‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 114 sur 338 · Beaumarchais et son temps, I, 332, op. cit · texte numérisé non relu

Beaumarchais et son temps, I, 332, op. cit

3. Les amis de Beaumarchais en jugeaient comme Voltaire, car on lit dans les Mémoires secrets, à la date du 10 février 1774 : « Tout Paris est dans l'attente du quatrième Mémoire de M. de Beaumarchais. Il l'a déjà lu chez ses amis, qui en sont enchantés et le regardent comme supérieur aux autres; c'est ce qu'il faudra voir. » On le vit bien. L'impatience de tout Paris était d'ailleurs partagée par Voltaire. Cf. sa lettre du 9 février 1774, à M. Bacon, publiée par M. Desnoiresterres, Voltaire, etc., VII, 455. — Remarquons ici que par l'expression « quateme » dans cette phrase : « De tous les ouvrages dont on régale le public, le seul qui m'ait plu est le quateme de M. de Beaumarchais », Voltaire* désigne le quatrième Mémoire, et non, comme dit M. de Féletz, III, 322, ses quatre Mémoires. L'erreur est excusable, quaterne signifiant un groupe de quatre numéros gagnants a la loterie; mais Voltaire n'a pas pris le mot au pied de la lettre, et la preuve, c'est que, le même jour, le 25 février 1774, encore tout plein de cette lecture, il écrit à d'Argental : « Je lis et je relis ce quatrième Mémoire. » D'ailleurs l'expression : « Il donne des leçons à ses juges », qu'il emploie en jugeant le quaterne, ne peut j viser que la leçon de modération infligée à Nicolaï, ou mieux les leçons de logique données au président dans la scène de l'interrogatoire. Enfin, Gudin, VU, 307, citant le jugement ci-dessus de Voltaire, écrit : c De tous les ouvrages modernes dont on régale le public, le seul qui m'ait plu est le quatrième Mémoire de Beaumarchais. •

LES MÉMOIRES CONTRE GOttMAft Et COHSORÎS. W

force l *, selon 16 mot de La Harpe, l'emporte par la verve et par l'éclat. Il y règne surtout une aisance que Beaumarchais signale dès le début : c Ce Mémoire est moins l'examen sec et décharné d'une question débattue qu'une suite de réflexions sur mon état d'accusé 2 . » C'est aussi le meilleur de ses drames, un ambigu de plaisant et de pathétique, où sont concentrés et fondus avec une adresse magistrale tous Jes éléments d'intérêt et d'action qu'il puise au cœur de son sujet, et que multiplient sa verve et ses alarmes. Au début, une invocation, un prélude d'épopée héroï-comique, puis, remerciant € une foule d'honnêtes gens > qui l'applaudissent et ayant décliné habilement l'aide qu'ils lui offrent, le héros rentre d'un bond dans la mêlée. Il assène le coup de grâce à chacun de ses adversaires, et, faisant trophée de leurs calomnies, il se décerne une éloquente apologie qu'il intitule modestement : c Fragments de mon voyage en Espagne >. L'épisode Clavijo, grâce à l'intérêt attendri qu'il excite en nous, couronne les Hémoires â la manière de ces récits qui dénouent la pièce dans le théâtre classique, et dont la discrète éloquence doit amener l'âme de l'auditeur à une sorte d'apaisement final*

A l'intérêt dramatique des faits ainsi tramés Beaumarchais ajoute celui des personnes qu'il met en scène, de manière à porter à son comble cette illusion théâtrale qu'il voulait donner à ses lecteurs. Il peint d'abord par le dehors, observant avec un soin infatigable les gestes et les mines qui décèlent les sentiments, reproduisant avec une précision curieuse les attitudes qui résument les manières d'être et d'agir; et, dans le cadre savant de son récit, les personnages se meuvent avec le relief et la mobilité qu'ils auraient sur la scène. Ils nous donnent vraiment la comédie.

C'est d'abord H"* Goezman, face à face dans l'antre du greffe, avec le c bien malin > Beaumarchais. Avant l'attaque, c elle s'affermit sur son siège », mais une riposte la fait se dresser hors d'elle ; c elle était comme un lion de sentir qu'elle avait manqué d'être prise >, dit son adversaire, qui feint la frayeur 3 : la dame retrouve

1. La Harpe, XI, 556, Cour$ de littérature, édit. Didot, 182*.

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