‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 128 sur 338 · Sainte-Beuve, Causeries du lundi, op. cit., VI · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Causeries du lundi, op. cit., VI

LËSJtfÊMOlRKS CONîfcË GOËZMAN ET CONSORTS. 150

encore : c Mélac avait mon cœur et ma parole, mais lorsque mon père nous a fait entendre à quel prix vous mettiez la grâce du sien... » (acte V, se. v).

Mais si l'on blâme le néologisme « incalomniable » (ib. 9 297), le c tuable » de Pascal deviendra suspect. On prononcera sans hésiter que l'opposition entre le € cerf qui blessa un paysan » et le c troupeau de tigres acharnés » (tô., 284) sur l'auteur ne vaut rien; mais l'hésitation commencera quand il faudra déclarer c détestable » avec H. de Féletz ft , ou c exquise » avec H. Paul Albert *, la même image y qui est : c Le terrain anguleux et dur de la chicane blesse leurs pieds délicats » (ib., 242). Arrêtons-nous donc; la liste se termine ici sans les c etc., etc. » de La Harpe 3 . Nous croyons que pour la grossir et noter c tous les points gaulois », selon le mot de Sainte-Beuve sur Pascal, il ne suffirait pas de scruter les trois cents pages des Mémoires, avec l'esprit puriste dont le maître de La Harpe tourmenta Corneille, en s'acharnant à « regratter un mot douteux au jugement ». Il y faudrait toute la verve chicanière, toute l'humeur chagrine dont le P. Daniel et des critiques récents se sont armés contre les Provinciales. Au reste, nous les retrouverons ailleurs ces fautes, et assez choquantes pour mériter les sévérités de la critique ; mais ici, selon l'aveu de La Harpe lui-même c elles nuisent fort peu à l'effet de l'ensemble ». Voilà la vérité, tenons-nous-y. c II y a des taches au soleil », disait Voltaire, commentant Corneille; il en voyai donc dans les c Philippiques de Beaumarchais * », mais elles disparaissaient à ses yeux dans l'éclat de leurs qualités : Ubi plura nitent... non ego paucis offendar maculis .

Malgré ces taches, les Mémoires de Beaumarchais ont leur place marquée dans tout recueil des chefs-d'œuvre de la prose française ; quelques notes suffiraient à venger le bon goût le plus exigeant, et quelques suppressions des morceaux de trop « verte allure » rassureraient les pédagogues les plus défiants.

Que de qualités ,en effet, y peuvent être offertes en modèle et même là où La Harpe ne voit que des défauts, par exemple quand il parle

i. Cours de littérature, III, 326.

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