il reçoit seize lettres et à qui il en adresse une trentaine. Elles respirent d'une part la bonhomie, de l'autre la déférence, et un mélange réciproque d'affection et d'enjouement.
La santé et le bien-être du père Caron passent pour le fils avant les affaires et les plaisirs :
Je finis, mon cher père, par vous recommander votre santé comme le bien le plus précieux que j'aie au monde et vous réitérer le tendre et respectueux (sic) avec lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur et très cher père, votre très humble et très obéissant serviteur et fils affectionné, de Beaumarchais. — Je pourrai trouver un joint d'une douzaine de jours que j'emploierai avec une rare satisfaction, à vous procurer celle de consulter chez lui M. Tronchiu et de raisonner à fond votre maladie. Cette idée me flatte et me console d'avance. Il peut arriver aussi qu'avant que d'aller à Lyon je sois forcé de passer par Paris, alors je vous emmènerai avec moi, et le reste ira tout de suite. Votre santé me deviendra plus chçreà mesure que je croirai pouvoir augmenter votre satisfaction par mon avancement et par les soins que je me donnerai pour vous rendre la vieillesse agréable, en procurant un bien-être certain à tout ce qui vous est cher.
Il y réussira, mais ce ne sera pas grâce aux affaires dont il va faire la confidence à son père :
Ainsi, je suis à cheval sur mon affaire. Mon père, pendant que mon malheur me fait perdre deux mille écus de rente sur les vivres de France qui se dissolvent tout exprès pour me ruiner, le roi d'Espagne et le ministre jettent les yeux sur moi pour être à la tête de ceux d'Espagne, comme mon vieux D. . . (sic) ' l'est en France. Voilà sur quoi on m'a fait faire ma soumission, on veut joindre à cela la fourniture générale des grains d'Espagne pour la nourriture des peuples, et on parle d'y ajouter la fabrique des poudres et des salpêtres, de manière que je puis me trouver tout à l'heure à la tête d'une compagnie de vivres, subsistances, munitions et agriculture.
Il lui recommande le secret, si nécessaire en pareille occurrence et concurrence :
Gardez tout ceci dans l'intérieur, et que mes vues, tout honnêtes qu'elles sont, ne soient connues que par le succès , je vous en prie
c II faut réussir avant de raconter *, dit-il ailleurs; c'est un de
1. Duverney. — Les Anglais, avec les Cadicicns pour prête-nom, supplantèrent Beaumarchais. Voy. p. 382.
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ses refrains, et qui [«-.«arrait Fe» ï*A^,^rf De là «ne stratégie asseï ingénieuse :
.... Meltet, je voms prie, va ktsl et il fens tontes les lettres que toos m'écrivez , afin que je m'assort â elles s+at ouvertes. Car cet objet presque imperceptible doit toxber en earraat la lettre, et je ne ferai moi (sic) qu'avec précaution, to*s ni'estendea —
Et ailleurs :
J'attends de tous des réponses bien intéressantes; tortillez-les un peu, je tous entendrai toujours que de reste, et les intercepteurs n'y verront goutte.
Puis le secret devient inutile, et Beaumarchais ne veut pas se coucher sans partager en idée avec les siens la joie du triomphe :
Il est onie heures du soir, je viens de signer les préliminaires de mon traité, tout n'est pas dit, mais tout est fort avancé...
Dans toutes ses lettres d'affaires, sa générosité et son adresse se montrent égales. 11 savoure surtout délicieusement la joie d'être la Providence des siens. C'est peut-être la plus pure qu'il y ait au monde, ou du moins le plus joli masque de l'égoïsme. Citons ud trait de générosité qui nous semble caractéristique : Pichon de Villeneuve, Tonde de Beaumarchais, avait été envoyé par lui à Saint- Domingue pour régler des intérêts considérables où ceux de Pauline n'étaient pas seuls en jeu 1 . Us étaient mis en péril avec ceux de Beaumarchais par un oncle de la belle créole, qu'il appelle plaisamment Y ogre de Saint-Domingue. Le pauvre Pichon meurt subitement. À cette nouvelle, Beaumarchais écrit à son père :
.... Vous me mandez qu'après la mort de notre ami il pourrait nous arriver un plus grand malheur dont Dieu daigne nous préserver. Qu'avez -vous entendu par là? S* il s'agit de noire argent perdu ou aventuré, c'est un malheur sans doute, mais en vérité Vautre est pire. J'ai un serrement de cœur sur le sort de ce pauvre garçon qui, en la pré* voyant, allait à la mort de bonne grâce, ainsi qu'il me le dit à son départ; mais, encore un coup, ne croyez point qu'on ait avancé ses jours. Outrt que cette idée dénuée de preuves est la plus odieuse qui puisse entrer
1. Ceux do llcaumarchais n'étaient pas encore liquidés à sa mort; ils figurent A «un actif uprta déçus.
Beaumarchais intime. 13
dans r esprit humain, — Beaumarchais était destiné à en éprouver toute l'amertume, — le climat, tout seul, sans les chagrins et la faible santé, emportent en ce pays les deux tiers des hommes, et c'est bien assez pour nous de sentir que nous l'avons conduit à la mort naturelle , sans nous ronger le cœur de l'affreuse idée que nous l'avons envoyé au supplice.... Mes sœurs de Madrid ne savent rien de mon chagrin actuel; j'aurais voulu vous l'épargner à vous-même.
