Édit. Fournier
3. Voy. édit. Fournier, 244. — Parmi les caricatures que nous retrouvons mêlées aux brouillons des Mémoires, il en est une où on voit un homme qui détale effaré et une femme qui se dresse furieuse, tandis qu'une tête à perruque (le grave M. Fremyn) domine la scène. C'est la charge de la scène du greffe et peut-être une preuve que Beaumarchais, pour mieux suivre le conseil de Voltaire sur l'art de bien terminer les images, s'en rapportait d'abord a son crayon •
ses grâces de jolie femme pour la défensive, c présentant aux juges sa liste d'une main (la liste de sa portière) et faisant la révérence de l'autre ». Au reste, attaques et défenses sont à la merci d'une galanterie bien placée; son contradicteur la décoche, et aussitôt c un doux sourire rend à sa bouche sa forme agréable 1 ». Mais quel est ce personnage qui se dérobe c sous le manteau de Madame» comme sous une armure qui le rendrait invisible et fait voler ses traits de ce poste obscur pareil à Euryale, ému du danger de Nisus, et qui refuse obstinément de crier son Me, meadsum quifecifhe voilà pris; mais nous l'avons vu jadis avec une allure plus triomphante, c gants blancs et bouquet à la main, menant sur le poing sa commère à l'église, in fiocchi »! C'est lui encore que nous avons entrevu sous le rideau de sa fenêtre, alors qu'il se faisait celer. C'est c Goezman- Dugravier ». Nous le tenons par sa simarre, ce Protée; il faudra, bon gré, mal gré, qu'il traverse la scène à découvert sous les sifflets. En arrière de ces deux personnages qui ont droit au premier plan, s'agite la mêlée pittoresque des comparses, que l'auteur a soin de c distinguer 9 », comme il dit malicieusement, par des épithètes de nature, à la manière épique. Voici d'abord les gens du Sud, gesticulant et intriguant, sous les ordres du doux Marin, « à qui il ne faut pas faire le tort », et aujourd'hui moins que jamais, c de le ranger dans la classe des simples 3 », c II a bien changé le Marin 4 ! » Laissons donc cette c victime de Beaumarchais » regagner le pays natal au trot de son carrosse, historié des armes parlantes que l'on sait 5 . Elle y retrouvera la foule de ses obligés et quelques consolations méritées. A la fameuse légende à la houppe : c Qu'es acô, Marin? » ils répondront qu'il est un bienfaiteur, et qu'il a découvert Tauroentum. c II n'y a qu'un cri à la Ciotat 6 ! » sur c le grand
Cela ne vaut pas les dessins de Victor Hugo, rayons et ombres, mais a son prix.
1. Le bien malin fit plus tard place au bien bon : « Madame Goetman tomba dans la misère et fut secourue par Zut, » écrit M"* de Beaumarchais à Pougens, le 24 pluviôse an X (13 février 1802). (Voy. Histoire de Beaumarchais, p. 476, note de M. Tourneux.) Nous avons pu vérifier cette assertion : M** Goezman figure au compte de liquidation parmi les créances désespérées, pour une somme de plusieurs milliers de francs, en compagnie de Restif de la Bretonne c supposé dans la misère », de Dorât c mort insolvable », de Théveneau de Morande, etc.
2. € Cette distinction de Marin me rappelle un propos : c Avancez, maraud, que je vous timbre au front, que je vous distingue. » Ëtlit. Fournier, 316.