‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 118 sur 338 · firtit. Fournier · texte numérisé non relu

firtit. Fournier

bouche éloquente de cet homme si brave et si gai, lorsque nous le voyons c seul, à pied, à cinq heures du matin », traverser dans l'obscurité le pont qui mène au Palais 4 , et que nous l'entendons se répéter, « en perçant le brouillard », son inévitable refrain : c Quel sort bizarre est le mien! > c'est notre intérêt, c'est notre pitié, et, disons-le déjà, notre admiration qui lui font cortège et entrent avec lui c sous les terribles voûtes >.

Cette science de l'intrigue, cette habileté à mettre en scène les personnages et à décrire jusqu'aux décors, ne méritent-elles pas qu'on applique aux Mémoires contre Goezman l'exclamation que les Fables de La Fontaine arrachaient à M m ° de Sévigné : c Cela est peint ! » Beaumarchais, lui aussi, a fait de son ouvrage « une ample comédie », la «r comédie du Palais », a dit La Harpe, et ce titre sied bien à cette sœur jumelle dû Barbier de Séville*.

Les mérites dramatiques des chefs-d'œuvre polémiques de Beaumarchais sont si saillants, ils frappent d'abord si exclusivement, que l'auteur du Lycée a pu déclarer de bonne foi, dès le début de sa critique, que c ces Mémoires sont d'un genre et d'un ton qui ne pouvaient avoir de modèle, car il n'y en avait pas d'exemple 3 ». Certes, les Défenses de Pellisson, avec leur éloquence grave, ornée et circonspecte, leur dialectique ferme, mais un peu lourde; les mémoires, lettres et requêtes pour les Calas, les Sirven, les La Barre, les d'Étalonde, les Montbailly, où Voltaire narre plus qu'il ne peint, intéresse plus qu'il ne passionne, disserte plus qu'il ne plaide; les factums des avocats du temps, sans en excepter Cochin, Elie de Beaumont, ni Target, gâtés par cette enflure et cette fureur de divisions et de subdivisions qui persistaient encore au barreau, sont aussi différents, pour le genre et pour le ton, des Mémoires de Beaumarchais que les Petites Lettres de Pascal le sont des Grandes Lettres et des dissertations tripartites et quadripartites d'Àrnauld. Mais l'auteur des Mémoires trouvait dans ces mêmes Petites Lettres

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