Ces grands intérêts ne lui en font pas négliger de plus tendres ; il n'est pas seulement, comme il dit ailleurs, le second père de ses sœurs, il est aussi le conseiller discret et affectueux de leur vieux père.
Un homme de votre âge ne doit pas être seul ; il faut tenir à quelque chose en ce monde, et la société de votre fils et de vos filles ne peut être sacrifiée qu'à une autre beaucoup plus douce, mais que vous ne paraissez pas au point d'acquérir. Je devance ainsi mon arrivée par un tableau de ce qui doit se faire, afin que vous ayez le temps de vous déterminer pendant mon absence qui ne sera pas encore bien longue. Ce ne sont plus ici des motifs frivoles, il s'agit entre vous et votre amie d'une union ou d'une séparation éternelle. Quel bonheur pour moi, si en arrivant chez moi je pouvais faire en un seul jour la félicité de mon père et de ma sœur !
Après les affaires du cœur et de la bourse, les plaisirs :
.... Que dirait la sagesse si elle me voyait entremêler les occupations les plus graves, dont un homme puisse s'occuper, de soirées agréables, tantôt chez un amb. (sic), tantôt chez un ministre; nous remettons au lendemain le soin des affaires sérieuses ; on ne manquerait pas de dire : quel homme est celui-ci? Les contraires peuvent-ils ainsi s'allier dans unemémetéte? Oui, mon cher père,;*? ressemble à feu Alcibiade, dont il ne me manque que la figure, la naissance, l'esprit et la richesse....
Ce sont ces contraires qui séduiront les uns, inquiéteront les autres, et seront, hélas ! pour ses ennemis, notamment pour d'Eon ', une inépuisable matière à sarcasmes et à calomnies.
Alcibiade a donc trouvé son Aspasie, c'est la marquise de la Croix a . Il l'avait connue chez la marquise de Fuen-Clara, une des
1. Voy. le n 9 IX des • Pièces relatives aux démêlés entre M Ue d'Êon, etc., et le sieur Car on, etc., » 1778.
S. Voy. p. 36, Histoire de Beaumarchais, éditée par M. Tourncux, qui a retrouvé au ministère des affaires étrangères deux lettres de recommandation de M. de Jarcnte, évoque d'Orléans, pour sa « très proche parente », la marquise de La Croix. — Voy. aussi M. Bettelheim, p. 110.
correspondantes du père Caron en Espagne, comme M. de Robiou, qui figurera en qualité de gouverneur de Madrid dans l'épisode Clavijo, et auquel l'horloger-ingénieur adressait une consultation industrielle dès 1746. Après le mal qu'on a dit de la marquise, nous devons citer le bien qu'en pense Beaumarchais :
J'ai été cette après-midi chez l'ambassadeur de France, dans le carrosse de M"* la marquise de Lacroix, qui a la bonté de me brouetter partout à six mules. C'est une dame charmante qui a un grand crédit ici par son état et plus encore par son esprit et les grâces qui la rendent très chère à tout le monde.
Dans une autre lettre, il dit encore en parlant de la même marquise :
Sa société dissipe la poussière, l'inaction, l'ennui, l'impatience, qui saisissent tout ce qui reste ici et que je ne sens en vous écrivant que parce qu'elle est dehors; ma maxime favorite étant qu'il ne faut sacrifier l f avenir au présent, ni Vindicatif au futur ! Je vous avoue que je serais mort dans ce real, cet ennuyeux $itio y sans la délicieuse compagnie que mon bon ange * m'a procurée lorsqu'il m'a lié avec la plus spirituelle et h plus belle des Françaises qui aient jamais surpassé toutes les Espagnoles possibles.
11 donne à son père la primeur des anecdotes et des observations de son voyage. Il lui envoie, sous cachet volant, la lettre à La Val- Hère 3 ; il lui décrit les richesses artistiques de l'Escurial :
La plus belle collection de tableaux de Raphaël, Michel-Ange, le Titien, le Guido, sont dans ce couvent, car c'en est un.... Le Panthéon ou sépulture des rois d'Espagne est un des plus beaux et tristes morceaux qu'on puisse voir.
Voici un croquis des jésuites espagnols au lendemain des décrets de d'Aranda, qui est enlevé de verve :
Les jésuites qu'on a reçus ici ont eu Tordre de prendre l'habit long et de se retirer dans les couvents de cette règle ou de sortir du pays; mais, admirez la bizarrerie. Ces gens si zélés pour cet habit et pour l'austérité de leur ordre en France, trouvant fort doux d'être appelés ici M. l'abbé et d'y être fort poudrés et proprets, préfèrent de s'en retourner en France
1. 9. C'est mon bon ange, Excellence, puisque je suis assez heureux pour retrouver, etc..» dira sur le môme ton le Barbier de Sévillc, I, il.