Voy. édit. Fournier
6. Le mot est de l'honnête Ciotaden, M. Caraoin pour Marin contre Gardanne
bienfaiteur*, et nous sommes obligés d'en croire cce grand indécis de Bertrand, trompette de Marin la Gazette », qui est là, c le cou tendu, l'œil en arrêt, la bouche ouverte, attendant son article » ; tandis que d'Arnaud c regarde Beaumarchais de travers, ou louche seulement en défilant sa tirade ». Et tous les personnages s'offrent tour à tour à nos regards, animés par l'art qui saisit chacun d'eux en scène, dans une attitude expressive, depuis La Blache, c suivant partout les huissiers, comme un piqueur est à la queue des chiens », jusqu'à l'exempt, invité à noter les fins de non-recevoir de la portière, le rideau sournoisement soulevé par le juge, et qui « se démantelait la mâchoire à force de bâiller ».
Avec quelle facilité alors et quelle variété les tableaux naissent et se forment de tous ces traits notés au passage, c Ce devait être un bon spectacle que M B ° Goezman, érigée en secrétaire de le Jay, corrigeant sa leçon d'écriture ! » On retrouve toute la délicatesse du pinceau de Greuze dans cette scène de famille où la pauvre victime de Clavijo, redemandée par le fourbe, c ne sachant plus où mettre sa tête, de confusion vint se jeter en pleurant l » dans les bras de son frère. Ailleurs, que de fantaisie ! Le tableau du c doux ami » Marin et du c grand cousin » Bertrand, à genoux l'un devant l'autre 1 , et celui d'Orgon et de Tartufe dans la même posture, ne font-ils pas pendant? Que de variété aussi! Tantôt l'auteur peint largement, animant d'un trait la foule de ses adversaires, qui se dépitent et c piétinent comme des enfants »; ou celle de c ses amis qui commencèrent à lever la tête... »; tantôt il nuance ses touches, et, n'encadrant dans son récit qu'une seule figure, il en fouille les détails : c Qu'on se forme le tableau de cet homme étonné, stupéfait de ma harangue, à qui la surprise ouvre la bouche et y fait expirer la parole glacée; qu'on voie cette physionomie radieuse, épanouie sous mes éloges, se rembrunir par degrés, ses yeux s'éteindre, ses traits s'allonger, son teint se plombier 3 . » Et la coquetterie de l'artiste ne s'adresse pas en vain à notre imagination, qui se fait une peinture achevée avec les traits qu'il lui suggère.
Mais le plus vivant de tous ces portraits, c'est celui du person-
(voy. Une victime de Beaumarchais, par H. Ricard, p. 142), et Bertrand le répète dans ses Mémoires !